USURPATIONS DES TURCS
Les sultans s'attribuent le Dmorr de nommer et de déposer les voïvodes. —Par le traité de 1460, la Turquie, en s'arrogeant le droit de reconnaître les princes yalaques, n'avait pas aboli le principe même de l'élection. Les voïvodes devaient être nommés par les boyards et confirmés par la Porte. Biais l'ambition ottomane, peu scrupuleuse en ce temps-là, nepounaitétre maintenue que par la force dans les limites étroites des conventions les plus formelles. Durant le seizième siècle , presque tous les princes de Valachie reçurent de Gonstantinople nonseulement les insignes de leur dignité, mais leur nomination même.
La Porte, en «'attribuant le droit de donner des chefs au peuple valaque, usurpa également celui de les déposer.
En 1541, Rodolphe VIII fut détrôné et envoyé en Egypte, où il mourut; Pierre II fut exilé en Asie (1567) et Mîhne II à Tripoli ( 158S ). On voit que les sultans, au mépris des capitulations, traitaient les voïvodes soi-disant indépendants comme de simples gouverneurs responsables et révocables à volonté. L'usage s'établit même d'interner à Gonstantinople les princes dépossédés, quand on ne les envoyait pas en exil.
Augmentation du trirut paye a la Porte. Forteresses occupées par les Turcs. — Les voïvodes, tenant tout leur pouvoir de la Porte, devinrent entre les mains des Turcs des instruments de servitude. Rodolphe VII éleva le tribut à quatorze mille ducats ( 1514 ); Pierre II en ajouta cinq mille. Pierre m promit de payer quatre-vingt mille ducats et en compta le quart au moment de sa nomination (1588). Le
tribut fat encore le Sourd (1581).
ité sous Etienne n'était pas
L'UHIVERS.
des sommet payées au sultan. Alexandre m ( 1692 ) amena eu Valachie des fermiers musulmans. Ces fermiers payaient d'avance au voïvode le prix des taxes imposées, et levaient sur le peuple presque le double. Rien n'arrêtait leur avarice et leur débauche. Us entraient de force dans les maisons des habitants , et les mettaient au pillage : Hs dévalisaient les marchands et les voyageurs* et violaient, dit-on, les femmes et les filles en présence de leurs époux et de leurs parents. Quelle que soit l'exagération des plaintes portées contre eux. par les chrétiens, il est certain que leur présence même en Valachie était contraire aux stipulations de 1400, et que, sous la protection du prince , ils commirent impunément les avanies les plus odieuses.
Sous le règne de Rodolphe IX ( 1 644 ) , les Ottomans reprirent Giurgevo et s'emparèrentde Braïla et deTurnéoi Ces places reçurent des garnisons turques.
Bientôt eAes devinrent des repaires de brigands. « La Porte favorisa ou du moins toléra toutes les déprédations commises par les soldats des garnisons au delà des limites des forteresses, et traita bientôt la principauté et ses habitants sur le même pied que ses autres conquêtes sur les chrétiens (1). »
Les Valaques combattent pour la Turquie contre les Hongrois.
— Les voïvodes , loin de s'opposer aux empiétements de la Porte, détruisaient rux-riifriies toutes les garanties de \\n-
destruction des chrétiens, pi guent à leur propre ruine. • Soliman prit contre Meitîwir fense de la reine de Hongrie , femme de Jean de Zapolja, il aux Valaques d'entrer en e sous le commandement du m Widdin ( 1660). En 166*» ke 1 et les Valaques se réunirent eooi nand , archiduc d'Autriche etrol grie; Pierre prit les forteresses!
et de Szamos-Uïvar . et s'avanç Ssathmaivliémété; les ~
lèrent plus de trois cents rillag
La principauté avait « tenir à elle-même; pour être U incorporée à l'empire ottoman lui restait plus qu'a recevoir on neur turc : cette honte loi fut é U est vrai qu'en 1621 Mohaau se déclara formellement san Valachie, et qu'il institua m juges mahométans dans plosk lages ; mais son usurpation ne de longue durée ; Soliman don maître aux Valaques leur coi Vlad Vlll. Malheureusement il gnèrent pas beaucoup au du conservèrent leurs princes na1 mais ces princes furent, pour la d'impitoyables oppresseurs.
Exactions des yoïyodes veaux impôts. — L'augmenti tribut payé à la Porte nécessi blissement de nouveaux impôts, dre U inventa celui de iabrét ( 1S76 )t Son successeur Mihue 1
PROVINCES ROUMAINES
lots n'eurent plus rien à piller, Binèrent des intérêts considérâ-
tes imi
ils réel
blés pour les avances qu'ils avaient Usités; les dettes montèrent à la somme de dix fardeaux d'or (environ douze cent mille francs), somme énorme pour un État qui n'avait guère que des revenus en nature.
