‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 87 sur 144 · I. Polidore b. 4. u. 37, apud nummermuth · texte numérisé non relu

I. Polidore b. 4. u. 37, apud nummermuth

36 THOMISME ET MOLIMSME.

pies de saint Augustin et de saint Thomas, comme si leurs opinions eussent été frappées d'anathème. Voilà pourquoi le pape Benoît XIII, qui était Dominicain, écrivait aux Frères Prêcheurs en ces termes : « Méprisez magnanimement, chers iils, les calomnies lancées contre vos opinions de la grâce intrinsèquement efiicace et de la prédestination gratuite à la gloire sans aucune prévision de mérites, que vous avez enseignées jusqu'ici (Fune manière digne d'éloges, et que votre École se glorifie avec un zèle recommandable d'avoir puisées clans saint Augustin et saint Thomas, et de trouver conformes à la parole de Dieu, aux décrets des Papes et des Conciles, et aux sentences des Pèi^es ^)> Trois ans plus tard le même Pape portait la défense suivante : « Nous ordonnons que la doctrine de saint Thomas d'Aquin,.et de son illustre Ecole, sur l'efficacité intrinsèque de la grâce et la gratuité de la prédestination à la gloire, soit à l'abri de toute injure, et qu'on ne la présente pas comme d'accord avec les erreurs condamnées de Jansénius, Quesnel et autres sectaires, dont saint Thomas et l'Ecole thomiste ont toujours été fort

'I. « Mnyno animo conleinnite, ililecli lilii, calumnias intentalas sentenliis vesiris de gratia pnesertim per se et ab intrinseco efficaci, ac de praUiila prsedesîinalio'ne ad gloriam sine iilla prœvisione merilorum , qnas laiidabililer liaclenus docuisLis, et quas ah ipsis sanclis docloribus Auguslino et Thoma se hausisse, et verbo Dei, summorumque Pontificnni et Concilioruin decretis, et Palruin diclis, consonas esse Scriola vestra coniniendabili studio gloriatur. » Bref Demissas preces, 6 nov. 1724.

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éloi[,'nés... îSoiis condamnons également tout (krit où CCS calomnies seraient renouvelées par lenvie contre la doctrine de saint Thomas, les Frères [Prêcheurs et autres partisans de la pure doctrine thomiste^ »

Fnlin, le 1 octobre 1755, ii la prière de ceux qui craignaient que les éloges donnés par Benoit XIII à racole thomiste et à ses doctrines ne causassent quelque désavantage aux autres écoles, le pape Clément Xil s'exprimait ainsi : « Nous déplorons grandement Tintolérable obstination de plusieurs a prétendre que les censures de la constitution fjiifjeniltis frappent la doctrine de saint Augustin et do. saint Thomas sur reflicacité de la grâce... Cependant, nous ne voulons pas que les éloges donnés par nous et nos prédécesseurs à

'I. « Sub divini iiileiiiiiiiatione jiidicii, ilerumque sub caiionicis pœnis, oiniiibiis et singulis Clirisli fiileUbus inandamus, ne docliinam meiiiorali saiicli docloiis (Thoinse A(iuiiiati.s), ejusque insiuiieni in ecclesia Scholam, pricserlini ubi, in eadeni ScJiola, de divina gralia per se et ab inlrinseco etVicaci, ac de gratuila pnedeslinalionc ad gloriarn sine ulla nicriloruin pnevisione agalnr, nllaleiiusdiclo vel st-riptu ronlunieliose ini[)elanl, ac veUUi consenUenlem cum damnalis ab aposlolica sodé .lansenii, Quesnelli cl alioruin, erroribus Iradncanl, a (jnibiis S. Thomas el veia Schola ibomislica quam longissune abesl el abl'nil... Damnanuis ileni folia , thèses et hbros anleliac lypis impressos, vel eliani ((luod Densaveiial) impriinendos, in (juibus ad procreandani seii fuvendam doclriiwe S. Thomie, l^a-dicaloruni Ordini, abisque {.'enuinie thomistic;e doclrinîB assecUs, invidiam, designal;e atijne damnal:u a nobis cabininiaî asseiiive renovanlur. » Consl. l'reliosus, 20 mai 1727.

