Ibid., p
tort de s'épuiser en efforts inutiles, comme on l'a fait souvent, pour soutenir qu'au sujet de la prédestination à la gloire, Molina et Suarez ont dit la même chose. On ne parvient à faire accorder leurs systèmes qu'en enlevant à chacun d'eux toute logique, toute clarté, tout relief, à peu près comme on ne peut faire coïncider les creux et les saillies de deux médailles qu'en les usant l'une contre l'autre. »
Le Congruisme n'est donc pas le Moiinisme.
Or, s'il faut en croire le général Aquaviva, c'est le Congruisme, et non le Moiinisme qui a été défendu par les Jésuites dans les congrégations de Auxiliis. Voici la partie importante du décret de ce général, qui a fait régner le Congruisme dans les écoles de la Compagnie de Jésus, suivant le R. P. de Régnon : « Considérant que, pour l'union des esprits, Tuniformité de la doctrine et la bonne réputation de la Compagnie, il importe de retrancher aux nôtres les occasions d'inventer des opinions nouvelles, surtout dans les matières graves, novas subinde opiniones excogitandi, après longue et mûre délibération, du conseil de nos assistants, nous avons jugé nécessaire de statuer et d'ordonner ce qui suit : Que, dans tous les livres, leçons et actes publics, les nôtres suivent, touchant l'efficacité de la grâce, l'opinion de plusieurs' écrivains de la Compagnie, qui a été exposée et défendue dans la controverse de Auxiliis, comme plus conforme à la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, au jugement de nos Pères les plus gra-
COUP d'oeil msTor.iQUE. 29
ves. Que les nôtres enseignent toujours désormais que la grâce efticace et la sultisante ne diifércnt pas seulement in aclii secundo, parce (|ue l'une obtient son effet par la coopération du libre arbitre, et non pas l'autre ; mais qu'elles diffèrent môme in actu primo, dans ce sens que, supposé la science moyenne, Dieu, dans l'intention arrêtée de produire en nous le bien, choisit lui-même à dessein ces moyens déterminés, et les emploie de la manière et au moment qu'il sait que l'effet sera produit infailliblement; de sorte que, s'il avait prévu l'inefficacité de ces moyens, Dieu en aurait employé d'autres. Voila pourquoi, moralement parlant, et à la considérer comme bienfait, il y a quelque chose de plus dans la grâce eflicace que dans la suflisante, même in aclit primo. C'est ainsi que Dieu fait que nous opérons, et non seulement en nous donnant la grâce avec laquelle nous pouvons agir. On doit raisonner de même pour la persévérance, qui sans nul doute est un don de Dieu'. »
I. Cuin vel ad eani, (jikd ï\\ Conslilutionibiis noslris lanlopere comrnenclalur, animorum conjunctionem, et iiniforinitateiii solitlitaloiriqne doolrinnp, vel nd l)onain Societatis apud exleros existinialionem, ))liiiimiim referai, in rebiis prœsorlini gravioribiis, noslris, quanlutn lieri potesl, ocoasioiiss pra^srindere , novas suhinde opiniones excogilancli, re (lin nudliiinque cuni Patribiis Assistenlihus considerata, an Domino diligenlissirne cominendala : visum est nobis serio statuendiun graviierqiu; mandanduin, ut in Iradt'nda divinœ (jratiœ cf/icacitdte, nos,\v'\ rarn opinionrm seqnantiir, sîve in libris, sivc in lectioniljus ac pnblicis dispulaliojiibns, quae a plerisque socielalis noslra^ scriploribus tradila, ac in controversia de Auxiliis diviiiœ cjratiœ corain SS. PP. piœ
30 THOMISME ET MDLINISME.
On rapporte que ce décret fut promulgué à la demande du cardinal Bellarmin.
« Il est difficile, dit le R. P. de Régnon S d'exposer plus nettement l'opposition entre le Molinisme et le Congruisme. » Sans doute; mais il nous parait difficile aussi d'affirmer plus clairement que la doctrine exposée et défendue par les Jésuites, dans les congrégations de. 4 î/j:'//^ /s, comme plus conforme à renseignement de saint Augustin et de saint Thomas, n'est pas le Molinisme « pur » . mais bien le Congruisme « système complexe, sorte d'intermédiaire entre le Molinisme et le Thomisme : avec le premier sauvant la liberté humaine (par la science moyenne et.le concours simultané); avec le second, plaçant dans un
memoriœ Clémente VI II et S. S. D. N. Paulo V, lanquam magis consentanea SS. Augustino et TliomcBj gravissimorum palruïnjudido, explicata et defensa est. Noslri in posterum omnino doceant, iiiter eam gratiam, quae effectum reipsa habel alque efficax dicitnr, et eam quam sufficieiitem noininant. non tantuin discrimen esse in actu secundo, quia ex usu liberi arbitrii, eliani cooperanlem gratiam habentis, effectum sortiatur, altéra non ilem ; sed in ipso aclu primo, qnod, posita scienlia condilionaliuin, ex efficaci Dei proposilo et inlenlione efficiendi cerlissiine in nobis boni, de industria Ipse ea média seligil, atque eo modo et tempore confért, qiio videl effectum infaillibililer habitura,aliis usurus, si haec inefficacia praevidisset. Quare semirer, inoraliter et in ratione beneficii, plus aliquid in efficaci quam in sufficienti gratiâ est, in actn primo conlineri; atque hac ratione efficere Deum ut reipsa faciamus, non tantum quia dat gratiam qua facere possimus. Quod idem dicendum est de perseverantia quœ procul dubio donum Dei est. 1. Bannez et .Molina, p. <27.
COUP d'oeil historique. 31
décret antécédent la raison absolue de tout acte vertueux et de toute prédestination à la gloire'. » Les amis et tenants de Molina jugèrent alors la théorie congruiste « plus conforme » à la doctrine de révéque d'IIippone et de l'Angélique Docteur. Aujourd'hui le Coiigruisme est regardé comme « une sorte de compromis imposé quelque temps à la Compagnie de Jésus par une prudence cidministrative^ » . Toujours est-il que le « pur » Molinisme ne peut se gloritier d'être sorti indemne des congrégations de Auxiliis, puisque, au rapport d'Aquaviva lui-même, parmi les opinions de Molina, celles que les Congruistes rejettent n'ont été jugées, dès le principe, ni jKir les amis ni par les adversaires de l'auteur de la Concorde, conformes à saint Augustin et ii saint Thomas. C'est pour cela sans doute qu'on ne se mit pas beaucoup en peine de les expliquer et de les défendre ^.
Le texte de la note du pape Paul V vient à l'appui dii décret d'Aquaviva. Pressé par l'ambassadeur d'Espagne d'en venir h une déiinition, le pape aurait répondu ipi'il avait été sursis pour