‹ Province de ConstantineChapitre 11 sur 18 · C. XXVI · texte numérisé non relu

C. XXVI

(4) Not. des mss. t. Xll, p. 096.

(5) Now, Ann, des Foy, t. XLVII, p. 88,

de l’âne , et j’hésitais entre l’Afrique et l’Asie , ou plutôt je croyais cet animal commun aux deux continens (i). Je crois aujourd’hui pouvoir affirmer que la patrie de l’âne est l’Afrique. Depuis Pline jusqu’à Léon l’Africain , tous les écrivains qui se sont occupés de zoologie, ont parlé des ânes sauvages qui habitent cette partie du monde (2). Ces animaux sont très vites à la course, ils ne le cèdent en rapidité qu’aux chevaux de Barbarie.

Arrien (3) décrit , en témoin oculaire , la chasse de l’âne sauvage en Afrique; on peut conclure de là que la chair de cet animal était dès-lors recherchée par les Africains. Mécène , au rapport de Pline (4), établit l’usage de manger des ânons domestiques; mais après sa mort, ce mets perdit faveur, et la mode vint de manger des onagres de lait. Nous trouvons dans Léon l’Africain (5) la preuve que cette coutume s’eSt perpétuée au moins pendant quinze siècles. D’après ce voyageur, la chair de l’animal encore chaude a une odeur désagréable et un goût sauvage; mais si on la laisse réfroidir et qu’on la

(1) Mém. sur le genre mm Ann. des Sciences natur. n® de septembre et octobre i833, p. 49*

(2) Plin. TIII , 4^* — Solin. ed. Salmas , p, 87 , C. — Isidor. Orig. XII, 1. — Marmol.ed. Granada, 1.573, fol. 25» Voyez aussi Elien, Nat. anim. XIV, 10.

(3) De Venatione, c. 24.

(4) Plin. Vm, 68.

fasse bouillir ensuite pendant deux jours, elle est d’une saveur parfaite.

Un autre mets dont l’usage s’est perpétué , du moins dans la régence de Tunis, depuis les temps les plus reculés de l’histoire jusqu’à nos jours, c’est la viande de chien. Justin rapporte que Darius,, roi de Perse, défendit, par un édit, aux Carthaginois d’immoler des victimes humaines, de hrûler les corps des morts (î) , et se nourrir de la chair de chien, Shaw (2) assure que l’usage de manger du chien se retrouve à Biscara, dans le pays de Zab.Les femmes maures font usage de cette espèce de nourriture pour se donner de l’embonpoint (3). Je ne puis passer sous silence un fait curieux observé par Poiret (4), c’est que l’indifférence des Arabes pour les chiens, les mauvais traitemens qu’ils leur fout essuyer, la privation de nourriture à laquelle ils les soumettent, ont fait perdre, en Barbarie, à cette précieuse race d’animaux, toutes les qualités sociales qui la distinguent en Europe. Ce n’est plus, dit- « il, cet animal domestique, doux, carressant, fi-

(1) C’est ainsi qu’il faut corriger le passage de Justin qui porte enterrer. Voy. mes Recherch. sur la topogr. de Carth, p. 92, note I .

(2) T. I, p. 168^ tr. fr.

{?>) Mém. hist. sur Tunis, par M. de Saint-Gervais , p. i85. — Recherch, sur la lopogr. de Carth. p. 92, note i»

« dèle, plein d’ardeur pour les intérêts de son « maître, toujours disposé à le défendre, même « aux dépens de sa vie. Chez les Arabes, il est « cruel, sanguinaire, toujours affamé , jamais ras- « sasié; son regard est féroce, sa physionomie « ignoble et son aspect désagréable, w II serait curieux pour la science d’apporter quelques couples vivans de ces chiens, choisis dans les provinces de Constantine et d’Oran.

Je ne dois pas entièrement oublier un des animaux les plus utiles aux Arabes de l’Algérie, par sa force, sa souplesse, sa vitesse dans la marche, sa patience infatigable, sa frugalité presque miraculeuse; je veux parler du chameau. Mais il ne faut pas se laisser tromper par cette dénomination générique qu’on applique indistinctement à tous les individus de l’espèce. Le chameau proprement dit, ou chameau à deux bosses {^camelus hactrianus ) ^ est originaire du centre de l’Asie, et descend beaucoup moins vers le midi que le chameau à une seule bosse, ou dromadaire ( camelus dromedarius ) ^ qui est répandu dans l’Arabie et dans tout le nord de l’Afrique (i). Du reste, comme cet animal est fort connu et que d’un autre coté il ne peut être d’une grande utilité dans le pays montucux des environs de Constantine, je m’abstiendrai d’entrer à son sujet dans de plus longs détails.

(i) Cuvier, Règne animal, 1. 1, p. 257, éd. 1829.

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Disons un mot, en passant, de l’éléphant, cet animal plein d’intelligence et de courage dont les Numides tiraient autrefois un si grand parti dans leurs guerres. Le Bournou est aujourd’hui le point le plus septentrional de l’Afrique où l’on trouve des éléphans (i). Il est constant, néanmoins, par le témoignage des anciens auteurs , qu’il en existait jadis dans la Bjzacène et la Mauritanie, et que les Carthaginois en tiraient des forêts de l’intérieur de l’Afrique septentrionale (2). Aux preuves qu’a rassemblées M. Dusgate pour établir ce fait , j’en ajouterai une seule qui me paraît décisive. Dans la dernière bataille livrée par Marins, près de Cirta, contre les forces réunies de Jugurtha et de Bocchus, l’armée maure et numide était composée de soixante mille hommes, qui tous avaient des boucliers faits de peau d’éléphant (3). On peut se faire une idée, d’après ce chiffre, de la quantité de ces animaux que devaient contenir les forêts de la Numidie et de la Mauritanie. Il serait à la fois curieux et utile de rechercher les causes qui ont entièrement chassé les éléphans des contrées de l’Afrique où les peuples de l’antiquité les rencontraient en si grand nombre.

(1) Mémoire sur les éléphans , par M. Dusgate , dans mes Hech. sur la topogr. de Carth. Append. II, p. 227 et suiv.

(2) Ibid, et Hérodot. IV , 191 , ed. Schweigh. — Plin. VIII, I. Solin. XXV. Appian, VIII, 9.

(3) Oros. V, i5.

Si de l’intérieur de l’Algérie nous nous transportons sur la cote, nous y trouvons dans la pêche du corail une source de richesse pour les futurs colonisateurs. Békri (i) place le principal siège de l’exploitation du corail à Mersa- Alkliaraz , à l’orient de • Bône. C’est probablement la petite ville de Mers-el-Djoun qu’Edrisi (2) place au nord de Béja et à une forte journée de cette ville. c( Les habitans de Mers-el-Djoun , dit (( Edrisi , vivent du produit de la pêche du corail. (( Cette pêche est très abondante, et le corail y est suce périeur en qualité à tous les coraux connus.» L’auteur arabe décrit la manière dont il a vu pêcher le corail sur la côte d’Afrique; elle n’a pas changé depuis le treizième siècle, comme on peut s’en convaincre en la comparant à la description donnée par Hebenstreit, en lySa (3). Léon dit simplement que c’est à peu de distance de Bône que l’on pêche la plus grande quantité de corail , et que le roi de Tunis, ne connaissant pas le moyen de tirer parti de cette précieuse matière, en a loué l’exploitation à des marchands génois. Cet auteur a voulu probablement désigner le Mers-el-Djoun d’Edrisi et le Mers- Alkharaz de Békri, dénominations qui doivent toutes deux s’appliquer à la même localité, et correspon-

(1) Not. des mss. t. XII, p. 5 10.

(2) P. 266, trad. Jaubert.

(3) Neav. Ann. des voy. t. XLYI, p. GH,

dent assez bien à la position du cap Rosa, oii, d’après M. Bérard, le corail est le plus beau et le plus abondant.

C’est encore à l’Afrique septentrionale que nous devons la pintade. Cet oiseau qui, par la beauté de son plumage et le fumet exquis de sa chair, figure avec un égal avantage dans nos volières et sur nos tables, était connu des anciens sous le nom de poule africaine Un fait assez curieux, que j'ai signalé dans un mémoire encore inédit sur l’agriculture de l’ancienne Rome, c’est que la pintade, élevée autrefois avec tant de soin chez les Grecs et les Romains, s’était perdue en Europe pendant tout le moyenâge et n’a reparu que depuis que les Européens ont cotoyé l’ouest de l’Afrique en allant aux Indes par le cap de Bonne-Espérance (2). Poiret (3) dit que la pintade est très commune aux environs de Constantine.

Je terminerai cet article, déjà trop long peutêtre , par quelques observations sur les abeilles , dont le produit est un des principaux objets du commerce de la côte. Poiret a observé, en Barbarie, six espèces d’abeilles différentes. La mouche à miel proprement dite , y existe à l’état sauvage, et

(1) Varron , III, ix, 1, 18. Columeile, VIII, 11, 1. Plin. X, 38.

(2) Buffon, t. ni, p. 236.

(3) Poiret , t. I , p. 268.

