‹ Province de ConstantineChapitre 10 sur 18 · p. 112, Ir. fr. Poiret, 1. 1, p · texte numérisé non relu

p. 112, Ir. fr. Poiret, 1. 1, p

(2) Edrisi, p. 268.

Des échantilloris de minéraux fournis à Tabbé Poiret par M. Hugues , agent de la coînpagnié d’Afrique, lui ont fait penser qu’il devait èxister dans les environs de Collo du cristal de roche et des mines de cuivre très riches (i). Strabon parle aussi des mines de cuivre qui se trouvaient dans le pays des Massæsyliens. Shaw est convaincu qu^il doit y en avoir dans les régences d’Alger et de Tunis, mais de son temps on n’en avait pas encore découvert (iî).

Entre Bagaï et Tibessa, a trios journées S. E. de Constantine, est une petite ville nUmméè Madjdjanàh èt Medjana, où l’on trouve, suivant Békri (3), une mine d’argent qui a fait donner à la ville le nom de Madjdjariah-al-Maadin ou Madjdjanah des mines. D’après Edrisi (4), on extrait des montagnes voisines de Medjand dès pierres de moulin d’une qualité tellement parfaite, que leur durée égale Quelquefois celle de la vie d’un homme, sans qu’il soit besoin de les re{)iquer ni de les travailler en aucune manière, à cause de la dureté du grain et de la cohésion des molécules qui les composent; Un autre écrivain arabe , l’auteur du Marasit^alitla ^ nous apprend (5) qu’il existait dans les montagnes

(1) Poiret, t. I, p. 125.

(2) T. I, p. 3o6, Ir. fr.

(3) ISot. des mss. t. XII, p. 596.

(4) P. 269, trad. Jaub.

(5) Not. des mss. t. XII, p. 696, note 1.

situées àu sud de Madjdjaiiah des mines de cobalt, de zinc et de plomb.

Le plomb se trouve encore en abondance dans les montagnes habitées par les Beni-bou-Taleb, situées à 7 lieues au S. S. O. de Sétif. Mais ces peuplades sont si jalouses ou si ignorantes qu’elles ne souffrent pas qu’on en tire plus qu’il n’en faut pour leur usage et pour payer leur tributs (i). Ce minerai, du reste, est commun dans presque toute l’Afrique septentrionale ainsi que l’antimoine et le soufre. On en trouve particulièrement aux pieds de la chaîne de l’Atlas, surtout dans la partie de la Numidie qui confine au royaume de Fez (2). Poiret a observé le soufre et le vitriol natif dans les sources chaudes d’Hammani-Meskoutin, entre Constantine et Guelma (3).

Les montagnes de Bougie et de Gollo sont habitées par des Cabaïles indépendans que les Turcs n’ont jamais pu contraindre à leur payer tribut. A l’abri de leurs rochers, ils ont toujours bravé les troupes des deys qui ne pouvaient les atteindre. Ils n’ont aucune relation de commerce avec les peuples voisins, et cependant ils sont tous armés et possèdent, dit-on, l’art de faire la poudre et de travailler l’acier (4), ce qui prouverait l’existence du salpêtre

(1) Shaw, t. I, p. i38, tr. fr.

(2) Léon, p. 770.

(3) Poiret, t. I, p. i55.

(4) Peyssonnel, Mss. leltr. XYlt, p, i3.

dans leurs montagnes, car il est peu probable qu’ils connaissent l’art de l’extraire de l’urine des animaux.

M. Dusgate a signalé (i) en i835 un fait curieux, et dont jusque-là aucun voyageur n’avait fait mention; c’est que le sable amoncelé par la mer sur la partie du rivage où Carthage existait jadis, depuis Tembouchure de la petite rivière Miliana jusqu’au cap Carthage, contient assez d’or pour être devenu, de la part des indigènes, l’objet d’une exploitation particulière et même assez fructueuse. Ce fait, attesté par M. Charles Tulin, ancien consul de Suède à Tunis, et par M. Bineau, ancien élève de l’école Polytechnique, ingénieur du hey, ne peut être révoqué en doute. Le même sable renferme encore des cristaux arrondis, des grenats, du fer titanifère.

