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CHAPITRE XXII

QUATRIÈME GBOI9ADB.

La quatrième croisade fut préohée par Foulque de Neuilly, sous les auspices

Ju pape Innocent III; les comtes de landre et de Champagne, Eudes, duc de Bourgogne, et Boniface, marquis de Monferrat, se croisèrent. Six barons, parmi lesquels étaient Geoffroi de Villebardoin, turent députés à Venise pour obtenir de cette république des vaisseaux de transport. Ces derniers, maîtres de la mer, ne refuser eut pas leur flotte; mais ils exigèrent pour prix de leur coucours une somme d'environ quatre millions. Les chevaliers, ^après avoir réuni toutes leurs ressources et vendu leurs joyaux et leur argenterie , se trouvaient encore bien loin de pouvoir atteindre ce chiffre : on les tint quittes du reste a condition qu'ils assureraient à Veuise la possession deZara, place importante de la Dalmatie. Pendant que les croisés pressaient le siège de cette ville, un jeune prince grec vint les supplier d'aller replacer sur le trône Isaac l'Auge dépossédé par un usurpateur. Alexis fit valoir à leurs veux tout l'avantage qu'ils tireraient de Poccupatioii de Cous tan tinople ; et il appuya ces raisons, déjà si plausibles, de l'offre d'une grosse somme d'argent. Quant aux Vénitiens, rien ne pouvait leur être plus agréable qu'une proposition dont 1 heureuse issue devait

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ouvrir à leur commerce le Bosphore , la mer Noire, tout l'orient de l'Europe et les mers occidentales de l'Asie.

Quand les Français, portés sur les flottes de Venise, arrivèrent en vue de Constantinople, la grandeur de l'entreprise fit battre le cœur aux plus hardis. Soixante mille cavaliers déployés sur le rivage les attendaient. On s'attendait à une sérieuse résistance. Les chevaliers débarquèrent tout armés , et prêts à monter à cheval. Les Grecs, qui avaient compté faire peur et non combattre , se débandèrent , et dans cette confusion, dont les Vénitiens tirèrent habilement parti, la ville fut prise aussitôt qu'attaquée.

Isaac l'Ange passa de son cachot sur le trône. 11 s'agissait pour lui de se débarrasser au plus tôt de ses libérateurs ; il surchargea le peuple d'impôts pour acquitter les promesses d'Alexis, de sorte qu on en vint bientôt à regretter l'usurpateur. Les croisés, qui redoutaient quelque perfidie , se payaient de leurs propres mains et se livraient aux dernières violences. Murzouflle, prince de la famille impériale, crut l'occasion favorable; il s'empara du pouvoir, et les Latins se virent obligés de recommencer le siège de la ville, qu'ils reprirent et dont ils dévastèrent une partie. Murzouflle fut précipité du haut d'une tour. Il était facile de prévoir le sort de la nouvelle conquête ; elle dut passer sous la domination des Latins. Baudoin eut le titre d'empereur, et les Vénitiens obtin-

faiblesse, qu'ils se virent réduite à vendre le plomb Je leurs palais et à se chauffer avec les poutres dorées de leurs résidences. Ce qu'une république avait fait, uue autre république le défit par esprit de rivalité : les Grecs de Nicée rentrèrent à Constantinople, sous Michel Paléologue, à l'aide des Génois , cinquante-neuf ans après la chute de Murzouflle.

Au reste ces provinces, jadis florissantes, ces villes qui avaient tenu le premier rang dans la période de la civilisation antique, perdaient peu à changer de maîtres. La plupart de ceux qui s en étaient adjugé la possession au moment du premier partage n'en connaissaient pas même la position géographique; plusieurs avaient été gagnées aux dés .

puis partagées, troquées ou vendues comme objets faisant partie du butin.

