ESSAIS DE REFORMES
On a judicieusement remarqué que depuis un demi-siècle la vitalité de la Turquie s'est presque exclusivement manifestée dans les mouvements qui l'ont agitée à l'intérieur. Le principe qui avait fait la force de l'islamisme, la conversion forcée ou achetée des vaincus, cessait de donner des soldats aux vainqueurs. Cest surtout avec ce surcroît de puissance militaire que les Turcs, après la ch -ne deConsîantmopIc, ont pu lutter rentre la Hongrie, l:i Pologne, l'Autriche et la Russie. Lorsque le prestige qui environnait le croissant eut disparu, la Turquie interrogea ses ressources et ses institutions, et attribua ses revers récents à la supériorité de tactique des Européens. Il s'agissait donc d'introduire non-seulement dans Tannée, mais dans toutes les branches de l'administration les changements reconnus nécessaires. Cette réforme, qui promettait des a vaut âge s incontestables, était à la fois difficile et. périlleuse. Il
de Vienne et de Londres avaient nouvelle direction dans l'alliai contre la France. La Turquie a crifiée, et la Russie a mis à pr les effort» dirigés contre la dp rance de Napoléon. Comme Je politiques s'engendrent et s'end la France, le plus constant ail Turquie, a contribué à l'affaiblii ticipant à l'établissement d'an i royaume de Grèce, tandis qui les provinces austro-slaves et slaves se trouvaient attirées Russie, qui déguisait son ambiti l'apparence d'un protectorat n Ce qui a précipité la crise actuel que le sultan Abdul-Medjid ei résolument dans les plans réfor de Sélim et de Mahmoud. Nom rons de l'historien Ranke quelqi de ses observations sur les r tentées par la Turquie :
« Malgré la barbarie de ses tions , l'empire turc offre un s digne d'attention. On voit te nations qui la composent repren caractère propre, qui se manife des démonstrations énergique qu'elles accueillent ou rejettent fluences de In civilisation, et appuient ou combattent les « pouvoir souverain ; il est d'un 1 térét de les suivre, cédant à ■ pressions spontanées qui s'efface rapidement qu'elles se produis* tudirr un État qui semble réa formé, bien que les éléments qui
les villes saintes et révolurabie; on retrouvait partout raties locales, qui avaient plus e ressemblance avec celle de nsi, en Egypte les beys mareparurent immédiatement
Kdes Français; des mouues se déclarèrent dans laps PAsie Mineure, dans les ■dque importance, et toutes ices avaient leur point d'ap- «dre puissant des janissaires.
'une fois le Grand-Seigneur le geerroyer contre ces turtaui , et u dut maintenir des qui portaient atteinte à son M*ent même les janissaires itiative de l'attaque ; c'est ce mi Servie, où ils visaient à un dépendant de toute sanction . il était temps d'arrêter leur»
nts.
te l'infortuné Sélimeutcouit commencé la lutte où il (1807), ce fut par une réac- * les janissaires et à la suite Haite que Mahmoud II parne. L'esprit de réforme le fit si vrai que ses plans n'eurent m de mûrir. Baïraktar tomba im, mais plus glorieusement.
ultan n'en fut que plus déterrer une réforme qu'environde difficultés et de périls : il avec une dissimulation proine et son penchant naturel à
sa vie ne fut qu'un combat rebelles : il avait fait vœu de >ute espèce d'indépendance empire. Peu lui importait esure fût juste ou injuste, dangereuse ou applicable.; f hésita sur les moyens : il m indifféremment a la ruse, et à la force ouverte, saurait nier que les mouvea Bosnie ne fussent son ouci la marche qu'il suivit : il s cette province un vizir avec 1 formelle de châtier rigouta plus légère résistance. Ce lélalud in- Pacha. Il appartesecte des Bektaschi, moines ns qui seuls ont le privilendier, mais qui en général
préfèrent vivre du travail de leurs mains. Ce lélalud in ne se conduisait pas comme les autres vizirs; il n'avait point de harem, ne s'entourait point de courtisans, et s'appliquait uniquement à bien remplir les devoirs de sa charge. Souvent il sortait sous un déguisement pour s'assurer par lui-même si ses ordres étaient ponctuellement exécutés. Il visitait même les maisons où les chrétiens se réunissaient pour prier.