^ iOl —

dépose le fruit de son travail dans le creux des arbres et dans les fentes des rochers. Ce miel a une saveur délicieuse (i). Quant aux abeilles que les habitans du pays enferment dans des ruches, Poiret (2) décrit ainsi la manière dont elles sont élevées par les Arabes : « Ils rassemblent les mouches dans une « écorce de liège en forme de tuyau cylindrique, « qu’ils ont soin d’enduire de miel intérieurement. « Ils en ferment les deux extrémités, et ne laissent « qu’une petite ouverture pour donner passage à « l’essaim. Ces tuyaux sont étendus h plat, par terre, a et environnés de broussailles. Il est incroyable « combien on en tire de miel et de cire. Le pre- « mier sert de nourriture aux Arabes , et le second « est un objet de commerce. »

L’Afrique septentrionale possède tous les animaux qui servent en Europe aux plaisirs de la chasse. Les sangliers surtout y sont très communs. On les y rencontre en troupes partout dans les broussailles , dans les forêts et particulièrement dans les lieux humides et hmbragés. Moins féroces et moins défians qu’en Europe^ ils se laissent approcher par l’homme , et la chasse en est' conséquemment plus facile. Ils servent de nourriture aux grands animaux carnassiers contre lesquels ils ne peuvent se défendre (3). Cependant, s’il faut en croire le

(1) Poiret, t. ï, p. 3^4 et 325.

(2) Idû/. p. 56.

(3) Poiret, p. 239 et suiv.

récit de Sliaw (i), iis font quelquefois une belle résistance, et parviennent même à tuer leur ennemi avant de succomber. Il est arrivé souvent qu’on a trouvé un lion et un sanglier étendus morts l’un près de l’autre, tout couverts de sang et criblés de blessures.

, L’Afrique est aujourd’hui la demeure favorite du lion , quoiqu’on en trouve quelques-uns dans la Mésopotamie et dans l’Inde. « C’est ici, ditPoiret (2), « qu’il faut l’admirer, c’est au milieu des forêts de £c l’ancienne JNumidie qu’il est noble et majestueux : c( c’est là qu’il exerce son empire et qu’il se rend la « terreur de tous les animaux. » Les lions les plus féroces et les plus redoutables , s’il faut en croire Léon l’Africain (3) , se trouvent entre Bône et Tunis. Ils s’élancent, sans hésiter, au milieu\ des troupeaux les plus considérables et ils affronteraient même une troupe de deux cents cavaliers. Mais quelque terrible que puisse être ce roi des animaux , il existe cependant pour l’homme des ennemis bien plus à craindre dans les* forêts de la Barbarie. L’auteur que je viens de citer affirmé déjà que dans les montagnes où la température est plus froide, les lions sont moins féroces que sous les climats brûlans de la cote et du midi de l’Afri-

(1) T. I, p. 323, tr. fr.

que. C’est une opinion généralement répandue, et qui avait cours dans l’antiquité (i), que le lion se laisse attendrir par les prières et par les marques de respect et de soumission qu’on lui donne. Quoi qu’il en soit de cette croyance et de plusieurs autres du même genre que je ne reproduirai pas ici , il paraît certain que ce terrible animal n’est sanguinaire que lorsque la faim le presse et le domine. «Dans « l’état de satiété, dit Poiret (2), s’il rencontre un « un autre animal, il passe avec fierté sans se dé- « tourner, ou reste en place sans se déranger. L’atcc taque-t-on? Il dédaigne son ennemi: rarement il « se défend; il se retire et ne fuit jamais. » La nuit, pour écarter les lions des lieux où ils sont campés, les Arabes allument de grands feux; ce moyen est, dit-on, infaillible si l’animal n’est pas pressé par la faim. Comme il serait trop dangereux de l’attaquer en face, les habitans du pays lui tendent des pièges, ou se postent dans un lieu caché pour tirer sur lui sans en être aperçus. Du reste, parmi les bêtes féroces, il n’en est peut-être aucune qu’il soit plus facile d’apprivoiser. Souvent, dans l’ancienne Rome, le char des triomphateurs était traîné par des lions (3); Carthage avait eu un 'général qui se servait de lions

(1) Plin. ‘VIIL 19? t. I, p. 444-

(2) T. I, p. 79. Voyez la même observation dansDesfon-» laines^ iVo«r. Ann. desvoy. t. XLVI, p. 335.

(3) Plin. VTII, 19, t. p.

pour le transport de ses bagages. Bérénice, Onoinarque et Cléomène ont possédé des lions doux et caressans qui vécurent et mangèrent toute leur vie avec eux (i), et les temps modernes, s’il était nécessaire, confirmeraient , par -des preuves nombreuses, le témoignage de l’antiquité (2).

On a peine à croire que l’ours, qui ne se plaît que dans les neiges et les glaces, ait jamais habité sous le climat brûlant de la Numidie. Pendant le consulat de Pison et de Messala, Domitius Ahenobarbus, édile curule, introduisit dans le cirque à Rome, cent ours de Numidie, ursos numidicos, et autant de chasseurs éthiopiens. Pline qui rapporte ce fait sur la foi d’autrui (3), s’étonne qu’on ait donné à ces ours l’épithète de numidiques, parce que, dit-il, il est certain que Fours ne vit point en Afrique. Mais Saumaise a prouvé victorieusement que Fours avait autrefois vécu dans la Numidie; il établit son opinion sur les témoignages précis d’tlérodote, de Strabôn, de Virgile, de Martial, de Juvénal et de Solin (4). Suivant ce dernier auteur, les ours de Numidie sont mieux faits que les autres; ils ont le poil plus long, mais ils ont aussi le caractère plus féroce ; aujour-

(1) Elien, V, 89, ed. Schneider.

(2) M. Horace Vernet a eu pendant trois ans une lionne de la province de Constantine , qui était aussi douce qu’un chien et qui couchait dans sa chambre.

(3) YHI, 54 t. Vp. 461.

(4) Salmas. Plinian cxerc. p. 220, col. 2. et p. 221, Col. 1 .

triiüi, ou ne trouve plus ces animaux que sur les sommets les plus élevés de l’Atlas, dans le royaume d’Alger , vei’s celui de Maroc (i). C’est l’espèce connue sous le nom d’ours brun. « Quelquefois, dit « Poiret, ils descendent dans les plaines. Pendant <c mon séjour chez Ali-Boy, à la Mazoule, un Arabe « rapporta la poau d’un ours qu’il avait tué à la c< chasse (îè). »

Il suffira de signaler les autres espèces d’animaux féroces qu’on pourra peut-être rencontrer dans la province de Constantine. Les uns tels que le diihhah (la hyène) et le dib ou chacal , ne sortent de leur repaire que la nuit, et recherchent moins les êtres vivans que les cadavres ; les autres, tels que le lion, la panthère, le léopard, se montrent en général peu féroces et ne sont nuisibles à l’homme que lorsqu’ils sont provoqués. « Les montagnards de Constantine, « dit Léon, ^nt, à cheval, la chasse au léopard. Ils « lui ferment toutes les issues. Lorsque l’animal, « courant de coté et d’autre, voit que tous les pasa sages sont occupés par les chasseurs, il s’épuise « en longs détours et tombe bientôt sous les coups

de ses ennemis. Si le léopard s’échappe, le cava- « lier dont la négligence a favorisé sa fuite, est

(1) Poiret, 1. 1, p. 238.

(2) M. Ruppel , cité par G. Cuvier, dans les notes sur la Irad. nouvelle de Pline , a trouvé des ours en Abyssinie. Voy. Hist. nat. de Pline, tr. nouv. t. Yï, p. 456»

ec oblige, d’après une coutume reçue dans le pays, de a donner un repas aux autres chasseurs. »

Mais ce ne sont pas toujours les animaux les plus redoutables par leur force et leur férocité dont les ravages sont le plus à craindre. La terre d’Afrique nourrit une multitude de scorpions et de reptiles dont les piqûres sont toujours dangereuses et souvent mortelles. « Les laboureurs de Numidie’ (c sont obligés de travailler avec des bottines et « d’avoir le reste du corps couvert de peaux. Avant a de se coucher ils frottent d’ail les pieds de leurs a lits, et les entourent d’épines de paliure pour cc se garantir des scorpions (i). s Békri (2) assure que les animaux de cette dernière espèce qu’on rencontre aux environs de Mésilah, sont si dangereux que leur piqûre est toujours suivie de la mort. Léon (3) signale dans les déserts de l’Afrique un serpent court, à la queue mince, au cou effilé, dont le venin est si dangereux, que l’amputation prompte de la partie blessée est le seul remède qui puisse prévenir les suites de la morsure. Bruce (4) a trouvé dans le sud de l’Afrique une quantité de cérastes ou vipères cornues et de scorpions. Un jour on a tué trente-cinq de ces dérniers animaux

(1) Slrabon, t. V, p. 469^ trad. fr.

(2) Not. des manuscr. t. XIÎ, p. 5i5.

(4) Trai’els to discover the source of the Nile^ t. ï, Append^ p, cclijj Edinhurgk^ 181 3.

dans sa Içnlc, quelques instaiis après qu’elle eut été dressée. Il en existe dans la province de Constantine, au nord de l’Atlas, mais ceux-là, s’il faut en croire Shaw, ne sont pas fort dangereux; leur piqûre ne cause qu’une petite fièvre et un peu de thé^ riaque de Venise fait bientôt passer la douleur (i).

