s. i'aul, A^^ Uouianos, XI, 3o
perte du pécheur ^ Vouloir le salut de tous, et en même temps, sans autre considération, porter contre quelques-uns la sentence de mort éternelle, voilà une contradiction évidente. Mais permettre que certains hommes, par leur faute, manquent le but de la vie, alors même qu'on juge bon et qu'on désire qu'ils l'atteignent, et qu'on leur fournit les moyens d'y arriver, s'ils le voulaient, cela n'est aucunement contradictoire, et s'accorde très bien dans le plan général de la Providence de Dieu.
Telle est la théorie thomiste de la prédestination et de la réprobation.
Dieu, Cause Première et Fin Dernière des créatures, et de toute l'ordonnance des mondes : — C'est donc lui qui a librement voulu l'existence de prédestinés et de réprouvés. Les uns et les autres manifestent les perfections divines , et c'est leur raison d'être dans l'univers.
Ainsi s'accorde, dans la Providence générale du monde, la volonté antécédente avec le fait de la réprobation. Mais si notre faible raison entrevoit dans la Perfection Infinie pourquoi il y a des prédestinés et des réprouvés, elle ne voit d'autre motif de la prédestination des uns
1. Defectus peccati, quo aliquis redditur dignus pœnâ in praesenti vel in futuro, non est volitus a Deo neque vohmtate antécédente neque voluntate conséquente; sed est ab eo solummodo permissus. (23 de Veriùate, art. 2.)
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en [Karticulier et do la réprobation des autres que le simple bon plaisir de Dieu.
Tout revient donc, en dernière analyse, à la volonté de Dieu.
1" Si Dieu voit, dans son essence, et les choses qui existent dans la suite des temps, et toutes les vérités contingentes, c'est que sa volonté les détermine.
2^ S'il gouverne les agents créés et les meut chacun selon sa nature propre et ses dispositions, c'est par Tefticace souveroine de sa causalité transcendante, laquelle a sa source dans la Toute-puissante Volonté.
3" Enfin, s'il y a dans l'univers des inégalités mystérieuses, l'explication dernière c'est encore la divine Volonté.
La Volonté de Dieu, voilà donc l'universelle cause. Mais la Volonté, c'est le Bien, et le Bien, c'est l'Amour : l'Amour est le premier et le dernier mot des choses.
CONCLUSION
Go petit livre a été écrit dans l'uiii({uo bat d'cxposor on quolquos pages la véritable pensée de saint Thomas d'Aquin sur les rapports de la divine Providence avec notre libre arbitre. Personne ne doutera qu'il ne soit l'œuvre d'un esprit sincère et religieusement intéressé à saisir exactement et à rendre avec fidélité la pure doctrine do rAngéli(]U(» Maître.
Ai-je réussi dans mon dessein ^ Ma religion ne s'est-elle pas égarée ?
J(^ n'ai pas la naïveté de croire que ma conviction , ({uelque bien l'ondée qu'elle soit , gagnera tous les esprits. J'i^spère cependant que ce (jui me paraît si clairement être la vérité pénétrera d(^ soi-même dans certaines Ames, et fera du moins (pudique inq)r(^ssion sur tous ceux que ri(Mi n'attach(^ à des S(Mitiments opposés.
Quant aux autres, je les prie de considérer
222 PROVIDE^XE et libre arbitre.
comment ils peuvent répondre aux questions que voici :
l*' Selon saint Thomas, est-il que Dieu ne connaît les créatures , même les intelligences et les volontés, qu'en lui-même en tant qu'il est cause ^ ?
2^ Est-il que Dieu est cause de tous les être distincts de lui, « alla à se », substances et phénomènes, agents et opérations, en tant que sa volonté détermine la réalisation effective des idées divines 2?
3° Est-il que, pour accorder la causalité de Dieu avec la contingence et la liberté des créatures, saint Thomas n'a jamais recours à une prescience divine de futurs conditionnels, mais toujours uniquement à l'efficace universelle et transcendante de cette causalité ^ ?
1. 5. th., I, qu. 14, art. 5 : utrùm Deus cognoscat alia a se. — Cont. Gent., I, cap. 49 : quod Deus cognoscit alia se; — cap. lxiii et suiv. jusqu'au lxviii : qitod Deus cognoscit 7notus vohoitatis; — cap. lxix- Lxxi. — De Veritate, qu. 2; de Scienliâ Dei, art. 3; utriun Deus alia a se cognoscat ', — art. 4, 5, 8.
