RÉACTION PARMI LES PA.YSÀKS
KARA GEORGE. LES HEÏDUKS. VE- L1KO. JACOB NEXADOVITCH. PRO- GRÈS RAPIDES DE L'INSURRECTION.
L'orgueil et la cruauté des dahis, l'exécution d'un plan froidement conçu, qui consistait à frapper tous ceux qu'on soupçonnait capables de résistance, auraient bientôt fait descendre la nation serbe au dernier degré de l'avilissement et de la servitude si le gouvernement turc, toujours occupé de la réforme militaire, n'eût pas compris qu'une con-
L'UNIVERS
riuite si violente l'atteignait gravement dans son autorité. De leur côté, les raïahs n'ignoraient point que leurs tyrans faisaient obstacle aux vues du sultan , et comme on les avait réduits à ne plus garder aucun ménagement, ils prirent le seul parti qui leur offrît une chance de salut , celui de la révolte.
Le pays est singulièrement favorable h la guerre de partisans. 11 offre en descendant vers le Danube et la Save trois divisions naturelles. Celle du centre, appelée Schoumadia ou contrée de forets, est la plus importante: elle est séparée des deux autres , d'un coté par la vallée de la Morava, qui est fréquemment inondée , et de l'autre par la Koloubara , qui forme un torrent vers sa source, et se perd ensuite dans de vastes marécages. Comme le sentiment né d'un excès d'oppression était le même partout , l'insurrection commença dans ces trois divisions sans que les chefs se fussent concertés entre eux.
« Dans la Schoumadia trois Serviens se mirent à la tête du mouvement ; c'étaient George Pétrovitch , appelé par les Slaves Czrni George et par les Turcs Kara George , c'est-à-dire George le Noir ; Janko Katitsch et VassoTscharapitch.
George avait pris la fuite à l'instant même où l'on s'apprêtait à le saisir : il s'occupait à rassembler un troupeau de porcs, qu'il avait l'intention d'aller vendre en Autriche. Cette profession était
sur son zèle : il avait à venge tre de son frère Marc Tscnar
Une seule et même pensé toute la Servie ; le désir de i dance s'était changé en bail cable-, l'excès de l'oppression de la révolte une mesure don ger n'égalait pas celui d'un résignation. A mesure que la augmentaient en nombre, le la tyrannie descendait sur m plus considérable de la popul classes moyennes étaient den pectes à leur tour; de sorte sonne ne pouvait se flatter a" gnc. Le désespoir sortit de craintes; et, devenue général tion fut aussi prompte qui lies Serviens trouvèrent dai duks une coopération puissai ces derniers ou remarquait ( Véliko. Ce dernier s'était fait passer la saison de l'hiver, marié. Au premier signal de tion , il retourna à son prei de vie, et reprit ses véteme armes. Malheur à moi ! s'écri en le voyant ainsi équipé-, pour époux un brigand. Véli sola eu lui représentant qu circonstances actuelles tout cœur était réduit à prendn puis il alla rejoindre ses co
La première attaque eut '.
le village de Sibmtza t où < katitsch et Tscharapitch et
tatAt tout le pays au delà de taise souleva. Jacob Nénadooiit à la tête des mécontents ; s, en mourant, lui avait fait « de le venger ; du moins c'est e le rapporte un chant popudeas Lazarévitch, frère de quoique prêtre , prit aussi les
les heïduks du district aucun las redouté que Kourtschia.
Mot sa balle manquait le but.
se loi valut la haine des Turcs, fèrent de le tuer et l'obligèrent er on refuge dans la montagne, rat se joindre aux insurgés , lui confia l'étendard.
m en même temps les districts e l'autre côté de la Morava vent sous la conduite de Mie Klitschévatz ; il était lié avec depuis la guerre contre Pasvan- ''un caractère doux et paisible, i les dangers de la guerre à lui faisaient courir son crédit chesses, et son exemple fut
Pierre Théodorovitch Dobriuel les mêmes intérêts conseil • suivre la même conduite, l trois districts à la fois les Turcs lassés des" villages. Les vain- 3 tardèrent pas à attaquer les iecond ordre, où ils ne rencouucune résistance; ils prirent loudnik, qu'ils livrèrent aux
les autres cités furent empor- •ssivement; les Turcs se hâi se réfugier dans les pinces
ainsi, ajoute l'historien Ranke, mmença l'insurrection de La
En un moment, pour ainsi Hit le pays, les douze nahies , [tes villes ou palanks et les
se trouvèrent au pouvoir de mes raïahs qui peu de jours rant semblaient condamnés à e et voués à l'extermination.