Dans l’Algérie, comme dans tous les pays chauds, les moustiques se trouvent en troupes nombreuses ; elles ne laissent aux hommes aucun repos pendant le jour et troublent cruellement leur sommeil pendant la nuit (2). Mais l’insecte le plus nuisible de ces contrées est sans contredit la sauterelle. Ces animaux, dit Léon (3), se montrent en vols si nombreux, que s’interposant comme un nuage entre la terre et le soleil, ils obscurcivssent la lumière du jour. Ils rongent les arbres, les feuilles et les fruits. Avant de se retirer, ils déposent leurs œufs d’où sort ensuite une autre multitude de jeunes sauterelles qui dévorent tout, jusqu’à l’écorce des arbres, et produisent une grande cherté dans les grains, surtout en Mauritanie. Les habitans de l’Arabie déserte et de la Lybie, ajoute l’auteur africain , regardent comme un heureux événement l’arrivée des sauterelles , car après les avoir fait bouillir ou dessécher au soleil, ils les

(1) Shaw. t. 1, p. 334, tr. fr.

(2) Desfont. Now. Ann. des {^oy, t.XLVI, p. 369 et sliiv. •— Poiret, t. I, p. 339c

broient en farine et les mangent. Je doute fort que la farine produite par ces insectes ainsi desséchés et broyés puisse remplacer celle que donneraient les moissons qu’ils détruisent, car ce n’est pas seulement aux arbres que les sauterelles font la guerre. Peyssonnel a vu des champs couverts de superbes épis, mais dans lesquels on aurait vainement cherché un grain de blé ; les sauterelles l’avaient tout dévoré. Ces insectes viennent du grand désert, et comme ils s’avancent toujours vers le nord, les Arabes pensent que la Méditerranée leur sert de tombeau. Shaw et Desfontaines semblent partager cette opinion. Le rapporte que

sur les cotes d’Afrique un vaisseau anglais , poussé par un vent frais, s’est trouvé arrêté dans sa marche par un énorme amas de sauterelles qui venait de s’engloutir dans la mer ou qui s’opposait à l’action des voiles. Pline (j), qui décrit assez longuement les sauterelles d’Afrique, dit qu’elles passent souvent en Italie , oii elles exer(;ent de si grands ravages, que parfois les peuples, poussés par la crainte de la famine, ont recouru, pour arrêter leurs progrès , aux conseils des oracles.

Cependant , s’il faut en croire Peyssonnel , dont les observations méritent , je crois , une certaine confiance , lorsque ces insectes ont déposé leurs ceufs, ils meurent et forment dans les champs

(i) XL 35, t. L p. 609.

plusieurs tas séparés, comme les tas de fumier que les cultivateurs déposent dans la campagne avant de les disperser sur la terre , de sorte quaprès avoir fait pendant leur vie des ravages inappréciables , les sauterelles peuvent encore après leur mort occasioner bien des maux par la puanteur qu’exhalent leurs dépouilles ainsi amoncelées ^i).

Le même voyageur parle d’un* autre insecte nommé houbousis, qui n’est pas moins funeste aux moissons que la sauterelle. « Il ressemble, dit-il, à « la dépouille d’une cigale, marche lentement, est a privé d’ailes et rend un bruit semblable à celui cc d’un grelot. Cet animal cause un grand dégât lors- r

a qu’il donne dans un champ semé. »

Shaw rapporte (2) deux moyens employés par les habitans du pays pour arrêter les ravages des sauterelles. Tantôt ils creusent des fossés à travers leurs champs et leurs jardins et les remplissent d’eau, tantôt ils rangent sur une même ligne une grande quantité de bruyère, de chaume et d’autres matières combustibles et y mettent le feu à l’approche des sauterelles. Il est impossible que ces précautions soient complètement inutiles , comme l’affirme le voyageur anglais. Si elles n’arrêtent pas entièrement les ravages de ces insectes rongeurs, elles doivent

(1) Peyssonnel, mss. lett. XV, p. i3, 14.

(2) T. I, p. 332, îrad. fr.

au moins les diminuer d’une manière sensible en en faisant périr un grand nombre,

Pline rapporte (i) une loi qui obligeait les habi» tans de la Cyrénaïque à faire la guerre aux sauterelles trois fois l’année : la première fois, en détruisant les œufs, la seconde en tuant les petits, la troisième en faisant périr les grandes. Dans l’île de Lemnos, chaque citoyen était obligé d’apporter aux magistrats une certaine mesure pleine de sauterelles qu’il avait tuées (2).

Mais la providence elle-même a placé le remède à côté du mal. « Quoique naturellement herbivores, a dit Poiret (3), les sauterelles se livrent, entre « elles, des combats continuels, et les vaincues sont « toujours dévorées, au moins en partie, par les (c victorieuses. Elles sont encore la proie des ser- « pens, des lézards, des grenouilles, des singes et « de plusieurs oiseaux carnassiers. J’en ai trouvé « dans l’estomac du petit aigle , de la chouette et «du hibou. )î Du reste, ce voyageur et Shaw (4) confirment ce que dit Léon de l’usage oii sont les peuples d’Afrique de manger des sauterelles. Les Maures vont à la chasse de ces insectes comme nous allons à la pêche des grenouilles. Ils les font

(1) Xî , 35, t. ï, p. 6oq.

(2) Ibid.

(4) Poiret, ibid. Sliaw. t. I,p.333,tr. fr. Voy. aussi Desfontaines, Now, Ann. des voy, t. XLVK, p. 334.

frire dans un peu d’huile et de beurre, et les vendent à Tunis, à Bône, à Constantine, etc. Moins délicat que Poiret, le voyageur anglais a goûté des sauterelles salées et frites ; elles approchent, dit-il, du goût des écrevisses d’eau douce.

Si les singes sont utiles en Afrique en détruisant ’ les sauterelles, d’un autre coté ils sont un véritable fléau pour les habitans dont ils ravagent les vergers et les cultures. Léon (i) y en a observé plusieurs espèces , entre lesquelles il cite la mône et le babouin. Ils sont, dit-il , en grand nombre dans les forêts de la Mauritanie, dans les montagnes de Bougie et de Constantine. Pour preuve de leur intelligence, il cite un fait qui est confirmé par le récit de Poiret (2). Ces animaux mangent les fruits sur l’arbre et le grain en épis. Lorsqu’ils ont envahi un verger ou un champ cultivé , plusieurs d’entre eux, postés à une certaine distance, font sentinelle : à la première apparence de danger , ils poussent un cri, et toute la troupe se sauve en un clin d’œil sur les arbres du voisinage. Les environs de Collo et de Stora sont infestés de cette race d’animaux destructeurs. Outre la mône et le magot, Poiret à observé en Barbarie une autre espèce de singe qu’il décrit ainsi (3) : « Le pitbèque est on petit singe qui a n’a pas plus d’un pied ou un pied et demi de haut.

^ il2

I! est sans queue, sa face est aplatie ; lorsqu’on le « tourmente, qu’il est effrayé ou irrité, il grince des « dents et agite les mâchoires avec une grande vitesse,

« Il s’apprivoise facilement ; il est même susceptible a d’une espèce d’attachement pour son maître. Ce « singe est très commun à Stora, du coté de Collo « et à*Bougie. Nous ne le connaissons guère que « d’après les descriptions que nous en ont laissées les « anciens naturalistes; mais M. Desfontaines en a cc rapporté plusieurs des côtes d’Afrique, et a donné, « sur ce singe, les notions les plus exactes et les « plus intéressantes dans différons mémoires pré- « sentés à l’académie. )>

a Les moineaux, dit Desfontaines (i), font aussi beaucoup de ravage dans le temps de la moisson; ces oiseaux sont en si grand nombre dans certains canlons du royaume d’Alger, que les Arabes, pour les écarter, sont obligés de faire continuellement du bruit dans les champs ensemencés , lorsque le blé commence à mûrir; encore ne peuvent-ils les empêcher de se répandre dans les plaines oîi ils mangent et font tomber une quantité considérable de grains. Les gerboises , et une autre espèce de rat connue sous le nom de gird , établissent leurs nombreux domiciles au milieu des champs ensemencés et font aussi beaucoup de dégât.

(i) Now. Ann, des vof. t. XLVI, p- 328, et t. XLVII ,

$ IX. Géologie.

Nous ne possédons que des notions fort incomplètes sur la géologie de l’Algérie en général, et de la province de Constantine en particulier. Les explorations des voyageurs modernes , qui peuvent seules nous guider dans cette matière, remontent toutes à une époque où les sciences naturelles, quoique déjà assez avancées , n’avaient pas encore atteint ce degré de perfection où les ont portées des travaux plus récens. Aussi les indications qui nous sont fournies par le savant Desfontaines lui-même, ne doivent-elles pas être accueillies sans examen. Cependant il est presque le seul qui, avant la conquête d’Alger, se soit occupé de la configuration géologique de la régence. Je donnerai donc les résultats de ses observations, et je ne présenterai qu’avec beaucoup de réserve les inductions que me fournira la comparaison critique de ces résultats avec d’autres faits positifs solidement établis sur un concours suffisant de témoignages authentiques.

