‹ Provinces danubiennes et roumainesChapitre 92 sur 218 · POPULATION DU MONTENEGRO · texte numérisé non relu

POPULATION DU MONTENEGRO

de Gétlnié, élevait ce mille habitants.

D'après les données du o racsay , à qui Ton doit une cari du Monténégro, les huit d nahia renfermaient : oelu tunska 28,000 habitants; la Czernitska avec Cet i nié, la 13,000; la Rietschka 12,004 sanska 6,000 ; Biéloparlicko 1 péri, 9,000, Novatska-Morat et Kutchi 12,000; en tou 107,000 habitants, répartis familles. Les sept JBraa ou i confédérées avec le Monténé blent à peu près cette popul peut armer vingt mille comt

La carte que nous venons marque fidèlement les limifc de 1 Autriche ; mais elle a c exacte, quant au tracé des depuis les dernières guerres a quie, qui a perdu d'une part <

gagné de l'autre. Ainsi lecercl ovo a été récemment enlevé S ovine , à l'époque de la révo itants contre le pacha de M Vladika a construit un fort si de Humatz. Mais, en même Monténégrins ont perdu au i trict de la Czernitza après qu se fut emparé de 111e de Les tuée sur le lac de Scutari.

Dans le district oriental d où la population est un mélan tiens et de Turcs , et ou par < il v a moins de contestatio

qu'ai joug de la eon-

m reviendrons pas sur oe qui ur les époques qui ont précédé lième siècle et où cette partie ie9 après avoir appartenu aux iOerident et d'Orient, n'éa joug des barbares que pour fiiantce par les Vénitiens, les etks furcs.C'est surtout depuis deKossovo (1889) que le pays refuge aux vaincus et aux exie sa résistance Ta rendu céièit les expéditions d'Amurst, c'est-à-dire le bord occidental Seutari, et les rives de la Moikut soumis au prinoe Georges avait épousé une fille du krale Laiare, le même qui tomba à s de Kossovo. Balsa n'assista débite parce que Milosch Obipoignardant le sultan , avança combat , lequel se livra avant e ce prince, qui s'avançait au t son beau-père, raie pour fils Strascirair, surernof ou le Noir, dont le règne q de remarquable. Son fils i^ernoiévitch , contemporain •beg, envoya au héros albanais le troupes auxiliaires , sous le ment de son frère Boiidar; éritahle guerre de l'indépenlate que du règne suivant, avait laissé trois fils, Ivan, André, surnommé le Brave, était l'aîné , succéda à son défendit courageusement le •o lorsque les Turcs, qui plus devant eux Scauderbeg, iqnis la Bosnie et l'Hertzégo- >ndant, trop faible pour souseul une lutte si inégale, il du secours aux Vénitiens , occupés des intérêts de leur que d'arrêter les progrès des Dans cette extrémité, Ivan ra ni de son peuple ni de luidétruisit le château de Jalence de ses ancêtres, et que i sur une fie, dans le lac de endait d'une défense diffiil se retira au milieu de ses . Au bord du torrent, alors ai , et depuis Czernoïévitchest-à-dire rivière du fils de

Csernoï), il bâtit un fort, et plus loin, à l'ouest, il éleva une église et un couvent sur la plaine de Cétinié. Ainsi l'histoire de la résistance des Monténégrins commence par un généreux sacrifice et par la manifestation de leur persévérance religieuse.

Au milieu de ces soins, Ivan ne négligea point d'encourager les montagnards , de fortifier les passages et de suppléer au nombre par l'avantage des positions. La honte de céder aux infidèles et l'exemple du chef excitèrent au plus haut degré le courage du peuple. On publia que celui qui abandonnerait son poste serait revêtu d'habits de femme, et qu'armé d'un rouet et d'une quenouille il serait exclu de la société des hommes. Soit que ces déterminations eussent intimidé les Turcs, soit que d'autres soins les appelassent ailleurs, ils n'inquiétèrent point Eour cette fois les Monténégrins. Les mites de ces derniers, au temps d'Ivan Czernoïévitch , s'étendaient depuis le rivage de l'Adriatique jusqu'au Lim Vert, et comprenaient probablement Plava et Bélopolié, occupés aujourd'hui par des Albanais. Quelques communes de la république de Cataro, qui s'était réunie à celle de Venise, telles que Braichi , Maïné et Pobori , mettaient les Monténégrins en communication avec la mer; et il paraft même que les fertiles vallées de Joupa et de Canale ( Gerdali et Konavli ) reconnaissaient l'autorité d'Ivan.