; les Serviens se dirent : Toute
a un chef; le peuple doit ent avoir un guide. Dans la ladia, on proposa Gla vasch , qui nier avait signalé son courage les Turcs ; mais il déclina cet r en disant que la nation n'autais confiance dans un beiduk
< tel que lui, qui n'avait à perdre ni maison, ni champs, ni quoi que ce fût au
i monde. Le choix tomba alors sur le knièze Théodosi, d'Oraschie , dans le district de Kragouïévatz. Que Dieu
: vous soit en aide ! dit le knièze : quelle pensée avez-vous là ? Un knièze peut être bon à obtenir le pardon d'un heïduk ; mais, si les Turcs reviennent , qui s'inquiétera jamais d'un knièze ?
« Comme les heïduks n'offraient pas au peuple une garantie suffisante, et que les knièzes manquaient de cette autorité militaire que pouvaient réclamer les circonstances, on résolut d'élire parmi les heïduks un guerrier qui eût exercé une carrière paisible; car
: 1 armée ne se composait que d'individus appartenant à l'une ou à l'autre de ces deux catégories. Kara George se trouvait dans ce cas. Il fut proposé
5a r Théodosi. D'abord George s'en étendit, alléguant qu'il ne savait pas gouverner ; les knièzes lui objectèrent qu'ils lui donneraient des conseils.
Il répliqua que son impétuosité naturelle le rendait peu propre à occuper ce rang, et que son premier mouvement le porterait à des résolutions extrêmes : on lui répondit que dans les circonstances actuelles une pareille sévérité était nécessaire.
« C'est ainsi que le pouvoir, après ; une lutte de prétentions négatives, i fut remis à George, dont l'autorité se i trouva d'autant mieux établie qu'il : avait paru peu disposé à l'accepter.
« Il avait fait graver sur son cachet ces ■ mots : Commandant des Serviens, > et ce ne fut que plus tard qu'il les i remplaça parle titre faChef suprême, t ce qui manquerait qu'il se regardait
< seulement comme le général ae Pini surrection , mais que plus tard il i sentit la nécessité de. réunir dans sa t main les autres attributs de la soui veraineté. En effet , dans le principe i il ne remplissait ni le rôle d'un prince i de Servie ni celui d'un général en
< chef; et il était entouré de capitaines ( qui se regardaient comme ses égaux, i Dans la Schoumadia seulement il i était obéi sans contrôle. Il est vrai i que, ce district étant le plus considé-
< rable, le chef qu'il reconnaissait avait
L'UNIVERS
« une certaine prépondérance sur tous il les autres.
« Jusque-là le pouvoir des dahis r avait été plutôt ébranlé que détruit.
* Us se trouvaient encore les maîtres x dans les forteresses; et comme ceux
* qui les occupaient avaient toujours i été considérés comme les souverains
* du pays, ils se flattaient de désarmer
< les Serviens par des promesses et de
* les amener à un accommodement.
» Mais les raïahs se sentaient forts ; les
< atrocités que les Turcs avaient exer- ■ cées sur eux étaient trop récentes
> pour qu'un compromis fût possible.
« La première fois qu'il fut question
« d'entrer en pourparler, il y eut une i réunion de chefs à Drluptf. Comme ' on était à délibérer, les gens des deux : suites en vinrent aux coups, et le sang
> coula. Quelque temps après Fotsi chitch essaya s'il ne serait pas plus
heureux; mais il échoua également.
Kufiii, le métropolitain Léonti, que les Serviens détestaient presque à l'égal des Turcs, vint de Belgrade pour apporter aux insurgés de nouvelles propositions : il lui fut répondu que la paix ne serait possible que lorsque les Turcs auraient livré les dahis, auteurs de tout le mal, entre les mains des Serviens.
« Sur ces entrefaites, un corps de mille krdschalis, attirés par les bruits de l'insurrection, parut sur la frontière sous la conduite de Gous-
■ Il s'avança à la tête d'une i
■ s'annonçait comme devin i facilement l'insurrection i « Lorsque cette armée traversa i on entendait les soldats se de i ce n'étaient pas les même* i qu'ils avaient vus si souvei • cinquante d'entre eux cor
< une mariée, cacher précipi c leurs pistolets sous leurs i i à la rencontre d'un Turc
< cendre humblement de chc i sent-ils donc, ajoutaient-ils.
c quante de ces raïahs intin « un seul Turc?
