CHAPITRE XXIII
DlSSENSIOrsS PARMI LES CHEFS ; KARA-GEORGE S'EMPARE DE L* AU- TORITE SUPRÊME.
Ranke, dont le récit nous sert de guide pour l'histoire de l'insurrection de la Servie et que nous nous contentons souvent de traduire, remonte à la campagne de 1809 pour mieux faire apprécier les causes oui mirent la discorde entre les partis déjà formés, et faillirent compromettre tous les résultats de la victoire.
Déjà, dans le camp de Losnitza et à
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l'instant de la retraite des Turcs, la mésintelligence avait éclaté. Qui défendra désormais ces frontières? demanda Jacob Nénadovitch. —Celui qui les a défendues jusqu'à présent répondit Kara- George. - Point du tout, poursuivit Jacob, que ce soin regardait : c'est l'affaire de ceux qui refusent l'assistance de l'étranger et qui nous mettent l'ennemi sur les bras. Jacob convoqua ses troupes et leur présentant son neveu :
« Cet homme, envoyé par moi, leur ditil, avait trouvé pour vous un gracieux empereur ; maisMladen et Mi loi ne veulent pas de protecteur ; ils veulent être eux-mêmes rois et empereurs.
Lorsqu'on tint la skouptschina en 1810, Jacob Nénadovitch parut à cette assemblée, accompagné d'un grand nombre de momkis et de partisans, et son escorte éclipsait celle des a u très chefs. Os hommes, qui n'étaient pas moins de six cents, criaient dans les rues : « ^'ous voulons l'empereur î » Pendant la séance, Jacob accusa violemment Mladen. « Si Mladeu est coupable, dit Kara-George,
Çrenez sa place et faites mieux que lui ! ous voulez l'empereur de Russie, eh bien , j'y consens ! » Ce débat accrut tellement l'influence de Jacob que Mladen et Miloï, qu'on regardait comme plus coupables que le commandant en chef, durent céder, tandis que Jacob fut nommé président du sénat. Sous prétexte qu'un si grand nombre d'officiers occasionnait trop de dépenses , il éloigna des conseillers qui lui déplaisaient, et il
de Rodofinikin avec quelque! troupes auxiliaires. Tout en excitant les Russes contre Kara-George, il recommandait aux Serviens de ne recevoir aucun secours étranger avant d'avoir élu un autre commandant en chef et renouvelé tout le sénat. L'arrivée des députés réels ne lui fit pas abandonner son plan- II parvint à persuader à Milan die Roudaùj, qui était le chef de l'ambassade, que Kara-George visait au pouvoir suprême et illimité > et les fausses suppositions ne lui manquèrent pas. Cependant, comme nous l'avons déjà dit , leurs projets avortèrent. Kara-George trouva |e moyen de faire parvenir qu général (amenskoï des informations plus exactes par un de ses amis, l'archimandrite Philippovitch. Cest a la suite de cei ouvertures que Kamenskoï Gt paraître la proclamation que nous avons rapportée plus haut, et Von doit rapporter à la même cause l'union des partis et les succès de la campagne de 1810.
Cet accord momentané en présence de l'ennemi n'ein pécha point les nospodars de revenir à leurs inimitiés lorsqu'ils retournèrent dans leurs foyers et même durant la campagne. Pierre Milenko et Milan se rencontrèrent au quartier général de Zuccato. Jacob Nénadovitch et ses adhérents se réunirent au camp de Losnitza ; et ils profitèrent de cette occasion pour se consulter et prendre de nouvelles mesures. Kara-George était alors trop puissant, et il avait eu trop de succès dans la guerre pour qu'on
PROVmgRS DANUBIENNES.
