DACES
Tandis que les Germains s'agitaient menaçants dans le Nord , les Daces s'efforçaient de rétablir leur puissance : un de leurs rois, Bérébistès, aidé de l'expérience du philosophe égyptien Dicénseus, étendit sa domination des rivages de l'Euxin jusqu'à la Bavière. Auguste confia à Statilius Scaurus le soin d'arrêter la marche conquérante de ce prince. Vaincu sans être découragé, Bérébistès mit à la paix des conditions telles qu'Octave dut les repousser. Ce Dace venait de se déclarer pour Antoine lorsqu'il fut tué par les siens. Après sa mort, plusieurs chefs se partagèrent la Dacie. Rhodus , un d'eux, se laissa ga-
§ner parCrassus,qui, après s'être emparé e quelques forts , retourna en Thrace.
Ce succès, dû à la trahison de transfuges grecs, mit en relief le courage des Daces ; ils s'entre- tuèrent plutôt que de se rendre. Le reste de leurs guerriers parvint à se réfugier dans les montagnes; Cotyson, leur chef, fonda la ville de Cotyn ou Choczin , où dix- sept siècles plus tard Sobieski battit les Turcs.
Crassus défit Cotyson, qui périt dans la mêlée ; mais quelques années plus tard les Romains furent obligés de se retirer. Tibère, envoyé par Auguste , remporta sur les Daces quelques avantages. Filius Caton les attaqua avec des forces considérables ; mais, défait en bataille rangée, il ne dut son salut qu'à une retraite précipitée.
Au temps de Donatien , les Daces reparaissent comme ennemis de l'empire: ils triomphent d'Appius Sabinus, qui périt dans le combat. La lutte allait s'engager plus terrible , lorsque Duras, leur chef, céda le pouvoir à Décébale.
Ce dernier joignait la prudence ;i une grande valeur; il réussit à réunir sous un seul drapeau ses compatriotes.
LUNIVERS.
qui obéissaient à plusieurs princes ; et représentant aux Parthes et aux Sarmates que le même péril les menaçait, il con • tracta avec eux une alliance qui doublait ses forces contre les Romains. Ainsi préparé, il marcha contre Fuscus, chef de la garde prétorienne.
Depuis-Auguste, la politique de rempire tendait à conserver plutôt qu'à faire de nouvelles conquêtes. Décébale offrit la paix ; mais il exigeait qu'on lui payât, à titre de tribut , deux oboles pour chaque Romain. Accepter une proposition si nouvelle, c'eût été reconnaître sou infériorité ou son impuissance.
Fuscus précipita sa marche pour venger la majesté de l'empire et l'orgueil blessé de son maître; mais ce général perdit la bataille avec la vie. Julien, qui le remplaça, répara cet échec, et remporta une victoire signalée près de Talpa en Valachie.
Domitien, vaincu par les Marcomans, n'en fut pas moins forcé de payer un tribut au roi des Daces, ce qui fit dire à Tacite , à l'occasion du triomphe de cet empereur, qu'il était plus facile de triompher que de vaincre.
L'habileté de Décébale avait relevé la Dacie, le génie de Trajan ruina cette prospérité naissante. Le roi fut réduit a demander lui-même la paix. L'empereur, qui savait vaincre et profiter de ses avantages, poursuivit l'ennemi sans lui LiisstT le temps de réparer ses pertes» et lT lu ver seul suspendit les hostilités.
et les proscrits dont les dissensi l'empire avaient multiplié le nom
La capitale delà Dacie, Tsarnr thuse , tut occupée militairement affaiblir Décébale dans le foyer puissance et au centre de ses resso
Sans ddhner aux étymologie importance dont on a souvent a nous dirons en passaut que, le n< cette ville semble indiquer une c orientale. En effet, k syllabe sar les Slaves ont fait tsar, se retroui quemment dans les noms appelhH Médes et des Assyriens, comm mana sar, Nabuchodono sor, Th phala«ar, Nabopola 5<?r, etc. Les R selon Karamzin, emploient ce mo le sens oriental, etnullementdansr.
