S'. th., 1 p., qu. 23, art. 4; — 5 de Yeritate, art
lb:s trois réponses. 197
l)ra^cipitur aliquid ordinandum in finem, nisi prseexistonte vohintate finish » Par consé- (jiient, la prédestination de certains hommes au salut éternel présuppose logiquement que Dieu veut les sauver.
Considérons cette divine volonté du salut et voyons quels sentiments elle renferme. Dans ce bon vouloir, dit le saint Docteur, apparaissent le choix et Va^nour, « electio et dilectio. > L'amour, en tant que Dieu veut le salut, qui est un très grand bien; et qu'est-ce qu'aimer, sinon vouloir du bien à celui qu'on aime? Le choix, en tant qu'il veut ce bien du salut aux uns plutôt ({u'aux autres, « aliquibus pra) aliis2. »
Libre choix, amour gratuit, voilà ce qui est caché dans la prédestination. Poussons un peu plus l'analyse. Pour nous, c'est le bien déjà existant qui provoijue l'amour, car notre amour n'est pas créateur. Nous commençons donc par aimer, et nous donnons ensuite nos ])rélerences, à l'être aimé. Mais Dieu, tout au contraire; sa volonté cause le bien, son amour crée son objet : il aime d'abord celui qui sera Tobjet de ses préterences. D'où l'on voit que, à l'égard des élus, Tordre logique des sentiments divins, c'est premièrement Tamour, puis
L Ad directionem iu (ineiii [n'ieexigitur voluntas liiiis (G de YeviUite, art. 7).
:l. llf. 0 de Veritdlc, art. 1.
le choix, et la prédestination vient ensuite. Les prédestinés sont des élus, et avant tout des hien-aimés ^
La prédestination débute donc et finit par l'amour. Être aimé, puis être élu et prédestiné : voilà le principe et Tordre ; être élu et prédestiné, pour aimer et être aimé : voilà Tordre et la fin et Téternel repos. Toute la vie surnaturelle : appel divin, grâce et justice, repentir et sainte mort, tout vient de Tamour et tout y va; tout est œuvre d'amour et tout le prépare : Tamour commence et Tamour termine tout.
Mais pourquoi donc Dieu n'aime-t-il pas également tous les hommes ? Pourquoi ne sontils pas tous élus et prédestinés ?
C'est le mystère de la réprobation. Aucun ne trouble Tesprit autant que celui-là; et si la raison pouvait l'éviter, sans tomber dans Tabsurde de nier la liberté de Dieu et la responsabilité de Thomme, assurément elle ne l'admettrait pas. Mais si le salut est possible à tous et si chacun est responsable de sa perte ; si Dieu a la puissance de réaliser tous les possibles et s'il use librement de son pouvoir, .qui n'est forcé de reconnaître que, si tous les hommes ne sont pas élus et prédestinés, c'est que Dieu
1. Prgedestinatio prsesupponit electionem et dilectionem; electio vero clilectionem (6 de Veritate, art. 1).
n'a pas choisi pour tous des ordres providentiels aboutissant à la gloire éternelle*? Il faut donc, pour échapper à Tahsurde et sans s'effrayer du vain son des mots, confesser et regarder en face le mystère.
Le divin amour (|ui sauve effectivement les bien-aimôs, cet amour plein de miséricorde et de tendresse, n'est pas donné à tous les hommes. Dans la masse des fils d'Adam, souillés de la tache originelle et à qui la porte du ciel est fermée. Dieu fait un choix; tous sont rachetés, -tous sont appelés, mais tous ne sont pas élus à la béatitude divine : « aliquos reprobat », dit saint Thomas.
C'est un fait incontestable. Quiconque croit à un Dieu tout-puissant, et que ce Dieu, s'il le voulait, pourrait sauver tous les hommes, doit admettre que si Dieu ne les prédestine pas tous, s'il ne donne pas à tous des grâces efficaces, c'est qu'il ne le veut point. Le fait de la réprobation est une conséquence rigoureuse du dogme de la toute-puissance de Dieu. Dieu donc réprouve certains hommes.
Comment faut- il entendre et expliquer cette volont(''-là ?
Écoutons l'Angélique Maître. La Providence, dit-il , doit permettre certaines imperfections et défaillances dans les êtres 2.
1. Voir )). IIK), note 1, le sentiment des molinistes. Cf. la Critique du Molinisme.