La province de Constantine est traversée de l’ouest à l’est par les deux chaînes parallèles du grand et du petit Atlas. Celle-ci commence près de Tabarca, sur les confins du beylick de Tunis, et se prolonge le long de la Méditerranée jusque dans le royaume de Maroc. I-ia chaîne du grand Atlas

qui sert de limite au désert du côté du nord, s’étend parallèlement à la première depuis la grande Syrte jusqu’aux bords de l’océan Atlantique. Constantine est située entre les deux chaînes, au milieu d’un groupe de montagnes qui se rattache au petit Atlas. Elle domine de vastes plaines qui s’étendent au sud presque sans interruption jusqu’au mont Auras , et au sud-ouest , jusqu’au pied du Jurjura. La chaîne du petit Atlas , à partir du Djébel el-Ouech , située au nord et à peu dé distance de Constantine, est flanquée de deux contreforts; le premier court vers le nord perpendiculairement à la mer et se termine au cap Bougiarone. Le second se bifurque après avoir couru quelque temps vers l’est. Une de ses bifurcations suit le littoral jusqu’à Bone; l’autre s’en éloigne et se termine à dix lieues de la mer, au point où la Seybouse sort des montagnes. C’est à ce point que commence la vaste plaine qui aboutit d’un côté à Bone et de l’autre à Stora. A partir de cette dernière ville jusqu’à Bougie, la côte est montagneuse et escarpée (i). Ce superbe pays est entrecoupé d’une multitude de rivières et de cours d’eau qui coulent tous du sud au nord dans une direction plus ou moins perpendiculaire à la côte. Presque

(i) Voy. pour CGS détails, Desfoutaines , Nom>. Ann. des vof. t. XLVÎÎ, y. 320^ — ^M. Pellissîer, Ann. Algér. i, lï, p. 6î rt suiv.

tous ces côurs d’eau, qui ne sont pas réglés par le travail de l’homme, sont à sec en été et grossissent en hiver de manière à arrêter les voyageurs pendant des mois entiers.

Quant à la constitution physique du sol , on sent qu’elle dôit varier à l’infini sur les divers points de l’Algérie, D’après les observations de Desfontaines (i), les rivières des environs du Jurjura ne roulent que des pierres calcaires dont quelques-unes sont rousses. Le sol, dans le Jurjura, est noirâtre et mêlé de petites pierres brisées ressemblant a de l’ardoise. Les masses de rochers sont de la même pierre , elles sont disposées en couches ordinairement obliques, quelques*unes perpendiculaires. A gauche et à droite du défilé de la porte de Fer, les rochers sont composés de couches étroites et perpendiculaires, parallèles les unes aux autres; ils s’élèvent, en quelques endroits , à 5 ou 6oO pieds. Ces couches sont elles-mêmes composées de'petites couches horizontales. Les pierres sont calcaires et d’une couleur noirâtre. Il y a beaucoup de couches écroulées les unes au milieu des autres; celles qui restent s’élèvent^ comme des pans de murailles , à une grande hauteur, et leur intervalle est occupé par des arbres, La partie de la plaine occidentale, qui est la plus voisine de Constantine, est d’un sol pierreux. Enfin,

(i) Nouv. Ann. des voy\ t. XL ‘VU , p. 83, 85, 86, 87,

— lie —

les rochers sur lesquels est bâtie la ville , et ceux qui bordent le cours du Rummel, sont calcaires et composés de couches légèrement inclinées.

Le botaniste distingué dont j’invoque si souvent le témoignage avait présenté à l’académie des sciences un mémoire sur les plantes économiques qui croissent aux environs de Tunis et d’Alger (i). Dans cet opuscule, que je publierai incessamment avec les autres reriseignemens écrits que le savant professeur nous a laissés sur l’Afrique septentrionale, on lit que le sol de l’Algérie est composé presque partout d'une terre argileuse^ mêlée de sables et de dé~ bris de végétaux. Il ne me semblé pas probable que les terrains argileux dominent dans la régence d’Alger. Le labourage, dans ces sortes de terrain, demande un déploiement considérable de forces et l’emploi d’une charrue qui creuse profondément lé sol. Or j’ai déjà parlé de la charrue qui est en usage dans l’Afrique septentrionale; elle n’ouvre pas la terre à six doigts de profondeur. Les terres argileuses sont, il est vrai, assez favorables à la culture du froment et des céréales (2), mais il faut que l’art vienne au secours de la nature; il faut que le solÿ avant de recevoir la semence, soit convenablement divisé, préparé par des amendemens et des engrais 4

(1) Noi>v. Ann. des voy. t. XLVIÏ, p. 321 et suiv.

(2) Brard , Dict. des sciences nat. î. LIIÏ, p. 222

et ces précautions sont inconnues aux Arabes; Desfontaines lui-même le dit positivement (i).

En i83o, le dépôt de la guerre a publié un aperçu historique, statistique et topographique sur l’état d’Alger, à l’usage de l’armée expéditionnaire d’Afrique. Cet ouvrage ne renferme aucune citation. Mais il est dit, dans l’avant-propos, que les renseignemens qu’il contient sont basés sur les documens authentiques existant au dépôt de la guerre, notamment sur un travail préparatoire du lieutenant-gé-< néral comte Loverdo , et sur la reconnaissance faite en 1808, par le capitaine Boutin , d’après l’ordre de INapoléon. J’emprunte à ce précis les détails suivans (A); mais, comme je ne puis savoir positivement à quelles sources ils ont été puisés, je ne prétends pas en garantir l’exactitude.

« Le sol de la régence d’Alger est formé , sur la « côte, par des marnes et des sables marneux et par cc des calcaires compactes durs. Il est à présumer que <c ces dernières roches appartiennent à l’époque ju- « rassique et reposent sur une couche de marne ar- « gileuse très épaisse ; le grand nombre de sources « qui sourdent aux environs d’Alger rendent cette a opinion assez probable.

a Dans le petit Atlas, les montagnes se composent « de calcaire et de grès; mais les vallées , ainsi que

(1) Nnin>. Ann. des V^oy. t. Xt’Vtl, |). 33 1.

Aperru Jiistor. etc, p. 85.

a la plaine du côté de la mer, sont sablonneuses. Le « sol est souvent imprégné de sel marin , et présente « même, dans les contrées voisines du Sahara, des a plaines entières recouvertes de cette substance. Il a contient, en outre, une quantité notable de nitrate a de potasse (salpêtre). Le flanc des collines est sil- « lonné par de nombreux ravins qui n’ont de l’eau a que dans la saison des pluies.

(C Ordre de superposition des couches. — L’ordre <( de superposition des couches dans la chaîne des (( montagnes du petit Atlas n’est pas connu. On « trouve çà et là des amas de sable plus ou moins (( calcaire, renfermant des coquilles marines peu cc différentes de celles qui vivent encore dans la Mé- (( diterranée(i). Quant aux collines du littoral, leur tf base est formée par un calcaire assez dur, recou- (< vert, sur plusieurs points, par un terrain ter- « tiaire moderne , analogue à celui des collines C( sub-appennines , et dans lequel les eaux ont Ci creusé un grand nombre de ravins. »

ic Le terroir de l’Algérie est si léger, dit Sliaw (2),

(( qu’une paire de bœufs ordinaires peut sans peine « en labourer un acre (4oares) par jour, même

(1) Pomponius Mêla dit qn’on trouve des arêtes de poissons fossiles, des fragmens d’huîtres et de murex assez avant dans rintérieur des terres^ au sud d’Icosiurn (Alger). Ponip. Mêla, I, VI, i3, 16.

(2) t. î, p. 2^5, trad. fr.

K< dans les endroits où il est le plus fort. Sa couleur <( varie : dans les plaines de Zeidoure .il est noi- «: râtre, et dans celles àJ Elmïldegah et ailleurs il ic tire sur le rouge. » M. W. Shaler, consul-général des Etats-Unis à Alger, en i8îi3, confirme mot pour mot les observations de Shaw; voici ses expressions (i) : <c Le sol de cette partie de TAfrique <c n’a rien perdu de sa fécondité, autrefois si recc nommée. Sa couleur varie : elle est noire dans <c certaines parties, rouge dans d’autres, mais c’est <( partout la même fertilité. »

Les observations géologiques les plus récentes sont dues au zèle de M. Rozet , capitaine d’étatmajor. Malbeureusement cet officier distingué, qui a choisi Alger pour centre de ses recherches, nous donne peu de détails sur la province de Constantine. Il nous apprend cependant (2) que les points les plus élevés du petit Atlas sont sur le territoire des Mouzaya et des Beni-Salab, tribus nomades qui habitent à l’est de Constantine. Ce sont des sommets arrondis qui atteignent jnsqu’à i65o mètres au-dessus delà Méditerranée et r4oo mètres au-dessus de la

(1) Esquisse de V état d* Alger , p. 12, tr.fr.

(2) Nouv, Ann, des voy, t. LX, p. 867. Yoyez l’ouvrage de M. Rozet, intitulé : Voyage dans la régence cV Alger, ou Description des pays occupés par ïarmée française en Afrique, etc. 3, vol. in-8^ avec Allas. Paris, i835, Arllius- Bertrand.

piaine qui s’étend à leurs pieds. M. Rozet trouve, dans une longueur de 3o,ooo mètres, limite de l’observation, la masse des montagnes composée de marnes schisteuses, alternant avec des strates de calcaire marneux. Les premières ressemblent à notre liais d’Europe; elles se durcissent à mesure qu’elles approchent de la crête, et passent, sur le versant sud des montagnes des Beni-Salah, à un phyllade, véritable ardoise, phénomène déjà observé par M. Elie de Beaumont, dans les Alpes de la Tarantaise. Ici les restes organiques sont extrêmement rares : pas une seule impression végétale. Tout le pays, au sud du petit Atlas, est occupé par un terrain de grès tertiaire suballantique qui recouvre la marne bleue et paraît peu propre à la végétation. On y rencontre de grandes huîtres fossiles. En jugeant, dit-il, par analogie des formes des collines, on peut présumer que le terrain tertiaire doit s’étendre jusqu’au grand désert et remplir tous les bassins compris entre les diverses chaînes de montagnes tracées sur la carte de M. le colonel Lapie.