tion de César, dénomination bea plus récente et empruntée à un u famille. Ainsi, Tsarmizégéthusa si rait capitale des Wœsiens et des
Décébale ne regardait cette pa comme une trêve : il lève une non ve mée, attaque les lasyges , alliés d< mains, détruit les forts du Dam massacre les garnisons que Trajan placées pour tenir le pays en n L'empereur accourt , accompagna drien/et campe sur la rive dro fleuve , où il fait hiverner ses tr De là il surveille les alliés douta les mouvements de l'ennemi ; roi que la saison le permet, il fait sur W Danube ee pont magniiiqu ÀpoHodore. de Damas fut Tarcli
b l'architecte avait fait son plan prévision des crues extraordi- D'un antre côté , depuis plus de ; siècles, il est peu probable nue in fleuve comme le Danube n ait ié. La seconde objection , tirée nature des matériaux, offre un n plus plausible, prise de possession du Danube Romains alarma Décébale; il la ses propositions de paix, sollicitant le secours des peuples i mais la crainte qu'inspirait le i Trajan les retenait. Alors , en !me du pont, il construit une s fortifiée, résolu de s'y défendre la dernière extrémité. Les Rolétruisirent cet ouvrage et firent ui carnage des Daces. Désespé- » vaincre autrement que par un Décébale forma le projet de son adversaire au milieu de ses tes ; mais le complot ayant été srt, Trajan attaqua Tsarmizégé- LArsgue l'armée fut arrivée det capitale des Daces , le premier le nui l'offrit à ses regards fut i d un officier romain suspendu milles. Les légions, indignées, ent aussitôt l'assaut , et la ville mrtée. Les autres places eurent o sort; ceux qui ne craignaient nt que la servitude se tuèrent; res se rendirent ou s'enfuirent s montagnes. Quant à Décébale, : bien nuril était destiné à orner npbe du vainqueur, il se donna t. Un des siens indiqua à Trajan où il avait caché ses trésors ; et •eur y fit élever un temple dédié er Inventor. LaDacie, réduite ince romaine, fut divisée enDacie ié , transalpine et Méditerranée.
oie romaine qui, des Portes- , menait jusqu'en Bessarabie, rentes ces contrées à l'empire, releva la capitale des Daces, qui nom d'Ulpia Trajana ; on attrie prince la fondation d*lassi (mutin lassiorum ) et celle de pluautres villes.
cupation de la vallée du Danube ur Rome d'une haute importance :
lîté, elle couvrait l'Illyrie et le m, et de l'autre la Thrace. La
guerre des Daces ouvrit une ère de rapports plus fréquents entre l'empire et 1 Orient; mais Rome devait rester la capitale du monde aussi longtemps que régnerait ridée païenne; ce fut seulement lorsque le christianisme eut triom- 8 hé que les avantages de la situation de iyzance, maltresse du Bosphore,, ouvrant ou fermant à son gré les communications maritimes entre l'Europe et l'Asie, décidèrent Constantin à y établir le siège de l'empire.
Déjà le commerce romain avait établi des relations avec les villes grecques parsemées sur le littoral du Pont-Euxin ; Une d'elles, Tomi, doit sa célébrité à l'exil d'Ovide. Elle s'élevait sur la côte occidentale de la mer Noire, entre Straton et Istropoiis , dans l'ancienne Mecsie. Si les ennuis de l'exil n'ont pas donné à la description qu'en a laissée le poète des couleurs trop sombres , il dut y expier cruellement son imprudence ou sa faute :
Naaonlsque toi quod adbuc non cxsulat onum
Nomen ama : Scythlcua cetera Pontus liabet. Proilua tlderlbus tellus Krymantldos. Urwe
Me tenet adstrtcto terra perntta gela.
Bosporos et Tanals supeniit.Scytnucqiiepaludea
Vuque salis noll noraina pane» locl.
OIterlua nlhll est niai non habltablie Marna >
Heu ! qoan vietna eat ulUma terra mUil !
Ce que dit Ovide de la sévérité du climat peut s'expliquer par un fait physique inconstestable : à mesure que I l'on avance vers Test , le froid , sous la même latitude, devient plus intense.
Dans une autre élégie, le poète nous donne l'étymologie grecque du mot Tomi : Médée, pour se soustraire au ressentiment de son père , coupe en morceaux le corps de son frère , et expose ces restes sanglants sur le rivage où va débarquer le vieillard:
Sed veto» huic nomen , posttaque anUquit» orbe
Constat ab Absyrll caede fuisse loco.
Inde Tomi dlctns locus hic ; quia fertur In lUo
Meubra soror fratrls consecutue sul.
Les vers suivants donnent une idée des mœurs incultes du pays :
Non liber hic allus, non qui mlhl coromodet aurem Verbaqae slgnlflcant qnM mea nont adeaL
Omnia barbarie loca su nt, voclsque ferln* , Omnfa sunt Gctlcl plena timoré soni.
Ipse mlhl ? Idror lara dedidlciss* latine : Jaiu dldlcl Getlcc Sarmatlceque loquf.