l'Ecole thomiste ôtent rien à Taiitorité des autres écoles catholiques , qui diffèrent de sentiment avec cette Ecole sur la matière de la grâce efficace ^ . »

Ces actes pontificaux vengeaient l'Ecole de la grâce intrinsèquement efficace et de la prédestination gratuite, des calomnies lancées contre elle par les sectaires et certains ennemis de Jansénius, et lui reconnaissaient officiellement le nom d'Ecole thomiste. Il est en effet constant que, dans le style officiel des brefs, la véritable Ecole thomiste, vera Schola thomistica, est celle qui enseigne l'efficacité intrinsèque de la grâce et !a gratuité directe de la Prédestination a la gloire ; que l'enseignement de ces doctrines est digne d'éloges, laudabiliîer clocuistis, au dire des Papes; enfin, que ces doctrines sont très éloignées de l'hérésie luthérienne et janséniste, qiiam lonyissiine ahest et abftiil.

4. Magnopere dolemns plerosqiie eliam nunc intolerabili perlinacia conlendere censuris laudatse consliUilionis (Unigenilus), doclrinani SS^. Auguslini et Thomas de divinae graliee efficacia esse persUictam... Mentem lameii eorumdern prsedecessoriun «loslroruiii (Clérnent XI et Benoît XIII} con:pertam habentes, nolumus, aut per noslras, aut per ipsoruni laudes thomistica? Scliol* dekUas, quas ileralo nostro judicio coiuprobamus et confirmainus, quidquam essedetractuii» cœteris calholicis scholis, diversa ab eadem in explicanda divina) graliae efficacia senlienlibus. »

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Cependant, ces brefs n'apaisèrent pas entièrement les esprits. La discussion se poursuivit avec chaleur dans les universités et les écoles de théologie. Bien que, au grand détriuient de la religion dans tout l'univers, la Compagnie de Jésus disparût de la scène pour quelque temps, et malgré les fureurs de la tempête qui au dernier siècle fondit sur l'Église et la société, la grande question des rapports de Dieu et du libre arbitre resta posée devant la raison chrétienne et ne cessa point d'agiter ks maîtres et les disciples. Comme les problèmes qui touchent à l'origine et à la lin des choses, elle provoque par son obscurité même l'attention curieuse et Teffort inquiet de l'esprit. La lutte a mort engagée de nos jours, sous toutes les formes et sur tous les champs du savoir humain, entre le rationalisme impie et la foi catholi(]ue, ne la fait point oublier. A mesure que la scholastique revient en honneur, le Thomisme et le iMolinisme retrouvent de plus ardents champions. Surtout depuis que Léon XIII, dans sa mémorable Encycli(iue /E ter ai PcUris, a montré la philosophie de l'Ange de TEcole comme la base nécessaire du magiiilique édilice de la science chrétienne, on voit se multiplier les efforts de ceux qui craignent i)our leur système l'intluence du nom de saint Thomas.

Il y eut d'abord un écliange de lettres publiques entre le R. P. Beaudoin, des Frères Prêcheurs, et le R. P. Mazzella, de la Compagnie de Jésus, aujourd'hui cardinal. Mais il paraît que Molina était surtout fort maltraité en Allemagne. Pour l'honneur de son ordre, le P. Gérard Schneemann. Jésuite, publia à Fribourg en Brisgau, il y a sept ou huit ans, un volume intitulé Controversiarum de dioinœ gratiœ liherique arbitrii concordia initia et progressus. Assez indigeste et lourd, ce travail a été vulgarisé en France par le R. P. Th. de Régnon, jésuite, dans quelques centaines de pages lestement et agréablement écrites sous ce titre alléchant : Banez et Molina. En même te-mps. un ancien professeur de théologie, iM. l'abbé Lesserteur, vint a la rescousse du Molinisme avec une forte brochure intitulée. Saint Thomas et le Thomisme. Une remarquable lettre du cardinal Pecci, dans laquelle le Thomisme et le Molinisme étaient critiqués, parut vers cette époque, et le R. P. Guillermin, de l'Ordre de Saint-Dominique, publia quelques articles dans les Annales de phibsophie chrétienne pour exposer contre les molinistes la véritable pensée du savant cardinal et défendre contre lui la doctrine Thomiste '. En outre, on écrivait, suivant l'usage, dans les revues et les journaux à la louange de ces auteurs. Cependant,

