‹ Province de ConstantineChapitre 8 sur 18 · XXIX · texte numérisé non relu

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son ennemi. « Massinissa , dit rhistorien latin , se (( porta entre Cirta et Hippône , et s’établit sur le ^ sommet d’une chaîne de montagnes, qui lui of- « frait tous les avantages possibles, soit pour l’at- « taque , soit pour la défense, w

Il est probable que dans la nouvelle expédition destinée à s’emparer de Constantine, l’armée entière, ou du moins la plus grande portion, partira de Guelma, oîi l’on a établi un camp fortifié, qui, échelonné avec celui de Dréan, assure nos derrières contre les incursions des Arabes, et facilite nos transports de vivres et de munitions. J’ai donc cru indispensable de ne négliger aucun des renseignemens précis qui peuvent nous éclairer sur les inconvéniens et les avantages des différentes routes qui conduisent de Constantine a Guelma. La première est celle qui passe par Hammam- Mes koutin (les bains enchantés), position située à mi-chemin entre Boue et Constantine. Elle a été suivie par Hebenstreit , Shaw et le botaniste Poiret (i); mais d’après les renseignemens que nous fournissent ces deux voyageurs , la route de Guelma à Constantine par Hammam-Meskoutin est impraticable pour une armée.

Une autre route de Constantine à Guelma a été suivie par le savant professeur Desfontaines en

(i) Hebenstreit, Nouv. Ann. des voyages, t. XLVI, p. 64 ; Sliaw, t. I, p. i52, tr. fr. ; Poiret, t. I, p. i53 et suiv.

17^5 (i). Il avait pris la même direction que notre armée, depuis Constantine jusqu’à Medjaz-Hamar. A ce point, que le voyageur regarde comme à moitié chemin de Constantine à Bône , au lieu de tourner le coude que fait la Seybouse , un peu au nord de Medjaz-Hamar 5 il a passé cette rivière deux fois à gué. Ce savant exacf et judicieux fait observer que le lit de la Seybouse est parsemé de très gros cailloux roulés qui en rendent le passage difficile et même dangereux, et que cette rivière , en hiver, arrête les voyageurs pendant des mois entiers. Poiret, qui voyageait en Afrique en 1786, a fait environ dix-huit lieues en partant de Bône pour atteindre Hammam-Meskoutin.

Sur toute la route de Bône à Constantine, on observe des traces de postes militaires que les Romaiiis avaient établis en ce pays. Ces constructions sont de deux sortes : les premières et les plus fréquentes sont des enceintes carrées avec un parapet de trois à quatre pieds de haut, en fortes pierres taillées qui paraissent presque toutes de la même dimension. M. Baude m’a assuré que ces petits corps-de-garde, bâtis pour 20 hommes à peu près , sont échelonnés de 5oo en 5oo toises. Les autres, plus considérables et qui se retrouvent à peu près de 4 lieues en 4 lieues, paraissent avoir été des camps retranchés qui fournissaient la garnison des petits postes intermé-=.

(1) Nom’, Ann. des voy. t. XLVII, p. 94.

tliaires. M.Baudc a calculé qu’ils pouvaient contenir de 100 à i5o hommes. «On y trouve des moulins à huile, à des auges et des mortiers en pierre. A en juger par « les ruines qui avoisinent ces postes, des construc- « lions plus légères ont dû exister aux alentours. On y « rencontre encore de la poterie romaine grossière, et « d’espace en espace, quelques restes de l’ancienne « voie. Les Arabes placent assez souvent leurs cime- « lières auprès des ruinesdont je viensde parler » (i).

^ IV. Viabilité des routes , et navigabilité des rivières.

Il existe bien peu de renseignemens sur la viabilité des routes que je viens de décrire. Les anciens itinéraires nous donnent seulement les noms des stations et l’évaluation des distances qui les séparent; mais nous savons que sous Massinissa et ses successeurs, la JNumidie exportait pour la nourriture dé l’Italie et des armées romaines une grande quantité de grains et d’autres produits naturels du sol (a). Ge fait implique positivement Texislence de bonnes routes en Numidie; sans cela, l’exportation de denrées aussi pesantes que le blé, le vin et l’huile, de l’intérieur à la mer, eût été coûteuse et diflicile.

Parmi les voyageurs modernes, aucun n’a suivi les routes de Constantine à Bougie , à Gigel et à Stora. M. Desfontaines seul, s’est rendu, par une marche

(1) Extr. du Moniteur Algérien du ^4 déc. i836.

(2) Tit.-Liv. XLV, i3. Polyb. XXXVII, 3.

assez directe, de Constantine à Bône; j’ai donné lé résultat de ses observations. Les recherches de MM. les officiers d’état-major et du génie devront suppléer aux renseignemens qui nous manquent.