« Comme sa justice, quoique inexorable, n'avait rien d'arbitraire, il était respecté des rayahs , qui ne désiraient rien autant que d'être régis par des lois protectrices ; mais par la même raison les nobles bosniaques le détestaient. Iélaludin regardait comme un devoir et seê ordres lui prescrivaient de les contenir par des mesures sévères. Comme cette aristocratie s'était fractionnée en une multitude de partis, il eut l'adresse d'attirer à lui quelques chefs et même les agas de Séraïévo. Cet appui lui permit de punir exemplairement ceux qui refusaient d'obéir à la Porte. Il fit massacrer un grand nombre de capétans, et entre autres un à Der venta, un à Banialuka: un Photschitch, et Ak h met Baïraktar à Séraïévo. Les nobles, qui avaient vieilli dans l'habitude de l'indépendance, étaient surtout en butte à ses persécutions. 11 les attaquait jusque dans leurs forteresses; c'est ainsi qu'il prit d'assaut Mostar et Srebmitza. C'est seulement en Orient qu'on peut appeler justice un système d'oppression impitoyable dans un but légitimé par le despotisme, qu'on accepte comme l'instrument irresponsable de la fatalité.
« Devant une volonté si ferme les rebelles furent réduits à l'obéissance ; mais les citoyens envoyèrent leurs plaintes àl'odjak deConstantinople.On reprochait au vizir non-seulement ses actes arbitraires, mais on l'accusait d'être chrétien. L'odjak, selon la coutume, porta ses plaintes devant le s ultan. Ce prince n'aurait pu les rejeter sans péril ; les janissaires de la capitale étaient encore puissants ; on dit même qu'il rendit un firman pour le rappel de Iélaludin ; mais, les apparences une fois sauvées, il laissa le vizir de Bosnie continuer son œuvre, et l'on attendit en vain son «l'ccesseur. Selon toutes les
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apparences, la conduite de Iélaludin se rattachait à un plan général et mûrement arrêté.
« Ce fut à cette époque (1820) que Mahmoud résolut d en finir avec le pacha del'Épire, l'ambitieux et cruel Ali, un des ennemis les plus constants de la réforme (1). Les mouvements de
(i) Les commencements de la réforme militaire en Turquie offrent un intérêt rendu plus vif par les circonstances; nous empruntons des détails curieux sur l'origine et l'organisation des Nisam-Géditcs à M. Jugerau de Saint-Denis (Révolution de Conslantinople).
« Le général Aubert-Dubayet, ambassadeur de la république française près la Sublime Porte, avait amené avec lut à Constantinonle, en 1796, comme un nouveau genre de présent i sa Hautesse, des pièces de canon de campagne, montées sur leurs affûts et attelées pour servir de modèles, ainsi que des officiers, des soldats et des ouvriers d'artillerie pour instruire les tongis et diriger les fonderies et les arsenaux. Des instructeurs de toute arme , destinés à donner des leçons sur la tactique et les manœuvres aux janissaires et aux spahis, accompagnaient également cet ambassadeur.
« Les leçons des artilleurs et des ouvriers français ne furent pas perdues pour les tongis, et servirent à perfectionner le matériel el le persounel de l'artillerie ottomane. Un escadron de cavalerie fut organisé, armé, exercé à l'européenne. Mais les janissaires a vaut refusé d'apprendre les manœuvres de l'infanterie française , les officiel-* in* truc-
la flotte impériale furent si ment combinés avec ceux d terre que la position du rek
peu nombreux. Ce corps ne a cinq à six cents hommes lorsq éclata eu ire la France et laTurq
« Ces soldats, payés par les son pacha, appartenaient au dépar marine. Ils furent embarques 1 seaux que la Porte envoya a dans les mers de l'Asie Mineu gypte, pour croiser dans ces parag part aux opérations de resca commandée par le commodon Smith.
