LE PROBLI^ME ET LES DEUX SOLUTIONS
du lini et de l'inlini, suite naturelle de celui de leur coexistence; problèmes toujours posés, toujours résolus en sens divers, jamais peut-être pleinement éclaircispar la raison humaine. Assurément la philosophie ne saurait s'élever a de plus hautes contemplations. Et certes, nous n'oserions même pas arrêter nos regards sur ces profonds abîmes, où tant de génies se sont perdus, si nous n'avions, pour nous prémunir contre le vertige, la foi catholique d'abord, rayon du Soleil divin, et puis les enseignements de l'Ange de l'École, — lumineux faisceau de toute la tradition des saints et des sages, — écho puissant et harmonieux d'Aristote et de saint Augustin, le vrai Platon du christianisme, — admirable synthèse de la raison et de la foi, qui ravissait le génie de Bossuet.
Deux systèmes principaux sont en présence, le Thomisme et le Molinisme. I.eurs théories portent sur trois points : accord de la prescience de Dieu et de la liberté des créatures. — accord de l'opération de Dieu et de notre libre arbitre, - gratuité de la prédestination.
l'aul jamais abandonner les vérités nne ioh connues, quelque ilifiiculté qui survienne, quand on veut les concilier ; mais qu'il faut au contraire, pour ainsi parler, tenir toujours forlemcnt comme les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on no voie pas toujours le milieu, par où renchaînement so continue... On peut toutefois chercher les moyens d'accorder ces vérités, jiourvu qu'on soit résolu i\ ne les pas laisser perdre, quoi qu'il arrive de celte recherche. »
Le système moliniste paraît donner à Thomme le premier rôle dans les opérations du libre arbitre. Il établit l'accord entre Dieu et la liberté sur cette base que la science et l'action de Dieu dépendent, en quelque sorte, de la détermination de la cause seconde. Ce sont les théories de la Science moyenne et du Concours simultané, selon les uns, de la Science moyenne et d'une espèce de prémotion non déterminante, selon d'autres. Concernant la prédestination, les molinistes « purs » n'admettent que la gratuité de la prédestination à la grâce : la prédestination à la gloire se fait post prœvisa mérita.
Les thomistes, au lieu de voir une sorte d'antagonisme entre Dieu et la liberté des créatures, posent hardiment dans la volonté et la causalité divine elle-même, comme dans la source universelle et transcendante d'où découle toute perfection créée, le premier principe efficient de tout mouvement libre. Dieu est rigoureusement cause première, comme il est absolument premier être. De là la double théorie des décrets prédéterminants, dans lesquels Dieu connaît nos actes libres, et de la prédétermination physique, par laquelle il les produit. Les thomistes, unis aux congruistes, soutiennent la gratuité directe de la prédestination à la gloire : c'est la prédestination ante prœvisa mérita.
Telle est l'idée générale des deux systèmes.
Notre intention n'est pas d'exposer avec ampleur cette grande controverse. Un résumé, clair
COUP d'oeil historique. 15
•et précis, de la critique du Molinisme et de Texposition du Thomisme ayant paru nécessaire, nous avons osé l'entreprendre. Assurément d'autres, que je connais bien, mes amis et mes maîtres, auraient mis dans ce travail plus de talent, de science, de l'orce et d'intérêt. On regrettera qu'ils ne l'aient point fait. Mais nul, je crois, n'y eût mis plus d'amour de la vérité et du Docteur Angélique.
Commençons par jeter un rapide coup d'œil historique sur toute la controverse. Nous parlerons ensuite de l'appellation nouvelle donnée aux thomistes par les disciples de Molina, et puis, rl'un nouveau document autour duquel les néomolinistes font grand bruit. Le terrain ainsi déblayé, nous passerons à la critique du Molinisme.