Lutte dbs voïvodes et des boyjlbds. — A une insatiable rapacité la plupart des voïvodes joignirent une cruauté sauvage; ces voleurs furent aussi des assassins; ils ruinèrent les
Çaysans, ils tuèrent les boyards. Les un» les aidèrent dans cette sanglante besogne. En 1623, un capidji bacni arriva en Valachie avec trois cents spahis, sous prétexte d'installer Parvulesco. Au nom de Soliman, il venait remettre à ce prince les insignes de sa dignité ; il le frappa de la hache d'arme qu'il lui apportait comme emblème de son droit souverain de vie et de mort. A ce signal, les spahis se jetèrent sur les boyards et en égorgèrent un grand nombre. Un des plus grands ennemis de la noblesse fut Mihne I, le fléau ou le Méchant (1608-1510). Peut-être celui-là fut-il seulement un justicier sévère, le fléau des voleurs, comme le dit son épitaphe :
Pradonam fueram domilor furumque fia g cl lum, Jastftiam rigida fortiter eue colens.
Ventila I est représenté comme un tyran sanguinaire. « Les Roumains, dit M. Vaillant, ont en lui leur Charles IX. Aussi cruel, mais plus orgueilleux que le roi de France, le peuple ne vaut pas pour lui la charge de son arquebuse; c'est sur ses boyards qu'il exerce son adresse. Le maladroit! il ne sait pas
2ue le peuple pardonne, et que la notasse est sans pitié. En effet, comme en 1532, se trouvant à la chasse au cerf sur les bords du Gilu, il se plaisait à tirer sur ses boyards au lieu de tirer sur la béte, quelques-uns d'entre eux, ayant remarqué cette trahison, se précipitent sur lui, le massacrent et le jettent à Peau. » Son successeur Rodolphe VIII, quoique élu par les nobles, se maintint au pouvoir par des supplices: Mirce m, dès les premiers jours de son règne (1645), fit périr le vomie, le grand écuyer, le grand maître d'bdtel, le porte-glaive, etc. Un grand nombre
de boyards ne durent leur salut qu'à la fuite; ils se réfugièrent en Transylvanie , et revinrent en armes sous la conduite du ban et du ministre des finances ; mais ils furent vaincus , et leurs chefs trouvèrent la mort dans le combat. Eu 1558, Mirce publia une amnistie générale, et autorisa tous les émigrés à rentrer. Quelques-uns eurent foi dans ses promesses, et regagnèrent leurs foyers. Le prince les convoqua bientôt après à Bucarest, où devait se tenir une assemblée générale de la noblesse et du clergé. Lorsqu'il les vit tous réunis, il fit un signe à l'aga de ses gardes turcs , qui se précipitèrent le sabre nu dans la salle des séances, et firent un horrible carnage. Quelques nobles réussirent à s'échapper, et se retirèrent les uns en Transylvanie, les autres à Constantinoplc. La haine de Mirce les poursuivit jusque dans cet asile; sur sa demande , le sultan les fit jeter à la mer. Pierre le Boiteux, fils de Mirce III, invoqua le secours des Turcs pour comprimer une révolte des boyards. Il y eut encore dans cette lutte beaucoup de sang répandu. Alexandre II, frère et successeur de Pierre (1568), suivit l'exemple de son père; il rappela les émigrés, et, malgré l'amnistie, en lit périr un grand nombre. Mihue II étouffa dans le sang une insurrection des nobles (1582), Pierre Boucle d'Oreille mit à mort trois des principaux boyards, le ban, le vomie et réchanson (1583;. Enfin Alexandre III sévit avec une égale cruauté non-seulement contre les grands qui faisaient opposition à son pouvoir:
« mais contre tous ceux qui, par leur autorité et leurs richesses, étaient en état de lui nuire. » De tous les voïvodes qui régnèrent en Valachie depuis la mort de Rodolphe le Grand jusqu'à l'avenement de Michel le Brave, Pierre 1(T (1554-1557) est presque le seul qui vécut en paix avec la noblesse. On a remarque
3u'il ne fit tuer aucun boyard ; aussi la ouceur de son gouvernement lui a-telle valu le surnom de Bon. Son règne fut une trêve de trois ans, qui suspendu en Valachie La lutte du pouvoir monarchique et de l'aristocratie féodale.