« D'après les conseils de cet soldats furent débarqués pour garnison de Saint-Jean d Acre, na parte entreprit l'expédition défense de cette ville est due en ( aux soldats disciplinés de Ht Lorsqu'ils revinrent à Constanti l'abandou de la Syrie par l'ara ils furent reçus avec enthousiasn parait leur conduite avec ceJk troupes, qui s'étaicut déshonon fuite honteuse aux batailles d\ Mout-Thabor et de Nazareth.
Le sultan Sélim qui ne cachai dilection pour les défenseurs d d'Acre et qui voulait en faire le milice pour avoir un corps solic aux janissaires , résolut de profit sitions favorables du peuple et ces nouvelles troupes.
« Ce projet, qui devait élw combattu par les ti ténia s el les ja
«panée, et le sultan pouvait se de rentrer bientôt en possession es les provinces dont les pachas
assisté de Hussein-Pacha, n'eut pas p de peine à séduire par des pré- ; tejmen Raschi et le Stamboul N à contenir par ses felvahs le reste ■aires et la populace de Constantijependant il représenta au sultan i mse les circonstances fussent favo- I devait évita- autant que possible 1er trop ouvertement les préjugés •; que le parti le plus sage était sner et de ne conserver dans la cae deux régiments de la nouvelle ■t d'organiser les autres dans l'ini l'Asie Mineure, dont les habitants, rbnlents et plus laborieux, opposes* de résistance aux ordres du . Les ministres de la Perle furent sent de l'avis du muphty.
un pour l'organisation du nouveau i prit définitivement le nom de itte (nouvelle ordonnance), fut ■près ces considérations dans un an. Il y fut stipulé que le corps , séparé de celui des janissaires, se lenait plus que par le souvenir pue commune et par les mêmes lions des emplois d'officiers et soussodas, recevrait dans son organisaservice, sa discipline, sa solde et itëriel de cette arme des inoJifica- >rtantes et propres à les assimiler d'artillerie qui font partie des ropcrnnes. La marine et les homurent aussi assujettit à de nonements.
alerie nisam-gcd itte, armée et cquiropéenne, ne dut être composée, >u\el ordre, que de deux escatinguès l'un par la cornette rouge, par la cornette jaune. Les régimfanterie furent divisés en dix * de quatre-vingts à cent hommes eurent Jet colonels , des lieutenels et des chefs de bataillon. Les fis eurent des capitaines , des lieudes sous-lieutenants et le même e sous-ofticiiM s que dans les régiiçais.
vida que les fusils des fantassins seîfonues en tout aux modèles enle gouvernement français et que Idat serait armé d'un sabre courbé joionnette.
illement des fantassins fut composé le de couleur rouge serrée au corps,
avaient voulu établir l'indépendance.
La liberté dont jouissaient les Monténégrins lui faisait ombrage; nous avons vu
de pantalons bleus ou gris prenant la jambe, mais larges, autour des cuisses, et d'un manteau bleu. Leur coiffure, au lieu du turban, fut semblable aux bonnets allongés des bottangis du sérail, parmi lesquels on choisit quelques sous-officiers. Quant à l'équipement et i la chaussure, n n'y eut rien de changé. A chaque régiment ou attacha une compagnie d'artillerie, un iman et une musique militaire.
