‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 99 sur 144 · Bannez et Molina · texte numérisé non relu

Bannez et Molina

2. Fji voici iioiil-rlro !;\ rais(>ii . d'après liellannin : « If\

Ce n'est pas tout, et la note de Paul V n'est peut-être pas inoffensive pour le « pur » Molinisme. En effet, ne serait-il pas intéressant de rechercher quelles sont ces propositions, dont Bellarmin et Pinelli demandent la condamnation solennelle par une bulle, et que les deux partis, thomiste et congraiste, réprouvaient unanimement? Oa sait ce que les congruistes accordaient dans les Congrégations. A leur avis, les propositions du « pur » Molinisme ne contenaient pas la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, qui est celle de l'Église dans les matières de la grâce. Serait-il illogique de conclure que les propositions, pour la condamnation desquelles les deux partis étaient d'accord, sont celles là mêmes qui expriment l'essence du Molinisme « pur »? C'est un point k élucider. 11 reste donc encore un nuage sur le système de Fauteur de la Concorde, et les thomistes pourront encore dire qu'il n'est

qua re sita sit gratige efficacia ? — Prima opinio eoruin est, qui gratiain efricacem constiluunt in assensu et cooperalione humana, ita ut ab evenlu dicalnr gratia elTicax, quia videiicet sortitur effectum, et ideo sorlilur effeclum, quia voluntas humana cooperalur... Hœc opinio aliéna est a sententia B. Augusiini, et, quantum ego exislimo, a sententia etiam Scripturarum divinarum. » (Controv. de Grat. et lib. nrb. lib. I, cap. \t.) — Quant à l'opinion de îa prédestination à la gloire post prœvisa mérita, voici le jugement de Bellarmin : « Haec opinio non est ullo modo errori Pelagianorum, aut Cassiani et Fausti affinis, et videlur aliquando ipsius etiam Augustini fuisse... Verumtamen est p arum congruens cum Scripturis, et libris Augustini posterioribus , et ipsa ratione. m (Ibid. lib. I, cap. Id.)

LA NOrn MANUSCIUTE DE PAUL V. 85

|)as tout à fait clair que le « pur Molinisme >• n'ait pas été jugé cligne de censure et sur le point dètre condamné.

Mais si le Molinisme ne retire aucun avantage <le la note manuscrite de Paul V, le Thomisme n'en reçoit-il pas un grave détriment?

On lit, en elïct, dans cette note que deux cardinaux illustres, Bellarmin et Duperron. affirmèrent que « l'opinion de la prédétermination pliy-. sique était de Calvin et de Luther » , et qu' « elle avait été condamnée dans la sixième session du Concile de Trente » .

Examinons d'abord la première assertion, h savoir que l'opinion de la prédétermination physique est de Calvin et de Luther. Après l'avoir formulée, Bellarmin ajoute avec bienveillance que les Dominicains sont fort excusables, « parce qu'ils n'ont pas vu les livres des hérétiques » .

Le dirai-je? je ne puis me défendre de soupçonner que ce n'est pas sérieusement et de sangfroid (lue rillustre jésuite , auteur des Coutrovemes, a aggravé d'une excuse si surprenante une pareille accusation. Avait-il donc oublié que l'étincelle qui alluma le vaste incendie de la réforme ce fut la jalousie de Luther contre les Dominicains, et que par suite l'honneur des fils de saint

Dominique se trouvait doublement engagé dans la lutte contre Fhérésie? Ne savait-il pas que depuis l'inquisiteur Tetzel, le docte Priérias, le savant cardinal Cajétan, les Frères Prêcheurs soutenaient de toutes parts le combat de la foi contre les sectaires qui assaillaient alors la chrétienté? Ignorait-il la haine que les protestants ont portée dès le principe à ce grand Ordre de Saint-Dominique, dont la plus belle gloire est de garder et de faire valoir comme un héritage de famille la doctrine de saint Thomas^? Ne sentait-il pas que le cri de fureur et de blasphème poussé par un infâme apostat conire l'Ange de l'Ecole : lolle Thomam et dissipabo Ecdesiam, résonnait dans toute la réforme comme une clameur de colère contre les défenseurs nés du Thomisme, et chez les Frères Prêcheurs comme le coup de clairon de l'ennemi qui excite le courage et ranime l'ardeur au combat? En vérité, les frères de Tetzel, les disciples dévoués et fidèles du Docteur Angélique, surtout un Lémos et un Alvarez, ces illustres tenants du Thomisme dans les congrégations de Auxiliis, n'ont pas besoin d'être vengés de l'excuse d'ignorer les livres des hérétiques.

Mais est-il avéré que la prédétermination physique soit une opinion calviniste?

On peut en juger par ce seul fait que notre

■1 . On sait que les fameuses Episiolœ obscurorum virorwn de Ulhric de Hutlen sont dirigées en partie contre les Dominicains de Cologne.

L\ NOTE MANUSCRITE DE PAUL V. 8o

grand Bossuet, (jui, sans nul doute, connaissait les opinions prolestantes aussi bien que Bellarmin et Duperron, et qui les discernait des dogmes catholiques aussi habilement que personne, accepte pour vraie la doctrine î,homiste de la prédétermination du libre arbitre par l'opération de Dieu. « Tel est », dit-il, après l'avoir lumineusement exposé et défendu, « le sentiment de ceux qu'on appelle « thomistes; » voila ce que veulent dire les plus habiles d'entre eux, par ces termes de « prémotion » et « prédétermination physique, » qui semblent si rudes ;i quelques-uns, mais qui, t3tant entendus, ont un si bon sens. Car enfin, ces théologiens conservent dans les actions humaines l'idée tout entière de la liherlé que nous avons donnée au commencement : mais ils veulent que l'exercice de la liberté, ainsi déiini, ait Dieu pour cause première, et qu'il l'opère non seulement par les attraits qui précèdent, mais encore dans ce qu'il a de plus intime '. » Hossuet parlerait-il ainsi de la prédétermination des thomistes si elle était Topinion de Calvin et de lAither?

Du reste, Tassertion de Bellarmin a été relevée au moment même qu'elle fut produite , et la doctrine des thomistes vengée de cette attaque. « [.'opinion des Dominicains, dit le i)ape Paul V lui-même, est très diQerente de celle de Calvin, puisijue les Dominicains disent que la grâce, loin de détruire le libre arl)itre, le perfectionne au

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