Il est évident <jue les cruautés des voïvodes au seizième siècle eurent un caractère tout politique. Les souverains
L'UNIVERS
qui versent le sang a plaisir sont des monstres dans Tordre physique comme dans Tordre moral. Les princes valaques voulurent anéantir, ou tout au moins abaisser la noblesse, qui défendit énergiquement ses privilèges. De là des complots, des révoltes, des guerres civiles; de là tant d'assassinats et tant de supplices ; les deux partis se servirent des mêmes armes, et ce ne furent pas toujours des armes loyales. Donc, sans admettre cette hypothèse étrange, invraisemblable, impossible d'une succession non interrompue de fous furieux, ivres de sang, nous dirons que Mirce l«r, Ventila, Mirce III, Mihne II et tous les autres fléaux des boyards furent la monnaie de notre Louis XL Mais Louis XI a été en partie justifié par le succès de son entreprise ; elle a tourné au profit de la France ; moins heureux et plus coupables , les voïvodes de |Valachie, en prenant les Turcs pour auxiliaires, trahirent la nationalité roumaine : ils ne régnèrent qu'en se donnant des maîtres.
Richesse et prépondérance du clergé. — Dans leur lutte contre la noblesse, les princes furent soutenus par le clergé. La rivalité des boyards et des prêtres commença, nous l'avons vu, sous Rodolphe IV. Dès les temps les
Î>lus anciens, le métropolitain présidait es assemblées générales. Par la faveur de Rodolphe, les évéques, les archimandrites, les abbés eurent voix déli-
ta nation. » Propriétaires du sol, dominateurs des consciences, représentants de Dieu dans les assemblées publiques, leur autorité morale et leur puinuce temporelle se fortiGaient Tune par futre. Aucune puissance n'attaqua inopinément leurs privilèges. Exempts de la dîme , de la c a pi ta t ion, de tous lesiapôts, ils exercèrent dans les affaires de l'État une influence prépondérante sus participer aux charges -publiques.
Apres Rodolphe le Grand . leur protecteur le plus généreux et le plus dévoué fut Nagu 1er , qui régna de 1613 à 1521. Élevé par le patriarche Niphon, « son père spirituel, • il n'oublia jam» les enseignements et les conseils qui avaient instruit sa jeunesse. « Les pauvres , les vieillards et les orphelins forent les objets de sa sollicitude paternelle; il établit pour eux des maisots de charité, où ils étaient reçus eteiiuvtenus aux frais de l'État. Pendant toute sa vie il répandit de nombreux bienfaits sur le peuple qui l'avait appelé pour le commander. » Libéral envers les pauvres , il fut prodigue envers TËglise. Il (it construire en marbre blanc l'église d'Argessu, • la merveille de son pays et qui en serait une partout. ■ A la consécration de cette cathédrale assistèrent le patriarche œcuménique de Janina, quatre archevêques , outre celui de la Valachie, et environ un millier de prêtres. A l'occasion de cette cérémonie, Nagu donna un grand nombre de terres
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chasses en embrassant l'islamisme; Murad III le fit pacha d'Alep.
La richesse et la puissance du clergé furent-elles profitables à la Valachie ? On ne saurait le croire. Les prêtres ne cherchèrent pas à soulever contre l'étranger, contre l'infidèle l'instinct national et religieux du peuple, qu'ils (gouvernaient avec une autorité souveraine ; ils ne se montrèrent ni chrétiens ni patriotes. Qu'importaient, en effet, à leur égoîsme les empiétements de la Porte?
Ce n'étaient pas eux qui payaient le tribut. Exempts de tout impôt, ils échappaient à l'avidité du fisc, et n'avaient rien a craindre des spoliateurs les plus audacieux. Ils ne firent rien pour arrêter les usurpations des Ottomans et les exactions des princes, parce qu'ils ne 8e sentirent pas menacés.
Songèrent-ils du moins à améliorer la condition morale des Valaques? Nagu fonda quelques écoles ; mais la nation resta dans son ignorance; comment le clergé aurait-il enseigné ce qu'il ne savait pas lui-même? Son intérêt même lui défendait d'éclairer des intelligences dont l'abrutissement faisait toute sa force. Pendant le seizième siècle, les sciences et les lettres furent dont complètement abandonnées ou plutôt complètement inconnues; car, a vrai dire, elles n'avaient pas encore pénétré en Valachie. Pourtant la principauté reçut
{tour maître, en 1583, un poète qui parait douze langues; ce fut Pierre surnommé Boucle d'Oreille. • Ce prince, dit M. de Kogalnitchano, aurait pu se taire entourer de savants si sa tyrannie n'avait pas éloigné de lui tous les hommes libres et indépendants. La science ne se place jamais près de la tyrannie; la science aime la liberté (I). »
Pierre, élevé en France, avait adopté les mœurs et la langue de ce pays. De retour à Constantinople, il louea pendant trois ans à l'ambassade française, et vécut dans l'intimité du chevalier de Germiny, ambassadeur de Henri lit.
