CHAPITRE X
FBATBBNITB D' ADOPTION.
La fraternité d'adoption , dont nous avons déjà parlé en traitant des mœurs des Albanais et des Monténégrins, est d'un usage très-fréquent dans la Servie. Les deux jeunes gens qui s'engagent par ce contrat s'adoptent mu-
L'UNIVERS
tuellement pour trère au nom de Dieu et de saint Je au; dès lors ils se doivent fidélité, aide et protection jusqu'à la fin de leur vie. Quelquefois la sympathie n'est pas seule déterminante : ainsi un Servien choisira pour pobratim celui dont il aura rêve qu'il invoquait le secours dans un moment de danger. Ce couple s'appelle frères en Dieu, frères par choix. Dans la Servie proprement dite la bénédiction de l'Église n'est pas nécessaire pour sanctionner cette alliance.
Les femmes ont aussi leurs sœurs adoptives (posestrima^de sestra, sœur), et ce lien, qui constitue une alliance entre deux familles, produit des degrés analogues de parenté comme celui de père adoptif {poolschim, de otetz, père) et de Pomaîka ou mère d'adoption.
Ces alliances sont regardées comme si saintes qu'elles font quelquefois obstacle aux mariages, et que les enfants de ceux qui les ont formées se distinguent par des noms particuliers, prvobrata dètl , premiers enfants de frères, et drougoorata déti, seconds enfants de frères, c'est-à-dire petits-fils de frères.
Un lien moins solennel, puisqu'il fait deux amis au lieu de deux frères, est celui des droujines . quelquefois il n'est que conditionnel et formé pour atteindre Quelque but spécifié; quelquefois il semble n'être que la conséquence du droit d'hospitalité. Ainsi cette sorte
« ma foi d'ami et de guerrier, et je fy « ramène (somme il convenait de w « faire; mais désormais ne te fie à « personne, pas même à moi : nom • avons été amis, maintenant nous « sommes séparés pour toujours. »
Comme conséquences de ces amitiés formellement conclues, un étrangg accompagné d'un homme du pays est parfaitement en sûreté, parce qu'il est regardé partout comme 1 ami d'un frère, et dût-if même se hasarder dans une tribu ennemie de celle de son guide, il n'aura personnellement aucun danger à redouter. On raconte que, dans le Monténégro, un homme, ayant assassiné un étranger auquel il servait de guide, fut tué par son propre frère pour qu'il ne déshonorât pas sa famille et son pays par une lâcheté si odieuse.
Chez un peuple naturellement généreux et fier, ces institutions se sont conservées avec un soin jaloux , ainsi que la vengeance du sang, dont nous avons suffisamment parlé, et qui en est, pour ainsi dire, le corollaire.