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(2) XVII, p. 832.
(3) Bell. Jug. c. 24 et 25.
qu’une multitude, tant d’Italiens, attirés par le commerce dans ses murs, que de Numides restés fidèles au parti d’Adlierbal, prirent les armes pour ce prince et défendirent la place. Jugurtlia ne pouvant emporter d’assaut cette ville, si avantageusement fortifiée par la nature (i), essaya d’abord l’emploi des tours , des galeries d’attaque , des machines de toute espèce. Tous ses efforts furent infructueux; il fut réduit à l’envelopper d’une large circonvallation , et ne parvint à s’en rendre maître que lorsque les babitans manquèrent entièrement de vivres.
Cirta, sous le règne de Juba , n’avait pas déchu de sa splendeur, car Hirtius (2) la met au rang des villes les plus riches de la Numidie, oppidum ejus regni opulentissimiim. Lorsque le prince numide eut succombé en Afrique avec les restes du parti de Pompée, César donna à Sittius, chef de partisans qui l’avait puissamment aidé dans cette guerre, une partie du territoire de Cirta. Sittius le distribua aux soldats romains et italiens qui avaient vaincu sous ses ordres , et l’établissement de cette colonie, qui reçut de César le droit de cité romaine , fit donner à Cirta le nom de Sittianorum colonia (3).
(1) Neque, propter naturam loci, Cirtam armis expugnare poterat {Jugurlha). Sallust. Bell. Jug. c. 25.
(2) Bell. Afr. c. 25.
(3) Appian. hell. civ. IV , 54 ; Plin. V , 2 , t. I, p. 245 ; Pomp. Mêla, 1,6.
En 3i I , Alexandre, paysan pannonien qui s’était fait proclamer empereur en Afrique, fut attaqué par un préfet de Maxence, et se réfugia, comme Adherbal, sous l’abri de la position forte de Cirta. Il est certain que l’ancienne capitale des rois numides fut ruinée dans cette guerre , et que Constantin , après l’avoir relevée et embellie, lui donna le nom de Constantine, qu’elle porte encore aujourd’hui (i).
Les auteurs grecs et latins ne nous ont raconté, comme on le voit , que la richesse , la splendeur et la force naturelle de Cirta : c’est dans les écrivains arabes et les voyageurs modernes qu’il faut chercher les détails topographiques. Nos principales sources seront la description de l’Afrique par Békri, et la géographie d’Edrisi, traduite pour la première fois en entier par M. Am. Jaubert, qui a bien voulu me communiquer son travail avant la publication.
ff Constantine, dit Békri (2), ville antique, grande « et peuplée , est si bien fortifiée , que l’on ne con- « naît point de place qui la surpasse sous ce rap- « port. Elle est baignée et environnée par trois « grandes rivières qui toutes portent bateau, et qui a proviennent de sources appelées Ingal ^ c’est-a- « dire noires. Ces rivières vont décharger leurs a eaux dans un ravin d’une extrême profondeur.
(1) Cirlœ oppido, quod obsidione Alexandri ceciderat, re~ posito exornatoque, nomen Constantina inditum. Aur. Yiclor, 'Epitom. c. 4o-
(2) Notic. des mss. t. XIL p- 5 16,
« Dans la partie la plus basse de ce fossé est un « pont composé de plusieurs arches; au-dessus de « celui-ci on en voit un second , puis un troisième « qui repose sur trois arches ; et enfin , par-dessus « toutes ces constructions s’élève un bâtiment qui est « de niveau avec les deux bords du ravin, et sur lequel a on passe pour entrer dans la ville (i). De cette « hauteur, l’eau qui coule dans le lit du canal ne « paraît que comme une petite étoile , tant est « grande la profondeur de l’abîme. Gonstantine est « habitée par différentes tribus faisant partie de « celles qui occupent les villes de Milah , de Nifzacf wah et de Kastiliiah ; elle appartient aux Berbers « deKétamah.On y voit des marchés bien fréquentés, « et son commerce est considérable. Le port deMan- « kara en est à la distance d’une journée de marche.»
Au premier abord, il paraît difficile de beaucoup ajouter à la description de Békri; cependant le nouveau manuscrit d’Edrisi, géographe du douzième siècle, bien plus étendu et bien plus complet que tous les textes imprimés , nous fournit des détails si curieux queje n’hésite point à les transcrire en entier.
« La ville de Gonstantine , dit-il (2), est peuplée , « commerçante; ses habitans sont riches, font le « commerce avec les Arabes et s’associent entre eux a pour la culture des terres et pour la conservation
(1) Le pont de Rummel vient, dit-on , d etre détruit par Achmet-Bey.
(2) P. 242, trad. Jaubert.
iK des récoltés. Le blé qu’ils conservent dans des « souterrains y reste souvent un siècle sans éprou- « ver aucune altération. Ils recueillent beaucoup de « miel et de beurre qu’ils exportent à l’étranger. « Cette ville est bâtie sur une espèce de promon- « toire isolé , de forme carrée ; il faut faire plusieurs « détours pour y monter; on pénètre, par une porte ff située du côté de l’ouest, dans l’intérieur de la (( place , qui n’est pas très grande ; on y remarque Cf des excavations où les habitans enterrent leurs « morts, et de plus, un édifice très ancien, de conscc truction romaine, dont il ne reste plus que les (( ruines ; on y voit également un édifice romain, « jadis destiné aux jeux scéniques, et dont Farchifc lecture ressemble à celle de l’amphithéâtre de « Termèh {Taurominium), en Sicile.
Cf Constantine est entourée de tous les côtés par cc une rivière; ses murs d’enceinte n’ont partout que cc trois pieds de haut, si ce nest du côté de Milah. cc La ville a deux portes : l’une, celle de Milah du cc côté de l’ouest ; l’autre ( Bab-eUCantara ), la porte cc du Pont du côté de l’est. Ce pont est d’une struccc ture remarquable. Sa hauteur au-dessus du nifc veau des eaux, est d’environ loo coudées. C’est cc aussi l’un des monumens de l’architecture ro- « maine. Il se compose d’arches supérieures et (t d’arches inférieures au nombre de cinq, qui emcf brassent la largeur de la vallée. Trois de ces a arches, celles qui sont situées du côté de l’ouest ^
n à deux ëtages , ainsi que nous venons de le dire, « sont destinées au passage des eaux , tandis que a leur partie supérieure sert à la communication « entre les deux rives. Quant aux deux autres, elles « sont adossées contre la montagne.
cc Ces arches sont supportées par des piles qui « brisent la violence du courant et qui sont percées « à leur sommet de petites ouvertures. Lors des ,« crues extraordinaires, qui ont lieu de temps à a autre, les eaux qui s’élèvent au dessus du niveau « des piles s’écoulent par ces ouvertures. C’est, nous a le répétons, l’une des constructions les plus cu- (( rieuses que l’on ait jamais vues.
« Il existe dans toutes les maisons des souter- €c rains creusés dans le roc; la température consa taniment fraîche et modérée qui y règne, con- « tribue à la conservation des grains. Quant à la a rivière, elle vient du coté du midi, entoure la « ville du côté de l’ouest, poursuit son cours vers « l’orient, puis tourne vers le nord , baigne le pied « de la. montagne a l’occident et retourne de nou- «c veau vers le nord, pour aller enfin se jeter dans a la mer, à l’ouest de la rivière de Sahar.