\. Ces articles oui élé réunis on brocJmre sous ce titre : VOpuscule de S. E. le cardinal Pecci. Exposé critique. Paris, au bureau des .Innales de Philosophie chrétienne, lue de la Cliaise, 20.

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un Dominicain belge, le/^ P. Dammermulh, s'éleva avec lorce, dans un gros voliinric écrit en latin, contre la principale assertion du P. Sclineemann. Son ouvrage, publié à Paris en 188G, est une démomtraûon complète, par l'étude critique des textes et l'autorité des anciens docteurs, du véritable sentiment de saint Thomas sur le concours de Dieu aux opérations des créatures, en particulier des causes libres ^ Le R. P. Uaudier, Jésuite, a essayé d'y répondre dans cinq articles que la Heoue des sciences ecclésiastiques a donnés en I8(S7. Enlin, M. l'abbé Lesserteur, poursuivant sa tâche, a lancé contre les thomistes une seconde brochure : Saint Tlio)nas et la Prédestination-. Plus récemment encore , un dominicain d'Autriche a publié un petit volume contre la Lettre du cardinal Pecci.

Il va sans dire que, pour le fond des arguments et de la doctrine, on ne trouvera dans tous ces ouvrages, non plus du reste que dans notre étude, rien qui n'ait été déjii dit et ledit bien des lois. La seule chose qui nous [)araisse digne de remar- (pie, c'est l'attitude nouvelle des molinistes français, représentes i)ar le \\. P. de Hégnon. ils veulent, disent-ils, suivre Molina et Lessius plutôt (jne Suarez, Bellarmin et les congru istes, malgré le iameux décret du général Aquaviva. Néanmoins, ils abandonnent Molina, tant sur le « médium »

1. Sunclus Tfiomas et doclrina in'œmolionifi iihi/siae. lUireaiix île \' Année Dommicaine, rue du I5ac, Di, Paris.

de la science moyenne que sur le concours simultané. Pour eux, « de toutes les explications proposées sur la manière dont Dieu connaît les futurs conditionnels, aucune n'est complètement satisfaisante, » et, de plus, « saint Thomas ne comprenait pas Faction divine dans les créatures comme les partisans du concours simultané. » Leur opinion est « qu'il faut renoncer à expliquer le comment de la science moyenne, » mais affirmer toujours hardiment cette science. Quant au concours divin, ils croient nécessaire, pour être thomistes, d'admettre « que la cause première meut réellement la cause seconde, et qu'une intuience de Dieu, dans toute action, tombe sur la cause avant de parvenir à l'effet. » C'est une certaine prérnolion physique. On ne l'appelle pas ainsi , « parce que ces mots ont acquis dans la langue thomiste une signification malencontreuse et fausse, » et parce qu'on ne conçoit pas que cette prémotion paisse être une prédétermination. La motion divine, dit-on avec saint Thomas, est déterminée à telle espèce d'acte, particularisée et spécifiée en quelque sorte, par la cause seconde où elle est reçue : ce que les thomistes enseignent aussi ; mais on ne semble pas vouloir accorder que cette même motion fasse infailliblement -passer la cause seconde à l'acte, ou à l'exercice naturel de sa vertu active. Tel est, en somme, le Néomoiinisme de quelques jésuites français ^

1. Bannc'z et Mulina, pp. 113, i72, 114, 117-120, 178,, 479, IS'I.

LE IJANNÉSIANISMr: DES THOMISTES. 45

Pour s'affermir dans leurs positions, ils accusent les Thomistes de n'être que de simples Bannésiens, et ils s'arment contre eux d'une note manuscrite, récemment découverte, du Pape Paul V. Disons d'abord un mot du prétendu Bannésianisme des thomistes.

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