s. th., 1 p , qu. 22, art. 2, ad
échnppo à notro ignorance du plan général de l'univers ^ Ne convient-il pas aussi que la créature marque le néant de son être par rinipcirfection de ses actes et les défauts de ses productions? Il entre donc dans le bien général de l'uftivers que l'homme défaille dans la vie morale comme toutes les créatures dans la vie physique, et que Dieu ait ainsi l'occasion de montrer, par des signes plus éclatants, la grandeur de sa puissance et la tendresse miséricordieuse de son amour 2. Le péché, qui fait éclater la vertu des justes et les attrilnits de Dieu, contribue de la sorte au bien général, à la beauté du monde ^.
Ainsi s'exprime saint Thomas, et cette manière d'entendre les desseins de Dieu, si con-
1. (Juamvis videatur nobis qiiod omnia a3qiialiter bonis et malis accidant, ox hoc <|uod nescinius (juà de causa divina Providentia siiigula dispenset; non est (aiiieu dnl)iani quin in omnibus bonis et malis, quaî nvoniunt sivc bonis sivo malis, sit recta ratio, secundùm quam divina Providentia omnia ordinat. Et quia eam ifjnoramus , videtur nobis quod inordinatè et irrationabilitor eveniant ; sicut, si aliquis intrarot (UVu'inani labri, videreturei quod instrumenta fabrilia essent inutiliter multiplicata, si nesciret rationem utcndi un<^(luoque ; (|U()rum tamen multiplicatio ex causa rationabili apparot ei qui virtutem artis intuetur (") de Veritate, art. 5, nd 6).
2. S. fh.. 1 p., qu. 47: — (pi. W, art. 1: — Cont. Genl., lib. '.), cap. 71.
3. Univorsi pulcliritudo ex ordinatà bonorum et ft malorum adunatione consurgit (Cont. Gent., III, 71).
202 PRÉDESTINATIOX ET RÉPROBATION.
forme da reste à la réalité des choses, nous fait voir qu'en vérité la Providence divine doit permettre et le mal et le péché. Loin d'être contraire à la perfection de Dieu, cette permission en est, semble-t-il, une suite naturelle dans l'ordonnance de l'univers^. C'est ainsi qu'il entre dans les secrets desseins de Tlnfinie Sagesse de permettre les péchés et qu'il y ait des pécheurs, et de ne point pardonner tous les péchés ni relever tous les pécheurs, mais de permettre au contraire, « pour des raisons qui lui sont connues, » dit Bossuet, que plusieurs manquent leur fin dernière : (( permittit aliquos a fine deficere. » C'est là ce qu'on exprime par le mot réprouver : « et hoc dicitur reprobare ».
3. II était « au pouvoir de Dieu .d'empêcher la chute des hommes et des anges, ... et même sans blesser leur libre arbitre... Il pourrait empêcher tous les péchés et convertir tous les pécheurs; et s'il ne le fait pas, ce n'est pas qu'il ne le puisse avec une facilité toutepuissante; mais c'est que, pour des raisons qui lui sont connues, il ne le veut point... Dieu agit en Dieu lorsqu'il agit comme une cause première toute-puissante et universelle, qui fait servir au bien commun ce que les causes particulières veulent et opèrent de bien ou de mal... Telle est donc la raison profonde par laquelle Dieu n'est pas obligé d'empêcher le mai du péché : c'est qu'il peut en tirer un bien, et même un bien infini; par exemple, du crime des Juifs, le sacrifice de son Fils, dont le mérite et la perfection sont infinis. » (Bossuet, Défense de la tradition, livre XI, chap. m et IV.
Il faut bien entendre cette divine permission.
Ecartons d'abord de notre esprit la pensée que Dieu veuille et cause le péché, et qu'il destine certains hommes à le commettre. Ce ne serait pas moins horrible que de croire que Dieu choisit des hommes à dessein de les faire soulï'rii' éternellement et de se délecter de leurs supplices. Ces abominables conceptions ne peuvent trouver place que dans les égarements fatalistes et la froide et cruelle imagination d'un Calvin.