« Constantine est Tune des places les plus fortes « du monde; elle domine des plaines étendues et de « vastes campagnes ensemencées de blé et d’orge, cc Dans l’intérieur de la ville, il existe un abreuvoir cc dont on peut tirer parti en temps de siège, j)
Je borne là mes citations pour les auteurs
arabes; mais Léon l’Africain nous fournit encore sur Gonstantine des détails qui ne se trouvent pas dans les écrivains antérieurs : « Nul ne peut nier, dit-il , que cette ville n’ait été fondée par les Romains, s’il considère ses remparts si élevés , si antiques , si bien fortifiés, bâtis en pierres noires {i) travaillées au ciseau. Elle est placée sur le revers méridional d’une haute montagne, et entourée de rochers à pic. A ses pieds coule le Sufegmare ( le Rummel), qui , encaissé de part et d’autre entre deux murailles de rochers, remplit pour Gonstantine l’office d’un vaste fossé. Du coté du nord elle est défendue par un rempart épais. Il n’y a que deux étroits passages pour entrer dans la ville; l’un est à l’orient , l’autre à l’occident. Elle a des portes très grandes, très fortes et très élégamment construites. On y remarque en plusieurs endroits de magnifiques édifices publics et particuliers. Les habitans sont très civilisés et très exercés dans la guerre. On compte à Gonstantine plus de 8,000 familles; on y voit une grande affluence de marchands; les uns vendent du drap et de la laine, les autres envoient en Numidie de l’huile et de la soie, ou échangent de la toile et beaucoup d’autres marchandises pour des dattes et
(i) Poiret, 1. 1, p. 166, remarque aussi la couleur noire des murailles de Gonstantine. Le terrain volcanique d’Hammam-Meskoutin doit se prolonger vers Gonstantine, et aura peut-être fourni ces pierres noires qui sont probablement des laves ou des basaltes.
des esclaves. Il n’y a dans toute la Barbarie aucun pays oïl les dattes soient à si bas prix. Les marchands de Constantine' qui se rendent à Tunis pour leur commerce, ne paient d’autre tribut que 2 1/2 pour 100 du prix des marchandises exportées par eux. Ce droit est prélevé à la porte même de Constantine.»
A ces descriptions curieuses 011 peut ajouter encore quelques observations intéressantes des voyageurs modernes. Le rempart épais qui protège la ville du côté du nord, est bordé, au rapport de Shaw (1), par un précipice de cent brasses (182 m. 8y c.) de profondeur. Le célèbre voyageur anglais a observé sur les bords de cet immense précipice les restes d’un grand et magnifique bâtiment où était, de son temps, le principal poste de la garnison turque. « On y voit encore, dit-il, quatre (( bases, chacune de y pieds de diamètre, avec « leurs piédestaux qui paraissent avoir appartenu « à un portique. Elles sont d^u/ie pierre noire a peu inférieure au marbre, laquelle avait été tirée « vraisemblablement des rochers sur lesquels la ville a est fondée. » Cette dernière assertion paraît manquer d’exactitude; car le savant Desfontaines a observé la nature des rochers qui environnent la ville, et ces rochers, suivant lui, composés de couches légèrement inclinées, sont de formation calcaire. Je .croirais plutôt que ces pierres noires sont des laves,
(1) T. I, p. 157, tr. fr.
des syëiiites ou des basaltes tires d’Hammam-Mes-. koutin ou des terrains volcaniques qui se prolongent à l’entour de Constantine.
Shaw et Poiret ont pensé que la ville moderne n’est pas aussi grande que le fut l’ancienne Girta. Le premier fonde son opinion sur ce que « la langue de terre, « large d’un demi' stade \ sur laquelle s’ouvre, au « S.-O., la principale porte de la ville, est entièrement a couverte de pans de murs renversés, de citernes « et autres ruines qui descendent jusqu’à la rivière, « et s’étendent ensuite dans un terrain plat, paral- « lèle à une vallée étroite et profonde qui sépare des « plaines voisines l’espèce de promontoire sur lequel <( la ville est bâtie (a). » L’opinion des deux savans voyageurs semblerait encore justifiée par ce que nous a dit Strabon de l’immense population de Girta. Mais quant aux ruines qu’ils ont observées au S.-O. de Gonstantine , en rapprochant le passage de Shaw que je viens de rapporter de celui d’Edrisi oh il est question des excavations situées près de la porte de l’Ouest, dans lesquelles les habitans enterraient leurs morts, ne pourrait-on pas présumer que les ruines décrites par Shaw sont les restes de l’ancienne nécropole de Girta?
D’après le récit de Shaw comme d’après celui d’Edrisi ^ il n’y aurait que deux portes à Gonstan-
(1) D’après les plans parvenus dernièrement au dépôt de la guerre, cette langue de terre est infiniment plus large.
(2) Shaw , 1. 1, p. i5q, tr fr. Voy . Poiret, t. I, p. i65,.
tine. Léon l’Africain^ quoiqu’il ne donne pas d’une manière précise le nombre des issues de cette ville, fait aussi présumer qu’il n’y en avait que deux, en nous disant qu’on ne pouvait arriver à Gonstantine que par deux étroits passages. Du reste ce que rapporte l’auteur africain de la grandeur et de l’élégance des portes de Gonstantine , est confirmé par Shaw et Poiret. Suivant les deux voyageurs , ces portes, bâties en pierre rougeâtre presque aussi fine que le marbre, s’annoncent pour être l’ouvrage des anciens maîtres du monde.
« Aujourd’hui la ville a quatre portes : Bah-eU à Kantarah ( la porte du Pont ), qui conduit au place teau de Mansourab, en passant par le pont rocc main bâti sur le Rummel; Bab-el~Rahhbah (porte cc du Marché) qui va de plein pied sur le mamelon « de Goudiat-Afi; Bab-el-Djabiah (porte de l’Apcc port) par laquelle on apporte; et Bab^eUOued ci ( porte de la Rivière ). Ges deux dernières issues <c ne peuvent être aperçues du plateau de Mance sourahqui leur est opposé (i). » Elles sont probablement de construction récente, à moins que le docteur Shaw n’ait mis dans la description de Gonstantine l’inexactitude et la négligence dont on peut à bon droit l’accuser bien souvent , ce que je prouverai par la publication des voyages de Desfontaines et de Peyssonnel.
{i) M oniteur algérien , décembre 1 8 36 .
Un ouvrage qui, s’il est dû à la main des hommeSÿ remonterait certainement au temps des rois numides, est la fortification naturelle que le cours dit Rummel forme autour de la ville. En jetant les yeux sur la carte de î833, et surtout sur la carte à grand point que prépare M. le colonel Lapie et qu’il a bien voulu me communiquer, on ne peut s’empêcher de conjecturer que le cours du Rummel a été détourné de sa direction naturelle par des travaux exécutés à dessein. C’est à MM. les officiers du gé*» nie h décider, d’après une inspection attentive des localités, si la configuration du terrain peut se prêter à cette conjecture. Mais dans le cas où les rapports ultérieurs des corps savans de l’armée établiraient que le Rummel a été introduit dans son lit actuel par la main des hommes , il faudrait conclure des passages où Salluste et Strabon nous peignent Cirta comme une des plus fortes places de la Numidie , que cet ouvrage existait déjà aux temps de ces deux écrivains. Il est dû peut-être à l’administration sage et active de Massinissa qui fit de la Numidie une si riche et si florissante contrée; peut-être est-ce un des travaux que Micipsa fît exécuter, au rapport de Strabon, pour l’ernbellissement et la fortification de sa capitale.
Les détails que nous donnent les écrivains arabes sur le pont du Rummel laissent peu de chose à désirer. Hebenstreit cependant y ajoute deux circons-
tances dont l’une au moins n’est pas sans inte'rét (t). Il a observé parmi les bas-reliefs dont ce pont est orné, une aigle romaine qui atteste, dit-il (opinion que je ne puis partager), l’ancienneté de Constantine,et son admission au droit de cité. Mais il y a trouvé, de plus, des figures hiéroglyphiques qui rappellent naturellement l’attention sur les hiéroglyphes observés par Léon l’Africain dans les ruines situées près d’une fontaine d’eau froide qui existe à l’orient de la ville.