« Pour subvenir aux dépenses pour l'entretien de ce corps et pour les changements cjui devaient être opérés dans le génie militaire, l'artillerie et la marine, on décida 3ue tous les impôts affermés du produit e 1 5,ooo à 1 5 0,000 piastres seraient affectés i cet usage et mis en régie soi» la direction de l'intendant général des nisamgédittes, qui prit le titre de nisam-géditte defterdar. On ôia tous les fiefs militaires i ceux qui n'avaient pas fait leur devoir dans la dernière guerre , et l'on décréta que tous les grands fiefs appartiendraient de nouveau à la couronne et seraient administrés pour le compte des nisam-gédittesau fur et à mesure des extiuctiousd es titulaires survivants. Les revenus des douanes et des droits sur le tabac furent versés dans la nouvelle caisse, qui reçut aussi le produit de quelques nouvelles taxes que 1 ou établit sur le vin, la soie, les rotons et la laine. Os ressources s'élevaient dèjàà près de cinquante millions de piastres en 1800, et six ans plus tard elles s'étaient accrues de vingt-cinq millions
« Les nouveaux corps furent casernes hors de la ville. Pu 11 en Asie près de Scutari et l'autre en Europe, à Levendtcbifflik, sur la route de Péra à BujukJêré. Le sultan fil bâtir pour les loger des casernes magnifiques. « Le heglierbey de Ktituyar et le |>acba de Caramanie reçurent l'ordre de lever et d'organiser dans leurs provinces des régiments de nisam-gédiltes. Le premier mit peu de zèle à remplir les inteutions du sultan, et ne put ou ne voulut former que deux régiments; mais Abdurrhainaii, pacha plus connu sous le nom de cadi pacha, parce qu'il avait été cadi avant d'embrasser la carrière des armes, fit si bien qu'en trois années il mit sur pied huit régiments nisam-gedittes.
« Deux renégats, l'un Grec, nommé Aga ; et l'autre Prussien, qui, après son abjuration, avait pris le nom de Soliman Aga, furent choisis pour chers du nouveau corps. Tous les Européens qui consentirent a embrasser
UNIVERS
dans le livre où nous traitons du Monténégro quelle fut l'issue de l'expédition du pacha de Bosnie. Le vieux Aline fut
l'islamisme furent admis dans ce service de faveur, et ils étaient sûrs, s'ils se conduisaient bien, d'obtenir un avancement rapide.
« Le nouveau corps ne tarda pas à prouver qu'il était supérieur, à nombre égal, aux janissaires. Durant les années i8o3 et 1804, des bandes sorties de l*All>anie et de la Bosnie portèrent la dévastation et le pillage dans la Roumélie et la Bulgarie. La Porte ordonna aux pachas, aux saudjaks et aux ayans de ces provinces de réunir leurs troupes particulières aux janissaires du pays et de coasser les brigands; mais ceux-ci, attaqués par des chefs sans expérience et des troupes niai disciplinées, conservèrent l'avantage dans toutes les rencontres, et ils poussèrent l'audace jusqu'à s'approcher de Couslantiiiopic et d'Andrinopie.
« Le sultan Sélim résolut de mettre à l'épreuve ses uisam-gédittes.
« Un des deux régiments deConstantinople, une compagnie d'artillerie légère, nu escadron de cavalerie et trois régiments de la Ca raina nie marchèrent contre les bandit*, et malgré le mépris que témoignaient les montagnards pour les troupes régulières , ils furent battus, poursuivis sans relâche, et forcés de se réfugier dans leurs défilés.
(i (les succès firent sentir les avantages de la discipline cl de la tactique européennes; mais les préjugés populaires et la jalousie des janissaires étaient loin de se rendre à l'évidence. Les habitant* d#»« nrnvinrm nui» In*
Ks réduit aussi prompteme vait espéré. En" voyant de ruine, il retrouva toutes les r
de son génie , toute l'énergie d ractère. Ses alliances , ses rie jusqu'aux efforts qu'on faisait résister excitèrent contre 1 une insurrection sérieuse ; au [ de Tannée 1821, les Souliotes d'Ali se répandirent dans tout tandis que Ulysse sortait de soulevait la Livadie. On sait Tin que produisit sur l'hétairie et s* nation grecque la révélation qi le pacha d'un plan arrêté par i et qui consistait à exterminer Grecs : Yassi et Bucharest tom même temps au pouvoir des M Mavromichalis descendit de i tagnes et s'empara de la More hlait que la race grecque tou avait retrouvé le sentiment de nalité et qu'elle était résolue le joug qu elle portait depuis q clés. Ali succomba, mais il lais lui pour se venger l'insurrecl Grèce, à laquelle il avait pub coutribué.
