SG
L'UNIVERS
Slaves, on comprendra pourquoi les documents puisés dans les sources allemandes, vénitiennes et hongroises sont si rarement d'accord entre eux. Quant aux annales turques, la négligence ou l'exagération dont elles portent le caractère, même en ce qui touche à des événements constatés, ne permet de les consulter qu'avec la plus grande circonspection.
Essayons de continuer notre récit au milieu de toutes ces incertitudes, en négligeant les détails qui ne sauraient entrer dans notre plan et. en empruntant à nos devanciers ceux qui nous paraissent offrir quelque intérêt.
Les chants serviens ne donnent que huit ans à Urosch lorsque mourut son père ; et ils le placent sous la tutelle de Voukaschiu : mais l'histoire nous ap-
f>rend qu'à cette époque il avait atteint 'dire de dix-neuf ans et qu'il avait épousé Hélène, princesse valaque. C'était probablement une fille du voïwode Nicolas Tr, mort en 1306.
Quoique sorti de l'enfance, Urosch était trop jeune pour que les chefs de sa famille consentissent à le reconnaître pour tsar. Le premier qui se déclara ouvertement contre son autorité fut le voïwode d'Acarnanie et de Macédoine, que les écrivains byzantins nomment Siméon, les annales russes Viatka et les serviens Bogdan. Quelques auteurs prétendent qu'il était frère utérin de Duschan ; c'est peut-être le même
de l'empereur grec, soutenu Turcs auxiliaires. La résista rencontra le détermina biente traite. Mécontent des Grecs, i il s'empara traîtreusement d cuzène et le livra à Jean Pa Sa conduite avec Urosch déne ractère également cruel et pei puis que les princes s'étaienl indépendants, le jeune tsar, de toute autorité, menait une précaire, tantôt a la cour de tantôt à celle deVoukaschin. ï milié de cet état d'abaisserro se croyant plus en sûreté au i sa famille, il alla chercher u Raguse : mais Voukaschin, c toutes ses démarches , le sur chasse et le tua d'un coup d en 1368.
L'empire fondé par Duscl entièrement démembré. Le bai nie s'était approprié les provi forment aujourd'hui l'Hertzégc les Turcs, maîtres de la Chéri Thrace, pressaient au sud et les provinces un instant réunie même sceptre. Amurat surpri des Serviens sur le Ténare et h pièces. Dans cette bataille Vo et ses deux frères , Ugliescha perdirent la vie. Cependant h populaires le font mourir beauc tard, à la bataille d'Amselfel donnerons ici un des chants g
' ont pour sujet cette lia Uni
paume de la terre te semble pré- , sangle ton coursier de bataille, bonde de ton ceinturon, fois j le glaive à tes braves et marâtre Tannée des Turcs dans s d'un triomphe certain. Mais loisis le royaume céleste, élève lise sur la plaine d'Amsel, non fondements de marbre, mais rie à une tente soyeuse où l'ar- Serviens, après s'être purifiée de léchés, reçoive la sainte commute prépare ainsi à une pieuse ar tous tes guerriers succombetoi-même tu tomberas avec eux. »
tsar se recueillit, et, d'abord inil s'écria : • O mon Dieu ! éclaide votre sagesse! Les avanacrrestres peuvent séduire, mais ; éphémères et inconstants; le e céleste est acquis pour l'éter- £t Lazare choisit le royaume du il dressa une grande tente semi une église sur la plaine d'Amitnda le patriarche et les douze pour donner la sainte commutes guerriers et les préparer à rt chrétienne. »
ntAt l'armée des Turcs se précila plaine d'Amsel. Ala tête d'une vaillante de Serviens s'avance eux Bogdan, suivi de ses fils les igovitcns : chacun d'eux " con- !uf mille guerriers ; mais vingt isrchent sous les ordres du père, pt pachas sont vaincus, lorsque le huitième tombe le vieux ; ses fils succombent avec lui braves ne survivent point à leur Alors s'avancent les trois Mers, le ban Ugliescha, le voïvode »t avec eux le roi Vukaschin; chaeux commande à trente mille rs. Le combat recommence non terrible. Déjà huit pachas ont e sable ; mais quand le neuvième m te, Ugliescha et Goïko toineur tour, et Vukaschin s'affaisse nombreuses blessures. Son corps st foulé aux pieds des chevaux ; sonde armée est anéantie. Après ance le duc Stéphan. Son armée pte pas moins de soizante mille Il triomphe de neuf pachas; mais lincu par le dixième et avec lui t tous ses guerriers. »
lOYiRcw Danubiennes. )
« Enfin, Lazare, le prince souverain de la Servie, fait marcher ses bataillons redoutables; les Turcs fuient devant le héros et n'osent le regarder en face. La victoire allait se déclarer pour lui, lorsqu'un traître, Vuk, trahit le noble chef... et l'infâme était son beau-fils! »
« Telle fut la fin de Lazare. Soixante dix-sept mille guerriers, Petite de la Servie, succombèrent ainsi que leur prince dans les plaines d'Amsel ; mais ils siègent près du trône de Dieu avec une couronne glorieuse. »
SECOND BBCIT.