En parlant du pont de Constantine, le voyageur allemand a fait sur le cours du Rummel une observation curieuse qui se trouve confirmée par Shaw (2). « Le Souf-jim-Mar ou Rummel , cc dit-il, se perd sous ce pont, en se précipitant dans « un gouffre formé par la nature. Après qudl a « coulé sous terre ^ l’espace d’environ cent pas, on a l’aperçoit par une ouverture d’à peu près dix pas « de largeur dans la montagne, il se cache en- « core pendant trente pas. Alors, il reparaît entiè- « rement, et coule entre des rochers escarpés et « inaccessibles qui le retiennent prisonnier jasques « vers le nord-est. Là le Rummel se précipite d’un (f rocher perpendiculaire haut de trente pieds, en « formant plusieurs cascades. » Ce phénomène de la perte du Rummel, phénomène qu’on peut observer dans le cours du Rhône , près de Seissel, et qui
(1) Noiw. ann. des i^oy. t, XLYI, p. 64.
(2) T. I, p. iSg, tr. fr.
se reproduit fréquemment dans les provinces illyriennes , se remarque surtout dans les terrains de formation calcaire. Il peut servir à confirmer les observations faites par le savant professeur Desfontaines sur la constitution géologique des rochers de Constantine.
Le roc, du haut duquel tombe la cascade du Rummel, est, dit Poiret (i j, le point le plus élevé de la ville. C’est une espèce de roche Tarpéienne d’où l’on précipite les criminels, et, suivant Hebenstreit (2), les femmes adultères.
Les eaux du Rummel , profondément encaissées entre deux murailles de rochers compactes, ne doivent pas introduire d’humidité dans les silos, qui , d’après Edrisi , existent dans toutes les maisons de Constantine. La ville renferme encore un autre genre de constructions souterraines qui ne sont point mentionnées dans les auteurs arabes, mais dont l’existence est attestée par les voyageurs moderneSo Ce sont des citernes dans lesquelles l’eau arrivait au moyen d’un aquéduc, et qui probablement servaient de château d’eau, comme les citernes de Malqa , dont j’ai donné le plan et la description dans mes Recherches sur la topographie de Carthage. Shaw en a compté vingt occupant, dans le milieu de la ville, un espace de 5o verges (4» m. 5o c.) en carré.
(2) Nom’. Ann. des voy. t. XL^I, p. 62.
— SS¬ II pense qu’elles recevaient l’eau de Physgëa , terrain' montueux, qui est distant de Gonstantine d’environ quinze mille toises. « L’aquëduc , dit-il (i) ,
« est plus endommagé que les citernes ; cependant « ce qui en reste fait voir le courage et le génie des et habitans de Cirta, qui osèrent entreprendre un « monument dont l’exécution exigeait une si protc digieuse quantité de matériaux (2). »
Desfontaines (3) et Poiret (4) sont les seuls voyageurs qui donnent quelques détails sur les rues et les maisons de la ville moderne. A Gonstantine , comme dans presque tout l’Orient , les rues sont en général étroites et malpropres; la plupart cependant sont pavées. Les maisons sont basses et sans fenêtres extérieures, mais assez bien bâties et toutes couvertes en tuiles. La ville, dit Desfontaines, est extrêmement peuplée. Ritter, dans sa géographie de l’Afrique (5), en porte la population à 3o,ooo babitans,cequi s’accorde assez bien avec les 8,000 familles que compte Léon l’Africain. « Cette ville, « dit Ritter, est située dans un canton très fertile, « obéissant à un bey particulier qui peut mettre <c 20,000 bommes sur pied. »
(2) Voyez sur cet aqueduc le J^oyage de Bruce , intj od. p. 29 et 3o , tr. fr.
(3) Nouu. Ann. des Voy. t. XLVII, p- 92. •
(5) Noue. Ann. des Voy> t, XLV, p. 395.
D’après tous les détails que je viens de rap-» porter sur Constantine , l’importance de cette place ne saurait être douteuse. Les consuls romains et les rois du pays paraissent l’avoir jugée comme la position la plus essentielle à occuper, soit pour conquérir, soit pour défendre la Numidie. Dans la première guerre punique, le premier soin de Massinissa, après qu’il a vaincu Syphax , est de se rendre maître de Cirta. L’habile Jugurtha brave, pour s’en emparer, le courroux du sénat et du peuple romain. Il attache au siège de cette ville une importance extrême; il déploie toutes les ressources de son génie, il emploie tour-à-tour l’audace , la force et la ruse pour s’en rendre maître; Salluste a soin de le remarquer. Sitôt que Métellus est en possession de Cirta, il en fait son quartier-général, son principal magasin d’armes , de munitions et de vivres , il la choisit pour pivot de ses opérations dans la conquête de la Numidie (i).
Deux fois Jugurtha essaie de la reprendre, et toujours alors Métellus et Marins se hâtent d’accourir avec toutes leurs forces au secours de Cirta , et de la couvrir de leurs armes. Cette place , par sa position forte et centrale, commandait les nombreuses routes qui conduisaient vers la mer, l’Atlas, la province d’Afrique et les Mauritanies. Située sur un plateau fertile et peuplé, protégée en avant , vers le nord,
(i) SaUiLst. Bell. Jog’ c. 83 , 93.
par des hauteurs abruptes , vers l’ouest , par des monts escarpes qui n’offrent d’autre passage qu’un étroit dédié, elle était pour les Romains un bon centre d’opérations, et tout-à-fait propre, par sa proximité de la côte et de l’excellent port d’Hippône, à devenir un vaste magasin d’armes, dé vivres, de machines de guerre, en un mot, ce que Napoléon avait fait d’Alexandrie et de Mantoue, relativement à l’Italie. C’est ainsi, du moins, que trois grands capitaines, Jugurtha, Métellus et Marius, paraissent avoir jugé cette position.
Un homme de guerre plus illustre encore. César, dans sa campagne d’Afrique, porte sur cette place importante sa vigilante attention. Juba, le plus ferme appui du parti de Pompée, commandé par Scipion, est sur le point de se joindre au proconsul, près de Thapsus , avec toutes ses forces. César ordonne à son lieutenant Sittius de s’emparer de Cirta. Ce puissant génie ne s’est point trompé dans ses prévisions: Juba, craignant pour sa capitale, rebrousse chemin aussitôt, accourt à marches forcées, mais il arrive trop tard pour la défendre (i).
Sous le triumvirat, quarante ans environ avant J.-C. , les lieutenans d’Octave et d’Antoine se disputent avec acharnement la possession de cette forte place. Sextius redouble d’efforts pour s’en emparer , Cornuficius et Lélius pour en faire lever le siège;
(i) Hirtius Bell. Afr. c. 25.
nouvelle preuve de l’importance que les Romains attachaient à cette capitale pour la conquête ou la conservation de la province (i).
Dans la guerre de Numidie , qui eut lieu sous Tibère, Tacfarinas et Blæsus, dont Tacite vante les talens militaires, ont envisagé la position de Cirta sous le même point de vue (2).
L’usurpateur Alexandre , vaincu par le préfet de Maxence , se réfugie derrière les remparts inexpugnables de Cirta. Cette ville soutient un long siège; elle est presque réduite en ruines. Le grand Constantin, convaincu de l’extrême importance de cette place, met tous ses soins à la réparer , à la fortifier, à l’embellir, et lui donne son nom à jamais illustre par la fondation d’un nouvel empire.
Enfin, au cinquième siècle , le fameux Genséric, traînant sur ses pas la nation entière des Vandales, envahit en moins de deux années les trois Mauritanies, la Numidie, l’Afrique proconsulaire et la Byzacène. Nulle digue n’arrête ce torrent débordé; l’Afrique entière succombe, moins Carthage , Hipp6ne et Cirta.
Ainsi donc la population et les richesses de Gonstantine, la fertilité du territoire qu’elle commande, la force de sa position , son importance, soit comme pivot d’opération, soit comme clef des
(1) Dio. Cass, 1. XLVin J cap. aj , 22.