Les pierres noires observées par Léon l’Africain dans les édifices de Constantine et dans le pavé de la voie romaine qui conduit de cette ville à Stora, m’avaient déjà fait soupçonner l’existence de terrains volcaniques dans cette partie de la régence d’Alger. A quelques lieues à l’ouest d’Oran, M. Desfontaines a trouvé des rochers d’une pierre légère, noirâtre, poreuse comme une éponge, qui lui a paru être une

lave de volcan (i). Une autre observation plus précieuse pour nous, parce qu’elle a été faite dans le rayon même que nous embrassons , est celle de l’abbé Poiret, qui assure avoir reconnu des traces positives d’anciens volcans non loin de la Galle, au milieu du pays habité par la tribu des Nadis.

Dans une question aussi importante que celle qui nous occupe,' le petit nombre de renseignemens écrits que nous possédons me fait uiie loi de n’omettre aucune des indications propres à diriger et à faciliter les recherches futures. Jusqu’ici, les observations géologiques ont dû être extrêmement bornées dans l’Afrique septentrionale. Celui qui aurait voulu s’y appliquer , aurait été considéré comme un traître se livrant à des recherches secrètes dans le but de nuire au pays, ou comme un magicien courant à la découverte des trésors cachés. Tel est le motif qui empêcha le naturaliste Poiret de pousser aussi loin qu’il aurait voulu ses explorations minéralogiques et géologiques sur le sol de la régence. Les détails qu’il a pu recueillir ne sont pourtant pas sans intérêt, a L’aspect des côtes de la Numidie, « dit-il (ü), depuis le cap Nègre, par-delà l’îlede la <«. Tabarque (Tabarka), jusqu’aux Sept-Caps, après c( le golfe de Bône, est effrayant par les rochers af- « freux qui tombent à pic dans la mer. A Tabarque,

(1) Nouv. Ann. des Voy. t. XLVI, p. 343.

(2) Poiret, t. TI, p. 276 et suiv.

« au cap Roux (oap Rouge), au cap de Fer et vers les a Sept-Caps, ces rochers sont d’un grès grossier, jau- « nâtre, noir ou brun, divisés en grandes masses irré- « gulières... Les côtes des environs de la Galle, du cap « Rose, ont un aspect bien plus lugubre encore. Un grès h filtrer et presque noir, que l’eau a percé d’un rt millier de trous, n’offre à sa surface que des a pointes aigues et tranchantes. . . . Le séjour de « l’eau sur le sommet et dans les creux de ces ro- (c cliers, y forme peu à peu des ouvertures circu- « laires, semblables à celles des puits, qui percent le te rocher d’outre en outre; ces ouvertures sont très a souvent incrustées intérieurement d’une couche c{ épaisse d’un pouce et plus, d’une substance fer- « rugineuse rouge ou brune. J’ai retrouvé, à près « d’un demi-quart de lieue dans les terres, ces mé- K mes rochers avec des trous comme ceux que je « viens de décrire, mais remplis de toi^re; preuve « évidente que la mer a peu à peu abandonné sesan- « ciennes bornes en s’éloignant des côtes, et qu’elle a était autrefois bien plus avancée dans les terres.

ce A Bône et à quelques lieues aux environs, les éc rochers sont quartzeux, mélangés de beaucoup (( de mica, U y a aussi, du côté du port Génois, « des carrières de gypse. Les Maures de Bône en (t font du plâtre et tirent leur chaux des pierres ce calcaires dont on rencontre (juelques veines dans « les montagnes des environs.

a Les couches sont généralement inclinées du

TC sud au nord, et se précipitent dans la mer. Le « sable que l’on trouve sur les cotes est tantôt très « blanc et très fin; alors les rochers voisins sont « abondans en grès; tantôt il n’est composé que de « particules grossières et quartzeuses, qui parais- « sent former le grès à filtrer. Ailleurs, le sable est « noir, micacé, jaune, ferrugineux, ocracé, selon la « nature des terrains qui bordent le rivage.

a J’ai trouvé peu de fossiles sur les côtes ; mais « dans l’intérieur des montagnes, du côté de Cons- « tantine, et vers le désert, les cames pétrifiées, « les peignes et plusieurs autres bivalves sont plus a communes. ... A mesure qu’on quitte la côte et a qu’on s’avance vers TAtlas, les montagnes de- « viennent calcaires et ensuite quartzeuses. L’on y (c trouve une espèce de spath cubique rhomboïdal , « dans rintérieiir duquel le vert, le jaune et le « blanc sont disposés par couches régulières. . . Il « y a aussi des veines de spath pesant dans les fen- « tes des montagnes qui sont à mi-chemin de Bône «f à Constantine.

c< Le fer est la substance la plus commune que c< j’aie remarquée dans cette chaîne de montagnes a qui s’étend depuis Tabarque jusqu’au-delà de « Bône. Il s’y présente sous toutes sortes de formes; « il est mêlé à la terre glaise, qu’il colore forte- « ment en rouge, à l’argile, qu’il teint en un jaune cc très brun, au sable qu’il noircit ; dans les ravins, « il dépose un ocre pulvérulent d’un rouge de sang;

« les fissures des grès sont remplies d’une subs» « tance noire, ferrugineuse, les pierres en sont « souvent incrustées. Sur plusieurs de ces monta- « gnes, j’ai rencontré fréquemment des restes de « volcans éteints, des scories , des espèces de pier- « res ponces noirâtres, quelques laves et diverses « substances que le feu avait évidemment changées a ou vitrifiées. Les montagnes qui avoisinent la « Galle, et qui s’avancent dans le pays des l^adis, (c sont presque toutes volcaniques. »

Je dois ajouter que les nombreuses sources bitumineuses chargées de particules de soufre et de minéraux, semblent encore confirmer l’existence de terrains volcaniques dans les environs de Constantine. -

A peu de distance de Sour-Guslan (l’ancienne Auzia) est une fontaine appelée Aïn-Kitran, la source du Goudron. Les Arabes prétendent que cette fontaine leur a été accordée miraculeusement par leur premier père, et ils se servent du bitume qui en découle pour oindre leurs chameaux au lieu de goudron ordinaire (i). A un peu plus d’une journée de distance de Gonstantine, vers l’ouest, dans un lieu nommé Srama , Desfontaines (2) a trouvé une source d’eau minérale très chaude. Tous les lieux désignés sous le nom ^Hammam^ contiennent des

(1) Sliaw, t. ï, p. io5, tr fr.

(2) Nou^. Ann, des Voy. t. XLViI, p. 90.

eaux (le même nature. Il faudrait vérifier si les terrains qui avoisinent ces sources sont de formation volcanique. Il ne saurait y avoir de doute pour le sol qui environne les bains d’Hammam-Meskoutin, dont Poiret fait ainsi la description (i) :

et Après avoir passé une suite de montagnes qui « tiennent à TAtlas, n’ayant d’autre chemin que (( des rochers très escarpés, des abîmes profonds, (( des forêts sombres et désertes , des gorges ex- (C trêmement dangereuses , nous descendîmes en (( pente douce dans un large vallon oîi se trouvent « les eaux bouillantes. Une vapeur épaisse et noire « sort de ces gorges profondes et vicie au loin <( l’air des environs. Le terrain calciné et brûlant (( faisait, à chaque pas, soulever nos chevaux. Au (( lieu d’une eau pure et limpide, il ne sort du sein (( de la terre que des eaux brûlantes roulant le bi- (( tume et le soufre. Elles bouillonnent au sommet (( de petites élévations d’où elles s’échappent par (( des ouvertures circulaires d’environ deux pieds (( de diamètre, tombent en nappe, et forment un « petit ruisseau qui coule au bas du vallon et gros- (( sit dans sa course. Nous pénétrâmes jusqu’au cra- (( tère (ce sont les ouvertures circulaires dont je (( viens de parler). Nous y recueillîmes de très belles (( productions, particulièrement des dépôts calcaires (( (de l’arragonite) de différentes figures, en étoiles,

(i) T. L P* 54 et suiv.

^ lâ6 —

(( en, champignons , en aiguilles. Ils approchent « beaucoup de la zëolite, et forment, comme elle,

c( une gelée dans l’acide nitreux . Nous en re-*

<c tirâmes encore de belles stalactites, du soufre et c( du vitriol natif. Dans les endroits oh l’eau bouil- (( lonne avec plus de force, le mercure monte quel- (( quefois jusqu’au 76® degré (Réaumur) (i) H a baisse à mesure que la surface de l’eau s’élargit (( et offre plus de contact à l’air extérieur. L’on « rencontre, de distance à autre, de grosses pyrami- (( des en pierres calcaires dont la formation se dea vine aisément. L’eau, jaillissant autrefois à le^ur (c sommet et tombant en nappe, a peu à peu c( miné la terre des environs et formé ces pyramic( des naturelles. L’on trouve encore sur plusieurs a d’entre elles d’anciens cratères bouchés ou presque cc détruits. . . . L’espace qu’occupent ces différentes (( sources, est d’environ douze cents pieds tant en (C longueur qu’en largeur. »

Tous ces détails se retrouvent dans le récit de Shaw (2). Ce voyageur ajoute que les Arabes regardent les pyramides d’Hammam-Meskoutin , comme des pétrifications des tentes de leurs ancêtres, ce qui peut donner une idée de leur dimension.

(1) Un morceau de viande y cuit en cinq minutes. He-* bengtreit , Nouv, Ann. des Voy. t. XLVI, p. 64.