Il ne serait pas impossible que les rivières de l’Algérie roulassent du sable aurifère, de même que celles de la régence de Tunis. Quant au grenat ( l’escarboucle des anciens ) (2) , son existence dans le pays des Massœsjliens est attestée par Strabon (3). (( On y trouve, dit-il, au pied des mon- « tagnes , des pierres appelées lychnites et cartha- « ginoises, » Les lychnites , d’après la description

(1) Recherch. sur ta topogr. de Carth. par M. Dureau de Lamalle, Append. Il, p. 249 et suiv.

(2) Dict, des sciences nat. t. XV, p. 294 et suiv.

(3) Tr.fr. t. V,p. 468.

qu’en fait Pline (i), semblent être des tourmalines rubellites (2); les secondes sont des grenats {carhun^ culi), qui étaient aussi nommés , suivant le naturaliste romain (3), carchedonii^ à cause de l’opulence de la superbe Carthage, dans le voisinage de laquelle ils se trouvaient en plus grande quantité.

Il existe encore dans l’Algérie deux autres minéraux sur lesquels je désire d’autant plus attirer l’attention des géologues et des officiers du génie , que leur exploitation pourrait diminuer sensiblement les inconvéniens qui résultent du défaut de combustible sur plusieurs points de la régence. Pline (4), sur la foi d’un auteur contemporain , dont le nom indique suffisamment l’origine africaine, parle d’un lac situé sur les bords de l’Atlantique, et nommé Electrurn par les Maures. Ses eaux, échauffées par les rayons du soleil, produisaient, dit-il, du succin ( Xelectrum des anciens ). Le même auteur nous apprend que pour préserver de l’effet nuisible des vents humides les édifices de Carthage , construits en tuf, pierre molle et susceptible de se réduire en poussière par l’action de l’air, on les re-

(1) XXXYII, 29,1. II, p. 780, 1. 23 et suiv.

(2) Dict. des sciences nat. t. XXVII, p. 3 97.

(3) XXXXII, 25, t. II, p. 779, 1. 7, Conf. Theophr. de îapidib. p. 396, ed. Heinsius.

(4) XXXVII, 1 1, t. II, p. 770, 1. 10 et suiv.

couvrait d'un enduit de poix et de bitume (i). Strabon (2) parle des mines de cuivre et des sources d’asphalte qui existaient dans le pays des Massæsyliens. Enfin, Léon l’Africain mentionne (3) deux sortes de bitumes qui paraissent être communs en Afrique. L’un , que l’on extrait du pin et du genévrier, et qu’il a vu fabriquer dans les montagnes de l’Atlas, n’est autre chose que du goudron; l’autre se recueille dans certaines sources dont les eaux fétides conservent un goût bitumineux. Ce dernier est probablement le pétrole qui, suivant M. Brongniart (4), se trouve dans les montagnes de l’Atlas. Le pétrole est produit par la houille, et sa présence indique souvent l’existence de mines de houille dans le sein de la terre.

§ VIIL Zoologie.

Mon intention n’est point ici de faire un traité complet de zoologie applicable à la régence d’Alger, ou même à la province de Constantine. Je ne m’étendrai même pas autant sur cette matière que l’ont fait Shaw et Poiret (5) ; mon but est seulement de

(]) Voy. aussi M.Dusgate, Rech. sur la topogr. de Carth. par M. Diireau de Lamalle, Append. II, p. 289 et suiv.

(4) Dict. des Sciences Jiatur. t. IV, p. 428.

(5) Shaw, 1. 1, p. 307 et suiv. Poiret, t. l, p. 217 et suiv.

signaler, dans Finterêt de la colonisation future, les animaux utiles et les moyens d’en tirer parti, les animaux nuisibles et la marche à suivre pour prévenir les ravages qu’ils exercent , ou pour en atténuer au moins les tristes résultats. J’ai déjà parlé plusieurs fois des riches et nombreux troupeaux qui paissent dans les plaines voisines de Constantine et sur plusieurs autres points de la régence. Tous les animaux domestiques que nous possédons, le bœuf, le cheval, l’âne, le mulet, la chèvre, la brebis, etc., se retrouvent dans l’Afrique septentrionale; mais cette contrée nourrit quelques variétés qui nous sont inconnues.