Les Vénitiens, plus éclairés, échelonnèrent leurs possessions de manière à doubler les ressources de leur marine et de leur négoce. Ils s'étaient fait céder Lazi, au fond du Pont-Euxîo, sur la côte de l'Asie Mineure ; Nicopolis, dans le bassin de la Propontide; au nord, liéraclée, j£gos-Potamos et Radosto ; sur la côte méridionale, iNi comédie ; Gallipoli à l'extrémité du détroit de l'Hellespont ; sur l'Hèbre de Thrace, Adrianopolis. aujourd'hui Andrinople ; deux places dans l'île d'Eubée, Oréos et Caristos, et, outre les îles de l'Archipel et les ports dont nous avons déjà parlé , Patras dans le détroit quisf'pare le fiolfe de Corinlhe de la mer

gtemps essayé des voies de la a , excommunia Frédéric, qui se justifier aux yeux de l'Euirtit enfin pour la terre sainte, idre que le Vatican levât l'inais les rigueurs de l'Eglise le partout ; et le patriarche de Jédéclara soumises à l'interdit terres où paraîtrait le rébelle, ds maîtres du Temple et de a refusèrent de servir sous ses t Frédéric dut consentir à ce i son propre camp, tout se fit l&t, non en son nom, mais au >ieu et de la république cliré- * fut au milieu de ces difficultés pereur noua des négociations oudan d'Egypte, alors maître jem. Les musulmans avaient \ en grande vénération , tout i que les chrétiens ; mais les icrés à la possession desquels les uns et les autres n'étaient lémes. Les Sarrasins ne voui renoncer an temple que les ent construit sur les ruines de Salomon , et qui avait été une ns du prophète , dans la vision itvu transporté dans les régions jes Latins combattaient pour «ion du saint sépulcre et de Itie sur le tombeau de Jésusans s'arrêter à ce que la prémusulmans et de fidèles dans a use et témoin de tant de luttes •s pouvait avoir de périlleux tge , on en vint à un accommo- F réiiér ic proposa de laisser le >us la garde des mahométans , 3n que le Soudan lui rendrait le la ville et une partie de son . Toutefois, il réserva aux pèfaculté de visiter aussi le temrvu qu'ils ne s'y permissent te qui blessât la croyance des s de l'islamisme; et, de leur musulmans eurent le droit de ' Jérusalem, aux mêmes concerte transaction , d'une modéresque philosophique , eût été ine d'une paix solide , si l'esprit que et les intérêts politiques ssent laissé un caractère provi-

ille de Jérusalem ayant été li- ;n effet, par le Soudan aux of-

« liciers do Frédéric, celui-ci, à la tête. « de ses troupes, y fit son entrée comme « dans la capitale de son nouveau royau- « me. Mais le patriarche, qui l'avait « devancé, avait déjà soumis à Tinter- « dit cette ville et 1 église elle-même du « saint sépulcre, comme profanées par « la présence cTiin excommunié. Aucun « prêtre ne voulait y célébrer la messe, « et Frédéric , qui devait y recevoir la « couronne de son royaume de Jérusa- « lem , fut obligé de la prendre de ses « propres mains sur l'autel, pour la « placer sur sa tête.

« Grégoire IX, instruit de ces traités, « écrivit à tous les princes de l'Europe « pour les informer de son entière dés- « approbation; il appelait une pareille « paix un for/ait exécrable, qui inspi- « tait îhorreur avec iétonnement.

c Mais Frédéric, qui suivait de près, à a la tête de son armée , les lettres par « lesquelles il avait annoncé le recourt vrement de Jérusalem, contraignit « bientôt le pape à changer de lan- «gage(l). »

La France, qui avait donné l'impulsion aux premières croisades, supporta seule le poids des dernières. Echappé d'une maladie grave, saint Louis fit vœu de délivrer le saint sépulcre. Cette fois la flotte partit d'Aigues-Mortes et de Marseille, et, après avoir relâché en Chypre, cingla vers Da miette, qui fut emportée. La bataille de Mansourah , donnée avec des troupes épuisées par la famine et la peste, eut une issue fatale. Malgré la magnanimité du roi et le courage de ses guerriers , les Égyptiens eurent l'avantage; et, comme les vaincus étaient dans l'impossibilité de regagner Damiette, saint Louis et les siens furent faits prisonniers. Respecté même de ses ennemis, il fut mis à une énorme rançon , et passa quelques années en Palestine comme simple chevalier, avant de rentrer en France ; mais sa destinée était de clore, par une mort sainte, cette grande époque des croisades, qui accéléra la chute de rempire grec et creusa une limite profonde entre l'Asie musulmane et la civilisation de l'Europe.

(i) Sismondi , Hut. des républiques italiennes, t. II, p. 447 et suiv.

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