(2^ Tacit. Ann. lU , '
diverses routes qui s’y réunissent de tous les points de la régence, l’intérêt des monuniens antiques quelle renferme, les riches moissons qu’ils promettent à la science, jusqu’au revers passager qu’ont essuyé nos armes devant ses murailles, tout nous fait un devoir d’achever cette utile et glorieuse conquête , et de prouver aux yeux des nations que les armées françaises, à l’audace et à l’impétuosité qui les distinguent, peuvent joindre encore la tenue et la persévérance.
§ VI. État du pays ; productions du soi.
Dans la période qui comprend le y® et le 8® siècle de Rome, les Numides, sous l’administration ferme et éclairée de Massinissa, avaient changé en grande partie leur vie pastorale et à demi-sauvage, pour une civilisation plus avancée. Polyhe, dans l’éloge de ce prince ( i ) , assure qu’il transforma la plupart des tribus nomades en tribus agricoles, et que dans cetteNu-
(i) XXXVII, ni, 7, 8, 9. Voyez Appien (Punie. CVI ,4^)7 q’^i que copier Polyhe, La comparaison
des deux chapitres me ferait croire que déjà , au temps des Antonins , époque où Appien écrivit son histoire, le 87® liv. de Polyhe était aussi mutilé qu’il l’est aujourd’hui ; car cet écrivain, penseur profond et homme d’état éclairé, n’avait point néglpgé , sans doute , d’exposer les moyens employés par Massinissa pour opérer cette métamorphose si remarquable.
midie, qu’on jugeait jusqae-là condamnée à une stérilité absolue , il créa les cultures les plus florissantes en grains et en toute espèce de productions. Dans les quarante années qui suivirent la mort de ce roi (i), la Numidie jouit d’une paix complète, et l’agriculture n’avait probablement pas subi de décadence remarquable, car Salluste nous apprend (2) que lorsque Métellus entra dans ce royaume du coté de la province romaine d’Afrique , les champs étaient couverts de troupeaux et de cultivateurs, et qu’aux approches des villes et des bourgades l’armée trouvait toujours des préfets du roi qui venaient offrir de livrer des blés, de voiturer les provisions nécessaires à la subsistance des troupes. Plus loin le même auteur décrit d’autres contrées de la' Numidie , remarquables par l’état florissant de leur culture, couvertes de villes , de châteaux où les Romains trouvent des grains et d’autres provisions en abondance (3).
Le sénat romain pouvait donc entreprendre la guerre contre Jugurtha avec des forces considéra-
(1) Arrivée en 6o4 de Rome , i48 ans avant notre ère.
(2) Bell. Jug. c. 00, 57.
(3) Ces passages et ceux de Tite-Live , qui mentionnent les grandes quantités de grains que Massinissa et ses successeurs envoyaient sans cesse aux armées romaines, impliquent positivement l’existence de bonnes routes en Numidie; sans cela l’exportation de denrées aussi pesantes que le blé , le vin , l’huile , etc. , de l’intérieur à la mer, eût été très difficile.
— no¬
bles, puisque le pays était en général assez bieu cultivé, que la plus grande partie de la population était agricole et stationnaire, qu’ils possédaient sur les cotes de la Numidie plusieurs ports, plusieurs villes dont ils avaient hérité par la conquête du domaine de Carthage ( i ), puisque la province proconsulaire, qui touchait à l’E. et au S. le royaume de Numidie, pouvait leur fournir des quartiers d’hiver sûrs et abondans, et, de plus, les vivres, les bêtes de somme ou de trait , les machines de guerre , et tout l’attirail de siège nécessairé dans une expédition de ce genre. Telle fut dans l’antiquité , sous les rois numides et l’administration romaine, la fertilité de la portion de la Numidie que j’embrasse dans ces recherches. Au 6® siècle, malgré les vices du gouvernement impérial, les irruptions des Barbares, la dissolution de l’empire d’Occident , la faiblesse et l’incapacité des souverains de Byzance, enfin, malgré la conquête, le partage des terres, et les énormes tributs imposés par les Vandales, dont la domination pesa sur cette belle province pendant un siècle entier, l’agriculture et l’industrie se maintinrent encore dans un état florissant, preuve certaine que la fécondité du soi peut résister à tous les fléaux de la conquête , à tous les vices de l’administration. La vaste plaine de Bulle {Balla regia), située à i5 lieues environ au sud de la Galle, est d’une fertilité extraordinaire.
(0 App. Panic,CXy^\y\, 4.
Procopelïncîique(î},éi:Békri(2) nous représente, au 1 i®siècle, celte même plaine comme une des contrées les plus fertiles en grains de l’Afrique septentrionale. Dans les environs de Béja, l’ancienne Vacca, « quoi- « que le pays, dit Peyssonnel, ne soit pas rempli de c< plaines , il ne laisse pas de fournir une grande « quantité de grains ; mais on n’y trouve aucun cc arbre, excepté dans les endroits où les Maures An- « dalous sont établis (3). j)
L’Auras était encore plus remarquable par sa culture et par sa fécondité. Cette chaîne de montagnes renferme un immense plateau dont je vais donner la description d’après un témoin fidèle, Procope, qui rapporte ce qu’il a vu de ses propres yeux : « Pour qui veut gravir cette chaîne, dit-il (4), « la route est difficile, le pays affreux et sauvage; £c mais lorsqu’on est monté sur le plateau, on dé- £c couvre de vastes plaines, de nombreuses sources « qui donnent naissance à des rivières, et une telle « quantité de vergers que cette culture si variée « semble presque un prodige. Le blé et les fruits (c qui y croissent atteignent une grosseur double de « celle qu’ils ont dans tout le reste de la Lybie. a Les habitans, protégés par leurs défenses natu-
(1) Belio Vandal. I, s5.
(2) Not. des mss. t. XII , p. 5o8.
(3) Lett. mss. XI, p. 9.
a relies, n’avaient pas cru nécessaire de fortifier « leurs villes. »
Les grandes plaines qui s’étendent à l’occident, depuis le mont Auras] usqu’au Jurjura ne sont pas , suivant Procope, ni moins arrosées, ni moins fertiles (i).
La belle contrée baignée par le fleuve Abigas était encore peut-être plus industrieusement cultivée. Procope, qui l’a visitée, nous en fait ce tableau (2) : c< L’Abigas qui descend des pentes de « l’Auras et coule dans la plaine de Bagaï, arrose a autant de terrain que les habitans le désirent. Ils « ont coupé cette plaine par de nombreux canaux, « les uns souterrains , les autres à ciel ouvert, dans « lesquels l’Abigas se partage. Au sortir de ces ca- « naux, le fleuve réunit ses eaux dans son lit nature rel. Ces constructions hydrauliques existant sur « une très grande partie de son cours , il est au « pouvoir des habitans de porter les eaux du fleuve « où ils veulent, en bouchant ou en ouvrant les cc entrées de ces canaux (3). » Les Maures s’en servirent, dans la guerre contre Salomon, pour submerger en un clin d’œil le camp des Romains placé dans cette vallée. Ce récit curieux de Procope nous
(1) Ibid.
(2) Proc, I[, 19.
(3) M. de La Porte, consul à Tanger, m’a raconté que le même procédé d’irrigation est employé dans l’empire de Maroc pour le Dras et pour le Ziz , fleuve qui se rend à Tafilet,
fait connaître , chez ces tribus maures de l’AuraSy un système fort étendu de canalisation et d’irrigation non moins ingénieux que ceux du Lodésan, de la Toscane et du Milanais qui excitent l’admiration de l’Europe. Békri (i) fait la même peinture des larges plaines de Bagaiah et de Tipsa, arrosées par une abondance merveilleuse d’eaux courantes qui viennent du mont Auras. Les bords de ces cours d’eaux sont couverts, dit-il, d’arbres fruitiers et surtout de noyers, dont les fruits ont une grosseur et une saveur qui a passé en proverbe. Il en est de même de Tiffeôh, dont le territoire, selon Békri, offre à chaque pas des champs ensemencés et de nombreuses sources d’eau vive , et qu’Hebenstreit appelle un des cantons les plus agréables de la Numidie (2). Edrisi (3) vante aussi les jardins et les vergers de Tifach et de Sbiba , où l’on cultive avec succès l’orge , le blé, le cumin , le carvi et les légumes de toute espèce. Le territoire entre cette ville et Sbiba produit du safran d’excellente qualité.