Le pouvoir de ce prince s'appuyait sur des alliances considérables : Marie, fille d'André , son frère , épousa Radoul ou Rodolphe , qui régna en Valachie de 1462 à 1476; et Angélique, sœur de Marie, donna sa main au

5 rince serbe Stephan Brankovitch, fils u despote Georges Ier. Cette dernière est honorée comme uue sainte en Servie et en Hongrie. Elle fut la mère du despote Jean et de l'archevêque Maxime.

Le souvenir du règne d'Ivan est resté cher aux Monténégrins, et les chants populaires le célèbrent. On montre sur fa montagne de Lovsclien une source où il a abreuvé son cheval, et que les habitants appellent Ivaubegova Korita ( Auge du Dey Ivan ), et un peu plus loin on visite avec uu respect religieux

IGO

L'UNIVERS

les raines d'une de ses résidences. La dotation qu'il fit au couvent de Cétinié porte encore son nom.

Les chants serbes ne lui donnent qu'un fils Maxim : nous traduisons du slave ce récit qui retrace naïvement les mœurs serviennes :

Mariage de Maxim Czernolévitch.

(Jénitba Maxima Czrnolévitcha.)

Ivan Gzernoïévitch a quitté sa demeure , et il vogue la sur mer bleuâtre , chargé de trésors ; car il va demander au doge de Venise la main de sa fille pour Maxim, son fils. Le doge reçoit ses avances avec orgueil ; mais Ivan, ferme dans sa résolution , reste à la cour du prince latin dorant trois longues années. Lorsque le roi a épuisé tous ses trésors, le doge lui accorde la jeune vierge, et reçoit de lui l'anneau des fiançailles.

Ils réglèrent la cérémonie des noces; il fut convenu que le héros servien retournerait dans sa terre natale, et que l'année suivante, après avoir recueilli les fruits de ses vignobles et de ses champs, il reviendrait chercher la fiancée, accompagné d'un nombreux cortège. Alors Ivan quitte Venise : cent Latins, le doge et ses deux fils à leur tête, reconduisent le héros. Tout lui avait réussi à souhait; mais une idée funeste lui vint à l'esprit, et, quoique sage , une parole insensée lui échappa.

« Ami , dit-il au doge , tu me reverras avec mille guerriers ; car les convives qui me suivront atteindront, s'ils ne dépassent, ce nombre. Quand je desceu-

L'escorte accompagne Ivan ju mer ; là il s'embarque et aborc reusement sur le rivage oriental qu'il fut sur le territoire de Jab aperçut de loin sa blanche demei tour s'élève sur une hauteur ei de sveltes balcons, et ses vitra*

5 tendissent. Alors le cœur d'il 'impatience ; il presse les liai jdral , son coursier rapide, et il violemment le mors d'acier <j nimal s'emporte, et s'élance à désordonnés dans l'espace. Pi d'abord dans sa demeure ne sou le retour du héros ; enfin, debc fenêtre de la tour, sa fidèle épo perçoit, et bientôt elle a recom seigneur et sa monture , le jdn descend en hâte , et sa voix re les serviteurs et les femmes ac< à sa voix. « Vite ! dit-elle aux une pour aller recevoir votre mati vous , poursuit-elle en s'adressa femmes, que la propreté et Toi gnent partout ! Maxim', mon fili de la forteresse, cours au-dev ton père, mon seigneur; ses annoncent la satisfaction et 1 sans doute il a obtenu pour toi du doge.

Mais déjà Ivan est sur le préa serviteurs l'entourent ; son épou vre de baisers ses mains et les de son manteau; elle détach même ses armes brillantes , les contre son sein, et les transport le haut vestiaire, tandis que le

morne «I pensif : il te ce qu'il a dit au doge de la » son fils. Ses sombres souripprochent, ses moustaches odent en désordre jusque sur es; assis et immobile, il atta- Eeprds à la terre. Inquiète, du héros relève ses longues et les bords flottants de sa baise les mains et les genoux uraux père. « O mon seigneur époux 1 lui dit-elle , pourquoi rds si sombres? T'aurait-on fiancée, ou peut-être ne te conpas, et tu regrettes l'or que t'a rojage ?» — « Éloigne-toi 1 rein, et puisse le ciel te confondes, ma demande a été agréée, ge latine est selon mes vœux, orrait toutes les régions de la s Ton ne trouverait pas une parfaite ni pour le port et la pour l'éclat des yeux et la m traits; elle ne le cède pas la Vila de la forêt. Quant à ira, pourquoi les regretteraistour en renferme tant qu'à iperooit-on qu'une faible pori été distraite. Mon cbagnn a a cause : j'ai promis au doge e de lui amener mille guerr célébrer les noces, et j'ai [ue mon fils Maxim les surm beauté; certes si quel- » le distingue entre tous, c'est . Que diront les Latins lorsque aèneraiun tel fiancé?