De Tomi, Ovide fut transporté à Akerman en Bessarabie. Un autre poète, Pouchkin , exilé comme lui dans la Tau-
L'UH1V£RS.
ride , rapporte, dans un de ses poëmet (les Bohémiens), que les paysans ont conservé la tradition du séjour d'Ovide dans ces contrées. Ils racontent encore de nos jours qu'un homme, dont les paroles avait la douceur du miel mourut dans les environs de Bielograd en recommandant de transporter ses restes dans la terre natale. Kogalnitchan, dans son Histoire de la Valachie et de la Moldavie, confirme ces détails.
Ainsi, au milieu de tant de révolutions et après dix-neuf siècles , des hommes simples, qui ignorent sans doute jusqu'au nom d'Auguste et de tous les conquérants qui ont ravagé le monde • n'ont pas cessé de rendre au génie ce témoignage naïf d'admiration et de pitié.
Adrien, qui avait succédé à Trajan, jugea que l'empire, en prenant une extension si considérable, ne pourrait résister sur tous les points aux barbares. Peut-être trouvait-il plus facile de détruire l'œuvre de son oncle que de l'imiter. Quoi qu'il en soit, il ut démolir le pont de l'Ister, et il aurait renoncé à la Dacie si on ne lui eût représenté que cet abandon livrerait les colons romains à la merci des barbares. Cet empereur repoussa vigoureusement quelques excursions des Sarmates, mêlés aux Daces sortis de leurs montagnes. Sous le règne d'Antonin, plusieurs peuplades viurent s'établir dans la Dacie ; et c'est à ce mélange de races qu'on attribue le grand nombre d e voea b I es et r a nge rs q u i s' i u-
vait tout oser, trahit Alexan bienfaiteur, brigua et obtint qu'en sauglautèrent ses cruauté cet empereur qui persécuta si ment les chrétiens, était né en F U avait gouverné la Moesie, el dans cette province en combatta les Gotbs, qui exigèrent un t Tribonianus Gallus, son su Valérien avait lutté avec bonhe ce même peuple, mais les San échappèrent. Alors il marcha < Perses. Fait prisonnier par !• écorché pour que sa peau servi phée au vainqueur, il eut uoui seur Régillus , Dace d'ongin l'insouciant Gallien, les tyran* cèdent ou plutôt se renversent de rapidité que leurs noms ne m qu'avec peine dans la mémoin dit que la confusion des frontu gagné jusqu'au trône. Les moni Fantiuue civilisation s'écroula les efforts des barbares. Les G naient Delphes, qui avait surv< dévastations. Toutes les cou<] Trajan dans la Daciefurent per< l'empire. Un Ulyrien, Claude 11 la fortune chancelante de Aon truisitune armée innombrable!
anéantit leur flotte; mais se furent aussi éphémères que ; une épidémie remporta après de règne. A l'illyrien Claude Aurélien , né en Pannonie. Soi et sa vigueur extraordinaires h
i, et leur persuada de sauver Kar Je meurtre de son maître, oslure ne fut découverte que : avait porté ses fruits ; le traté aux bétes(l).
propagea dans la Mœsie et la la culture de la vigne, oui ■oore de nos jours en Vala- Hongrie; de toutes les cônes de l'industrie sont les plus t les plus faciles. 11 employa i à reconstruire un grand villes détruites par la guerre des canaux ; mais il eut l'imf annoncer que bientôt il esoir sa passer de l'armée. De* Ses ne convenaieut point à la des camps ; elles lui coutè-
r, chassa les Saris Thrace, et assura par cette tranquillité de l'Ulyrie.
longtemps l'unité de l'ein* t plus qu'un mot : Dioctétien fil valait mieux partager le eut que de le voir péricliter KHivcdr unique. Né en Dale famille obscure, il eut foi liction qui lui promettait le dans cette confiance, il ne en de ce qui pouvait l'y faire Avant de partir pour l'Oissocia Maximien, homme ins brave et d'une résolution Deux généraux, Galérius et Chlore, furent nommés Céce partage , les provinces de Mirent à Galère, et la Thrace n. Deux légions illyrienues, et les Heracléens, ainsi appelai qu'avaient pris les deux , furent spécialement chari garde de Home. Dioctétien arche conquérante des Goths ant une ligne de camps for- »ng du Danube; maître des il refoula l'ennemi dans la L> prince joignit au mérite de ' celui d'une abdication sinéa Saloue, aujourd'hui Spariaisait à cultiver de ses mains
k4|tir*tion de Fabien, dont I'juI l'r , réussit par les mêmes moyens ; «pirateur rutsc fut plus heureux Motelliée.
des plantes potagères : « Si tu voyais mes belles laitues de Salone, écrivait-il à Maximien, tu ne me conseillerais pas de reprendre le fardeau de l'empire. »