Après la chute de Mihne, il fut nommé voïvode par l'influence de son protecteur, et obtint une réduction du tribut. La France aurait pu faire un meilleur usage de son crédit auprès de la Porte.
Nous avons. déjà cité le prince qui lui dut son élévation au pouvoir parmi les voleurs dont les exactions réduisirent la nation valaque aux dernières extrémités de la misère et du désespoir.
La Moldavie sous la suzeraineté des Turcs.
rifiRBE rares (1527-1546).
Relations avec les Tunes. Soumission VOLONTAIRE. TRAITÉ DE PRO- TECTION. Usurpations de la Porte.
— Bogdan, fils aîné et successeur d'Etienne le Grand, suivit fidèlement les instructions de son père, et envoya a Soliman des ambassadeurs qui fureut reçus avec distinction. Le sultan ne voulut point accepter les riches présents du prince moldave, et se contenta de ses protestations de respect et d'amitié (1504.) La Porte ne devait pas se moutrer toujours aussi généreuse envers les Roumains.
Etienne V renouvela l'hommage de son père (1551). Sélim était déjà maître de la Bosnie; son fils Soliman assiégeait Belgrade , et Mohammed bey était maître de la Valachie; les Moldaves s'humilièrent pour détourner de leur pays l'ambition des Turcs. En échange de ses présents, Etienne reçut, avec lés félicitations du sultan, un* turban, un caftan, un cheval, une selle impériale, deux queues de cheval et un drapeau. C'étaient les signes de l'investiture.
Quelques années après, tandis que Soliman assiégeait Vienne (152U), le grand logothète Teutu vint, au nom du voïvode Pierre Rares, lui offrir la suzeraineté de la Moldavie, et lui prêter foi et hommage aux conditions suivantes :
1° la constitution, les lois, la religion, le trésor du pays seront respectés; 2° le prince continuera d'être élu par l'assemblée de la nation dans la famille des Bogdanides; le sultan sera tenu de le confirmer, et ne pourra jamais en aucun cas imposer un prince non élu ; 3° la Moldavie ne fera jamais d'alliance avec les ennemis de la Porte; elle lui fournira au besoin des auxiliaires ; 4° le pays sera protégé par la Turquie toutes
L'UNIVERS
les fois qu'il en fera la demande ; 5° la Porte ne s'immiscera ni dans l'administration intérieure ni dans l'élection du prince ; 6e il lui sera envoyé annuellement un présent volontaire de quatre mille ducats, quarante chevaux , vingtquatre faucons ; 7" les Turcs ne passeront point le Danube; ils ne seront admis qu'à Galatz et à Kilia; le présent sera remis de l'autre côté du fleuve. On Ta dit avec raison , ce traite n'est encore , comme celui de Mihne I"r, qu'un traite de protection , et la Moldavie n'y a pas aliéné sa souveraineté. Kl le pose ellemême ses conditions. Kn les acceptant, Soliman n'élève pas sur cette province d'autres prétentions que celles d'un généreux suzerain et d'un bon allié
Les Turcs furent contraints de lever le siège de Vienne. Malgré cet échec des armes ottomanes , Pierres Rares vint à Sophie prêter serment de fidélité au sultan. Aussi , flatte de cet hommage, Soliman rendit au voïvode des honneurs mvaiix ; il le revêtit en grande pompe dii manteau d'honneur que portent seuls le grand vizir et les pachas à trois queues, lui posa sur la tête la cuca brodée de pierreries et surmontée d'une plume d'autruche , lui remit trois queues île eheval et le nomma général des janissaires. Puis , sur sa demande , il lui fournit des secours contre la Pologne.
Mais il ne respecta pas longtemps les elauses du traite, et lorsque son vassal fut tombé entre les mains des Szicles , il entra en Moldavie , réunit à Sucinva
leurs privilèges, eussent élu Alexandre fil pour succéder à Etienne, il obtint pour lui-même un lirman tf investiture et donna ainsi le funeste exemple d'un voïvode nommé par la Ports.
Sur l'ordre de Solimau , il se joignit à Radu VII, voïvode de Valacbie, H ai pacha de ISicopolis, Ahmed bey , pow attaquer Etienne Maïlath , souvernev de Transylvanie. Maïlath fut tué m trahison ( 1541 ). En 1548, Martin»
eut à combattre à la fois les Turcs , lai Valaques et les Moldaves ; les Roumaiss furent vaincus comme les Ottomans, et la Porte, imputant sa défaite au voïvode Élie 11, fils de Pierre Rares, le fit comparaître à Constantiuople. Pou conserver le trône, Klie abjura; mas il n'en fut pas moins déposé, et Solimu donna sa place à son frère Etienne VIII. Celui-ci fut assassiné au moment où il allait , dit-on , se faire musulman , et livrer son pays aux Osmanlis (1551).