« Ali-Beg regarda comme ai
i de lui d'entrer lui-même en <
: contre un ennemi si méprisa
; formément à la coutume di
i il demeura à Schabatz, et
! direction des troupes aux su
mais les Serviens, qui s'éta
[ mes à la guerre dans les lu
' cédentes, savaient comment
vait leur résister ; et ils n'h
pas à abandonner les retranr
qu'ils étaient en train d'éle
leuva ; les Turcs , attribua
retraite à la crainte , s'empai
cette position ; mais bientôt
viens revinrent sur leurs pa
nèrent l'ennemi , qui se trot
gêné dans tous ses mouvemen
tement bloqués, manquant <
et n'ayant d'autre perspec
celle d'une destruction pr
rre et derrière laquelle il abrité et tirait avec tant tude qu'entre un coup et le s'y avait que le temps némettre la main à la giberne.
mana de ee district s'emd'envoyer leurs enfants et es au delà de la Drina.
çés de plus en plus par le
Serviens se décidèrent à ;e des forteresses. L'armée imadia attaqua Belgrade , anovitch prit position deatz, sur le bord de la Rondis que de l'autre côté de Milenko tenait en respect toscharévatz, que les Turcs ifiée à la hâte, emps après, te corps serlenaçait Schabatz fut de tquiété par les Bosniaques.
Dadahi des dahis, qui, 'insurrection éclatât , était une visite à ses amis de sespérant de pouvoir remi poste , quoiqu'il fût esquatre - vingts vigoureux assembla un millier d'homle dessein non-seulement un chemin au milieu des aïs de les culbuter et de les loigner de Schabatz. Il lui tord défaire deux cents te commandait Kourstchia laient le cloître de Tscho- /infériorité numérique de î, même après qu'elle eut enfort de quelques sol- . craindre à Kourtschia de
défendre sa position :
ïloître est brillé, dis tit-il, fche de le rebâtir ; mais on te pas un homme mort, comprenait qu'il s'agissait . conservation de quelques [ue du succès d'un sié^e répondit à l'heïduk : Penque la race humaine pé- )i? L'heïduk furieux abanlottre, et prit le chemin les.
jlut en vain persuader aux fendre cette position : ces £s à la guerre de partisans, it se résoudre à combattre rrière des murailles. Nous
ne voulons pas, disaient-ils, attendre comme des femmes qu'on nous égorge dans une retraite forcée. Cependant ils prirent la résolution de s'emparer d'une hauteur, à la vue des Turcs, dont le nombre était peut-être cinq fois plus considérable que le leur.
• Les braves hdduks de la Servie trouvèrent là leurs Thermopyles : ils se défendirent avec la certitude d'y mourir : Jacob était ailé chercher du secours ; mais à son retour le sacrifice était consommé. Entourés de tous côtés sur Téminence qu'ils occupaient, ils luttèrent héroïquement durant un jour entier jusqu'à ce qu'ils eussent épuisé leurs munitions et que leurs fusils, à force de tirer, fussent hors d'état de servir. Le plus grand nombre avart succombé ; les autres, déjà blessés et tapis derrière des arbres, ne tiraient plus que de loin en loin. Vers la nuit les Turcs, qui avaient reçu des renforts, firent une attaque vigoureuse et les tuèrent jusqu'au dernier. Mais leur sang ne coula pas en vain; Noschina reprit la hauteur; cependant ses pertes avaient été si considérables qu'il se vit dans l'impossibilité de rien tenter contre la forteresse.
« D'un autre côté, les Serviens étaient plus heureux; à l'instant même où Schabatz était si vivement pressé, Jacob Nénadovitch, qui était parvenu à se procurer une pièce de canon, eut la gloire de faire capituler la place.
Elle se rendit à son neveu , l'archiprétre Alexa. Les conditions imposées furent que les plus violents partisans des dahis quitteraient le pays, et que les autres, auxquels on permettait de rester, ne pourraient entrer dans les nabies.
« Ce succès permit à Jacob Nénadovitch et à Kara George de se porter contre Poscharévatz pour appuyer Milenko. Ils amenèrent avec eux leurs pièces d'artillerie, ainsi que les troupes qui n'étaient plus nécessaires de- \ant Schabatz ; quelques troupes distraites momentanément du siège de Belgrade s'empressèrent de venir les joindre. Aux premiers coups de canon la garnison parlementa, et demanda à sortir de la place sans être
LUNIVERS.
inquiétée. Cette demande fut accordée à condition toutefois que les chefs turcs livreraient aux Serviens leurs plus beaux chevaux arabes avec les l housses, qui étaient magnifiquement i ornées.