« Les événements ne pouvai
Suer d'avoir leur contre-coup e attu par les Monténégrins , avait perdu le prestige d'une r militaire jusque-là intacte, n'inspirait plus la même terrei dant ses services étaient en< prix inestimable pour le sultai
I l'isolement de leurs fleft ont sne inhérentes à leur nature.
n était trop occupé ailleurs pour r à l'émancipation de l'anstoaniaque.
moud parvint cependant à cornantes ces rébellions l'une après Mf le Danube comme en Epire i autorité rétablie. La Morée « se courba sous le joug. Ibratia y débarqua avec une armée iev et anéantit plutôt qu'il ne la population. Il se vantait
> d'avoir changé le pays en un m moyen était odieux; mais il i son but pas à pas , et partout l'étendard du sultan, ésenœ de ces succès, Mahmoud n plan plus vaste. D'abord il marche sur celle qui avait si (si à Méhémed Ali. Ce dernier jà par agir en Egypte, et ce ne «qu'il y eut détruit les vieux (que le sultan marcha au même » mêmes moyens. On eut dit ait entre les deux réformateurs ilation de despotisme et de Mais le vassal n'en était pas à
> d'essai; malgré l'opposition nissaires, il était parvenu à se le armée disciplinée et habillée éenne. L'idée que c'étaient ces 3ui avaient Gni par subjuguer avait fait sur Mahmoud une n profonde. Il reprit les proïliin et de Baïraktar, et il remue Tunique moyen de sauver lie l'organisation d'une armée
mséquence de cette détermina- !6 mai 1826, dans son conseil iquek assistait un commissaire ou récemment du camp égyp- -édigea un fetvah portant en ! que, pour défendre la parole et contrebalancer la supérioifl fidèles, les musulmans aule soumettre à la subordinae formeraient aux manœuvres
mesure n'était pas seulement »ntre les ennemis extérieurs, re des adversaires obstinés de >rme. Les janissaires ne s'y t pas; ils se révoltèrent selon une; mais pour cette fois les
mesures avaient été si bien prises que le succès donna doublement raison à Mahmoud. Cette milice factieuse, qui avait si souvent renversé les souverains, fut à son tour vaincue et détruite, et l'Aga fut le premier à l'abandonner. Le sultan put enfin assouvir la vengeance qui couvait dans son cœur depuis tant d'années. Les exécutions et les supplices ne lui suffirent pas ; il put dire : J ai changé jusqu'à leur nom, et donné une autre forme à leurs statuts. »
L'institution de ce corps était le centre et le point d'appui de tous les privilèges comme de toutes les résistances aristocratiques : en lisant l'hisroire de Turquie , on ne peut méconnaître qu'ils ont rendu d'éclatants services, ainsi que les spahis ou timariotes; mais leur turbulence et leur fanatisme ont mis si souvent l'empire en danger qu'il serait di Utile de dire si le mal qu'ils ont fait ne remporte pas sur les avantages dus à leur bravoure et à leur zèle religieux. Si la Turquie ne peut conserver son rang et sou territoire en Europe qu'en s'éleva nt au niveau des nations civilisées, on ne saurait nier que la destruction des janissaires était d'une nécessité encore plus impérieuse que celle desStrélitz sous Pierre le Grand. Dans l'un et l'autre empire, ces milices étaient l'instrument des ambitieux et des intrigues d'un clergé ignorant. Dans les états despotiques, quand le maîlre entre en lutte, il faut qu'il triomphe ou qu'il périsse. Mahmoud a fait comme le tsar, il a écrasé la résistance ; l'avenir montrera si ses peuples tireront d'une réforme prudemment graduée les avantages qui, dans l'espace d'un siècle , ont mis la Russie en état de résister à toute l'Europe.
C'était beaucoup d'avoir anéanti les janissaires à Constantinople ; mais la tâche n'était pas finie ; il restait à dompter leurs partisans dans les provinces. Dans quelques-unes la résistance fut molle ou nulle. I<es mahoinétans de la Bulgarie, qui n'avaient qu'une faible part dans les privilèges aristocratiques, se montrèrent favorables au nouveau système ; mais il n'en fut pas de même en Bosnie, où la noblesse avait un grand intérêt à maintenir l'ancien ordre de choses ; d'ailleurs Séraïévo fourmillait de
L'UNIVERS
janissaires. L'opposition prit donc dès le principe un caractère menaçant. I.eur hostilité se manifesta d'abord par des remarques sur le nouvel uniforme :
les nisam-gédittes portaient leur buffleteries croisées sur la poitrine ; or dans la langue du pays on se sert du même mot pour exprimer croiser et baptiser.