se reprit d'un ton grave :

ir, c'est Dieu qui t'a châtié; t'a poussé à entreprendre au mers un voyage de quarante qui t'a retenu trois années a demeure. Ce n'est pas sans le tu devais obtenir la fianndant tu pouvais trouver dans à Antivan ou Dulcigno, à Bié- , dans le Monténégro , dans la aontagneuse de Kutsch ou de tz, dans Podgoritza aux deégantes, ou enfin dans ta pro- ?ncet dans Jabliak ou son terne épouse convenable pour ton assurer ainsi une alliance ho- Cest l'orgueil qui t'a poussé au ners.

reproches , Ivan s'emporte ,

ftoriNCES Danubiennes.)

semblable à une flamme dévorante : « Silence sur ce départ ! sur la fiancée ! pas une félidtation ! Si quelqu'un ose m'en parler, Je lui arrache les yeux de la tête ! » La menace du héros vole de bouche en bouche ; depuis les plus humbles jusqu'au boyards serviens, nul ne se hasarde à aborder ce sujet ; nul ne vient complimenter Ivan sur son retour. Une année s'écoule; une seconde lui succède , jusqu'à ce que le cercle des saisons se soit renouvelé neuf fois. La dixième année s'ouvrait lorsqu'un navire aborde à la côte; il apportait un message du doge, de cette famille dont les liens ont vieilli avant de se former! La missive tombe sur les genoux d'Ivan ; elle était ainsi conçue : « Ami Ivan Czernoïévitch ! quand tu clos de haies une prairie, c'est pour la faucher toimême ou la céder à un autre, afin que les frimas n'en flétrissent point les fleurs : quand tu fais la demande d'une belle tille, tu viens chercher la fiancée, ou tu renonces à l'union projetée. Ivan, tu m'as demandé ma fille, et tu l'as obtenue de ma confiance ; nous avons réglé les conditions et les apprêts des noces; tu avais promis

Sue l'année suivante, après la récolte e tes champs et de tes vignobles, tu reviendrais la prendre avec mille guerriers ; mais neuf années se sont écoulées, et il n'est question ni de toi ni de tes convives : hâte-toi d'écrire à ma fille bien-aimée, à celle que tu as nommée ta bru , pour qu'elle puisse dégager sa foi et choisir un noble époux parmi ses égaux ; c'est le conseil que je te donne à toi-même. »

Après la lecture de ce message , Ivan resta quelque temps en proie à une incertitude douloureuse ; personne n'était près de lui, pas un ami sage auquel il pût se confier dans sa perplexité. Il jette un regard plein de trouoie sur sa compagne et lui dit : « Chère épouse! J'ai besoin de tes conseils; dois-je écrire à la jeune fille pour dégager ma parole ? PensesUu qu'il soit convenable de le faire? « Et sa compagne lui répondit : « Depuis quand le mari consulte-t-il l'épouse? Pourquoi précisément aujourd'hui serais-je capable de donner un avis sage? Les femmes, dit-on, ont la chevelure lon-

L'UNIVERS

gue et le jugement court : cependant , Ivan Czernoïévitch , je te dirai ce que j'en pense : certes ce serait pécher devant Dieu, et encourir le blâme des hommes que de flétrir l'existence de cette jeune fille et de la tenir à jamais confinée dans la demeure paternelle :

écoute-moi donc, et ne te laisse pas maîtriser par l'inquiétude; ceux que la maladie a défigurés en sont-ils moins nobles et moins braves ? Sois sûr que les Latins ne feront pas un sujet de

Îuerelle d'un accident involontaire, lui donc se crée à plaisir des périls et des soucis? Seigneur! tu crains Venise , et tes tours sont pleines de richesses ; un vin généreux remplit tes caves ; tes greniers regorgent de grains ; voilà de quoi traiter bien des convives. Tu n'as parlé que de mille guerriers ; double ce nombre , choisis les hommes et les coursiers. Quand ils te verront entouré d'une telle escorte, crois-moi, les Latins rejetteront toute idée de lutte; assemble donc ces troupes brillantes et

Sars sans crainte pour aller chercher la ancée. »

