‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 92 sur 144 · Op. cil , p · texte numérisé non relu

Op. cil , p

2. Kxetiiple : « StMihl. r)annos, iM riim oo Thomistae (jiiiilam, iiilor quos Mediiia, Capreolwn docero, Deum viovere 'juidein et delerminare volunlalein ad actus bonos, ininiinè verù ad acius iiialos (iil acUis siml) : el liûc ralione dicit lianiios (]api-eoIii:i: parlim coiisenliro senlonliae (inolinislaniini. » Hamuv. n'avoiii' donc pas (pie (>apréo!iis soit anliprcdé!enniiusl(». CliosiMMirioiiso ! le jésuile Jean Azor pre- IcMtl (pie Harmez cl .Médina ont mal cnleiidn ('.aprooliis, et i]uo celiii-ci ne lejolle pas la préjélei ininalion à l'acle mauvais, ut acliis est, mais seulLMueiil itt malus estj ce qui est liés Uimnisle.

des docteurs de la Compagnie de Jésus que nous avons cités plus haut, Suarez, Bécan, les théologiens de Coïmhre. Tous reconnaissent, en effet, Ferrariensis pour un prémotionniste, et plusieurs nomment aussi Capréolus. Quant à Cajétan, si quelques passages de ses Commentaires, dans lesquels il répond aux sublilités de Scot, font difficulté, un très grand nombre d'autres expriment évidemment Vidée essentielle de la prédétermination physique, a savoir, que la cause seconde a besoin pour agir de recevoir en elle-même, a titre de complément de sa verUi naturelle, une certaine participation de la vertu divine qui l'applique efticacement a l'action. Les critiques de Bannez sur quelques textes de Cajétan, Ferrariensis et Capréolus, ne sont donc pas une preuve manifeste que ces illustres thomistes soient opposés au système de la prédétermination '.

Il n'y a pas d'autre argument positif en faveur du Bannésianisme des thomistes. On voit si les néomolinistes sont fondés à refuser aux thomistes ce nom glorieux et à leur attribuer à la place celui de bannésiens^.

1 . p. Dummermiilh, op. cil, p. 454-506, 588. Nous exposerons plus tard la doclrine de Cajétan, de Ferrariensis et de Capréolus. " ,

2. Sur l'origine et l'usage du mot « prédélerminalion physique, >» voir Lémos, Panoplia, I. 3, 1 part., tract. 1, cap.l. — Cette expression n'est pas du tout de provenance bannésienne.

Mais, si les tliomistos no sont pas (ios sectateurs de Bannez, ont-ils bien le droit de passer pour les disciples iidèles de TAnge de FEcole?

Afin de rendre leur usurpation manifeste , M. Tabbé Lesserteur a fait, non sans peine, de ci de là, à travers les œuvres du Docteur Angélique, un gros amas de textes énormes. Il en a trouvé tant et tant, et si forts, si clairs, si péremptoires, qu'il ne peut s'étonner assez du servile aveuglément des bannésiens, qui osent depuis tant de siècles se parer religieusement d'un titre dérobé, et de la naïveté complaisante des molinistes, (jui n'ont pas su mettre iin à cette sacrilège duperie. Il n'est pas encore temps pour nous d'exposer la doctrine de l'Ange de l'Ecole. Le moment venu, nous essayerons de montrer a M. Lesserteur que les œuvres de saint Thomas ne sont pas si incornuies de tous ({u'il parait le supposer, mais (pie bannésiens et molinistes les lisent depuis longtem[)s , au grand jour, avec indépendance d'esprit, et sans excès de naïveté. Aujourd'hui il sulTit il notre but d'établir, sur l'autorité des maîtres, le droit des prémotionnistes a la dénomination si convoitée de thomistes.

Le l{. P. Schneemann a fait, parait-il. une merveille d'érudition dans le même but que M. Lesser-

teur. « Il déploie, dit le R. P. de Régnon ^ um richesse incomparable de témoignages , passan en revue tous les anciens théologiens et spéciale ment ceux de l'Ordre de Samt-Dominique. Tou parlent le langage moliniste bien avant Molina. i

En vérité, c'est grand dommage que le P. Schnee mann n'ait pas collaboré au livre de la Concorde Il eut sans doute appris à Molina à lire les vieu: théologiens, à voir partout chez eux ses principe; et son système, et jamais on n'aurait lu dans 1; Concorde ces remarquables paroles : « quœ si dati explanataque semper fuissent... a iieinine, qiien vider im, hucasqiie tradita. » Peut-être même c fameux ouvrage n'eût-il point vu le jour. Ca n'est-il pas ridicule de s'acharner à rétablir l; concorde entre des vérités dont tout le mondi voit clairement le parfait accord et l'explique di la manière qu'on veut l'exposer. Que l'ignoranci de Molina a été préjudiciable au Molinisme ! Que dommage que l'auteur de la Concorde n'ait pa subi la docte influence d'un critique allemand ! E quelle hallucination a été celle des Dominicain de ne point reconnaître dans Molina le fidèle éch( de leurs vieux maîtres, et de prendre la voix di nooateur Bannez pour celle de saint Thomas et di toute son École !