at M commandant ** ptof
4 entièrement sans motifs lissait de la nature même des serait injuste de regarder les comme les oppresseurs du tara-George comme son délêma d'après, les potions des i rOcaidept, notions qui ne P* applicables à l'Orient, paît beaucoup plus aisément afe du caractère de ce conflit inj s la situation de la Servie ontsortjs les changements de don$ le résultat eût été toi* 'fiai* prouvé parmi les He{pmme du. caractère de Karannité d'action dans la guerre pouvoir dictatorial, contestable que le bien du dait de l'obéissance des hosi pouvoir unique; cependant turel qu'ils prétendissent à te indépendance ; les efforts nt faits dans leurs districts leur donnaient ce droit, et te* personnel)* et locale leur grand nombre d'adhérents, souhaiter qu'une transaction thefs les eut mis d'accord, le cet accord était impossible ) ftpreté dans les rivalités teirgie qui était comme l'âme ance nationale, il ne restait îrnative que celle de mettent les deux partis aux 1 que la victoire tranchât I4 Mra-George avait sur ses l'avantage d'être informé 3 surs projets. Un jour il vint te k l<uka Lazarévitch , que lit une blessure. Il serait à lui dit le commandant en mis les malintentionnés fuspensés de la même manière!
stajt dans la conspiration et it l'application de ces paroles, at était découvert , et ne ca- 0 ce qu'il savait. Peut-être é à cette révélation par son shement pour Kara-George :
comme il était ambitieux, que l'avortement du complot sa disgrâce. Peu de temps re Voïnovitch , secrétaire de au camp, fcara-fieorge mit vpe pour l'attirer dans son
parti; et a tin de m aveux des deuils encore plus précisât plus circonstanciée.
Dès lors le commandant en chef résolut non-seulement de défendre son autorité, mais d'écraser celle de ses adversaires, qui bientôt lui en fournirent ew-mémes l'occasion. Les bospodqrs ne parurent point à la skouptsehina au jour filé pour l'ouverture de cette assemblée, qui était le 1er janvier de l'année |810. Milenko et pierrp Dobriniaz attendaient l'arrivée du régiment russe, et Jacob Nénadovjtch ne voulait pas s'y montrer en l'absence de ses amis; de sorte que Kara-George eut le temps de se concilier les voïvodes dont l'influence n'était que secondaire et qui composaient la majorité. H lui fut donc facile d'agir sur eux et d'ajuster leur intérêts avec les siens.
Dans cette même diète il parvint à faire passer deux résolutions dont l'esprit et la portée changeaient tout le système gouvernemental du pays. La première portait que les voïvodes ne dépendraient plus des hospodars, mais du commandant en chef, dont ils recevraient directement les ordres, et du sénat. Le gouvernement du territoire presque en* tier fui soumis à un remaniement complet. Les districts que jusque-là Milenko avait gouvernés par les bouloukbaschis furent partagés entre huit voïvodes. Milosch,qui tenait deux districts au nom de Milan, ceux deRoudnik et dePoschéga, fut dépouillé de l'un deux et ne garda que le tiers de l'autre. Des voïvodes, entre autres Antony Bogitschévilch, Miloscb Potzéraz et 3toïan Tschoupitch, qui se trouvaient sous les ordres de Jacob Ménadovitcii, furent entièrement indépendants. Ces nouvelles mesures ne pouvaient que convenir aux chefs d une importance subordonnée, et il était naturel qu'ils appuyassent l'autorité du commandant en chef, auquel ils étaient redevables de ces faveurs..
La seconde résolution était connexe avec la première; elle la complétait pour ainsi dire par une réforme totale du sénat. Les fouctions judiciaires de cette assemblée furent séparées de ses fonctions administratives. Les premières furent attribuées a une cour suprême de justice composée des membres les moins influents f|u Soviet, tandis qu'on ooQÂf
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les secondes aux sénateurs les plus considérables formant une espèce de ministère. On les appela curateurs (popetchlteU ). Le premier était charge de la guerre, le second de la justice, le troisième des affaires étrangères, et ainsi de suite jour les départements des cultes, de nnterieur et des finances.
D'abord on voulait qu'outre Mladen, Sima Narkovitch et Dosithée Obradovitch y qui étaient dévoués à Kara- George, on donnât aussi des fonctions dans ce ministère à Jacob Nénadovitch, à Milenko et à Pierre Dobriniaz. Le
rmier décret enlevait au* hospodars plus grande part du pouvoir qu'ils avaient exercé jusqu'alors; ils se voyaient sépares en quelque sorte de leurs districts respectifs. Le second décret leur créait une influence en. dehors de Leurs relations habituelles; leur indépendance était bien réduite, puisque le ministère qui dominait sur tous Les autres, celui de la guerre , était entre les mains de Mla~ den. Si tous ces changements eussent été acceptés , le plan de Kara* George réussissait complètement. Cependant on avait prévu le cas où les chefs intéressés auraient opposé une résistance formelle. Le sénat venait de promulguer une loi qui frappait d'exil quiconque résisterait aux récentes mesures.