L’ancienne Numidie était arrosée par un grand nombre de rivières considérables. Strabon (i) le dit formellement; mais ce géographe ne parle pas de celles qui se trouvent dans le rayon que nous embrassons. Pline (9.) et Pomponius Mêla (3) nomment \ Ampsaga^ aujourd’hui TOued-el-Rébir , VAmiaa^ aujourd’hui la Boudjema , Xühus (4) aujourd’hui la Sevbouse ; ni l’un ni l’autre ne nous instruisent de l’importance de ces fleuves, des avantages ou des obstacles qu’ils présentaient à la navigation ou à la flottaison. Nous pouvons seulement conclure de l’ancien nom de X Amp saga que c’était une large et forte rivière : le mot ampsaga^ comme la dénomination moderne d’Oued-eLRébir qui l’a remplacée, signifiait en punique la grande rivière (5j.

Si, comme tout porte à le croire, le B.umniel n’est pas la même rivière que FOued-ebRébir, nous ignorons encore son ancien nom. Les auteurs arabes et

(1) L. XVII, page 82g et 83o.

(2) Plin. V, 1, 2, 1. 1. p. 240 sqq.

(3) Pomp. Mel. I, v. i, 2.

(4) Cette synonymie nous est donnée par la carte de d’Anville, Orb. Rom. pars, occid. et par la table dePeutinger, éd. de M. le marquis de Fortia, p. 291 .

(5) Bochart , Géogr. sacr. t. II;, p. 53 1.

les habitans du pays le noimn^nX, Souf-jim-Mai' , Sufegmare el Sufmare (i). Léon l’Africain (2) donne à la Seybouse le nom à^Iadog, « C’est, ditdl, un petit « fleuve qui prend sa source dans les montagnes a voisines de Constantine, et qui, coulant vers l’O- « rient à travers ces mêmes montagnes, va se jeter « dans l’Océan près d’Hippône (aujourd’hui Bône). » Le premier et le plus ancien document que nous ayons sur la navigabilité des rivières, nous est fourni par Békri , auteur arabe du 1 1* siècle, que nous a fait connaître depuis peu l’excellente traduction de M. Quatremère. « Constantine, dit-il (3), est baignée a et environnée trois grandes rwières^qui toutes a portent bateau qui proviennent des sources appe- « \ées> Ingai, c’est* à -dire Ces rivièi’es ne sont plus aujourd’hui navigables, comme il arrive dans tous les pays quand la main de l’homme cesse de diriger et d’entretenir leurs cours. La Seybouse formait autrefois un beau port revêtu d’un quai, où les vaisseaux romains s’amarraient par 1 6 ou t 8 pieds d’eau. La barre qui obstrue l’embouchure de ce fleuve, formée par les alluvions et par les troncs d’arbre qu’il charrie pendant l’iiiver , ne permet plus qu’à des barques de naviguer sur une rivière qui pourrait porter des corvettes (4). On voit qu’avec

(1) Léon , p. 539, 737.

(3) Not. des mss. t. XII, p. 5 16.

(4) Méffî. ms. du cap. Bérard, i23 et 124.

foi't peu de dépense, on unirait à la Seybouse , paf un canal très court , la plus avantageuse des trois rivières jadis navigables que j’ai citées , et qu’on aurait ainsi la plus grande facilité pour tirer dé Bône ses approvisionnemens en vivres et en munitions, enfin pour l’importation et l’exportation des productions de France et de la province de Constantine.

Je ne doute pas que l’état des routes dans la province de Constantine ne soit aussi négligé que celui des rivières. La route par terre de Bougie à Constantine est impraticable pour une armée. Celle qui part de Stora, quoique mieux conservée, plus courte et plus facile, exige néanmoins quelques réparations. Celle de Bône par Hammam-Meskoutin est d’un accès trop difficile pour être conseillée. Quant à celle que notre armée a suivie de Bône à Constantine, si les pluies de la saison pendant laquelle s’exécuta la marche n’en ont pas beaucoup augmenté la difficulté, elle est, à coup sûr; peu commode, puisque, dans l’été, Poiret la dépeint de cette manière ( i ) : « J^e « chemin que nous suivîmes était en partie l’ancien rt chemin romain qui conduisait d’Hippône à Cirte; et nous le retrouvâmes presqu’entier dans plusieurs « endroits, et nous vîmes de distance â autre des « restes d’anciennes maisons bâties en pierres caret rées. Il nous fallut pendant plusieurs lieues gravir

a contre des montagnes si escarpées, que nos che- « vaux avaient peine à s’y tenir. Le sol était très « pierreux et fort inégal : des chevaux ferrés n’au- « raient jamais pu s’en tirer; mais les Arabes ne « connaissent point cet usage. Un autre passage, a plus dangereux encore, est celui de la Seybousc, Cf que nous fûmes obligés de traverser cinq ou six fois Cf à gué. Quand elle coule entre les montagnes, son Cf lit est plein de très gros cailloux ronds, sur léscc quels les chevaux ne placent qu’un pied chance- Cf lant. Les nôtres avaient quelquefois de l’eau Cf jusques par-deSsus la selle. Dans fhîver, quand « cette rivière est grossie, il y périt beaucoup de Cf monde. Les Romains y avaient bâti plusieurs (c ponts; mais ils ont tous été détruits par les a Arabes : on n’en retrouve que les ruines. »

Il n’existe plus aujourd’hui qu’un seul pont Sur la Seybouse, et un autre sur la Boudjemah , petite rivière qui se jette dans la mer , à Bône , près de l’embouchure de la Seybouse (i). Ce sera à nos ingénieurs géographes à reconnaître les débris des anciens ponts romains, et à nos ingénieurs civils à décider si ces communications peuvent ou doivent être rétablies sur les mêmes points.