Il faut dire, avant tout, que, par une bizarrerie bien digne de remarque, les sectateurs de Mahomet, qui trouvent tout naturel de mutiler un homme pour lui donner en toute sûreté la garde d’un sérail, regardent comme un acte de cruauté la castration d’un animal quelconque. Ainsi, dans un pays oh les eunuques abondent, on ignore ce que c’est qu’un cheval hongre ou un mouton (i); et cependant , chose qui passerait pour prodigieuse en Europe , il n’est pas rare de voir deux ou trois cents taureaux paître pêle-mêle avec autant de vaches , aussi tranquilles que des bœufs mutilés et domptés par le travail (2). 3’ai dit, d’après Békri, qu’à Bone

(1) Shaw, 1. 1, p. 3i2, tr. fr. — Poiret , 1. 1, p. 245, 262.

(2) Poiret, p. 245

les bœufs noirs pouvaient seuls être élevés avec succès, et que les blancs y dégénéraient. Békri a voulu , sans doute , désigner par bœufs blancs les bœufs domestiques de la race d’Italie, qui sont ordinairement de couleur claire, par opposition au buffle , qui est toujours noir ou d’un gris noirâtre. Nous savons, en effet, par plusieurs auteurs, que la race du bœuf est entièrement dégénérée dans l’Algérie, a Les bœufs domestiques qui naissent dans « les montagnes d’Afrique , dit Léon , sont si petits, « que , comparés à ceux des autres pays , ils reste semblent à des veaux de déux ans; cependant les cc montagnards, en les faisant labourer assidûment, a les rendent robustes et très propres à supporter f( les travaux et les fatigues (i). » Malgré l’abondance et la fertilité des pâturages, la viande du bœuf est sèche , coriace et sans suc ; les vaches ne donnent qu’un mauvais lait, et en petite quantité. Une vache européenne fournirait en un jour autant de lait que six vaches de Barbarie (2).

Les chèvres et les brebis suppléent à la stérilité des vaches. Si leur lait est moins délicat et moins abondant que celui des brebis d’Europe, en revanche leur laine est plus belle et de meilleure qualité. Poiret dit avoir vu fréquemment des béliers à qua-

(1) Léon, p. 753.

(2) Poiret, t. I, p. 246 et siiiv. Shaw. t. I, p. 3ii, tr. fr.

tre cornes; ils lui ont paru plus grands, plus forts et plus vigoureux que les autres. Le même voyageur parle d’une autre espèce de moutons décrite par Léon l’Africain et qui a été aussi observée par Shaw (i). Toute la graisse de ces animaux se porte sur leur queue qui acquiert des dimensions énormes et devient pour les Arabes un morceau très délicat. Cette partie de leur corps pèse quelquefois de dix à vingt livres. On voit en Egypte des individus de cette espèce dont la queue devient si pesante que l’animal ne peut plus se mouvoir, à moins que le berger, pour lui donner quelque liberté de mouvemens, ne soutienne sa queue avec de légers supports. Cette espèce est particulière à la régence de Tunis; mais elle se propagerait sans aucun doute aussi facilement dans la province de Constantine, où elle serait fort utile à cause de la supériorité de sa laine.

Les chevaux faisaient jadis la force et la gloire de la Numidie. Dans un mémoire consacré à l’histoire ancienne àyx^emeequus (2), j’ai dit que les chevaux modernes qui se rapprochent le plus des descriptions du cheval faites par Xénophon , Varron et Virgile , sont les chevaux napolitains et la race connue sous le nom de chevaux barbes. Oppien (3) place la

(1) Léon, p. 753. Shaw. 1. 1, p. 3i 2. Poiret, l. I, p. 24^.

(2) Ann. des Sciences nadir, cahier de septembre et octobre i832, p. 25i .

