Lesserteur, Saint Thomas et le Thomisme^ introduction
LE RANNÉSIAMSME DES THOMISTES. ^Vy
avec amour les doctrines de cette Ecole vénérable, et l'esprit du Docteur An<,rélique passait dans ses théologiens. Ainsi parle sans fausse modestie le P. Sclineemann^. C'est donc chez les molinisfes qu'on doit aller avec conliance pour puiser aux ruisseaux qui contiennent l'eau pure et limpide du vrai Thomisme.
En conséquence, on ne craint pas d'at'lirmer que les soi-disant thomistes ne sont pas véritablement thomistes, mais bannésiens, et que les iidèles disciples de saint Thomas ce sont lesmolinist(\s. Voilii ce que les néomolinistes crient aujourd'hui sur les toits pour former l'opinion en cette matière et entraîner dans leur système les esprits enclins a suivre saint Thomas. Quoique tout notre travail soit destiné it faire voir (juels sont les vrais thomistes, il nous a paru bon de présenter d'abord ciuelques arguments historiques propres ii ouvrir le chemin a la vérité dans les esprits sincères, et a détruire la fausse impression produite peut-être sur les âmes contiantes par les assertions plus audacieuses que fondées du x\éomolinisme.
Voici donc quelques preuves extrinsèques a l'appui de ces propositions : 1" Hannez n'est pas l'auteur du thomisme; ^2" les thomistes ont vraimiMit saint Thomas [)our maître; TV' h» Molinisme n'a point de racines dans les théories du saint Docteur.
"2. " 'r;uii]!iain por mamis Iradita, vrloiis Schola) S. Thomas (loi'UiiKi, iii iiovain reliL'ioiiem Sorielatis Jesii translata, siromio (.'xplioata al(|ue ainplificala esi . »
46 THOMISME ET MOLIMSME.
Un fait bien capable de frapper les esprits non prévenus et de les mettre en déiiance contre la réclamation des néomolinistes, c'est le peu d'autorité et d'iniluence que les théologiens de l'École appelée thomiste reconnaissent à DominiqueBannez dans le développement scientifique de l'ancienne doctrine sur l'efficacité de la motion divine et la gratuité de la prédestination. A peine le nommentils, et jamais comme l'inventeur ou le propagateur ni d'une théorie, ni d'une formule. Tandis-que, à l'origine, les molinistes se gloritiaient, avec le jésuite Valentin de Hérice, de ce que « les premiers patrons de la science moyenne étaient de la Compagnie, comme Molina, leur chef; » les thomistes, au contraire, qu'il s'agisse des décrets prédéterminants, de la prédétermination physique, ou de la réprobation, n'invoquent jamais le nom de Bannez comme celui d'un coryphée. Ce n'est pas qu'on ait à rougir de suivre les sentiments de Dominique Bannez. Il fut un maître fameux de son temps par l'éclat de son enseignement et la solidité non moins que l'étendue de son savoir théologique. Le R. P. de Régnon en parle en ces termes : « Il est, dit-il, une des plus grandes figures d'une époque féconde en illustres théologiens... Pour son éloge, il suffit d'un témoignage : c'est celui d'une femme que l'Église honore comme un doc-
leur (kins les plus hautes voies de la théologie mystique. Sainte Thérèse, si prudente dans ses choix, l'avait pris pour confesseur et déclarait qu'elle était comn)e fascinée par lui^ » Il n'était pas moins modeste que savant théologien et habile directeur, car on rapporte que, malgré les instances de ses disciples et de ses admirateurs, il ne se résolut a publier ses leçons que sur un commandement exprès du Maître général de son Ordre. On l'appelait avec quelque pompe Prœdarissimum jiibar îlhpania'. Néanmoins, encore que son grand mérite soit reconnu de tous, Bannez n'a jamais été regardé ni cité par les thomistes comme leur chef et leur maître dans les démêlés avec l'École de Molina. C'est en vain qu'on parcourrait les écrits de l'École prémotionniste, depuis les travaux d'Alvarez et de Lémos jusqu'au récent volume du P. Dummermuth, pour y chercher seulement des traces de cette prétendue origine bannésienne. Saint Thomas, voilà le seul maître unanimement acclamé ; la Somme, telle est la source où tous puisent avec abondance leur enseignement et les principes de leurs théories. Nul ne se met en peine s'il est d'accord avec Bannez ; il suffit à chacun de perpétuer pour sa part dans les écoles la solide doctrine de saint Thomas d'Aquin. en y joignant, comme il est juste, ce que le progrès des études théologiques apporte de siècle en siècle au développement scientiUque de la tradition. « Dans