Je pourrais encore, pour le pays dont je cherche à présenter un tableau fidèle, recueillir dans les géographes et les historiens arabes beaucoup d’autres exemples d’une agriculture soignée et d’une grande fécondité en productions de toute espèce. Je me
(1) Not. des mss. t. XII, p. 595,697.
(2) Now. Ann. des Voy. t, XLVI, p. 58.
(3) P. 271 et suiv.
borne à ce petit nombre de citations, et je vais décrire , d’après Léon l’Africain et les voyageurs modernes , l’état du pays depuis le commencement du J 6® siècle jusqu’à l’époque actuelle.
Bougie, du temps de Léon, avait plus de 8,000 familles , très riches par leur commerce et le produit de leur agriculture. Les montagnes qui l’environnent étaient peuplées de villages opulens et d’une quantité immense de troupeaux de bœufs et de chèvres. Ce territoire montagneux produisait en abondance de l’orge, des noix, du vin, des figues et du chanvre. Edrisi (i) dit que sur le flanc même de la montagne sur laquelle la ville est bâtie, on trouve une grande quantité de plantes médicinales. En 1724, Shaw signale dans les environs, de grandes cultures d’oliviers (2).
Les habitans de Gigel se distinguaient par leur habileté dans l’agriculture. Leur territoire, très bien arrosé, était propre surtout à la culture du lin , de l’orge et du chanvre , et produisait une grande quantité de figues et de noix qu’ils exportaient par mer àXunis.Peyssonnel rapporte en 1724 que le terroir de cette ville est assez beau, on y trouve, dit-il, plusieurs ruisseaux et du bon et fertile terrain. Le pays produit en abondance des cuirs, de la cire et de de l’huile.
(1) P. 236 , tr. fr.
(2) Trad. fr. t. I, p. 112.
Collo était, dit Léon, une très grande ville, bâtie par les Romains ; la terre y est fertile et cultivée jusqu’au sommet des montagnes. Le capitaine Bérard a observé h l’ouest de cette ville, une belle et riche végétation. Toutes les montagnes sont couvertes de bois. Le territoire qui environne Stora est également bien cultivé. M. Bérard y a vu beaucoup de tentes et de nombreux troupeaux.
Je n’ai rien trouvé dans les anciens auteurs qui fût relatif à la culture et aux productions des lieux situés entre Collo et Bône. Pour suppléer à ce défaut de renseignemens, j’aurai recours à l’intéressant mémoire de M. Bérard , dont il a bien voulu me communiquer le manuscrit.
Le cap de Fer est rocailleux et stérile ; mais les environs de Sidi-Akessa, cultivés avec soin, forment un agréable contraste avec l’aridité du territoire qui les avoisine. A l’est du cap Toukoush, où était située l’ancienne Tacatua, on observe de belles cultures dans la campagne, et principalement sur tous les versans des montagnes qui bordent la cote jusqu’au Ras-Arxin. A l’est de ce dernier cap , on voit de riches coteaux, dont le terrain fertile est couvert, jusqu’aux sommets les plus élevés, de cultures admirables par leur nombre , leur division et leur variété.
Je serai très bref sur les productions de Bone et de la plaine qui l’environne: une longue occupation nous en a fait connaître les avantages et les incon-
vëniens. Mais comme nous n’avons pas encore pénétré dans la chaîne du mont Edough, nous rassemblerons , pour ce point , le petit nombre de renseignemens que nous fournit l’antiquité grecque et arabe. Procope (i) peint la vie simple et rustique des Maures, habitans de ces montagnes, et l’oppose à la vie molle et délicate des Vandales, qui s’y étaient réfugiés avec le roi Gélimer. Cependant il nous apprend que ces Maures recueillaient une grande quantité d’épeautre, de froment et d’orge. Léon (2) nous dit que cette chaîne de montagnes qui touche presqu’à celles de Constantine, offre, du côté de l’orient, des plaines très fertiles et très spacieuses, oii les Romains avaient bâti autrefois beaucoup de villes et de châteaux. Toute cette contrée est remplie de sources très nombreuses d’où sortent quelques rivières qui, après avoir arrosé ces plaines, vont se jeter dans la Méditerranée.
Le nom arabe de la ville de Bône Bleld-el Huneb, qui signifie i^ille des jujubiers ^ lui est donné, dit Léon (3), à cause de la grande abondance de ces arbrisseaux, dont les fruits, séchés au soleil, se conservent pour l’hiver. La vaste plaine qui s’étend aux environs de Bône, dont la longueur est de 40 et la largeur de aS milles (4), est d’une fertilité
(1) Proc. Bell, Vand. H, 6.
(4) Léon , P*. 546.
extrême et propre à la production de toutes sortes de grains. « A l’occident de la ville , dit Békri , est a un ruisseau d’eau courante qui arrose les jar- « dins ; tout ce canton présente un aspect en- « chanteur. On trouve à Bône , en grande abon- « dance , la viande, le poisson , le lait et le miel. La a chair de hœuf est la principale nourriture des hac( bitans; mais les bœufs noirs (les buffles qui se a plaisent dans les marécages) sont les seuls qu’on cc y élève avec succès, tandis que les blancs dégénè- « rent (i). » Au 12“ siècle, Edrisi rapporte que le blé y est abondant ainsi que l’orge, que le pays produit en quantité , du lait , du miel et du beurre ; et que les troupeaux consistent principalement en bœufs. Elle est cultivée, dit Léon, par des tribus arabes appelés ils ont un nombre immense de grand et
de petit bétail , et comme l’argent est très rare chez eux , ils apportent à Bône une grande quantité de beurre. Les marchands tunisiens et génois exportent de cette contrée du beurre et des grains de toute espèce. Ce qu’on appelle à Bône les jardins de St.-Augustin , situés à un mille de l’ancienne Hippône, sont, dit Hebenstreit, des allées bien alignées de jujubiers, de mûriers, d’amandiers, de citroniers, d’orangers , de figuiers et d’oliviers (2).
Le long de la côte, vis-à-vis de l’île de TabaiLa,
(1) Not. des mss. p. 609 .
(2) Nouv. Ann. des Voy. t. XLYI^ p. 66.
Bruce (i), qui voyageait en 1763, a vu d’immenses forêts de chênes, plus que suffisantes, dit-il, pour fournir des bois de construction à toutes les villes commerçantes du Levant.
« Dans le pays des Magsæsyliens (que représente « aujourd’hui la province de Constantine) , la terre, « dit Strabon (a), porte souvent deux fois l’année, et « l’on fait deux moissons. Le blé, dont la paille est « haute de 5 coudées (7 à 8 pieds) et grosse comme le Cf petit doigt, rend, dans quelques endroits, deux cent « quarante pour un. On ne sème point au printemps ; « on se contente de sarcler (racler) la terre avec des « bottes d’épine de paliure.Les grains tombés des épis « lors de la moisson suffisent alors pour l’ensemen- « cernent, et ils sont mûrs en été. «Pline confirme les observations de Strabon et dit (3) , que grâce à la douceur de la température et à la légèreté du sol , la herse est un instrument inutile. Quant au poids et à la qualité du froment, Pline (4) met le blé d’Afrique à un rang très élevé; il attribue à sa farine la faculté d’absorber une grande quantité d’eau. Desfontaines confirme entièrement ce fait , et place au premier rang le blé des environs de Constantine qui lui a donné, à la mouture, pour 80 livres de grain, 70 livres
(1) Introd. , p. 22.
(2) L.XVII, 83o.
(3) XVni, 5o, t. II , p. 126, 1. 4; ccî- Hard.