Ainsi , en moins d'un demi-siècle, le peuple moldave était tombé, du rang de nation indépendante , à la condition de vassal , et déjà son vasselage , d'abord volontaire , s'était presque chance en sujétion. A l'alliance primitive avaient succédé la suzeraineté
nale, puis le protectorat , puis la domination de la Porte. Etienne le Grand n'avait pas attendu ce triste résultat de ses conseils ; il n'avait pas prévu que la race des Bogdanides , éteinte en la personne de son petit-fils , survivrait encore à t 'indépendante de ta Moldavie?
PROVINCES EOTJMÀIKES.
(t^Btidètqqeramâocc dont ■I nota firira i
*pé-
tarif n'avait pat encore signé i a«M Soliman que déjà, pro- * troubles qui désolaient la k. jl était essayé de la démemm Et céder par Jean Zapolja fla Gneuln et de Cisco. Lee è Transylvanie, attachés an ifrtybfen, essayèrent de rem dam places. Os forent batrisuoaig et perdirent tonte IWe (16»). Cette victoire, i ia Jmsna, le siège de Cronstphfi de Kstriça et de son valurent â Pierre le surnom de
„ Zanolya, effrayé de
eaa réclama la restitution de La votvode répondit a? ee co- Ceat tous qui m'aves appelé ka Saxons. Je croyais avoir > droit i votre reconnaissance m reoroehes. Songez que je toi-même tonte la Hongrie de a. • Il renouvela bientôt ses a: mais, en 1688» les boyards,
de Zapolva, se soulevèrent ki; tl prit la fuite et se cacha
forêts de la Transylvanie.
ar les Ssicles, il se laissa surfut enfermé dans la forteresse et y resta quelque temps priaadtsquesoo frère Etienne VII a place en Moldavie.
alors, en attaquant la Transylsrre Rares avait du moins agi , a dire, pour son compte pert dans l'espoir de soumettre vince à sa propre domination, i eut été rétabli sur le trône , ce exprès commandement de son et dans l'intérêt exclusif des ns qu'il marcha contre Etienne
et qu'il dévasta cruellement hrétien. En 1529, il s'était fait r Zapolya quelques portions de 4 an 164a, il menaça de nouuongrois; mais ce ne fut plus i pour s'agrandir à leurs déforma pour les contraindre de
aaltan le tribut promis par M* L'expédition de son fila nuira le cardinal Martinuxzi ordonnée par Soliman;
les Moldaves comptaient désormais dans l'armée turque comme des auxiliaires obligés ; ils formaient Pavant-garde de la Porte contre la Hongrie et la Pologne.
GUBUBI8 BNTBB LÀ MOLDAVIE BT
la PoLoeifB. — La lutte engagée sous Etienne le Grand entre la Pologne et la Moldavie continua sous les successeurs de ce prince. Bogdan reprit la Pocutie (1507), envahit la Russie-Rouge, assiégea Limberg et porta l'incendie dans Bohotin (1509). Deux mille Turcs se joignirent à son armée. Battu et repoussé par le voïvode de Cracovie, Bogdan perdit toutes les places du Prutn et la Pocutie un moment reconquise (1510). En 1527, Pierre Rares refusa l'hommage au roi de Pologne. Trois ans après , sans déclaration de guerre, il se jeta en Pocutie avec un corps de six nulle hommes. Tour à tour vainqueur et vaincu , il revint à la charge, en 1531, avec les renforts que lui fournit Soliman , conformément au traité de 1529; mais une défaite décisive l'obligea de poser les armes ; la paix fut signée le 22 février 1582. Il mourut, en 1546, au moment où il se préparait à renouveler les hostilités. Apres sa mort, Sigismond-Auguste, profitant de l'anarchie où la Moldavie et la Valachie étaient plongées, se déclara suzerain des principautés roumaines, Palatinus terrarum Moldavie et falachiœ a sacra majestate electus et constitufus; mais il recula bientôt devant les prétentions delà Porte : la Roumanie était une proie réservée aux Turcs.