(2) T. I, p. 299 et SLiiv. tr. fr.

Hebenstreit âssure qu’elles ont six pieds de hauteur et plus.

Des pyramides du même genre et d’une formation analogue, ont été observées et décrites par M. Charles Texier, déjà si avantageusement connu par sa belle exploration de l’Asie mineure. Elles se trouvent dans tout le territoire de la ville d’Urgub, située, au sud du mont Argée, dans un terrain volcanique dont la nature change depuis la scorie sonore et ferrugineuse, jusqu’au tuf tendre et ponceux qui forme presque toujours la couche supérieure. La hauteur des pyramides varie d’un jusqu’à cent mètres; la ville d’Urguh elle-même n’est presque entièrement composée que de ces formations singulières, dans lesquelles les indigènes se sont creusé des habitations.

Une exploration scientifique peut seule nous mettre à même d’établir une opinion certaine sur la nature du terrain de l’Afrique septentrionale. Tout ce que j’en ai dit jusqu’ici ne doit être considéré que comme une indication dont le but est de diriger et de faciliter les recherches futures. Je ne dois pas oublier un renseignement qui nous est fourni par l’excellent mémoire encore inédit de M. le capitaine Bérard. A l’ouest de CoUo, il existe une montagne conique de 200 mètres d’élévation, qui ressemble à un volcan éteint : M. Bérard la nomme Roumadia. Une autre située dans la même direction, mais un peu plus avant dans les terres.

porte le nom de Coudiat ; elle est aussi de forme conique, de la hauteur de Sgo mètres, isolée, facile à reconnaître dans toutes les positions; elle est composée de trachytes et de basaltes.

Le territoire de l’Algérie est presque partout rempli de sel et de nitre (i). Les sources salées, les sebkas ou lagunes salées se trouvent en grand nombre dans tous les districts. Les eaux de plusieurs rivières sont imprégnées de sel, et souvent leurs bords, à deux ou trois brasses de profondeur, sont tout couverts en été de morceaux de sel ou de nitre (2). La terre, en plusieurs endroits, est imprégnée de salpêtre (nitrate de potasse) que les babitans savent extraire et préparer. Shaw et Desfontaines ont décrit les procédés qu’ils emploient (3). Ce mélange considérable de particules nitreuses et salines ne serait-il pas une des principales causes de l’extrême fertilité du sol de la régence ? Telle est la question que pose, sans la résoudre, le savant Desfontaines (4) et à laquelle Shaw et Sbaler (5) n’hésitent pas à répondre affirmativement. Elle se réduit à savoir si le sel, le salpêtre, le soufre, le bitume, les molécules ferrugi-

(1) Shaw, t. I, p. 295 , tr. fr. Sbaler, p. 12, Ir. fr.

(2) Shaw, ihid.

(3) Shaw, 1. 1, p. 298. Desfontaines, Noiw. Ann, des V t. XLYîI, p. a53.

(4) Ibid. p. 33i

(v5) Shaw, 1. 1, p. 295, et Shaler, p, 12.

ïieuses, le vitriol peuvent servir d’engrais naturel et remplacer avantageusement l’engrais végétal ou animal dont les Arabes ne font point usage.

Tout le monde connaît, relativement à la végétation, les effets du gypse (qui est un composé de chaux et de soufre), lorsqu’il est employé comme engrais. Le résidu des salines est classé par Thaer (i) au nombre des engrais les plus actifs. Le même auteur assure (2) que le sel commun (muriate de soude), lorsqu’il a été lavé par les pluies, et que peut-être il a été décomposé en partie, par Xhumus , donne, pendant les années suivantes, beaucoup de force à la végétation. «. Les essais, continue Thaer, faits « sur l’emploi du salpêtre employé en très petite « quantité, ont présenté des résultats beaucoup plus Cf sensibles que ceux qu’on obtient par le sel comcf mun; mais, dans l’usage ordinaire, l’emploi de ce cc moyen est impraticable, aussi n’en parlons-nous Cf ici que parce que cette circonstance démontre la cc fertilité des terrairus qui produisent spontanément ce du nitrate de chaux, » De nombreuses expériences ont prouvé que le vitriol (sulfate de fer), a une grande influence sur là végétation, lorsqu’il est intimement combiné avec le charbon, ou même avec \ humus qu’il rencontre dans le sol. cc Les

[1) Principes raisonnés (V A gric. tr. fr. t. H, p. 264.

(2) Ibid. p. 2 58.

a grands et incontestables effets, dit Thaer (i), que « produisent le charbon de terre et la tourbe impréa gnëe de vitriol, doivent engager à faire des fouilles « pour en découvrir , et à employer ces substances « pour l’amendement des terres, 'o

§ IX. Climatologie.

Comme les questions de la constance de la température du globe terrestre, celle de l’influence des déboisemens et des défrichemens sur cette même température, acquièrent aujourd’hui une grande importance , je rassemblerai dans les auteurs anciens et modernes, toutes les observations qui me semblent pouvoir être comparables , et j’appellerai sur ce point l’attention des savans, des ingénieurs géographes , et des officiers d’artillerie et du génie qui pourront se livrer à ces recherches.

Salluste nous dit (9.) que, de son temps, l’Afrique septentrionale était dénuée d’arbres, comme elle l’est encore aujourd’hui, que les pluies y étaient rares, et que la disette d’eau s’y faisait habituellement sentir; ager arbori infecundus ^ cœlo terraque penuria. aquarum.

Selon Pline (3), deux: vents changent de nature suivant les climats. \2Auster (vent du sud), humide

(2) Bq.il Jug. 20.

(3) X'\'iii, <76, t. n, p. 145.

et chaud en Italie, est sec en Afrique où il amène un temps serein mais brûlant. L’aquilon ( vent du nord ) amène les pluies. Co fait est confirmé par tous les voyageurs, depuis Peyssonnel jusqu a Desfontaines (i), et par toutes les observations faites sur les lieux depuis la conquête d’Alger. Dans l’Afrique septentrionale, dit le même auteur latin (2), il est inutile de planter la vigne à l’aspect du midi; la chaleur du climat rendrait même cette exposition insalubre pour le vigneron. Lorsqu’on taille la vigne et les arbres , on n’a pas besoin de prendre une précaution qui est indispensable dans les pays plus septentrionaux, celle de tourner vers le sud les coupures des branches.

Un autre passage très curieux de Pline (3), extrait des mémoires de Suetonius Paulinus, qui avait gouverné les Mauritanies, indique sur la cote de la Mauritanie Tingitane, près de Sala, par 34” de latitude, la coexistence de la culture en grand du palmier et de la vigne. Extant vestigia hahitati quondam soli^ vined-

(1) Voyez entre autres Peyssonnel, Mss. lettre X, p. 2, Mém. de Desfontaines sur les plantes économiques qui croissent dans les régences de Tunis et d’Alger. Nouv. Ann. des Voy. t. XLVII, p. 326. — Shaler, p. 1 1 et 12.

(3) V, 1, 1. 1; p. 242. Solin dit la même chose en parlant de la partie du mont Atlas située près de Lixos : Habilalus ante., ut indieat loci faciès, quondam cuîtu exercita, in qaa usque adhuc i^itis et palmœ exîat vestigium. Solin, c. 24.

ruin palmetorumque reliquiœ. C’est peut-être lé point le plus méridional oii la vigne puisse produire du vin. C’est en même temps la limite septentrionale de la parfaite maturité des fruits du dattier, et ce sera une observation propre à déterminer la constance de la température du globe, qu’on pourra ajouter à celles que M. Arago a rassemblées ( i ), si elle est confirmée, pour l’époque actuelle, par les consuls européens qui résident sur les côtes de l’empire de Maroc.

Je traduirai en entier le chapitre de Léon sur le climat de la Barbarie, parce qu’il peut être utile de comparer avec l’état actuel de ce climat, des observatfons qui datent de trois siècles (a).

ce Dans presque Joute la Barbarie, dit-il, les pluies cc et le froid commencent au milieu d’octobre (3).

(( En décembre et janvier, le froid devient un peu ce plus intense, mais seulement le matin; du reste cc il n’est pas assez fort pour qu’on ait besoin d’allucc mer du feu. Le froid diminue en février, mais le cc temps est si inconstant que le vent y change cinq ce ou six fois par jour. En mars, les vents d’ouest cc et de nord-est soufflent avec impétuosité; tous les

(1) Annnaire du Bureau des Longitudes de i834; notice scient, sur l'élat thermometrique du globe terrestre, p. 204 et suiv.

(2) Léon, p. 76 et suiv.

(3) Desfontaiiies confirme ce fait dans son Mém. sur les

plantes économiques de la régence d’Alger et de Tunis. Aoju', A nu. des t. XL"VÏ!, p. 325.