« Le soir avait amené l'heure du repos ; Lazare était assis près de son épouse, Militza, qui lui parla ainsi : « Couronne de la Servie, tsar Lazare ! C'est demain que tu pars pour la plaine d'Amsel, où raccompagneront tes fidèles et tes voïvodes; ne laisseras-tu pas près de moi quelque serviteur qui puisse te porter mes missives, et attendrai-je seule ton retour? Si les neuf Iugovitchs, mes frères bien-aimés, te suivent sur le champ de bataille , quel nom pourrai-je invoquer comme garantie de ma parole royale? »
—« Noble épouse, lui répondit le prince des Serviens, nomme celui que ton choix désigne pour rester avec toi dans la blanche tour. — C'est Boïschko , reprit la reine. — Noble Militza, poursuivit Lazare, demain, dès que naîtra le jour, quand s'ouvriront les portes de la forteresse, sors par celle qui donne sur les remparts ; c'est par là que défileront en ordre les guerriers serviens, à cheval et armés de leurs lances de bataille.
Boïschko Iugovitsch s'avancera à leur tête portant 1 étendard de la croix. Après l'avoir saluée et bénie en mon nom , dis-lui de confier à quelque autre la tanière et qu'il retourne à la cour pour y demeurer près de toi. »
« Aux premières heures du matin, dès que s'ouvrirent les portes de la forteresse, la tsarine sortit en hâte, et s'arrêta près de la porte du rempart. L'armée s'ébranle et commence à défiler : Boïschko s'avance le premier; sur les harnais de son coursier un or pur resplendit, l'étendard sacré descend sur les flancs du noble animal ; la hampe du drapeau est surmontée d'une boule dorée que domine le signe vénéré de la croix, d'où pen*
LTJMVERS.
dent en flottant des houpes de soie qui se jouent sur les épaules du guerrier.
« Alors s'approche de lui la tsarine; elle saisit la bride de l'alezan , et, enlaçant son frère de ses bras, elle l'attire a elle et lui dit à voix basse : « Frère cl îé ri, Boïschko Iugovitschl ta resteras avec moi à Kruschovatz ; le tsar a permis qu'un frère restât du moins près de sa sœur. »
« Mais le lugovitch lui répondit : « Retourne, ô ma sœur ! vers la blanche tourelle; il n'est pas aujourd'hui de guerrier qui consente à céder sa place à un autre, dût la mort l'attendre devant l'ennemi. J'irai dans la plaine d'Amsel, et je scellerai de mon sang nos -saintes croyances !» 11 dit, stimule son coursier et s'élance pour se remettre à la tête des siens. »
* A cette vue, Militza tombe inanimée sur la pierre. Lazare l'aperçoit, et des larmes roulent sur ses joues. Il regarde autour de lui, et, s'adressantà Goluban, son fidèle serviteur : «Prends, lui dit-il, la tsarine entre tes bras et reporte- la dans sa demeure royale , où tu resteras près d'elle pendant notre absence. »
* Une vive émotion se peignit sur les traits de Goluban ; il descendit de son coursier, enleva la tsarine dans ses bras et la porta dans la haute tourelle. Mais à peine eut-il rempli ce devoir qu'impatient d'aller combattre il remonta à cheval et reprit le chemin de la plaine d'Amsel. »
* lie lendemain, l'aube blanchissait à
s'est livrée hier une grande natal deux cdtés les chefs ont suceon de Turcs ont survécu ; maïs tous viens qui respirent encore sont s et couverts de mortelles blessui
« La tsarine écoutait encore, le voit s'approcher Milutine, un d viteurs; il surportait de sa mail sa droite brisée. Dix-sept bkssur liaient le corps du guerrier, et s sier était couvert de sang. « Pari la tsarine en courant vers lui : ni époux est-il tombé victime de son? »
— « Aide-moi d'abord àdesc cheval, répondit le fidèle servite une eau fraîche sur mon front, vin généreux répare mes forci lantes. » Et quand les soins d< eurent ranime le guerrier : « Paj tenant, lui-dit elle. Comment II il tombé? Comment sont tomb nérable lug, mon père , et les m vitchs ? Et le fils du ban de et Milosch, et Vuk mon autre comment ont-ils succombé? » rine, répondit Milutine, ils gû noblement sur le champ de A l'endroit où Lazare a été i ment frappé s'élève un amas i brisées ; mais les lances serviei en plus grand nombre que ci Turcs. Le vieux lug , qui con l'avant-garde, a pén au comme de la bataille ; les corps des ne vitchs lui forment comme un d'honneur. Unis dans les con
déserté le champ de bataille avec douze mille cavaliers, douze mille lâches comme lui ! »
Nous avons donné dans la première partie de cet ouvrage le récit de la bataille d'Amsel ou de Kossovo ; et Ton peut voir en comparant les chants nationaux à rhistoire que les poètes serviens ont plutôt suivi les traditions orales, qui diffèrent d'ailleurs de province à province, que les écrivains dont la tâche s'est bornée à retracer naïvement les faits. La plaine de Kossovo a été le tombeau de la grandeur et de la liberté des Servtens, et le sentiment national a enveloppé dans le même désastre tous les guerriers illustres de cette époque; comme si toutes les gloires de la Slaméridionale avaient dû périr en mime temps.