Quand tous ces points furent réglés, Je commandant en chef lit jurer aux voïvodes qu'ils lui obéiraient et seulement à lui. Il leur donna ensuite l'ordre
suis rendu ici, je croyais qu'on me demanderait combien de blessures j'ai reçues, combien de mes braves étaient tombés , combien j'avais eu de chevaux tués sous moi. On mva demandé : combien de Allés as-tu embrassées? Cet est assez , partons ! Il était alors à Belgrade et soutenait le parti deshospodsn mécontents, n disposait de soixante-dix hommes dévoués à sa personne, soit bekjares lorsqu'il leur donnait m paye» soit momkis lorsqu'ils étaient sel obligés. Ces gens étaient prêts à tout Les bospodars avaient également de nombreux partisans dans la ville, et se trouvaient en situation d'entreprendre quelque chose de sérieux. Cependant il leur manquait ce qui seul peut faire réu&» sir les projets hardis, l'unité de vues et l'accord dans l'exécution, Déjà leur parti s'était affaibli. Milan, sur lequel ils pouvaient compter avec certitude, était tombé malade à Bukarest peu de temps après que La rare Voïnovilcb eut été le rejoindre ; il mourut le dernier jour de l' année 1810. Quelques personnes ont prétendu que le poison avait terminé ses jours. Mais une circonstance plus contraire encore à leurs projets, c'était que Jacob Nénadovitch avait d'autres vues et qu'il était décidé à entrer dans le sénat- Il avait marié son fils Kphrem h la tille de Mladen, «t s'était um sa us arrière-pensée au part; de Kara-George. Au lieu de se rendre à Belerade avec une forte escorte, ilar-
tt soin de le tenir éloigné.
ne lettre gui donnait avis iraient fait une irruption >ire de Nisch, et qu'ils un le voisinage de Bania.
était apportée par un couvert de sueur. L'hei- «8 à courir au secours de «tous ses bekjares.
Pierre, réduits à leurs ras, n'eurent pas le cou-
Stephen Schivkovitch , lus nche de Belgrade et iden, les pressait de tenter aurait voulu qu'on comrendre d'assaut la maison tais Pierre et Milenko lui Nous avons trop peu de mmes-nous pas trois, réovitch, et n'avons-nous kls? Au premier coup de ints se soulèveront, car testé; et les gens delà ne demandent qu'à piller,
notre secours. Mais les ■ent qu'ils n'avaient pas le munitions pour cornue; sur quoi Schivkovitch ipraaieurssacs dansl'au- * trouvaient. Cependant nko étaient tellement déan dis que Schivkovitch esciter, ils demeuraient aslire, attisant les charbons
lait plus à Kara -George ce qu'il avait à attendre Dsse et quelles étaient à i instructions du colorantes époques, il avait
de sympathie pour les qu'il s'était laissé per-
adversaires eux-mêmes mis et ses rivaux étaient ifiuence moscovite. Enfin assurer par lui-même de es.
l'il avait dîné chez Mlae Dobriniaz, Milenko et que, pour faire honneur
l'avait accompagné jusire, Kara-George, peutl'un plan préconçu, s'emaent contre Milenko au s où l'on était arrivé à la errasse. U venait de don-
ner Tordre à ses momkisde retirer à Milenko son épée, lorsque le Russe, qui logeait dans la même maison que ce dernier, intercéda pour lui. C'était précisément ce qu'attendait Kara-George.
Il dta son bonnet, et supplia Balla ( c'était le nom du colonel), par le pain de son empereur, de lui dire s'il était venu pour protéger la faction de Milenko. Balla répondit qu'il avait pour mission de secourir la nation sous le commandement de Kara-George. En ce cas, poursuivit ce dernier, permettez-moi de baiser votre main au lieu de celle de l'empereur. Cette assurance lui parut suffisante : sa dispute avec Milenko n'eut pas d'autres suites pour le moment : mais dès le lendemain II s'occupa de régler définitivement toute cette affaire. Il envoya à Milenko et à Pierre un ordre qui les dépouillait de leurs commandements en les laissant toutefois siéger au sénat. Il était probable qu'ils se résigneraient à accepter; Jacob Nénadovitch était devenu leur adversaire, et ils ne pouvaient exercer qu'une influence restreinte dans le sénat. S'ils refusaient, unesentenced'exilétaitprête.