«. arbres se couvrent de fleurs (i). En avril se « nouent presque tous les fruits ; la fin de ce nibis « et le commencement de mai donnent des cerises (( mûres. A la mi-mai on cueille des figues, et dans (( quelques lieux, à la mi-juin, on trouve des raisins (( mûrs. Les poires, les oranges et les prunes attei- (( giient leur maturité en juin et juillet. Les figues (( d’automne (c’est-à-dire la deuxième récolte) mû- (i rissent en août. Mais c’est en septembre que les (( figues et les pêches sont le plus abondantes. Après C( la mi-août, on fait sécher une partie des raisins « au soleil. Avec le surplus des grappes on fait du c( vin et du moût, surtout dans la province de Rifa c( (la cote de Maroc qui borde le détroit de Gibral- (( tar). En octobre, on recueille le miel, les grenades (( et les coings, en novembre, les olives qu’on abat c( à coup de gaules, quoiqu’on sache que ce proc( cédé est nuisible aux arbres : mais les oliviers sont (C si élevés qu’on ne peut atteindre les fruits avec à des échelles ordinaires. Il y a une espèce de

(i) Desfontaines fait la même observation, i6id. p. 826. Poiret, t. I, p. 190, remarque que sur la côte la plupart des arbres sont inclinés vers le S.-E. , et que le vent le plus violent et le plus commun est le N. -O. cc L’inclinaison des arbres, ajoute-t-il, ne serait-elle pas un moyen pour un voyageur déjuger quels sont les vents les plus forts qui régnent dans un canton?» Le même voyageur indiquç , au commencement de février , une végétation assez avancée , p. i83.

(( grosses olives impropres à faire de Thuile et que (( les habitans mangent lorsqu’elles sont mûres (i). « Les Africains comptent le printemps du i5 fé- « vrier au i8 mai ; pendant cette période, ils ont (c une température très douce. Si du a5 avril au a 5 mai il ne tombe pas de pluie, ils en tirent un (( mauvais augure pour leurs récoltes (2). L’été (( dure pour eux depuis le 19 mai jusqu’au 16® jour (( du mois d’août, période pendant laquelle l’air est c( extrêmement cbaiid et le ciel constamment se- (( rein (3). Si par hasard il tombe de la pluie en « juillet et août, tout l’air est infecté et donne aussi- (( tôt naissance à des fièvres pestilentielles, dont (( il est bien difficile de guérir lorsqu’on en est atta- (( qué (4). Ils comptent l’automne du 17 août jus-

(1 ) Desfontaines ajoute, sans être assaisonnées, ibid. p. 35o. Pline parle aussi de ces olives douces qui , étant séchées , sont raeilleiires que les raisins. Elles sont très rares , ajoute-t-il, et ne se trouvent qu’en Afrique et dans les environs de Mérida, en Portugal. Plin. 4? XV, t. I, p. 735.

(2) Il est nécessaire que les pluies continuent jusqu’au commencement de mai. Lorsque les sécheresses commencent à régner avant ce temps, les plus belles moissons sont perdues. Desfontaines, ib. p. 33o.

(3) On trouve une observation analogue dans le Mémoire cité de Desfontaines, ibid. p. 326.

(4) La même cause produit le même effet dans \agro romano et les maremmes toscanes où je l’ai observé plusieurs fois.

<c qu’au i6 novembre. En août et septembre la « chaleur diminue. L’époque comprise entre le <( i5 août et le i5 septembre est appelée le four de toute l’année, parce que c’est alors que mûrissent « les figues, les coings et les autres fruits du même « genre. Enfin, ils comptent l’hiver depuis le 1 5 noce vembre jusqu’au i4 février. Les labours se font <( en octobre sur les montagnes, dans les plaines à la (( fin de novembre fi). Les Africains regardent « comme les plus chauds de l’année les [\o jours qui (( suivent le 12 juin (2), et comme les plus froids ceux « qui commencent au 12 novembre. ))

Du reste, sur les côtes de l’Afrique septentrionale on souffre rarement de l’excès du froid ou de celui de la chaleur. Pendant 1% ans que Shaw est demeuré à Alger, il n’a vu que deux fois le thermomètre à la gelée, et alors toute la campagne fut couverte de neige; le mercure ne montait à la grande chaleur lorsque le vent soufflait du côté du grand désert. «L’on peut juger, ajoute Shaw (3), « de l’égalité de la température de ce climat, parce

(1) Il arrive néanmoins qu’on ne sème le blé que dans le mois de décembre ou même de janvier, lorsqu’il ne commence à pleuvoir que dans celte saison. Desfontaines, ibid. p. 328.

(2) Cette opinion est conforme aux observations consignées dans le mémoire de Desfontaines, 826.

(3) T.I, p. 281, tr. fr.

« que le baromètre ne varie, quelque temps qu’il cc fasse, que d’un pouce et 3/io, c’est-à-dire depuis a 29 pouces t/io jusqu’à 3o et 4/10*» Le même auteur porte (i) la quantité moyenne de pluie qui tombe à Alger dans une année, à 27 ou 28 pouces. La moyenne qu’il donne , d’après les observations faites en 1730, 3i , 32 et 33, années pendant lesquelles il tomba des pluies extraordinaires, serait de 37 pouces 1/2. Desfontaiues , d’après les renseignemens que lui a fournis un missionnaire dont les observations embrassaient plusieurs années consécutives, estime qu’il tombe à Alger, terme moyen, de 3o à 36 pouces d’eau par année.

Notre savant botaniste a aussi fait des remarques lhermométriques dans la régence d’Alger. Il y gèle rarement, dit-il , au milieu de l’iiiver, et le thermomètre de Réaurnur se maintient ordinairement, dans cette saison, à 8 ou 10 degrés au-dessus de zéro. Au temps des grandes chaleurs , le mercure, au milieu du jour et à l’ombre , se soutient toujours depuis 26 jusqu’à 32 degrés (2). D’après ces données, la température moyenne serait de 19^ Réaurnur, qui correspondent à un peu plus de 28° centigrades. Nous avons aujourd’hui des observations plus précises. D’après un tableau inséré dans l’introduction

(1) T. I, p. 283, tr. fr.

(2) Desfontaines, Mém. sur ies plantes écôn. Nouv. Ann. des i>oy. t. XLYîl, p. 325 et sniv.

(lu Dictionnaire géographique iinwersel publié par Cb. Picquet , la température moyenne, à Alger, pendant l’hiver , est de it3 degrés [\j\o au-dessus de zéro; pendant l’été, de 26 degrés 8/10, et pour toute l’année, de 21 degrés 6/10.

Mais toutes ces observations ont été généralement faites sur les côtes, et ne peuvent convenir à la situation de Constantine, Là, pendant l’hiver, le climat est rude et glacé. Une funeste expérience supplée pour nous au silence des voyageurs; car, il faut le dire, le point qu’il nous importe le plus de connaître est précisément celui qui n’a été l’objet d’aucune investigation. Si, dans la dernière expédition, l’on avait laissé un baromètre à Bône, si on avait exactement observé et noté les indications de l’instrument , et qu’on en eût porté un autre dans la marche de Bône à Constantine, la différence entre les deux baromètres correspondans, nous donnerait la hauteur absolue des divers points de la route et des plateaux de Mansouria et de Coudiat- Ati qui touchent à Constantine. Mais puisqu’on a négligé ce moyen direct d’exploration (ce qui prouve, pour le dire en passant, que désormais la science doit toujours marcher à la suite de la guerre), je suis forcé de i^rocéder par inductions , mais je tâcherai de les rendre aussi exactes et aussi précises que possible.

Le dattier ne croît pas à Constantine, du moins les fruits n’arrivent pas à leur maturité. Les dat*

les y sont apportées du midi de l’Afrique (i). Le latanier y vient, mais il y est, dit- on, maigre etra-* bougri. Cependant ces deux arbres croissent, le se« cond dans la Provence, le premier sur les côtes de Gênes et même à Rome, où il s’élève à une grande hauteur. A Alger, dit M. Arago (2), dont la température moyenne est d’environ 21° centigrades, les dattes mûrissent bien, quoique inférieures en qualité à celles du midi de l’Afrique.

A Milah, près de Constantine, les pommes et les poires, originaires du nord de la France et du midi de l’Allemagne ont une saveur excellente; la ville même a tiré son nom de l’abondance de ces fruits ; tandis que selon M. Desfontaines (3), ces arbres fruitiers importés de l’Europe ont dégénéré sur la côte. t

A Média, qui est moins éloignée de la côte que Constantine, cactus, agavés, grenadiers, orangers, ont disparu, ce sont nos arbres de France qui les remplacent. On se croirait, dit M. Rozet (4), dans

(1) cc Même à Mésilah, dit Shaw, par 34” 1/2 lat. et dans (C tous les lieux qui sont sur les bords du Sahara , l’air est cc trop froid pour que les dattiers y puissent croître ; les cc vergers n’ont que des pêchers , des abricotiers, etc. o Shaw, t. I, p. i4o-

(2) Ann. du Bureau des longitudes, année i834, p. 206.

(3) Nouv. Ann. des voy. t. XLVII, p. 353.

(4) Extrait du voyage dans la régence d’Alger. Nouv. Ann, des Voy. t. LX, p. 386 et suiv.

la Bourgogne, au milieu d’un des bourgs de la côte châlonnaise.

La vigne croît et mûrit très bien sur les côtes septentrionales et dans le midi de l’Afrique. Columelle (i) nomme les vignes de la Lybie, dont le fruit, peu propre à la vendange, se vendait pour être mangé. Pline (2) vante celles de Tacapé qui produisaient ordinairement deux fois l’année ; aucun écrivain ancien, aucun auteur arabe, aucun voyageur moderne ne parle des vignes de Constantine. C’est peut-être les environs de cette ville que Pline avait en vue, lorsqu’il disait (3) que la nature avait refusé aux terres d’Afrique l’huile et le vin, mais qu’elle leur avait accordé en revanche de riches et fertiles moissons.

