‹ Province de ConstantineChapitre 7 sur 18 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

citanœ^ Zaca^ Muharuf et Sulluco^ Tes distances que j’ai citées pourront aider peut-être à en fixer l'em^ placement.

§ ni. Routes de V intérieur.

Je ne ferai qu’indiquer la route de terre qui con^ duisait de Bougie à Constantine par Sétif et Milah , parce qu’en supposant môme que dans l’expédition sur Constantine on partît de Bougie, on jugerait plus avantageux sans doute de transporter par mer les troupes à Gigel, pour les diriger ensuite vers le but de l’expédition.

La distance par terre, de Bougie à Gigel, serait d’après l’Itinéraire, de 93 milles romains ( 70,680 toises). De Gigel, en se dirigeant sur Constantine, la première station indiquée par l'a table de Peutinger est Tucca fines à 46 milles ( 34,960 toises ) de Gigel. La ville de Tucca était située sur PAmpsaga ( aujourd’hui rOued-el-Rébir), un peu au nord du point où les cartes modernes placent le confluent de ce fleuve et du Rummel. Il doit exister dans cet endroit des ruines qui donneront le moyen de fixer exactement remplacement qu’occupait l’ancienne ville romaine.

De ce point à Milah, la distance doit être d’environ 9000 toises, en calculant approximativement un septième en sus pour les inégalités du terrain. «Milah, dit Békri (i), après être restée quelque

(j) Not. dc3 ms. t. XIT, p. v5i7.

« temps en ruines , fut enfin rebâtie. Elle est envia ronnée d’une muraille de pierre , autour de laquelle ff règne un faubourg ; elle renferme une mosquée , « des marchés, des bains, et tout son territoire est « arrosé par des sources d’eaux vives. Elle a pour « habitans des Arabes , des troupes de la milice et « des hommes de race mélangée. C’est une des prince cipales villes de la province de Zab. Elle a une « porte appelée Bah-Alrous ( la Porte des Têtes) « qui regarde l’Orient, et tout près de laquelle est « la mosquée Djami, attenante à la maison du comte mandant. Laporte du Nord se nomme Bah-AlsaJîL a Tout auprès, dans l’intérieur de la ville, est une « fontaine appelée Ain-Ahoulsiha ( la fontaine du rt Père des Lions ) qui est amenée par un canal sou- <ï terrain de la montagne de Benou-Sarout, et d’où « part une rigole qui traverse le marché. Dans l’été, « à l’époque où la disette d’eau se fait sentir, on ne cc laisse couler l’eau de cette fontaine que deux jours « de la semaine seulement, savoir, le samedi et le « dimanche. Le faubourg de Milah renferme plu- « sieurs bains. On y voit une source appelée Source « de la Fièvre , dont les eaux sulfureuses et extrê- €c mement fraîches, dès qu’elles sont versées sur «le corps d’un fiévreux, lui rendent la santé.» Léon l’Africain confirme ces détails; Edrisi ajoute que le territoire de Milah abonde en arbres fruitiers de toute espèce. D’après lui, cette ville n’est séparée de Constantine que par une chaîne de

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montagnes qui joint les deux cites , et à travers laquelle on a ouvert une route pour les réunir.

De Milah à Constantine , la distance donnée par lltmeraire est de ^5,000 pas (,9,000 toisesj' la loute entiere de Bougie à Constantine se comimse a.„si de ,33, 640 toises, envi, .on 54 lieues de 25 au degré, dont 29 environ peuvent se aire par mer, et 2 5 doivent être parcourues par terre. Cette distance est parfaitement d’aceord avec les calculs d’Edrisi qui donne (i) six jours de marche entre Bougie et Constantine. Les estimations de bhaw (2), confirmées par les observations déduites du voyage récent de sir Grenville Temple, portent a un peu moins de 9 lieues communes la journée de marche dans l’Afrique septentrionale Les MX journées fixées par Edrisi donneraient donc' aussi, a peu de chose près, 54 lieues pour la distance entre Bougie et Constantine.

La route de Stora à Constantine suit l’ancienne voie romaine. « Il existe, dit Léon l’Africain (3) en « IreSucaïcada (Rusicada des anciens) et côns- « tantine, une route en pierres noires telle « quon en voit quelques-unes en Italie et qu’on « appelle voies romaines. ,, Cette route est encore assez bien conservée, et M. le général Boyer la re-

(2) Préf. p. i6, tr. fr.

(3) P. 538, éd. Elzévir

garde coîiime très praticable, même pour l’artillerié.' D’après un rapport de cet officier général qui à bien voulu me communiquer ce document inédit, 1 8 heures suffiraient a une troupe d’infanterie poué se rendre de Stora à Coiistantine par cette ancienne route. Des renseignemens pris sur les lieux par M. le capitaine Bérard, ont poTté la distance à ] 6 heures pour un bon marcheur. Gfes évaluations s’accordent sensiblement avec le calcul de Pline (i) qui compte de Rusicada à Cirta (aujourd’hui Cons-^ tantine) 48 milles romains (33, 480 toises).