(3) Cyneget, T, 171,

race mauresque parmi celles qu’on estimait le plus de son temps ; et Nëmésien , poète carthaginois du 3® siècle , nous a laissé (i) un portrait frappant des individus de cette espèce qui ressemblent en tout point aux chevaux de l’Algérie. Suivant cet auteur, le cheval maure de pure race, né dans le Jurjura, lî’a pas des formes élégantes : sa tête est peu gracieuse, son ventre difforme, sa crinière longue et rude; mais il est facile à manier, il n’a pas besoin de frein et on le gouverne avec une verge. Rien n’égale sa rapidité; à mesure que la course échauffe son sang, il acquiert de nouvelles forces et une plus grande vitesse. Enfin, même dans un âge avancé, il conserve toute la vigueur de ses jeunes années. Aussi, les anciens attachaient-ils un grand prix à ces précieux animaux. Chacun avait son nom, sa généalogie; venaient-ils à mourir, on leur dressait un tombeau et on leur consacrait une épitaphe. Voici la traduction d’un de ces curieux monumens dont le texte se trouve dans le recueil d’inscriptions d’Orelli (2) :

Aux dieux mânes.

Fille de la gélule Haréna,

Fille du gélule Equinus ,

Rapide à la course comme les vents ^

Ayant toujours vécu vierge ,

Speüdüsa ! tu habites les rives du Lethé.

(1) Cyneget., v. 260, sqq.

(2) N® 4^22, t. II, P* 269.

Aujourd’hui, la race des chevaux de Mauritanie est bien dégénérée. Il faut en chercher probablement la cause dans un fait que signale Poiret (i); c’est que les Arabes, préférant les jumens aux chevaux, ne prennent aucun soin de ces derniers, les maltraitent cruellement et les accablent de travaux. Ils n’ont, du reste, aucun ménagement pour leurs montures. Ils ne connaissent ni Tamble ni le trot. Quelque longue que soit leur course, ils vont toujours au pas ou au galop ; et, le soir, les chevaux ont la bouche en sang et le ventre ouvert par les longues fiches de fer qui servent d’éperons à leurs cavaliers. Ces animaux passent la nuit en plein air, debout sur leurs jambes, ou attachés par les pieds à un piquet; jamais ils ne sont ni frottés, ni étrillés.

Cependant, les chevaux de l’Algérie sont précieux pour le pays ; pleins de vigueur et de souplesse, quoique mal nourris (2) , ils galoppent , sans jamais s’abattre , au milieu des chemins les plus difficiles. Il est vrai qu’ils ne sont pas ferrés, ce qui contribue à assurer leur marche parmi les rochers et sur les pentes les plus escarpées (3). Aussi, quoique mal soignés, ils n’en sont pas moins estimés à leur valeur. Lorsque les Arabes veulent

(2) L’avoine n’est pas cultivée en Afrique , l’orge y supplée ; mais on ne donne souvent aux chevaux que de l’herbe hachée et quelques feuilles de roseaux. Poiret, 1. 1, p. 262.

(3) Ibid, 160, 252.

faire honneur à quelqu’un , ou lui donner une grande marque de reconnaissance , ils lui font cadeau d’une jument (i). Poiret ajoute même (2), ce qui me paraît incroyable, qu’il a connu un chef arabe qui, pour une jument, avait cédé au bey de Constantine près de dix lieues carrées de ‘terre cultivée.

C’est surtout dans les montagnes , suivant Solin (3), que les Numides élevaient des chevaux. Békri (4) vante la vigueur et la légèreté de ceux du mont Auras. Desfontaines a trouvé (5) de belles races dans les plaines qui s’étendent à l’est du Jurjura, entre cette chaîne de montagnes et Constantine. Enfin , aux environs de cette ville , on trouve les meilleurs chevaux de l’Algérie. Je tiens ce fait du général Damrémont, qui a reçu ce renseignement lors de sa rés idence à Bbne.

Dans les grands travaux, les Arabes préfèrent le mulet au cheval. Ce produit bâtard de l’âne et de la jument doit avoir, en Afrique, une supériorité marquée, car les ânes de Barbarie ont à coup sûr les qualités distinctives de leur race à un degré aussi éminent que les chevaux du même pays. J’ai fait autrefois des recherches pour fixer la patrie

(1) Peyssonnel, Mss. lettr. XV, p. 35.

(2) Poiret, t. I, p, 169, 170.

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