Le cœur de l'Angélique Maître était trop ouvert à l'amoureuse influence du Dieu de la croix et de l'eucharistie pour que sa doctrine ait la moindre apparence de ressembler à de pareils blasphèmes. Non, Dieu, le Souverain Bien, ni ne veut ni ne cause le péché, et il ne destine pas des hommes à être des pécheurs.
Voilà pounjuoi , si la pi'édestination a toute la certitude de la causalité divine, la réprobation n'a que celle de la prescience'. Dieu pré-
I. Il y a une dittV'rence énorme entiv la cortitiule lie la prédestination et coWv, de la réprobation. « ]lj3e diia*- cerliliidiiies dillerunt : ({uia cerlitiulo })ra>destinationis est cerlitiido cogniLionis et ordinia; eertitudo auteni reprol)ationis, vel i>ra^scientliv, est certitiido cognilionis tantùni. Non enim Deus pnuordinat ad peccandurn iK^niines repro])OS , sicut-pra?destinatos ordinat ad nierendiim (<> de Vcritafe, art. 4, — t r. N. ///., l, i;». ari. ;>. ad -2). — (Test que Dieu ne cause
voit seulement les péchés et les pécheurs, il ne les fait point; il permet qu'il s'en trouve dans le monde, mais il ne prend pas ses complaisances à les y placer; ils ne sont pas son ouvrage et le but de son travail, mais, i^our ainsi dire, des défauts de la matière et des imperfections des instruments, qu'il tolère et fait tourner, autant qu'il le peut, au bien général de l'univers, à la beauté de Tensemble.
Cependant, il faut se garder d'amoindrir la Providence divine, et ne pas tomber dans l'excès d'ôter à Dieu l'ordonnance du monde, dont nous savons qu'il est l'auteur à lui seul. Le péché n'arriverait pas sans sa permission, et il n'y aurait point de pécheurs ni de damnés s'il ne le Ajoutait de quelque manière.
La prédestination n'est pas -une simple prescience; de même, la .réprobation : il y a de plus en chacune d'elles un certain ordre providentiel. « Reprobatio non nominat pra?scientiam tantùm, sed aliquid addit secùndum rationem, sicut et providentia. » Et voici ce qu'il faut ajouter à l'idée de prescience pour avoir l'idée totale de réprobation : la peyvnïssïon du péché et la sentence pénale. « Sicut praedestinatio inclUdit voluntatem conferendi gratiam et gloriara ;
pas le péché; il le perynet et le connaît seulement. Voilà pourquoi les réprouvés sont appelés parfois praesciti.
îtà reprobatio includit voluntatem pennittendi aliquem caderc in culpam, et inlerendi daninationis pœnaiu pro culpà'. »
Il y a donc denx parties dans ]a réproljation : Ja permission de la chute et la sentence (Kéteriielle damnation.
La sentence est (ïHivre de Justice, car elle suppose nécessairement la connaissance certaine du péché; mais la permission de la chute se conçoit dans la volonté divine, parallèlement, si Ton peut ainsi dire, à l'amour et au choix des élus. Insondable mystère, où notre pauvre raison se perd! « Dieu aime tous les hommes et môme toutes les créatures, puisque à toutes il veut (|uel([ue bien, et que c'est là ce qu'on appelle aimer; mais il ne veut pas à toutes tout le bien possible : il ne veut pas à certains hommes le bien de la vie éternelle, — il ne le veut pas de cette volonté efficace et absolue, ({ui ne manque jamais son efîèt, — c^t par là il les réprouve^. » Le réprouvé n'(^st pas aimé : là connnence cette mystérieuse séparation ■<:ravec les prédestinés; n'étant pas aimé, il n'est pas élu pour la gloire -^ ol i)ar conséquent il n'entre pas dans la prédestination.