(i) Hebenstreit , Nouv, Ann. des coy. t. XLVI , p. 55. — Desfont. Ibid. t. XLYII, p. 97.

§ V. Importance de Conslantine.

Quelle que soit la route que l’on suive, en approchant de Constantine, on rencontre des ruines de monumens anciens qui annoncent le voisinage d’une cité autrefois florissante, et témoignent clairement de l’importance qu’attachaient les anciens maîtres du monde à la ville la plus riche et la plus forte de la Numidie. Les écrivains de l’antiquité ne nous fournissent que peu de renseignemens sur les environs de Cirta. Salluste (i) désigne vaguement par les mots haud procul ab oppido Cirta . campi pa¬

tentes^ la grande plaine qui s’étend à l’ouest de cette ville. C’est la belle plaine décrite par le savant botaniste Desfontaines (a), qui mit trois jours à la traverser. A peu de distance sont des ruines très remarquables au bord d’une fontaine d’eau fraîche; le lieu s’appelle Kassir Melek (le château du Roi). A une demi-journée est Milah, l’ancienne Milevum^ où il existe, selon Békri, des ruines antiques qui appartiennent à la ville détruite l’an 378 de l’hégire, par le khalife Mansour.

Léon l’Africain nous apprend (3) que le territoire de Constantine est d’une fertilité extrême

(1) Bell. Jüg\ c. 106, 108, ii3, ed. Haverc.

(2) Nouv. Arin. des Voy. t. XLAIf^ p. 91.

et fournit toute espèce de productions. La rivière qui coule dans la vallée a sur ses deux rives des jardins qui seraient d’un grand rapport s’ils étaient bien cultivés. A un demi-mille de la ville est un arc-de-triomphe tel qu’on en voit quelques-uns à Rome. Shaw (i) dit que les habitans le nomment Kassir- Goida , ow le château du Géant. Pi •ès de la ville sont des bains d’eau chaude dont la source sort du milieu des rochers , et qui contiennent une grande quantité de tortues auxquelles le peuple musulman attribue des vertus merveilleuses. Un peu plus loin, vers l’orient, il existe Une fontaine d’une eau très froide, près de laquelle est bâti un édifice de marbre, « remarquable, dit « Léon, par un certain nombre àe. figures hiérogly- « phiques semblables à celles que j’ai vues à Rome « et dans plusieurs autres lieux de l’Europe. Les « habitans pensent que c’était autrefois une école « dont les professeurs et les écoliers ont été chante gés en marbre pour punition de leurs vices. » Hors de l’enceinte de la ville, près d’un grand précipice, Shaw a trouvé plusieurs cippes couverts d’inscriptions funéraires. L’un d’eux surtout , qui forme l’une des marches par lesquelles on monte aux sources chaudes du marabout Sidy-Mimon , est remarquable par la figure d’un bœuf sanglé et chargé d’un sac, qui est placée au-dessus de l’inscription.

Au-dessous est un crabe ou ëcrevisse ronde de mei^

Mais il est teni^ps de passer à la topographie de Gonstantine, autrefois Cirta. Nous suivrons, dans la description de cette ville, l’ordre chronologique des faits. Tite-Live (i) nous apprend que déjà, au temps de Syphax, elle était une des capitales de la Nurnidie, que ce roi y avait un palais, et qu’elle était déjà si forte que Massinissa, vainqueur de son rival, ne put songer à la prendre de force, quoiqu’il fût à la tête d’une armée considérable. Les habitans ne se rendirent que sur l’ordre exprès de leur roi Syphax, que Massinissa traînait prisonnier à sa suite.

« A l’intérieur du pays des Massæsyliens , dit a Strabon (2) , est placée Cirta, résidence royale a de Massinissa et de ses successeurs, ville très « forte et magnifiquement ornée de toutes sortes a d’édifices et d’établissemens qu’elle doit prince cipalement à Micipsa. Par les soins de ce prince , <c qui y établit aussi une colonie de Grecs, cette <( ville devint si peuplée qu’elle fut en état de c( mettre sur pied dix mille cavaliers et le double de (( fantassins. »

Salluste (3) confirme la nombreuse population de Cirta et la force de sa situation lorsqu’il nous dit

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