Je crois devoir appeler l’attention de MM. les officiers d’état-major et de MM. les ingénieurs géographes sur un point de topographie important, l’endroit où se déchargent les eaux du Rummel qui baignent les murs de Gonstantine. D’après les cartes publiées jusqu’à ce jour , cette rivière se jette dans le Oued ebRébir (l’ancien Ampsaga) dont M. Bérard a observé l’embouchure à l’ouest du cap BougiarOne entre Zert-Nabou et Mers-el-Zeitoun. Mais cet ba-^ bile hydrographe a remarqué aussi dans le golfe de Stora, au pied de la colline sur laquelle sont situées les ruines de Rusicada , l’emboucîhure d’une rivière assez large qu’il a marquée sur sa carte sans en indiquer le nom. Un pilote du pays lui donna comme certain que ce cours d’eau suivait dans toute sa longueur la route de Stora à Gonstantine. M. Jules

Texier, actuellement commissaire du gouvernement à Mostâganem, qu’un séjour de trois années à Bône a mis à meme d’étudier et de bien connaître la conti’ée, assure aussi, dans un rapport qu’il adresse à la société d’agriculture de Paris, que le Rummel se décharge dans le golfe de Stora, et que de ce point à Constantine il n’y a que .] 4 lieues de marche. J’ajouterai que Léon l’Africain distingue assez clairement le Oucd-el-Kébir du Rummel. Oued-el-Réhir signifie la grande rwiere (i). Or, d’après Léon (2), le fleuve que les Africains appellent le grand fleurey prend sa source dans les montages limitrophes du Zah et va se jeter dans l’océan à 3 milles de Bougie. LeRummel au contraire, qu’il appelle Sufegmare (3) et Sufmare(^4)5*^^i^ suivant cet auteur, dans le mont Auras ; après avoir baigné les murs de Constantine, il poursuit son cours vers le septentrion à travers des montages et des collines, et va se jeter dans la mer sur la limite des territoires de Gigel et de Collo. Tous les détails de cette route méritent, selon moi, d’être étudiés avec une attention particulière, car, en supposant même que, dans la prochaine expédition, Stora ne dût pas être un des points de départ de notre armée, le port de celte ville, qui est le

(1) Shaw, 1 14, tr. fr.

plus voisin de Constantine, deviendrait pour nous, après l’occupation , une des positions les plus importantes de la côte, surtout si la colonisation européenne s’établit dans les plaines immenses, fertiles, arrosées et salubres qui s’étendent vers l’ouest jusqu’à 3o lieues de Cônstantine. J’ajouterai, en finissant , que si réellement le chemin de Stora à Constantine suit constamment les bords d’une rivière, la marche doit être sur ce point plus commode et plus facile que par aucune autre direction, comme cela a lieu dans tous les pays de montagnes. En admettant même que notre armée partît de Bône, rien n’empêcherait qu’elle ne vînt joindre d’abord la voie romaine à Stora. M. le général Perrégaux, qui a déjà fait ce trajet avec le corps de troupes qu’il avait sous ses ordres , assure que de Bône à Stora le terrain est généralement uni et la route facile. Cette configuration du sol est représentée de cette manière sur la belle carte minutieusement exacte de M. le capitaine Bérard.

Quant à la route directe de Bône à Cônstantine , elle va sans doute être l’objet d’une exploration particulière. Je ne me crois pas dispensé pour cela de réunir tous les renseignemens que nous fournissent, sur ce point, les écrivains anciens et les voyageurs modernes. Le résultat de mes recherches pourra être de quelque utilité à MM. les ingénieurs chargés d’étudier le terrain et de préparer par leurs habiles reconnaissances la marche rapide et sûre de l’armée.

Cette route , telle quelle est donnée par Tltinéraire d’Antonin , est de 94 milles romains, correspondant à 64j44o toises. M. le colonel Lapie, dans la nouvelle édition qu’il prépare avec MM. Hase, Walckenaer et Guérard , porte cette distance à 68, *240 toises. Cette route, en partant de Bône, jusqu’à une rivière que l’on passe sur un pont antique, dans le canton de Dagossa, traverse une plaine couverte d’orangers et de jujubiers , d’où la ville de Bone a tiré son nom arabe de Bleid-eU Huneb.

Avant d’arriver à la rivière de Maia-Berda , on trouve Ashkoure, l’ancienne Ascurus^ ville romaine, mentionnée par le seul Hirtius , historien et compagnon de Jules-César. J’ai déterminé la position et la synonymie de cette ville, qui n’était portée sur aucune carte , d’après deux itinéraires manuscrits que le consul, M. de Laporte, a bien voulu me communiquer. Dans la guerre que César fît en Afrique contre les débris du parti de Pompée, Ascurus fut assiégée par Cn. Pompéius, fils du vainqueur de Mithridate. Shaw nous apprend que la ville moderne est assise sur un monceau de ruines romaines. M. de Laporte a passé deux fois sur ces ruines, que les habitans nomment Ashkoure; la synonymie est Jonc maintenant bien établie. Les distances, l’état des lieux s’accordent pour la confirmer.

