CHAPITRE X
Un petit article de saint Thomas résume le chapitre précédent.
11 y a deux choses dans la Providence, dit-il : le plan du monde et l'exécution de ce plan. Quant au plan. Dieu en est Fauteur immédiat^ car les plus petits détails des" choses sont présents à sa pensée , et c'est lui qui donne à toutes les causes la force de produire les effets qu'il veut. Mais dans l'exécution du plan conçu, Dieu emploie l'activité des créatures; non, certes, qu'il ne puisse agir seul, mais parce qu'il veut communiquer aux créatures Téminente perfection de la causalité K
D'où l'on voit avec évidence que si, dans le cours naturel des choses, l'existence d'un être ou la production d'un fait s'explique par les
1. s. th., 1 p., qu. 22, art. 3; qu. 103. art. 6; — Cont. Gent., 111,83, 94, 97.
causes créées, cependant la raison dernière en doit être cherchée en Dieu, seul auteur du plan et de Tordonnance du monde.
Plaçons-nous donc au point de vue du plan divin, et cherchons en Dieu la solution du grand problème.
Dieu voit tout d'un seul regard et ordonne tout par un seul décret. 11 ne va pas d'une vérité à l'autre ; sa volonté ne passe pas d'un objet à un autre objet. Cependant il connaît tous les liens des vérités entre elles, et il veut tous les rapports qui existent entre les objets de son uni(jue vouloir. Notre esprit imparfait et borné ne peut embrasser d'une seule vue la vérité tout entière. Ce n'est que pas à pas qu'il arrive à parcourir une petite partie du chami) morcelé de la science. Voilà pourquoi la raison humaine établit un certain ordre et des distinctions logi(|ues dans sa manière de concevoir la Cause Première et d'analyser les attributs de Dieu. De même, elle distingue plusieurs idées dans l'essence divine et diverses parties dans le plan de l'univers. Rien ne s'oppose à ces abstractions de Fesprit , car elles portent sur les objets du savoir ou du vouloir de Dieu, et non sur l'unité et hi simplicité très parfaites de l'acte divin lui-même'.
1. u lu voluntato divina nec ordo nec distinctio est (X parte actils voliinlatis, sed sohimmodo ex parte volilorum. » ('^3 de Ver Un le, art. 2. ad 1.)
Arrêtons nos regards sur une partie du plan de Dieu, et, si l'on peut ainsi dire, détachons-en par la pensée tout ce qui regarde la vie surnaturelle et la destinée des hommes. Supposons la faute d'Adam, le genre humain souillé du péché d'origine, la rédemption par le Christ, et suivons attentivement toute l'ordonnance de la restauration de l'humanité.
Pourquoi y a-t-il des prédestinés et des réprouvés? Pourquoi ceux-ci prédestinés et non pas ceux-là ?
Nous voici au point.
Qu'est-ce que la prédestination ^ ?
La Providence, dit saint Thomas, consiste dans l'ordonnance et la direction des êtres vers leur fin. Or, les créatures ont une double fin : l'une, qui est sans proportion avec leurs forces naturelles qu'elle dépasse infiniment; c'est la vie éternelle, qui consiste à voir Dieu. L'autre est la fin proportionnée à la nature et à l'activité de chaque être. Or, quand un être ne -peut de lui-même atteindre un but, il a besoin d'y être porté ou lancé par un autre, comme la flèche par l'archer. Voilà pourquoi la créature raisonnable est, pour ainsi parler, projetée par Dieu à la vie éternelle. Le plan de cette projection préexiste en Dieu, dans l'ordon-