2. S. th., I, qu. 14, art. 8 : ntrùru scientia Dei sit causa rerurn, — qu. 19, art. 4 : utrùm volujitas Dei sit causa reriim, ad 4m. — 2 de Veritate, art. 14 : utrùm scie?itia Dei sit causa ro'um.
3. S. th., I, qu. 19, art. 8 : utrùm voluntas Dei necessitatem rébus volitis iniponat; — qu. 22, art. 4 : utrùm providentia rébus provisis necessitatem im-
CON(,JA:siox. 223
4« Selon saint Thomas, est-il que Dieu, agissant comme Cause Première et Premier iMoteur, applique réellement toute cause seconde, et môme la volonté, à agir^?
5° Est-il que Dieu meut le libre arbitre, même à l'acte physique du péché, — qu'il nous fait vouloir ceci ou cela, — qu'il opère en nous nos élections mêmes 2?
6« Est-il que la motion divine détermine la cause seconde à exercer son activité, en même temps qu'elle est déterminée par la cause seconde à produire telle espèce d'acte ou d'effet^?
70 Est-il que la volonté agit toujours quand
ponat, - qu. 23, art. 6. - Cont. GenL, I, cap. lxxxv • quod dimna voluntas non lollit contingentiam a rehus, - III, cap. lxxii et Lxxm ; quod divina providentiel non eœcludil contingenlin^n a rehus nec arbitrii liherlalem, - cap. xciv .• de cerùitudine divince providenliœ.
i. In 3, de Potentid, art. 7 : utrùm Deus operetur in operatione naturœ. - S. th., I, qu. 105, art 4 . lUrmn Deus possit movere volimtatem creatmn ; — art. 5 : utrùm Deus operetur in omni opérante — tont. Gent., III, cap. lxvii : quod Deus est causa opernndi omnibus operantibus; — cap. lxx , — cap. Lxxxix : quod motus voluntatis causatur a Deo, — cap. xc.
^. 'V. th., 1. qu. ii3, an. 1, ad 3™, - I, II, qu. 79, art. ^ : iitrum actus peccati sit a Deo. — Co?it Gent III, cap. Lxxxrx, xc, xcii, cxLvirr. - 3 de Malo\ art. 2 : utrum actio peccati sit a Deo, — art. 3.
3. Cf. loc. cit. suprà, no 4. Cont. Gent., III cap. Lxvi. *
Dieu la meut, et que cependant c'est le jugement de la raison qui détermine l'espèce de l'acte ^ ?
8° Est-il que la motion divine s'accorde d'elle-même avec le libre arbitre, et non pas au moyen d'une prescience quelconque 2?
9'' Selon saint Thomas, est-il que la prédestination et la réprobation , prises dans leur ensemble, ne sont pas réglées par la prescience de nos œuvres ^ ?
10*^ Est-il que la gloire est la fin de la grâce, et que, pour Dieu même, la fin est, non pas la cause , mais la raison objective de vouloir ce qui est pour la fin ^* ?
11" Est-il que la raison providentielle de la réprobation en général est de manifester la justice divine, tandis qu'il n'y a d'autre raison de la réprobation particulière que la simple volonté de Dieu^?
12° Est-il enfin que, selon saint Thomas, la volonté antécédente s'accorde avec la réproba-
1. s. th., I, II, qii. 9, art. 6, ad 3^; — qu. 10, art. 4, ad 3™. — Cont. Gent., III, cap. lxxxix, xcii.
2. S. th., I, qu. 83, art. 1, ad 3™ ; — qu. 105, art. 4, ad 2m; — I, II, qu. 10, art. 4. — Cont. Gent., I, 68, 89, 148. —6 de Veritate, art. 3, ad 3'n.
3. S. th., I, qu. 23, art. 5. — Cont, Gent., III, cap. CLXiii. — 6 de Yeritate, art. 2.
4. S. th., I, qu. 23, art. 5 et 4. — Cont. Gent., I, cap. Lxxxvi.
5. 5. th., I, qu. 23, art. 5, ad. 3. — Cont. Gent., III, cap. CLxr.
CONCLUSION. 225
tion négative ou permission de la perte finale, uniquement parce que ce n'est pas une volonté simpliciter^ ?
Dans ces douze questions tient le thomisme tout entier. J'ai répondu oui à chacune d'elles, et je ne suis en cela qu'un faible écho de l'Angélique Docteur. Un disciple fidèle pourrait-il répondre autrement?
Mais c'est peu de redire les enseignements d'un si grand Maître. Il faut surtout, à son exemple, aimer et contempler, dans cette doctrine simple et profonde, l'Éternelle Vérité, qui est le Christ.