Mais venons au fait. Afin de répondre savam ment au P. Schneemann . le P. Diimmermutl s'est complu à « déployer » une aussi riche éru

'1 . Bannez et Molina, p . 1 4.

LR BANNÉSIANLSME DES THOMISTES. (iô

dition. Tous les grands théologiens du quatorzième, du quinzième et du seizième si^ècles sont •appelés en témoignage, depuis Gilles de Rome jusqu'aux plus anciens d'entre les molinistes. Ce n'est pas nne simple enfilade de textes; la dis- -cussion critique y tient une large place. Il était néicossaire, en effet, de rappi^.ler au P. Schneeniann qn'on ne doit pas chercher dans les auteurs qui précédèrent la controverse une terminologie rigoureuse et précise, mais ({u'il suffit d'y trouver ^clairement la snbsiance des opinions et des raisonnements. Il fallait en outre réparer quelques omissions regrettables pour le Thomisme, com[)léter les passages dont les parties contraires au Molinisme ont été négligées^, montrer que plu-

1. Voici un échanlilion du procédé de Schneemann. C'est un texte du K^e Père Komée, qui fui niaîlie général des Frères Prêcheurs de 1546 k 1553. « Ponamus, dil-il, qiiod duo îcqualiler peccaloves, pula iNabiichodonosor et Pliarao,

sint œqualiter speciali Dei motiune prœvcnti l'ndenam

igitur est quod convertilnr Nabnchodonosor, Pharao contra durescit?... (Qnia) //i liberlale aitracli hominis e^t. sequi vel non .^cqui divinae motionis atlracliim. » Le P. Schneernann coupe ici 1' texte et conclut au inolinisme du P. Romée. .Mais le P. [{oiiiée poursuit en ces it^nies : << VtMunilanien propler hoc non (juiescil iiil<'llecliis quîesliouis : .^iijuideni quod Nabuchf^donosor divinuni seiinalur allractuni, (pianivis libère seqiialur, a pn^veniontc motionis Dd efficivià «5/,- qtiod \eio Pharao tnovcnlis Dei non sequalur allrac tum, ex libéra nimirun) Pharaouis est volunlate. On;vril •erjïo huinaua mens, (piuiii iili duo sinl a-ijuales in cnIpA, cur élia(n non requali eflicaci;\ pi-;eveniantur, ul divinuni

ambo serpianlur impulsuni Pulsanli Deo . si voIuuïus,

aperinius ; sed ul creilainus, veliinus, pulsanli aperianius,

64 THOMISiME ET MOLINISME.

sieurs textes ne font difficulté qu'à ceux qui n'entendent pas bien le Thomisme, en appeler enfin contre les phrases écriles incidemment à propos de questions différentes, aux endroits où les points sur lesquels roule la dispute sont traités ex professo. Le P. Dummermuth a fait en cela œuvre de maître, et quiconque voudra bien lire avec attention cette partie de son travail, verra clairement que ce n'est pas sans raison que, dans les brefs des papes Clément XI, Benoît XIII et Clément XII, l'Ecole de la grâce intrinsèquement efficace et de la gratuité directe de la prédestination à la gloire est officiellement nommée la véritable Ecole thomiste, veï^a Schola tliomistica. Si je ne craignais de fatiguer le lecteur, je ferais une chaîne forte et serrée de témoignages écrasants pour les prétentions du Néomolinisme. Qu'il me soit permis du moins de citer ceux de quelques molinistes illustres. Leur embarras à interpréter les textes, leurs dissentiments et leurs aveux feront bien voir que le Docteur Angélique

ipse Deus facit in nobis, voluntalem noslram efficaci sua motione praveniens... .lam itiilur conlilernur quôd efficaciori motione movil Deus cor Nabuchodonosoris , qucàm Pharaonis. Gur ergô nos prae aliis, aut Nabuchodosorèm prœ Pharaone efficacius movet Deus? » El le- P. Romée répond par la doctrine contenue in 3 Cont. genl. cap. 461 (apnd Dummermuth, p. 308-313). Tei est le procédé du critique allemand : s'arrêter à ce qui est dit de la cause seconde, ne pas s'élever jusqu'à la cause première ; opposer ce que les uns disent de la cause seconde à ce que les autres enseignent sur l'efficacité de l'action de Dieu.

