CHAPITRE TROISIEME
LE BANNK81AMSMK DES THOMISTES.
Léon XIII, dans l'Kncyclique /Eterni Patris, a fait aux évèques cette sage recommandation : « Prenez soin que la doctrine de saint Thomas soit puisée a la source, ou du moins aux ruisseaux (pii en sortent, et où, de l'avis unanime des docteurs, coule une eau pure et limpide. Ecartez, au contraire, les jeunes gens des ruisseaux grossis d'eaux étrangères et insalubres, quoiqu'on dise qu'ils naissent de la source mème^ »
1. « rSe aulein supposiui pro vera, lieu corrupla pro sinrera l)ibaliir, providele ni s;\j)itMilia Thoiiue ex ipsis ejns roiilibns liauriatur, aiil sallem ex lis rivis, quos ab ipso fonte (leiluclos, ailluic inlegros el illinies decurrere cerla et concors (loclorurii horinnmn senlenlia est : seil ab iis, qui exiiulc lluxisse dituiiiUir, rc aulein alienis el non salubribus aijuis creverunt, adulesconliuin animes arceiiilos curate. » — On peut rapprocher de ee b^xle le passau'e snivanl il'une lellre de Léon XIII an cardinal de Li.ca i el.it ive à la iiou-
Il a semblé à quelques molinistes que, dans ces paroles du Pape, les esprits malavisés étaient exposés à prendre les ruisseaux a l'eau pure et limpide pour les théologiens de l'École thomiste, et les ruisseaux a l'eau trouble et malsaine ponr les livres de l'École de Molina. Voilà pourquoi ils se sont empressés de réclamer pour eux et leurs théories la qualification de thomistes, tandis qu'ils affectent de donner aux anciens thomistes le nom nouveau de bannésiens. Non seulement, disent-ils, les bannésiens n'ont pas le droit de revendiquer exclusivement pour eux le titre de thomistes , mais ils n'ont pas même le droit de prétendre a ce titre, car saint Thomas, loin d'enseigner leur doctrine, en professe évidemment une tout opposée. Il faut donc considérer les bannésiens comme les ruisseaux gonilés d'eaux étrangères et insalubres, dont les Pasteurs doivent défendre l'accès à rinexpériencc avide et curieuse des jeunes étudiants ^ Quant aux molinistes, ils sont les héritiers de la vieille École de saint Thomas. Tandis que les Dominicains s'égaraient sur les pas aventureux de Bannez, la Compagnie de Jésus recueillait
velie édilion des œuvres coniplèles de sainl Thomas. « Nous ferons éditer conjoinlement les CoiiuDenlaires des illustres interprètes du saint Docteur, Cajélan et Ferrai'iensis, qui sont les ruisseaux où coule à pleins bords la doctrine de ce grand homme. » Cajétan et Ferrai'iensis sont deux. Doininicains qui vivaient plus d'un demi-siècle avant les fameuses disputes. L'un et l'auti-e sont, thomistes.