Une joyeuse et bruyante exclamation fut la réponse d'Ivan. 11 se hâte de tracer ce message qu'un Tartare va porter au doge de Venise : « Mon cher doge, sois attentif jour et nuit; car mon départ est prochain : trente pièces d'artillerie tonneront pour te l'annoncer, et parmi ces pièces Kernia et Zelenka se feront entendre, et leur voix fera retentir ta voûte du ciel.

destiné au neveu d'Ivan, la lovan; la lettre portait x Fils soeur, capitan lovan 1 je fin?

solennité des noces; tu cond belle Vénitienne en qualité de ne perds pas un instant; assen suite de cinq cents guerriers, < rochers de Czernogora et dan* pavlitz; que ce nombre soil dépassé s'il est possible pour fa neur à tous deux, et rends-toi ai escorte près de Jabliak , dans 1 spacieuse.

La troisième lettre s'achem les régions montueuses de Ki de Bratonojitz pour être rer voïvode Ilia Likovitsch, qui lu suit : « Ilia ! noble chef de la l ttrdo ! Je t'ai nommé comme aux noces de Maxim ; emmène tes braves montagnards, et r dans la plaine de Jabliak.

A Militz Scheremétovitch adressa la lettre suivante : « réunis tes guerriers; appelle < Drekolovitz, tous les Vassoï que toute la jeunesse, jusqu'à Lim, se joigne à ton cortège. »

Le cinquième message , Ivan I vers Podgoritza , où dominèrent cétres ; il l'adressa à George Ki chitch, guerrier de sa famille : « i noble faucon! lui écrivait-il, h t'attendent ; Podgontzains, me mes frères! armez diligemmei mes et coursiers. Que sur les © brillent des selles turques it

effacent Latins et Sentais. Les ont eane doote leurs avantagée :

rent ciseler l'argent; ils donnent er et à l'or des formes merveil- , et Ils sont sans rivaux dans m tisser la soie et l'écarlate ; mais peuvent , comme nos Podgoritse vanter d'avoir parmi leurs suerait de Jeunes gens an regard fier i démarche noble et imposante. »

s de Jabliak et des environs furent t sans missive.

m pourrait, sans en avoir été témoin irer avec quel empressement , des de la mer aux rivages de la Lim , les héros s'arment pour rés dignement à l'appel divan, ieillards, les laboureurs délient ureeux du joug, et viennent

I le cortège dans les plaines de c; les pâtres oublient leurs aux , tons veulent assister à la jté des noces. La foule couvre 'espace qui s'étend de Jabliak iux eaux de la Cétinia. Les coure touchent, le guerrier s'avance a guerrier; les lances, semblanue forêt, agitent dans les airs inderolles qui se balancent ; une mer de nuages ; partout sse des tentes où viennent se refes guerriers.

our se passe; la nuit le remplace; peine 1 aube a-t-elle annoncé l'aud'un des chefs serviens se lève; >van le capitan; sa naissance est , et nul dans son district ne résagesse. Dans cette solennité des van lui a confié les fonctions de

II quitte la plaine où sommeille fa foule pressée, et s'avance vers •resse et les remparts. Il est seul, •ux serviteurs le suivent de loin.

ne leur adresse pas une parole.

nt se sillonne de rides soucieuses ; ustaches descendent négligées sur ules. Il examine tour a tour les ta et les batteries, puis il cherche ard ses domaines et tourne les en les terres du sultan, pour les *r avec inquiétude sur le vaste esu est dressé le camp. Cest qu'en faisait naître des idées sérieuses , t de ces tentes, de ces coursiers, héros, de cette forêt de lances, de ières qui flottaient comme des nua-

ges depuis Jabliak jusqu'aux eaux de la Cétinia.

Tandis qu'à cette heure matinale il parcourt ainsi les remparts, Ivan l'aperçoit, et s'inquiète de sa présence; il s'avance à sa rencontre et le saluant : « Bonjour, capitan lovan, et quel motif te tient éveillé a cette heure? Pourquoi quitter sitôt et la tente et la compagnie de tes nobles convives ? Et d'abord d'où te vient cet air soucieux ? car ton visage est sombre et triste... Parle, c'est ton oncle ^ui t'en prie. » lovan le capitan répondit : « Oncle Ivan, pourquoi m'interroger?