Un peu au S.-O. d’Ashkoure, on trouve, dit Shaw, d’autres ruines et plusieurs sources chaudes

dont les eaux tombent dans un grand bassin carré? ouvrage des Romains. Ces eaux, appelées par les liabitans Hammam- eU Berda ^ ce qui signifie les thermes de Berda , ou plutôt Merda , les bains des Merdes^ tribu Berbère qui vit dans ce canton, sont les aquœ Tihilitanœ de l’Itinéraire et de la Table de Peutinger, et les eaux thermales ( udata therma) de Ptolémée. Elles ont été reconnues par un officier d’artillerie éclairé, qui, mêlant les recherches savantes aux soins de la guerre , a signalé entre le ruisseau de Maia-Berda et Guelma des eaux therniales salées ettièdes, oii fon trouve une construction romaine remarquable (i).

Après avoir passé le col de la Mouarah , notre armée a campé à Guelma , sur la rive gauche de la Seybouse. « Il reste a Guelma, dit le rapport du marc réchal Clausel , de nombreuses ruines de cons- (t tructions romaines ; et notamment l’enceinte de cc l’ancienne citadelle est assez bien conservée pour <c permettre d’y établir en toute sûreté, contre les cc Arabes, un poste militaire. » Arrivés à Guelma, a nous trouvons, dit l’officier d’artillerie que j’ai cc déjà cité, les ruines d’une ville romaine immense, « Toutes les pierres sont là; il n’y aurait qu’à les cc réunir. Un cirque d’une étendue considérable subcc siste encore en grande partie; débris de colonnes,, cc inscriptions de toute espèce; il y avait là de la pâ;

(i) Yoir le Journal des Débats du i6 décembre i836«

cc ture pour les archéologues et les dessinateurs. » Le jeune prince, descendant de S. Louis, ne se doutait pas que dans ces ruines de Guelma il foulait sous ses pieds le sol de Suthul , Tune des villes les plus riches et les plus fortes de l’ancienne Nuinidie, oîi Jugurtha avait déposé ses trésors; que c’était près de cette ville qu’une armée romaine de 4o,ooo hommes avait été enveloppée par le roi numide, contrainte à passer sous le joug et à céder toutes ses conquêtes, La France pourra peut-être se consoler du revers inattendu qu’ont éprouvé ses armes, en songeant qu’une nombreuse armée romaine, au temps de la plus grande puissance de la république , a subi un échec dont les résultats ont été bien plus funestes, et qui, de plus, a jeté sur ses aigles une tache d’ignominie. La synonymie de Suthul et de Guelma n’avait été encore établie par aucun géographe, et cependant il n’y a peut-être dans toute la géographie ancienne aucun point qui soit moins douteux. C’est près de Suthul, dit Salluste (i) que le propréteur Aulus Posthumius, aveuglé par l’espoir de s’emparer des trésors de Jugurtha, fut surpris par ce prince et contraint à capituler. C’est près de Calama, dit Orose (a.), que Jugurtha accabla l’armée d’Aulus Posthumius, attiré sous les murs de la ville par l’espoir de s’emparer des tré-

(1) BelL Jug. C.41.

(2) Lib. V, c. i5.

sors du roi numide. Or, Shaw nous apprend (i) que Guelma est nommée par les Turcs Raima, et saint Augustin (2) la place entre Constantine et Hippône (aujourd’hui Bône), mais un peu plus près de cette dernière ville. Cette seconde synonymie est donc encore incontestable.

Dans le siècle où nous vivons, il faut que la science marche toujours à la suite de la guerre : ces ruines de Suthul, où l’on a trouvé, dit-on, beaucoup d’inscriptions latines et d’autres en caractères inconnus, renferment probablement sur leurs murs des documens qui manquent à l’histoire soit des Romains, soit des Numides ; car ces caractères étranges sont certainement des inscriptions phéniciennes ou numidiques, que quelques savans de France et d’Allemagne peuvent maintenant lire et expliquer. Nos officiers des armes savantes ne négligeront point , sans doute, de rapporter ces dépouilles instructives des temps passés.

De Guelma , pour arriver à Constantine, on passe le col de Ras-ei-Akba, nommé par les Arabes le coupe-gorge. C est probablement cette position forte et avantageuse que , dans sa guerre contre Syphax , Massinissa occupa avec dix milles hommes, et d’où, au rapport de Tite»Live (3) , il inquiéta beaucoup

(1) T. I, p. i52 , éd. cit.

(2) In Petilian. lib. Il , cap. 99.

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