(4) XYIIT; 12, t. II, p. 107.
de fleur de farine, 4 recoupe et 6 de son , tandis qu’aux environs de Mascara 70 livres de beau blé n’ont rendu que 43 livres 1/2: de fleur, 1 1 j/2 de recoupe et i4 de son. Le blé se conserve en épis dans des silos, et quand le sol*est bien sec et que Tair n’y pénètre point , il peut, selon Varron , se garder 5o ans et le millet un siècle (i). Ce blé, dit Desfontaines, renfermé dans ces matamores, à l’abri de l’air et des animaux rongeurs (2), peut se conserver 20 et 4® ans sans dommage. L’intérieur du pays n’est pas moins abondant en fruits que la côte. Pline (3) cite une variété de poires fort estimées que les Romains avaient importée de la Numidie.
Léon donne sur les productions de l’Afrique septentrionale et spécialement de la Numidie, des détails si précis et si intéressans, que j’ai cru devoir le traduire en entier; mais il trouvera mieux sa place dans mon article sur la climatologie.
Le sol d’Alger, dit Desfontaines (4\ est en général plus fécond que celui de Tunis. Les montagnes y sont plus élevées, et les pluies y tombent en plus grande abondance. Les plus riches cantons de ce royaume sont les environs de Constantine^ de Bône, la plaine de Métidja près d’Alger, celle de Maya-
.1) Plin.XVIÏI,63, t. II, p. j42.
(2) Nouv. Ann. des Voy. t. XLVII, p. 338.
(3) XV, i6,t,I,p. 741.
(4) Noui>. Ann. des Voy. t, XLVII, p* 323,
nah, à lieues au sud de cette ville, de Habra, de Mascara, de Tlemsen. Ce superbe pays est entrecoupé d’une multitude de ruisseaux qui descendent de l’Atlas. Les plantes s’y renouvellent sans cesse dans toutes les saisons de l’année, et l’on y récolte les plus belles moissons de toute la Barbarie. Un peu au S. E. de Constantine, est le district des Henneichah, que Shaw (i) regarde comme le plus fertile et le plus étendu de toute la Numidie et où il n’y a presque point un arpent de terre qui rie soit bien arrosé.
L’exactitude des observations de Strabori et de Pline, sur la fertilité d’un sol qui produit presque sans culture, est confirmée par lès remarques du savant et judicieux botaniste Desfontaines. La charrue dont il donne la figure est sans roues, et le soc a la forme d’une large truelle. Elle ne fait qu’èffieürer la terre et ne laboure pas à plus de cinq ou six doigts de profondeur. On ne fait que deux labours pour le froment, et l’on rte brise pas les mottes comme en France avec la pioche et la hersé; cés , soins paraissent inutiles; la terre légèrement sablonneuse se divisé plus facilement par l’action du choc de la charrue. Le sol est si fertile que sans jamais y mettre d’engrais, il produit de très belles moissons. Le blé dur ou blé barbu, variété dont le chaume est presque plein et non fistuleux, l’épi
(i) T. T; p. 162, tr. fr.
plus renflé et le grain plus alongé que le notre, est la seule espèce de froment cultivée en Barbarie. On n y cultive aussi que l’orge à six cotés {horcleum hexasticum), espèce qui est , comme l’on sait, d’un rapport considérable, et réussit très bien dans les pays chauds. Les blés tallent beaucoup en Barbarie ; on a vu des souches de froment qui avaient 8o et même 120 chaumes provenus de la même semence, ce qui se rapproche de l’exemple merveilleux de ce blé envoyé de l’Afrique à Néron ( i ), et dont un seul grain avait fourni 34^ tiges. Les fromens produisent de très beaux épis; Desfontaines en a mesuré qui avaient jusqu’à 5 pouces de longueur. Shaw raconte qu’il n’est pas rare d’en voir deux sur le même chaume, mais notre savant botaniste; dans un séjour de deux ans, n’a jamais pu vérifier ce fait.
Le maïs, le sorgho, le millet à chandelles sont aussi très abondans ; ils se sèment dans le mois d’avril et mûrissent dans le mois d’août. Leurs feuilles offrent un très bon fourrage pour les bestiaux et sont très utiles dans une saison où la terre est extrêmement aride. Le safran, l’indigo, le pavot à opium et le tabac sont aussi cultivés sur les côtes d’Afrique. Les légumes d’Europe, et deux autres dont l’usage nous est inconnu, le melouchier (^corchorus oUtorius) et le gombaut (hibiscus esculentus^ ,
(1) Pline, xvm, 21, t. n, p.
y sont cultives avec succès; les melons et les pastèques y viennent presque sans culture et sont meilleurs que ceux qu’on obtient en Europe, avec beaucoup de travaux et de soins. Les vignes produisent de très bons raisins qu’on sèche pour les exporter, la religion et les lois défendant Fusage du vin.
L’olivier tient le second rang parmi les arbres utiles cultivés en Barbarie. Ces arbres, bien plus grands en Afrique que dans nos provinces méridionales, produisent chaque année d’abondantes récoltes d’olives , dont quelques-unes sont douces et se mangent sans être assaisonnées. Il en existe de bélles plantations aux environs de Bone, de Bougie, de Biida et de Tlemsen. Les montagnes du petit Atlas sont couvertes d’oliviers sauvages qui produisent d’excellentes olives que les gens du pays préfèrent même aux fruits des oliviers cultivés (i).
Hebenstreit (a) fait un magnifique tableau des environs de Bône: c< Jamais, dit-il, la fertile Mauu ritanie ne s’était montrée à moi dSns un éclat c( semblable : les innombrables tas de grains qui (( couvraient la campagne (car c’était le temps de c( la récolte), la verdure des arbrisseaux procu-
(1) Tous les détails qui précèdent sur les plantes agronomiques sont extraits du mémoire de Desfontaines. Now. Ann. des Voy. t. XL Vil, p. dsq-SoS.
(2) Ann. des Voy, t. XLVî, p. 54.
(( raient une diversion bien agréable à nos yeux^ « accoutumés depuis long- temps à ne voir que des (( rochers arides et des montagnes pelées. »
J’ai déjà parlé de la fertilité des jardins et des vastes plaines qui environnent Constantine.
Mïla (Milevum)^ à 5 lieues N.-E. de cette ville et à J 1 lieues S.-E. de Gigel,est aussi entourée de superbes jardins : tout le voisinage est bien arrosé. Ce lieu fournit Constantine d’herbages et de fruits. Il produit, en outre, une grande quantité d’énormes grenades fort estimées dans tout le pays (i). Léon et Marmol (a) parlent de l’abondailce de ses troupeaux^ de la bonté de ses pommes, et en font dériver le nom de Mila. A 3 lieues au Si-0. de cette ville on cultive une grande quantité de garancë (3).
Tobna, à l’ouest de l’Auras , est une jolie ville, pourvue d’eau, située au milieu de jardins , de plan’tâtions de coton ^ de champs ensemencés de blé et d’orge. Ses habitans, qui sont un mélange dé dU verses peuplades , se livrent avec succès au négoce. On y trouve des dattes en abondance ^ ainsi que d’autres fruits (4).
A deux journées au S.*0. de Tobna , est Mesilah, que Békri (5) nous représente comme une grande
(1) Edrisi, p. 24^, trad. Jaubert.
(2) Léon , p. 544* Marmol, 1. VI , ch. 9.
(3) Shaw ^ t. I , p. 1 32 , tr. fr.