Cependant ce fut ce dernier parti qu'ils prirent, dans l'espoir qu'on leur permettrait plus tard de vivre comme particuliers dans leurs districts. Mais comme leur pouvoir tenait moins à leurs fonctions qu'à leur influence personnelle, cette faveur leur fut refusée. Le décret qui les exilait fut immédiatement affiché au coin des rues ; tous leurs méfaits réels ou prétendus y étaient énumérés : on reprochait à Pierre Dobriniaz sa fuite de Deligrade , son départ avec Rodofinikin, ses prétentions à se donner pour ambassadeur de la nation sans en avoir le caractère, et enfin l'arriéré de ses comptes vis-à-vis de trésor de l'État. On reprochait à Milenko sa rébellion à Poretsch ; on rappelait qu'il s'était approprié les subsides donnés parla Russie pour solder ses bekjares,etc, etc. Quant au lieu de leur exil, on leur permit de choisir entre l'Autriche, les provinces moldo-valaques , la Turquie et la Russie. Ce fut pour ce dernier pays qu'ils se décidèrent. Kara-George les fit conduire par une escorte de Servions et de cosaques à travers le district de Pojarévatx jus-
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qu'au Danube, après avoir préalablement fait occuper Poretscb et Kladovo par des troupes sur lesquelles il pouvait compter.
Peu de temps après leur départ , on reçut à Belgrade une lettre de Milosch qui annonçait sa résolution de se ranger du côté des opposants. En succédant à la position de Milan, il avait adopté les mêmes vues, dans la crainte qu'à |a première occasion Ton ne manquerait pas de restreindre son autorité. Dobriniaz et Milenko avaient déjà passé le Danube lorsqu'un mouvement en leur faveur se manifesta dans leurs districts. K ara-George, après avoir triomphé si heureusement des principaux obstacles, prit aussitôt les mesures que réclamaient les circonstances. Il était probable que les troupes refuseraient de combattre contre leurs compatriotes et leurs amis. Au lieu de les employer, il rassembla les brkjares et les voïvodes avec leurs momkis.
Ces forces lui suffirent pour écraser l'insurrection avant qu'elle ait eu le temps de s'étendre.
Lorsque Milosch était arrivé à Belgrade avec les voïvodesopposants,Kara-George n'hésita pas à lui demander compte de sa lettre qui était tombée entre les mains de ]\lladen. On le traita cependant avec beaucoup d'indulgence, et ou lui laissa toute facilité pour établir que ce document n'avait rien d'authentique.
Cependant il le reconnut. On feignit de • croire htm! l'axai! m- rit à la sniigrehnii
I^a voïvodw qw coptTOQèreni cer les haute* charges, non :
abus fréquents, étaient nomiro chef de l'État et parcouséquec dépendance. Aucun d'eux jto position assez solide pour lui rieusement obstacle. Le sépat sièges de Pierre Pobrinisf fit lenko avaient été donnés à 4 tures de Rara George, a4a les affaires sous l'impulsion de sée suprême, et avait renonce indépendance. L'autorité publii constituée ; mais elle était enti concentrée dans une seule mail George était le roi de ce petit E n'était quelque chose que pai lonté ou la laveur du maître.
Pendant toutes ces luttes int< où le principe de la liberté, api brisé le joug delà domination et] avait armé Tes uns contre les ai intérêts rivaux, jusqu'à ce que d'un homme eut vaincu ou toutes les résistances, il est curi tudier l'attitude de la Jlussie.
toujours, la politique de cet en ressa tour à tour les différents pa soucieuse que tel ou tel chef tri pourvu que la victoire partit tribuée à son inlluence. Si le | voulait la soumission de la l'Autriche l'eût emporté, elle n'i doute pas hésité à sacrifier Kajramais lorsqu'elle eut compris homme, non moins habile coin m inist râleur q»e comme ea
PROVINCE JUPU4I£iNNËS.
convenir de trouver la Servi* } une protection plus nette»
inieet déjà apprivoisée par Sara- \ m Gouvernement despotique