Discordes intérieures sous les
DERNIERS BOGDANIDES. — Les Mûlda-
ves , en courant d'eux-mêmes au-devant de la servitude , avaient trahi la cause de la civilisation chrétienne ; la honte de leur défection et de leur abaissement devant l'étranger fut-elle du moins compensée par le développement de la prospérité intérieure? En Moldavie comme en Valachie , la discorde s'éleva entre les boyards et les voïvodes. Bogdan périt assassiné (1517). Etienne V soulève le peuple par des supplices arbitraires. Une conspiration éclate à Roman ; elle n'est comprimée que pour un temps par l'exécution des principaux conjurés (1524). Etienne VI meurt empoisonné par sa femme (1527) , et les Moldaves
L'UNIVERS
croieutladv avec lui. Plusieurs ambitieux sont près de se disputer le pouvoir, lorsqu une femme du peuple se présente devant l'assemblée de fa nation. Elle déclare que son fils , le pauvre pécheur Pétrilo ou Pierre Rares , est ne de ses amours avec Etienne le Grand, et elle le prouve par un diplôme scellé du sceau de ce prince. « On examine Pétrilo sous la plante des pieds , et le sceau d'Etienne, qui y a laissé son empreinte, dit clairement que Pétrilo est son fils (1). » Aussitôt les boyards le proclament prince, et le peuple l'accepte avec joie comme un des siens (1527). Mais après son traité avec Soliman , après ses revers en Pologne, les nobles le chassent du trône (1538). Etienne VU, créature du sultan, se rend odieux par ses exactions et ses cruautés; les boyards l'assassinent (I540),et nomment pour lui succéder un certain Cornia ou Cornu, naguère valet de l'un des meurtriers. Cette élection n'est point sanctionnée par la Porte.
Pierre Rares revient de Constantinople.
Les boyards, frappés de terreur, croient apaiser sa colère en égorgeant le prince de leur choix et lui envoient la tête de son rival. Mais ce crime ne reste pas impuni; la noblesse l'expie par de nombreux supplices; Rares, aimé du peuple, traite les boyards avec une impitoyablesévérité. Son second fils, Etienne VIII, prince dévot et débauché , porte le déshonneur dans des familles puissantes. « H u'est femme qui ne parle bien de lui, *» dit
dynastie, la noblesse se parts deux factions , et deux prétends rent élus. Lépuchnano vainquit son rival Jolda (le Tisserand), lui per les narines, et l'envoya rooui un cloître. Ainsi l'abolition de l'Ii eut pour premier résultat la gu vile. Les Moldaves étaient haoi considérer le pouvoir suprême le patrimoine des Bogdanides. P pect pour un préjugé fortement et pour légitimer son pouvoir ai de tous ses sujets , Lépuchnano Roxandra , fille de Pierre Rares, d'elle le nom d'Alexandre. Il « de s'assurer en outre la proteeti Turcs en s'unissant aux Valaqw la défense d'Isabelle de Hongrie de la Porte (1556). Quand il accepté par la nation et par l'ét et qu'il pensa n'avoir plus rien à ter, il se montra le digne éa Mirce III. A l'exemple de ce prim était alors le fléau des nobles val il entreprit d'abattre Faristocrai poursuivit avec une sorte de sauvage la lutte déjà engagée | derniers Bogdanides contre les bt « Bientôt, aans toute la Molda ne fut plus que sang , larmes , i désespoir, anathèmes; on ne plus de tous côtés que des raalb errant à l'aventure, sans pouvo jours tendre la main à la pitié que; des hommes étendus sur la les mains et les pieds coupés; d mes , des enfants , sans nez i
PROVINCES BOUMAIMES.
pour répandre m sujets. Les bo «ntdtlasdeoe
et fit Hnboyards
ui
i fret, le latin, T italien, raflela annèrait le peuple a la réhd Basile, assailli dans son «•Ml les insignes de son aui ouvrir ses portes à l'émeute k avec ealme les coups de ses ;fl fat percé de mille poignards
»»'AUXA1U»B« MASSACRE
MU». — Les boyards forent JswJrime par le retour d'A- , Chaque Jour vit de nouvelles lésa aux portes du palais, et etas tombèrent, dévorées par ma, les citadelles féodales. La , décimée, chassée de ses reat obligée de demander grâce :
Mena aux pieds de son bourrts la bourreau refusa de par-
e, au sortir de l'église, les principaux boyards pour un yttlque. Ils s'y rendent tous, faux jeunes gens, Stroïça et iQuise hâtent, au contraire, de Dniester. Le repas était somoa salves d'artillerie mêlées à la militaire enthousiasmaient les ; les vins de Cotnar et d'Odojlaient à flots; la gaieté était le tyran lui-même avait défont, lorsque le jeune Veveriça iil) osa lui porter ce toast :
lémenee,duc des Moldaves! »
$ vœu, si simplement exprimé, Alexandre un sanglant reproour ses convives un arrêt de lexandre y répond en fronçant ils , et Veveriça tombe , en l'aaous le poignard de Vannas, dans les yeux de son maître.
