‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 93 sur 144 · Ibid., cap. H · texte numérisé non relu

Ibid., cap. H

pas quelque chose de surajouté à la puissance de la cause que Dieu fait agir'; mais, ce qui est surtout digne de remarque, c'est que la motion divine présuppose dans la volonté une certaine délerminalion négative, qui n'est rien de réel, quoiqu'elle précède la motion de Dieu et l'acte libre de la cause seconde. Il n'est pas facile de concevoir cette détermination, et je comprends que Suarez l'ait jugée contraire à la pensée de l'Ange de l'Ecole et qu'il dise en termes assurément trop discourtois : « Elle est contraire à la vérité théologique, pleine d'inconvénients et d'absurdités 2. » Il n'en reste pas moins que, d'après Bellarmin, le concours simultané des molinistes n'est pas l'opinion de saint Thomas , et que ce serait plutôt la prédétermination physique des thomistes.

Citons quelques passages de Tolet dans son Enarratio in S. th. s. Thomœ Aq., laquelle n'a été éditée qu'en 1869. Cet illustre cardinal naquit en 1552 et mourut en 1596. Il paraît avoir écrit V Enarratio sur la iin de sa vie, au début des controverses. Son témoignage a d'autant plus d'autorité qu'il se montre lui-même dans cet

1. (c ViVtus a Deo impressa per modum transeuntis, dùm causa secunda operalur, non distinguitur ab ipsà virtute nalurali, sed est illa eadem , qualeniis illfi Deus ulilur ad illani aclionem. » (Loc. cit., cap. 16.)

2. « Facile ostendi polest quam sit aliéna a veritate Iheologicâ, et qiiot absurda, ne dicam incommoda, ex illâ sequanlur. » (Ap. Duramermuth, page 285, note.)

ouvrage partisan d'opinions diiïérentes de celles des thomistes ^ Mais Tolet avoue avec franchise ce dissentiment. Il reconnaît donc expressément que, d'après saint Thomas, Dieu meut la volonté et l'applique à l'acte de telle sorte, «< qiwd Dem déterminai volnntatem ad operandam, quia priUs natnrâ est causalitas Primœ Causœ in secandam. » Il dit ailleurs : « Quidam lenent creaturas esse ut Dei instrumenta quibus operatur, ità ut Deus moveat et priùs naturâ ipsas applicet ad opus determinando : cujus sententiœ fuit S. Thomas. » Tolet reconnaît en outre que cette motion de Dieu est reçue dans la cause seconde, et que c'est une impulsion réelle transitoire surajoutée ii la puissance naturelle, comme celle que l'instrument reçoit de la main de l'ouvrier, « in qud motione causa secunda, ultra virtutem propriam productivam , recipit a Deo aliam, sed per modum transeuntis, quamdiii durai .motio divina ad opus. » On voit par ces textes que, suivant Tolet, saint Thomas n'est pas moliniste, mais thomiste purement et simplement'^. C'était aussi le sentiment du jésuite Pererius dans son livre des Principes de la nature, qui parut en 157^, du jésuite Jean Azor dans ses Institutions morales, et de plusieurs autres moins connus '-K

1. 1! semble avoir suivi ces dernières dans les Commentaires sur la physique d'Arislole, qui furent publiés A Venise en 1o73, a\anl les disputes.

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