(4) Edrisi , p. 240, trad. Jaubert,
(5) Kot. des mss. t. XII, p. 5! 5,
et forte ville environnée de jardins qui produisent abondamment du coton de bonne qualité. Un autre auteur arabe inédit, Ebn-Haukal, auquel M. Quatremère , dans son excellente traduction de Békri, a emprunté quelques fragmens, nous fait ainsi le tableau de Mesilah (i) : « C’est une ville de « construction nouvelle , bâtie sur les bords de la « rivière appelée Tf^adi^Seher ^ dont le lit présente « une large nappe d’eau , mais qui a peu de pro- « fondeur. Les bords de cette rivière sont couverts « de vignes et de nombreux jardins dont les fruits « sont plus que suffîsans pour la consommation des cc habitans. On y voit des coings qui viennent ori- « ginairement de Ténès et que l’on transporte à « Kaïrowan. Le froment , le coton et l’orge s’y ré- « coïtent en grande abondance; les chevaux, les « moutons, les bœufs, y sont fort nombreux, etc. y>
Nous apprenons d’Edrisi (2) que la culture du coton florissait aussi de son temps à Sétif , ville ancienne située à deux journées au S. de Bougie et à 3o lieues environ au S.-O. de Constantine. Le territoire, ajoute-t-il, est bien arrosé, riche en arbres fruitiers et en légumes de qualité supérieure. Les autres pays en tirent abondamment des noix excellentes.
J’insiste sur la culture du cotonnier parce que
(1) îhid. Note.
(2) Ed. Hartmann, p. 227.
l’existence de cette malvacëe dans les contrées de l’Afrique septentrionale que nous occupons , me semble un fait digne de fixer l’attention du gouvernement. Les anciens connaissaient parfaitement le coton. Théophraste, dans son histoire des plantes (i), décrit l’arbre qui le produit avec une exactitude qui ne laisse aucun doute à cet égard. Nous trouvons dans Pline la preuve qu’il existait de son temps en Afrique ou le cotonnier arbrisseau ^gossypium frutescens) y ou un arbre du genre des bombax qui donnait des productions analogues. « Quelques aua leurs, dit-il (2), rapportent qu’en Arabie les inaucc (^es s’élèvent, dans sept mois, à la hauteur et à « la dimension d’un arbre , et peuvent dès-lors « servir de bâton. Mais on trouve aussi une mauve « arborescente dans la Mauritanie, près du golfe « de Lixos , à 200 pas de l’Océan. Elle atteint à une c( hauteur de vingt pieds, et sa circonférence est cc telle €|u’un homme ne peut l’embrasser. » Ce fait, s’il était bien prouvé (3), serait du plus haut
(1) L.IV, ch. 9.
(2) XIX , 22, p. 164 et i65, ed. Hard.
(3) Les dimensions que Pline donne à la mauve arborescente dont il parle, peuvent paraître extraordinaires. Cependant, en mettant ce fait en opposition avec celui qu’il raconte d'après d'autres auteurs , il semble dire qu’il a vu luimême l’arbre qu’il décrit. Nous savons, d’ailleurs, que Pline a été en Afrique. Voyez dans mes Recherches sur la Topo-graphie de Carthage, i’append, II , par M. Dosgate, p. 240, note, 2.
intérêt pour Thistoire des plantes ; j’invite les botanistes h le vérifier. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons douter que la culture du coton n’ait été florissante au moyen-âge dans le cœur même de la régence d’Alger. Trois auteurs arabes l’affirment. Cette industrie s’était déjà peut-être éteinte au seizième siècle, du moins Léon l’Africain n’en dit plus un mot. Les voyageurs modernes gardent le même silence (i). Ce serait une entreprise à la fois honorable et avantageuse que de relever, dans nos possessions d’Afrique, la culture de cette riche malvacée. Les leçons du passé nous instruisent de ce que nous pourrions espérer de nos efforts dans un avenir peu éloigné. D’ailleurs le cotonnier se trouve encore à l’état sauvage au milieu de nos possessions. M. Jules Texier, sous-intendant civil à Mostaganem, a récemment envoyé à la société d’agriculture des échantillons de coton recueillis aux environs de cette ville : la laine en a paru belle et de bonne qualité. Des essais de culture du coton ont été tentés par des indigènes près de Coléah , aux environs d’Alger et sur d’autres points de la régence; l’on ne dit pas qu’ils aient été infructueux (2). Serait-il
(1) Desfontaines, il est vrai, parle encore de la culture du coton en Barbarie, mais c’est dans la régence de Tunis et dans le Biledulgérid, où, en quelques mois, cette plante atteint six pieds de haut et la grosseur du bras. Now, Ann. des Voy, t. XL\n, p. 35 1, et Hist. des Arbr. t. I, p. ^78 et siiiv.
(2) Pellissier , Ann, Alger, t. îi , p, 325.
donc $i difficile de rétablir cette culture nonseulement dans les lieux oii l’existence du cotonnier à l’état sauvage la rendrait plus facile, mais encore aux environs de Constantine, où, d’après le ténioignage des auteurs arabes, elle était autrefois une source de richesses pour le pays? Je livre ces réflexions à l’examen de nos fabricans et de nos capitalistes. Elles me paraissent pleines d’un vif intérêt. Il ne s’agit de rien moins que d’ajouter à, notre comm^erce une branche nouvelle, et de nous affranchir de l’énorme tribut que nous payons annuellement à l’industrie du nouveau monde.
Nous avons vu qu’il existait des mûriers dans la plaine de Bône. On en trouve encore aux environs d’Alger. Des tentatives ont été faites pour l’éduca-^ tiqn des vers à soie. Leur résultat a prouvé que sous ce rapport nos possessions d’Afrique pourraient devenir une riche succursale des provinces méri? dionales de la France (i).
La canne à sucre y a été cultivée avec succès , et si cette industrie n’a pas pris de développement en Afrique, c’est, au dire des habitans du pays, parce que l’Angleterre, craignant pour ses colonies la concurrence de l’Algérie, acheta au prix de 3oo mille fr. de l’un des deys d’Alger la destruction du premier moulin à sucre qui s’était élevé près
(i) Pellissiei'^ Ann. Alger, t. IL p. 325 , 332.
de cette ville (i). Je rapporte cette anecdote sans la garantir.
La garance, plante que la solidité de sa couleur adoptée pour l’habillement de l’armée entière, rend pour nous d’un si haut prix, est très commune sur tous les points de la régence.
Enfin les oliviers d’Afrique, bien plus beaux, bien plus productifs que ceux de la Provence, nous offrent une ressource précieuse si nous voulons l’utiliser. Les Arabes , peu nombreux et assujétis à des besoins bien moins multipliés que ceux des Européens, ne cultivent qu’une faible partie du sol de l’Algérie (2). L’Afrique , sans qu’il soit besoin de déposséder personne, offre donc encore un vaste champ aux expériences de nos perfectionnemens agricoles. Ne serait-il pas possible d’étendre la culture de l’olivier de manière à tirer enfin de nos colonies africaines l’immense quantité d’huile que nous allons charger à grands frais dans les ports du Levant?
. Il y aurait un volume à faire sur les avantages qu’une colonisation bien réglée pourrait tirer de l’Algérie et notamment de la province de Constantine , que le savant Desfontaines regarde comme }e meilleur territoire de la régence. Les bornes de mon travail me fpnt une loi de ne pas m’étendre
(j) Pel lisser, Ann. Algér, t. II, p. 3:i5 et suiv.
(2) Ibid. p. 321 .
davantage. Le second volume des Annales alge^ riennes (i) par M. Pellissier, renferme, sur l’agriculture de l’Algérie , une foule de renseignemens curieux. On doit pouvoir compter sur leur exactitude, puisqu’ils sont recueillis sur les lieux mêmes, par un homme qui, comme chef du bureau arabe, devait posséder un peu la langue des indigènes, et qu’un long séjour a mis à même d’étudier et de connaître le pays. D’ailleurs ils s’accordent en tout point avec ceux qui nous sont fournis par les écrivains de l’antiquité, par les auteurs arabes du moyen-âge et par les voyageurs modernes, et l’ensemble de tous ces documens prouve clairement, à mon avis, que la province de Gonstantine peut devenir le siège d’une colonie florissante, qui trouvera dans ses propres travaux le moyen de se suffire à elle-même et d’augmenter en même temps le commerce et la richesse de la mère-patrie.