« L'armée victorieuse marcha immé- » diatement sur Smédérévo. Les Turcs i durent prendre rengagement de ne i jamais entrer dans la Nahie et de i se conformer à tout ce qui serait uli térieurement réglé à Belgrade. •
« (Test devant cette dernière place i que les insurgés purent enfin reunir t leurs moyens d'attaque. Depuis la i Save jusqu'au Danube , le pays était ' couvert de leurs troupes. Jacob Néi nadovitch campait sur le premier de « ces fleuves, et l'armée de Tscharapitch occupait les bords du second , tant dis que les forces de Knra George
> et de Katitsch remplissaient l'espace i intermédiaire. Leurs deux corps, quoi-
Î[ue distincts , s'appuyaient mutuelement , prêts à se porter selon le bet soin soit sur la Save , soit sur le Dai nube. Quant à Kourtscbia , après r s'être réconcilié avec Jacob Néoado-
> vitch, il était encore en différend t avec ce chef à cause de la distribution i du butin à Poscharévatz; cependant
> il s'était réuni aux assiégeants; mais
> son camp était séparé , et ses soldats ■ ne reconnaissaient que sa bannière.
[ Cette position mixte ne dura pas long-
> temps; irrité qu'un des siens eût été puni par un autre chef que lui , il leva
doit tomber. On vit métro
Srétre venir à leur camp, 'un firman qui autorisai rection; du moins on préj ce papier, ou'on trouva afl le camp, n avait pu être ap par lui. Il in' est guère probî tel acte émanât de Consu Peut-être était-ce l'œuvre ques spahis.
« Le soulèvement des Sert un premier pas vers la di des janissaires. Le grand l'heureuse idée de faire serf rection du peuple au rétat de Tordre, en accordant ai le droit de participer à Tes l'autorité, ce qui était en mê un moyen de mettre fin au « En permettant à Asam-B trouvait encore à Constanti plaider la cause des spahis désigna le knièze Jonan vitch, qui s'était rendu dans I pour acheter des vivres d l'armée servienne, pour le chef des douanes de Belgi même temps il chargea le Bosnie , Bekir, de mener à fa cette affaire , d'exiler les <L rétablir la paix. Il serait diff diquer quels furent les roc ployés par le vizir -, mais il tant nue son arrivée avec mille hommes qu'il comma un résultat décisif. Les Sreçurent avec toutes les
a première fois flotter l'étendard tel homme! L'aspect des autres es causa au vizir autant de dé- •que d'étonnement. Ce n'étaient les raïahs obéissants t mais une i préparée à une lutte sérieuse ît les chefs portaient des armes ntes, qu'ils avaient enlevées aux
dahis furent extrêmement alarm voyant un pacha faire cause une avec des chrétiens : ils dent dans cette alliance la réan de la menace que leur avait le sultan d'envoyer contre eux rmée composée d'hommes dont yyance ne serait pas la leur et ;irait sous son autorité. Un dancore plus pressant vint augmenurs craintes : Gouschantz-Ali , ait à leur solde , entra en iiégoas avec Békir et en même temps es Serviens. Un serviteur intime Souschantz, qui prétendait avoir > altercation avec son maître, mais ins doute agissait de connivence li, vint les trouver, et les informa l'intention du krdschali était oduire les assiégeants dans la Les dahis, eh recevant cet jugèrent prudent de s'embarurïe Danube avec leurs trésors, descendre le fleuve jusqu'à Ora. A peine eurent-ils pris la fuite ouschantz s'empara de la cita- Son premier soin fut do piller incipaux habitants sous le préqu'fls étaient amis des dahis.
conduite ne l'empêcha pas de gncr la plus grande déférence les ordres du Grand Seigneur, mvrir au pacha de Bosnie les i de Belgrade à sa première réion. La lâcheté qu'avaient moues dahis ne les sauva pas. Les ns déclarèrent qu'ils ne seraient lits que lorsqu'ils verraient à pieds la tête de leurs ennemis, mséquence le pacha lit donner nmandant d'Orschova l'ordre de les fugitifs à la populace fu- . Une nuit, quelques Serviens lits par Milenko furent reçus la forteresse. Le commandant ésigna une maison à travers les es de laquelle on voyait briller
loviNCBS Danubiennes.)
« des lumières : c'était là que logeaient « les dahis. Les Serviens s'y portèrent « en armes ; quelques coups de feu fii- « rent échangés, et bientôt après Mi- « lenko apporta au camp des Serviens « les têtes des quatre tyrans.
« Après cette vengeance terrible, « Békir déclara que tout était terminé, « et il renvoya les Serviens à leurs <• troupeaux et à leurs charrues. »