Enfin la neige et le froid extraordinaire qui dans la dernière expédition ont gelé les membres et causé la mort de plusieurs de nos soldats, sont encore plus propres que toutes les considérations que je viens de présenter, à nous donner une idée juste du climat de cette partie de l’Algérie. Tout nous prouve que, sur ce point, la température est moins chaude que dans les environs de Rome, et même que dans quelques endroits de la Provence. Je ne crois donc

(1) III, 2, 2. Les raisins de Lybie sont aussi mentionnés par Isidore de Séville, Orig. XVII, 5.

(2) iXVI, 5o, t. II, p. 20.

(3) XV, 3, t. I,p. 733.

pas m'éloignçr beaucoup de la vérité, en affirmant que la hauteur du plateau de Gonstantine et peutêtre celle des montagnes de Mascara où le même froid s’est fait sentir, est d’environ trois cents toises au-dessus du niveau de la mer, et presque égale a celle du plateau de Madrid. Le voisinage et la température fi^oide des montagnes ne doivent pas peu contribuer à préserver Gonstantine de rinfluence morbifique des chaleurs.

La chaîne de l’Edough, voisine de Bône, est couverte de neiges pendant tout l’hiver (i). Le châtaignier y atteint de grandes dimensions et y donne de bons fruits. Une partie de la chaîne du Jurjura est constamment blanchie par les neiges (2). M. Jules Texier, dans un mémoire que j’ai déjà ^u occasion de citer, s’exprime en ces termes sur la température des environs de Gonstantine : « Les sommets élevés cc du Jurjura, de l’Aura's, du grand Atlas sont toute jours couverts de neiges. Les plaines situées sur (( ces montagnes et celles des Beni-Abess (au pied 0 du Jurjura) des Béni Boutaleb, au sud-ouest de (( Sitifi, disparaissent sous la neige pendant une a. partie de l’année. La température est si froide

(1) Desfontaines, Now. Ann, des voy. t. XLVII p. 97. La neige, suivant Békri, séjourne constamment sur le mont Edougti. Not. des manuscr. t. XII, p. 009.

(2) Desfontaines, ib. p. 84, manuscr. de Peyssonn^, lettre XV, p.

« au soiumet du mont Artyah, qu’il y gèle forte- (c ment tous les hivers. »

A cette hauteur, l’air doit être sain, le climat salubre. Je puis invoquer encore à l’appui de cette opinion , tout ce que j’ai dit ailleurs sur l’importance que les rois numides, les consuls et les empereurs romains attachaient à la possession et à la conservation de Girta. Il est impossible de supposer que tant d’hommes éminens, dans le" cours de dix siècles, se soient trompés sur le choix d’une position destinée à contenir, h dominer, h civiliser une grande partie de l’Afrique. Les voyageurs modernes les plus éclairés confirment, par leurs observations sur l’importance et l’admirable situation de Constantine, le jugement des siècles passés et l’autorité irréfragable des faits accomplis. Peyssonnel, Shaw, Hebenstreit sont unanimes dans leurs éloges. Poiret et Desfontaines nous disent que Constantine est extrêmement peuplée, que les' environs sont de la plus grande fertilité, que la terre est bien cultivée et que du haut de ses montagnes, la vue embrasse une vaste et magnifique étendue de plaines, de vallées, de collines, de rivières et de prairies, cc La position « de Constantine, dit le consul américain Shaler ( i), a est certaiuement une des plus heureuses que l’on « puisse imaginer, et sous un gouvernement raisonna-

ble, elle aurait à espérer toutes sortes d’avantages. ))

(î) Esquisse de ï étal d! Alger, p. 20.

Or, la condition indispensable pour le succès d’une colonie européenne en Afrique, est le choix d’un territoire salubre, fertile et arrosé où les Européens puissent vivre, cultiver, travailler toute l’année, en conservant la plénitude de leur activité et de leurs forces. Il ne faut pas espérer de trouver ces conditions sur les points de la côte que nous avons occupés jusqu’ici. La Galle est une position si insalubre, que la fièvre y enlève les hommes au bout de quatre jours; aussi la compagnie d’Afrique, lorsqu’elle existait, ne pouvait-elle enrôler pour la pêche du corail à la Galle, que des malfaiteurs fuyant la vengeance de la justice, des hommes sans asile, sans établissement, sans ressources, des malheureux perdus par le libertinage, la débauche, sans prin* cipes de religion, sans le moindre sentiment de probité. cc Si elle ne voulait que des honnêtes gens, dit (( Poiret (i), à qui j’emprunte ces détails, la Galle (c serait déserte et le serait pour long-temps. »

Les mortalités annuelles obligèrent autrefois les Français à abandonner le Bastion de France où ils avaient établi une garnison. Les maladies furent si meurtrières pendant un été, que, de plus de 4oo hommes, il n’en resta que six (2).

Entre la Galle et Bône il existe plusieurs grands lacs qui répandent au loin des exhalaisons pestilen-

(2) Ihid, p. 7.

tielles (i). La plaine de Bône elle-même est basse, sablonneuse, baignée en partie par les eaux, couverte de marécages. Il existait autrefois des canaux pour recevoir les eaux pluviales; mais l’insouciance des Turcs les a laissé combler par les sables et les débris de rochers que charrient les torrens; aujourd’hui les eaux, ne trouvant plus d’écoulement, se répandent dans la plaine et forment des marais qui occasionent des fièvres. Presque tout ceux qui sont entrés dans les hôpitaux de Bône à la suite de la dernière expédition , blessés, fiévreux, ou ayant les pieds enflés par l’humidité, sont morts. Arabes, Turcs ou Français, tous ont été incurables (as).

Dans la vaste plaine de la Métidja, je tiens ce fait d’une source certaine, il n’existe plus aujourd’hui que cinq colons européens ; le reste ou n’a pu s’y établir ou en a été chassé par les maladies.

On prétend qu’il serait facile d’assainir les points où jusqu’ici nos efforts pour la culture et la colonisation ont été déjoués par les maladies. Je l’ignore. Les exemples ne me manqueraient pas pour prouver, sinon l’impossibilité complète, du moins l’im-

(i) Poiret, t. I, p. lo. — Desfontaines, Now. Ann. des. vof. t. XLVII, p. 98.

(1) Voir dans le Journal du Commerce du 3 février i83b, la relation du voyage du colonel Foy, à Medjas-Haraar, à 6 lieues de Guelma.

iTiense difficulté d’une pareille entreprise. Aujourd’hui encore, comme au temps de Cicéron, d’Horace et de Tacite, quelques quartiers de Rome et les environs de cette ville, sont annuellement infestés par les fièvres épidémiques. Tout l’or, toute la constance des papes, toute l’habileté des Médicis, des Léopold, des chefs de la riche et industrieuse Florence, n’ont pu rendre respirable l’air vicié des maremmes toscanes et romaines.

Mais, serait-il prouvé que les plaines de Bônc et d’Alger sont dans des conditions plus favorables que ïagro romano et les marais Pontins , et que la main de l’homme peut, à force de travaux, les assainir et les rendre habitables , il faudra des dépenses immenses pour arriver à ce but. Ne vaudrait-il pas mieux les employer a tenter d’abord de nouveaux essais de colonisation sur un autre point qui présente des chances presque certaines de succès? Nous avons échoué dans les plaines de Bône et de la Métidja ; faisons l’expérience de la position et du climat de Constantine. Place forte et avantageusernent située, climat doux et tempéré, plateau vaste et élevé, territoire bien arrosé, fertile et salubre, ne sont-ce pas les conditions essentielles de réussite pour l’établissement d’une colonie européenne? Qu’ont fait les Espagnols dans le Nouveau- Monde? Tant qu’ils sont restés sur les côtes noyées, marécageuses et insalubres , à Panama et à Callao, à la Véra-Cruz et à Acapulco, la fièvre jaune et les

miasmes putrides ont décimé les coloris et les soldats. Ils ont gravi le plateau élevé du Mexique; ils ont occupé Mexico; ils ont escaladé les hautes chaînes des Andes, ils y ont fondé Potosi, Santa-Fé de Bogota et Quito. Là sous l’équateur et les tropiques, mais à à 3ooo, à 2^00 mèti’es

de hauteur absolue, ils ont retrouvé le climat saluhi'e et tempéré, l’air élastique et vif de leur mère-patrie. Là, ils ont cultivé les céréales, nourriture habituelle de leur enfance, propagé les animaux domestiques de l’Espagne, anciens compagnons de leurs guerres et de leurs travaux. Leur population s’est accrue par la fécondité des mariages, autant que par l’émigration de leurs compatriotes, rassurés désormais contre les intempéries du climat. Bref, en moins de deux siècles, les Espagnols ont couvert de leurs colonies tout le nouveau continent et occupé les vastes contrées qui s’étendent entre les deux tropiques.

Que cet exemple nous serve de leçon. La force de Constantine comme place de guerre, son heureuse situation, son importance comme pivot d’opérations dans là conquête et la soumission de l’Afrique, comme rendez-vous des caravanes, comme centre des communications, du commerce, de ia culture et de l’industrie africaine; sa proximité de la côte, la salubrité de son climat, la fertilité de son territoire arrosé par des cours d’eau qui ne tarissent jamais et dont quelques-uns pourraient devenir navigables; la douce température de scs plateaux élevés.

frais et sains; toute cette réunion de circonstances favorables, nous fait un devoir, ce me semble, d’occuper Constantine , de la garder après l’avoir prise, d’y établir les lois, l’administration françaises, le siège du gouvernement de l’Algérie orientale, et d’y tenter l’essai de la fusion des peuples et de la colonisation européenne qui, sur aucun autre point de la régence , n’offre autant de chances de succès.

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