On pourrait m’accuser de dissimuler à dessein les obstacles, ou du moins de ne donner que des renseignemens incomplets, si je ne disais quelques mots des maladies, des animaux nuisibles et des maivvaises herbes qui, même dans les champs fertiles de l’Afrique, attaquent les fruits et les moissons.
Les blés sont sujets , comme en Europe, à la rouille, au charbon, à la carie. Ces maladies n’offrent aucun caractère particulier au pays; les Maures et
(j) Pages Sig, 334-
les Arabes n’emploient aucun moyen pour lespréve» nir. Souvent les brouillards épais qui régnent en hiver le long de la cole^ dessèchent et brûlent les moissons.
Plusieurs plantes malfaisantes naissent parmi les blés et leur sont très nuisibles, soit en privant la terre des sucs destinés à leur nourriture, soit en les étouffant, ou même en leur donnant un mauvais goût. L’asphodèle blanc, par exemple {^asphodelus ramosus ), produit simultanément ces trois effets pernicieux. Ses racines, composées de gros* tubercules charnus, pompent une quantité considérable de sucs; ses feuilles nombreuses et touffues, ainsi que ses tiges longues et rameuses qui se développent avant que les blés soient parvenus au terme de leur accroissement, les privent d’air et les empêchent de s’élever. Enfin l’asphodèle communique aux épis un goût tellement désagréable, que les bestiaux refusent de manger la paille avec laquelle cette plante nuisible a été mêlée.
La bisnagre {^daucus oisnaga) est aussi très répandue et très préjudiciable aux moissons. Plusieurs espèces de vesces s’attachent aux blés par leurs vrilles, les entourent de leurs tiges et les font verser. Dans quelques endroits de l’Algérie occidentale, croît une espèce particulière de réglisse dont les feuilles et les tiges exhalent une odeur très fétide qu’elles communiquent aux blés et aux fourrages, et qui répugne égalementaux hommes etaux bestiaux.
La folle avoine {^avena sterilis\ est aussi très
répandue en Afrique; elle dévaste tellement les cjiamps ensemencés, qu’anciennement on croyait que les blés se changeaient parfois en cette plante.
Les Arabes arr^chept les mauvaises herbes qui viennent parmi les moissons; c’est le seul moyen qu’ils emploient pour les détruire (i).
§ VIL Minéralogie,
En tête des productions minéralogiques de la province de Constantine, se place le marbre de Numidie, si souvent mentionné dans les écrivains de l’antiquité. Cette pierre est différente de celle qui est connue dans le commerce sous le nom de brèche africaine. Celle-ci est d’un fond gris, relevé par des taches d’un rouge de chair ou d’un rouge sanguin. Le marbre de Numidie, au contraire, était jaqne pu safran avec des taches pourpres (2). Je pense que plusieurs des marbres antiques du musée du Louvre, qu’on croit du sarancolin, sont en effet des marbres numidiques; leur fond jaune taché de pourpre s’accorde fort bien avec la description que je viens de
(1) Ces détails sont empruntés au mémoire de M. Desfontaines sur les plantes économiques des régences de Tunis et d’Alger. Now. Ann. des voy. t. XLVII, p. 332, 334 et suiv. Voyez, pour les animaux nuisibles aux moissons, mon article sur la zoologie.
(2) Stace, 1. I, silv. V, vers. 36. — Prudent, apud Barth. h. 1. — ïsidor. Orig, XVI, c. v. — Paul Silentiarus, Ecphr. S. Sophiœ iempli.
donner. Pline dit seulement (i) que les carrières de ce marbre se trouvaient dans la Numidie , entré XAmpsaga (Oued-el-Rébir) et la Tusca (Oued«el- Berber, qui se jette dans la Méditerrannée à Tabarka). Le savant Morcelli a précisé cette vagué indication dans son Afrique chrétienne (2). On employait à l’extraction du marbre de Numidie les chrétiens qui étaient condamnés aux carrières,’ et le siège de cette riche exploitation était à Sigus, entre Macomadia et Cirta. Sigus, sittiée sur la routé de Carthage à Cirta, était à 25 nlilles de cette dernière ville (3). C’est donc à l’est et à 8 lieues environ de Constantine, qu’il faut chercher les ruines de Sigus et les anciennes carrières du marbre numidique.
C’est à l’existence d’un autre marbre de couleur rougeâtre que le promontoire occidental du golfe de Bone doit son nom de Ras-el-Hamrah, le cap Rouge» Mais dans les montagnes qui forment ce promontoire, il existe trois carrières dont deux sont d’un marbre blanc veiné de gris pâle et offrent même quelques tranches considérables d’un marbré statuaire aussi beau que celui de Carare. M. J. Texier, actuellement sous-intendant civil à Mostaganem, a visité ces carrières en i833. Il y a trouvé des colonnes à peine ébauchées, et des blocs dans
(1) V, 2, t. I, p. 245 > l. 10, ed. Hard.
(2) T. II, p. 146. Cf. S. Cyprian. epist. 76 (faussement cotée 86).
(3) Itin. anton. ed. Wessel. p. 28.
lesquels les coins sont encore enfoncés pour les détacher de la masse. Les rochers qui sont au nord de Bône sont aussi de marbre veiné, on y rencontre de plus quelques veines de quartz et de beau mica (i).
Léon TAfricain (2) signale de vastes carrières de pierres à bâtir près de Tibessa , ville située à 5o lieues environ au S. E. de Constantine. « Près « de cette ville, dit-il, est une montagne où Tou rt voit de profondes cavernes dans lesquelles, suic< vaut Topmion commune, des géans avaient fait « autrefois leur demeure. Mais il est aisé de se conte vaincre par plusieurs raisons qu’elles ont été creu- (c sées par les Romains, au temps où ils bâtirent la te ville, car qui ne voit que c’est dans ces masses a mêmes de rochers qu’on a taillé les pierres dont (( se composent les murailles (de Tibessa)? » Cette dernière observation mérite d’autant plus de confiance, que du temps de Shaw, il existait encore à Tibessa des restes de son ancienne enceinte. Le voyageur anglais parle aussi de la carrière décrite par Léon (3).
lien existe une autre assez considérable à quelque distance à l’ouest de Tubna ou Tobna. « Après avoir « passé laBoumazouse, dit Shaw (4), vis-à-vis de Tub- « na, l’on arrive à une montagne d’où l’on tire d’ex-
(1) Desfontaines, iVoae. Ârm. des voy, t. XLVII , p. gâ.
(3) T. L p. i65, tr. fr.
a celleules pierres de taille, et où l’on voit beaucoup i<- de gros quartiers de pierre tailles en bloc et prêts « à être mis en œuvre. On appelle cette montagne « Muckat- el-HadJar o\ila Carrière, Les Arabes ont « une tradition qui porte que les pierres dont on « s’est servi pour bâtir Sétif , et vraisemblablement « aussi Nickouse, Jigbbah et autres villes du voisi- « nage, ont toutes été tirées de cet endroit. » L’ancien nom de Morts Ferratus, donné à la chaîne du Jurjura, qui s’étend depuis le golfe de Bougie jusqu’aux limites du grand désert, celui de cap de Fer que porte le promontoire oriental du golfe de Stora, semblent indiquer l’existence de mines de fer le long de cette partie de la côte. Nous savons, en effet, par Edrisi, Léon, Shaw et Poiret (i), qu’on en exploite dans les montagnes voisines de Bougie. Le premier de ces quatre auteurs, en nous disant que le minerai était excellent et néanmoins à bas prix, nous donne une idée de la richesse de ces mines.
Le même écrivain signale d’excellent fer près de Bône (2). (f Cette ville, dit-il, est dominée par le Dje- « beUIadoug (le montEdough), montagne dont les « cimes sont très élevées et où se trouve de très « bon fer. » M. J. Texier indique le marbre cipolin dans cette chaîne de montagnes.
(1) Edrisi, trad. Jaubert, p. 237. Léon, p. âgo. Shaw,