de sa chute : « On m'insulte ,
ri; à moi, mes gardes! » et convives il n'en échappe il, Moçoc, le confident d'Alexan- Dseiller,le ministre de ses cruauie sourit lâchement à son maîilieu de quarante-sept cadavres têtes bondissent et roulent mer de sang.
odant le son des fanfares, le avaient attiré la foule
devant les portes du palais ; 'et elle ae tient là, enviant le sort des soldats qui se gorgeot dans la cour de viande et de vin et regardant , à travers les grilles les flammes de résine qui les éclairent , les fenêtres illuminées de la salle du repas, les ombres qui passent et repassent. Tout tooup, saisie par un vacarme de vases brisés , de tables renversées , de cliquetis d'armes, de cris de détresse et de mort, avide aussi de sa part du festin , elle s'écrie avec fureur : Moçoc ! Moçoc! la tête de Moçoc! « Entends-tu, « Moçoc? dit le voïvode à son ministre; « que faut-il répondre? que faut-il « faire? » — « Mitrailler cette ca- « naille , » répond Moçoc. — « Tout « beau! voroïc, reprend Alexandre; ce « serait dommage pour un seul homme ; « allons , décide-toi ; » et à ses cardes : « Jetez-le au peuple, et dites-lui que le « duc Alexandre en fera toujours autant « de ses spoliateurs. » Moçoc est livré à la multitude et mis en pièces en un instant.
Mort d'Alexandre (1567). — « A quelque temps de là, le voïvode tomba malade pour ne plus se relever. Appelant alors l'archevêque Théophane, les évéques et les boyards : « Pardon pour « moi, leur dit-il, et pitié pour mon « fils! Si je ne meurs pas, je fais vœu « de prendre le froc et d'aller à Slatina « demander à Dieu le pardon du passé.
« Prêtres , lorsque vous verrez la mort » s'approcher de mes yeux, coupez- « moi les cheveux, couvrez-moi du « potcap (l), faites-moi moine » Quelques heures après il était obéi ; ses cheveux étaient coupés; un potcap lui couvrait In tête ; un cierge brûlait à ses pieds ; l'image de la Vierge s'appuyait à son chevet, et sur son corps étaient étendus le cilice et le froc. Il se réveille, et jetant sur lui des yeux hagards : « Que signifie tout cela? » murmure-t-il d'un ton encore brusque et farouche. — Comment te sens-tu, frère Païsie? »
lui dit un des moines qui l'assistent.
A ces mots, il lève la tête, et la laissant retomber : « Ah ! s'écrie-t-il avec un accent de rage qui semble défier la mort, ah! si j'en reviens, moi aussi je ferai des moines ! » Et comme Par-
(c) Toque eu ekrpê grec.
L'UNIVERS
chevéque l'invite à penser à la mort, à ne plus songer qu'il est prince : « Taistoi, fourbe! » lui répond Alexandre en faisant claquer ses dents ; et jetant les yeux sur son épouse : « Quant à cette « chienne, je la couperai en quatre « avec sou fils. Non, je ne suis pas « moine! à moi, mes braves! de l'eau!
« j'ai soif; de l'eau ! » En cet instant Stroiçaîet Spancioc entr'ouvrent la porte; celui-ci tend à la princesse une coupe dans laquelle l'autre verse une poudre u'il tient dans la main, a Du poison! » it Roxandra. « Du poison, * répondent-ils tous deux, * et que ta seigneu- « rie choisisse de ton dis ou de ton « époux. » Accablée, hors d'elle-même par cette fatale alternative , Roxandra plonge ses regards pénétrants dans les yeux de l'archevêque. « Dieu te pardonne! » lui dit Théophane, et la princesse offre en tremblant la coupe au moribond. Il ne veut pas boire , ses dents se serrent ; Roxandra va lâcher la coupe, lorsque Spancioc la lui arrachant des mains, et Stroiça tirant son poignard : « Allez, madame, » disentils à Roxandra ; tandis que l'un desserre avec sa lame les dents du malade, <> Bois, » lui dit l'autre en lui versant le poison, « bois et remercie Stroiça et Spancioc. » Alexandre n'entend plus, ne sent plus Tien; le frisson de la mort court dans toutes ses veines, mais il ouvre une dernière fois les yeux, et reconnaît Spancioc et Stroiça. Il meurt
« La jalousie entre Athènes et démone avait causé leur perte:
avait voulu dominer l'autre, et d rent toutes deux subjuguées. Il de même de la Valachie et la Mol le chef de l'une voulait ooinma l'autre, les Turcs profitèrent de i sensions pour établir et consolid autorité dans les deux principauté Les MoldoValaques ne faisant guerre qu'entre eux, « leurs trôi sont plus pour la Porte qu'un font elle spécule habilement, qu'elle au plus fort et dernier enchéri qu'elle donne et reprend selon f auquel on lui en paye le prix, vend intégralement a plusieurs à pour lequel enfin elle reçoit dei mains , et tout cela sans nonte i remords (2). »
Profitant de la minorité de Bog Alexandre II, voïvode de Val acheta, au prix de quarante mille un firman d'investiture pour se Pierre 11, dont il voulait satisfait bition en la détournant de ses fi
Instruit de ce marché , Jean k ble offrit de son côté au suit somme de. soixante mille ducats tôt même, craignant qu'Ai ex an renchérît, il proposa le double d' coup , et accompagna cette offre ches cadeaux. La Porte accepl sans scrupule. Pourtant Pierre déjà mis en marche à la tête de mille Turcs , et avait envoyé au
PROVINCE ROUMAINES
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ttyoMBf le Turc lui envoya il Ame flèches. Ironie fit Cèle à ceux qui les apportltit prêt à donner ressaut.