Si nous avons envie d'être baptisés, disaient les Bosniaques, nous pouvons tout aussi bien avoir recours aux Autrichiens ou aux Russes.
Le mécontentement était général dans la province. Ils forcèrent le nouveau vizir, Hadji Moustapha, et les six commissaires envoyés par le sultan, de sortir du pnys. Os officiers arrivèrent en Servie dans le courant de janvier 1827; et comme la saison rendait les chemins impraticables, ce ne fut enfin qu'après toutes sortes de mécomptes et avec les plus grandes difficultés qu'ils purent revenir à Constantinople. Le sultan vit bien qu'avant tout il devait s'occuper de rétablir son autorité dans les provinces où l'on faisait un pareil accueil à ses agents. Comme la résistance des Bosniaques s'appuyait sur un prétexte religieux, Mahmoud contint sa colère, et ne jugea pas convenable de recourir d'abord à des moyens coercitifs.
II donna la Bosnie au pacha de Belgrade, Abdurabim, homme qui, dans un corps faible et valétudinaire, joignait à une grande fermeté un dévouement à toute épreuve pour la personne
son arrivée ; il était conçu en ce « Mahoraétans de Bosnie, je vc le salut de la foi et de 1 uni< nelle. Je ne veux pas vous votre folie, je viens pour ouvrit à la lumière. Je vous rapport dres sacrés de notre puissant j'attends de vous l'obéissance, cas, je suis autorisé à vous p toutes vos erreurs. Choisissez :
de vous perdre ou de sauver î Réfléchissez aven maturité, point vous exposer à un tardif n
Même dans ces provinces , légitime exerce une influence tible quand elle a la conscien force et qu'elle agit avec viguf cun songea à son propre salut ; c des proclamations d'Abdurahii impression profonde sur les es avait pour lui les anciens pari Iélaludin, qui, après la mort < cha, avaient été forcés de q pays. Parmi ces derniers éti frères Djunschafitch , Ayul-Ag; sieurs autres personnages. Ils n à rentrer dans Séraïêvo par h tion du vizir. Ils avaient dans Is grand nombre d'adhérents, de s les habitants formaient cornu camps hostiles. Ceux qui repe les réformes du sultan essayi tenir dans la forteresse , mais ils furent forcés de se rendre.
Il est probable qu'un certaii en minorité toutefois * était fa*
9 d'autres subirent le même : souvent même il ne suffit pas ire sa soumission en personne izir ou de renvoyer présenter en; quand il avait jugé quelngereux, c'était un arrêt de
es pays despotiques et surrient, le fatalisme religieux est : exploité par le maître qui comme l'instrument de la di-
e Abdurahim crut son pousarament affermi; il fit son grande pompe dans Séraïévo.
as. qu'il fût disposé à se conix obligations imposées dans ars temps aux vizirs; mais ficessaire d'établir le siège de Tnement dans la ville la plus >. 11 pouvait en outre surveiU facilement les démarches des c chefs , et il continua à sévir ment , décourageant les conspar sa vigilance et la haine Êvérité impitoyable. Il punit une centaine de citoyens; lire que dans une seule nuit il apiter trente. Son gouvernei également sur les rayahs, I n'épargna pas les extorsions.
e la guerre contre la Russie ultan put compter sur le conî la Bosnie; et, en effet, on ibler à Biélina une armée de le hommes. On était curieux m ment ces forces, organisées i nouveau système, soutieneur ancienne- réputation de Le pacha obtint du prince u'elles traverseraient la Serimettant qu'elles n'y commetcun dégflt, et que, si un œuf para , les Serviens pouvaient ar un prix double. (Ranke.)