LK banni^siamsmf: des thomistes. 65

ne s'est pas si ouvertement déclaré qu'on ose le dire contre les opinions de la véritable Ecole thomisie, comme l'appellent les Pontifes romains.

Le témoigna;-,^e des molinistes est d'autant plus considérable, que naturellement ils sont portés h dire et à se persuader que l'Ange de l'Ecole ne leur est point opposé, car il n'est pas de vrai tlH'ologien qui fasse bon marché de l'opinion du saint Docteur. Tous s'efforcent au contraire de se couvrir de son nom, de s'abriter sous une phrase extraite de ses ouvrages, de montrer au moins qu'il n'a pas combattu leur sentiment particulier. Voilii pourquoi, lorsque des hommes d'un vaste savoir et d'un talent remarquable, après s'être efforcés de se concilier saint Thomas, reconnaissent (lu'il ne leur est pas clairement favorable, ou même qu'il enseigne une doctrine opposée a celle qu'ils proposent, surtout si ces théologiens ne s'accordent pas entre eux pour interpréter les textes du saint Docteur, tandis que leurs adversaires sont unanimes it le regarder comme leur chef et leur maître, on peut être assuré qu'en effet l'Ange de TEcole n'est pas du sentiment de ces théologiens, et tenir i)our probable qu'il professe les opinions contraires.

Il est certain que Molina ne distinguait pas nettement la pensée du saint Docteur. « J'avoue ingénument, dit-il, qu'il m'est très diflicile de comprendre quelle est cette motion et apj)lioation, inolioiicni et applicalionon hanc, que saint Thomas exige dans les causes secondes. » Il ajoutait à la

vérité que « peut-être saint Thomas ne différait pas d'opinion avec lui ». Par cette manière de parler, il tâchait de ne point paraître opposé de sentiment au saint Docteur touchant le concours simultané, « qui ne touche pas la cause seconde et tombe directement sur l'effet ». Mais ce doute lui-même prouve bien qu'il n'est pas tout à fait clair que saint Thomas soit moliniste, et que la difficulté de Molina à l'interpréter dans son sens n'est que trop réelle et malaisée à vaincre. Du reste, il y a des molinistes qui reconnaissent expressément que saint Thomas n'a point enseigné le concours simultané, et que son opinion sur €e point est toute différente de celle de Molina.

Pour Suarez, il a dit d'abord avec ing-énuité que saint Thomas enseignait la prédélerminalion physique dans la troisième question de potentîâ (article 7). Ensuite, éclairé, croyait-il, par Capréolus et Cajétan, et surtout moins ingénu, il a retiré ce qu'il avait avancé, non toutefois sans quelque appréhension, car il ajoute que, si sa glose parait insuffisante et contraire au texte, on peut s'en tenir au premier sentiments D'où il apparaît que le concours simultané ne doit pas être très visible dans ce passage, non plus que dans les autres où cette question est traitée, car le langage et les arguments du saint Docteur sont toujours les mêmes.

1. « si alicui visum fuerilvim a'.iqnam inlerri illi lillerae, potest persislere in priori responsioue a nobis data » (Apud Dummermulh, op. cit., pag. 216, noie.)

Nous avons cité plus haut (page 49, notes) les témoignages des théologiens de Coïmbre et du <:élèbre Décan pour le Thomisme de saint Thomas, de Capréolug et de Ferrariensis.

Le cardinal Hellarmin parle dans le même sens. « Une autre manière, dit-il, de concilier le libre arbitre avec le concours divin, peut-être même la plus probable, fartasse etknn probabillor, est celle de saint Thomas, qui enseigne que la coopération de Dieu avec les causes secondes libres est de telle nature que Dieu meut celles-ci et les applique il agir, sas mooet et applicat ad opiis. Cette opinion est très conforme, vuldè consentanea, à rÉcrilure, à la Raison et au principe de la subordination des Causes secondes à la Cause première ^ » Ailleurs, il exprime la pensée de saint Thomas en ces termes : « Dieu incline la volonté à agir, efjlcienter et physicè eam movendo et determ'uiand') ad unicm » 2. Jl dit même qu'il est impossible que, sous cette motion physique détermi- ^ant(^ la volonté n'agisse pas, impossihile esse ut voliintas non moveatar. Il ne faut pas croire cependant que Fillustrc cardinal reconnaisse dans saint Thomas la i)rédêtermination [)hysique de TKcole thomiste. D'ai)rès lui, cette force transitoire que Dieu imprime dans la cause seconde, et que saint Thomas compare au mouvement que l'ouvrier -communique à l'instrument dont il se sert, n'est

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