Alexandre accourait an se* iftère avec vingt mille Turcs t Jplèees 4e eanon. Pris entre Isa MoMaree capitulèrent, tendre. Ivouia fit jurer sept rcsqull loi serait fait grâce M le hetman des Cosaques erté de se retirer» enfin qa'il ■Me complète; les Turcs Kl , et il se livra entre leurs Bleues heures après ii fut Éianissiiifiw dans la tente du iïadè(1570).
«s Vhrtila ne régna que qua- ■ Yalaehie. De son cêté, le ite, délivré de Jean le Terocore des combats à souteitwbe maître des Moldaves.
la tfflera contre lui un seftant, • maréchal-ferrant de Jour cette raison surnommé Ce Jean Potcovar, appuyé ai, parvint à se maintenir 17. Pour s'en débarrasser, pmaf dit-on, à payer au mut annuel de deux cent le ducats. A ce prix H obtint 1 de la Porte, et gouverna snt la Moldavie tandis qu'en a neveu Mihne II succédait ». Menacé par les Tartares, des secours aux Ottomans ; f de Roumélie, gagné par sonsidérablc, promit de garlncipautés roumaines con- H , à condition que les voïriiraient sur les bords du brteresse de Hussey, sacca- Gosaques (1578). Malgré ment à la Porte, Pierre et ihne furent déposés en 1591 .
utpour successeur Aaron 1er, l'aliéner l'indépendance des «codant qu'Alexandre III Haehie aux exactions de ses es.
rr DÉGRADATION DD PEU-
ru.— Les Principautés n'euen alors à s'envier Tune à i tarent toutes deux en proie
à me égale oppression. « Os «'cet plus dans les deux provinces, a dit un historien dévoué à la cause de la nationalité roumaine, ee n'est plus que spoliations sans bornes, sang verse à plaisir, crime sur crime, misère sur misère, anarchie complète, où de toutes les haines la seule dont lis durée eût été excusable, celle des Turcs, non-seulement s'est éteinte, mais changée en adulations serviles, en prostitution de tout ce
Su'un peuple a de plus sacré, de sa foi, e sa dignité, de son patriotisme. Si la soumission des Serviens et des Bulgares, si l'anéantissement des princes albanais et épirotes avaient été rapides et décisifs , du moins leur chute avait été belle, et la chrétienté, qui s'en était émue , leur avait conservé un souvenir d'estime et d'admiration; mais les tiraillements qui amènent celle des Moldo- Valaques, l'apostasie des uns, la tyrannie des autres , la désunion de tous ont rendu l'Europe si indifférente à des misères au-devant desquelles ils courent d'eux-mêmes, qu'elle ne fait rien pour les arrêter, semble même ne pas se douter que ce sont là des chrétiens qui tombent et ferme l'oreille au bruit prolongé de leurs plaintes. Ainsi abandonnés de leurs voisins et victimes de l'ambition de leurs ducs, les Moldo- Valaques, après s'être ruinés pour aider les voïvodes dans leurs lâches intrigues, dans leurs rivalités perfides, dans leurs vengeances abominables , n'ayant plus d'or à leur donner pour paver le trône, plus d'armes pour le défendre , vendent aux riches leur temps et leur peine, s'attachent d'eux-mêmes à la glèbe et consument leur vie dans la souffrance et le travail, travail stérile qui ne profite pas même à leurs maîtres. • Les Roumains, à la fin du seizième siècle, en viennent à regretter les tyrannies de Vlad le Diable et d'Alexandre Lépusnano.