‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 77 sur 144 · LE PROBLEME ET LES DEUX SOLUTIONS · texte numérisé non relu

LE PROBLEME ET LES DEUX SOLUTIONS

puissante sagesse, k faire marcher effectivement tous ses enfants dans les voies du salut? N'a4-il pas dans sa main tous les moyens nécessaires, soit pour amener et garder tous les hommes dans la justice, soit pour éclairer, toucher, convertir, sauver, enhn, les pécheurs les plus endurcis?

Voilà dans toute sa profondeur le plus grand et le plus redoutable des problèmes de la philosophie chrétienne. Sans doute il y a, parmi les vérités religieuses, plusieurs autres mystères, qui étonnent la raison et la font chanceler chez les esprits superbes et indociles; mais peut-être n'en est-il pas dont les obscurités sacrées troublent davantage l'intelligence humaine, répandent plus d'épouvante dans les cœurs frémissants, et devant lesquelles la faible lumière qui brille en nous ait plus besoin d'être fortifiée par la foi surnaturelle.

Nier la Providence, ou nier le libre arbitre, c'est, a kl vérité, supprimer le problème, mais pour en susciter d'autres plus pressants et plus graves, car on ne repousse la raison loin du mystère que pour la précipiter dans l'absurde. En effet, nier la Providence, c'est nier Dieu ; et nier Dieu, c'est mettre en péril tout Pédilice de nos connaissances, en ébranlant jusqu'aux premiers principes de causalité et de contradiction, — c'est renverser le fondement de la vie humaine, puisque, sans Dieu, on ne saurait établir ni concevoir de vraie loi morale, — c'est même détruire le libre arbitre, en livrant toutes choses ii rinlluence aveugle et fatale des seuls agents matériels, car.

Dieu rejeté, les raisons d'admettre l'âme spirituelle perdent presque toute leur force sur l'esprit. Que si, pour sauver la Providence, on vient à nier le libre arbitre, la raison se heurte au témoignage invincible de la conscience et se met en contradiction avec l'ensemble des lois, des institutions et des habitudes sociales, lesquelles supposent des hommes doués de liberté : d'où notre esprit prend sujet de douter de tout, et premièrement de Dieu et de sa Providence.

Le seul parti sage est donc de se tenir fermement à la Providence et à la liberté, et d'accepter, sans peur du mystère, la question de leurs rapports ^ C'est l'obscur problème de la coopération

1. Bossuet, Traité du libre arbitre, chap. 4. : « Rien ne peut nous faire douter de ces deux importantes vérités, parce qu'elles sont établies l'une et l'au.tre par des raisons que nous ne pouvons contredire... Demeurons donc persuadés et de notre liberté, et de la Providence qui la dirige , sans que rien nous puisse arracher lïdée très claire que nous avons de l'une et de l'autre. Que s'il y a quelque chose en cette matière où nous soyons obligés de demeurer court, ne détruisons pas pour cela ce que nous aurons clairement connu, et sous prétexte que nous ne connaissons pas tout, ne croyons pas pour cela que nous ne connaissons rien. Quand Dieu nous aurait caché le moyen dont il se sert pour conduire notre liberté, s'ensuivrait-il qu'on dût pour cela ou nier qu'il la conduise, ou dire qu'il la détruise en la conduisant? ^'e voit-on pas, au contraire, que la difficulté que nous souffrons ne venant ni de l'une ni de l'autre chose, mais seulement de ce moyen, nous devons faire arrêter notre doute précisément à l'endroit qui nous est obscur, et non le faire rétrograder sur les endroits où nous voyons clair?... La première règle de notre logique, c'est qu'il ne

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