Cest en vain que je te donnerais uu conseil ; cependant écoute : ouvre tes celliers, et prodigue tes vins généreux à ces convives qui couvrent la plaine; fois ensuite proclamer par un héraut que le mariage est rompu, et que chacun ait à retourner dans ses foyers. Quoi qu'il t'en coûte, oncle Ivan, renonce a cette alliance. Vois, notre terre est dépeuplée ; tous les nôtres ont voulu grossir le cortège; et nos frontières sont sans défense contre le Turc, dont nous ne sommes séparés que par le lac bleuâtre ! Est-ce donc la première fois que des filles ont été demandées en mariage, qu'on a fiancé de nobles jeunes hommes, et qu'on a célébré des noces splendides? Etait-il indispensable, pour former un cortège, d'appeler ici tout ce peuple? Faudra-t-il que nos frères entreprennent un voyage de quarante journées, au delà des mers, et qu'ils laissent leurs os chez l'étranger, dans un pays où personne ne professe notre foi , où nul de nous ne peut compter sur un ami, chez ces Latins avides peut-être de notre sang? Et quand cette jeunesse t'aura suivi au delà des mers, qui peut répondre que parmi tant de héros prompts à frapper il ne s'élèvera pas de querelle ? J'appréhende que ces noces ne nous soient funestes. Oncle Ivan, écoute ce qui me préoccupe : hier au soir je m'étais étendu sous ma tente pour dormir; mes serviteurs déployèrent sous moi ma pelisse, m'enveloppèrent d'un ample manteau , et garantirent soigneusement ma tête contre l'humidité de la nuit.

Mais à peine avais-je fermé les yeux que je fus agité par un songe pénible. Je voyais le ciel se couvrir de noires nuées dont le vol rapide venait s'ar-

réter sur Jabliak ; oui , oncle Ivan, sur ta haute demeure; le tonnerre roule et frappe Jabliak, ta noble résidence, oncle Ivan Czernoïévitch ! et elle brûle jusque dans ses fondements. De ce côté, où s'élèvent les murailles blanches de ta maison de plaisance, la foudre tombe sur ton fils Maxim : le coup ne lui fit aucune blessure; mais ceux qui l'entouraient furent atteints mortellement. Je n'ose te donner ce songe comme un présage, quoique Ton prétende qu'il ne faut pas négliger leurs avertissements. Quant à moi, oncle Ivan, ou je périrai , ou je recevrai de graves blessures. S'il m'arrive malheur, que Dieu te le pardonne ! Tu le sais, les fils du Monténégro sont d'une race sauvage, et ils n'abandonnent jamais leur chef. Cinq cents de ces braves suivent ma bannière : où je crierai Péril! ils crieront Péril ! où je succomberai ils succomberont ! Oncle Ivan , laisse-toi fléchir! je baise ta main vénérable. Congédie tous ces guerriers; renonce à cette alliance , à la fiancée latine, que puisse confondre la colère de Dieu !

Quand ces dernières paroles eurent frappé son oreille, Ivan s'emporta comme une flamme impétueuse : «Tuas fait là un mauvais rêve, dit-il au fils de sa sœur : c'est à Dieu de décider, entre toi et moi, celui qu'il concerne. Mais si tu as eu ce songe, pourquoi m'en parler à cette heure et quand tous s'apprêtent au départ? Capitan lovan! les songes trompent, Dieu seul est vérité. Tu auras mal

des couleuvrinee Zelenka et sans égales dans le pays ni dan royaumes des chrétiens, et qu' même le sultan des Grecs. I vieillard de ne pas ménager I de ces armes puissantes , dût cas ébranler les voûtes du c aussi publier dans le camp que res ne doivent pas tenir leurs < trop près de la mer ni des ea froide Cétinia ; le bruit pourri frayer ; et, s'ils se jetaient dans l nos frères non préparés seraie être saisis de la fièvre. Fais-le* aussi qu'on va tirer les deux couli Hâte-toi, ô mon digne neveu! <i ordres aux hérauts, et qu'ils les à haute voix : il est temps que s'arment pour le départ.

Il dit , et le capitan lovan ex ordres. Il appelle le vieux Nédi lui-ci charge les trente canons ; la charge de Kernia et de Zel»

les pointe vers les nuages. Un rible jaillit de leurs flancs.

A ce bruit comparable à celui tonnerres les monts et les plai saillirent; les flots de laCétinû blèrent, les genoux des coursie rent et plus d'un guerrier alla le sol.

A la voix des hérauts, au soi t rumen ts de guerre, les cor mettent en marche, et presseï sèment leurs coursiers. Les succèdent , et rien ne vient

R0V1NGES DANUBIENNES.

tas

fc foae haute et noble stature,

feem à voir sll n'était cruell* hvé! A la gauche d'Ivan t'aiwusm uorenipegovuen , moine esjsfcfajue ataan. Ivan considère ■ les deux jeunes gens, et s'aft «m qui rantourent : « Ecou-

tas cbefi, ce goc j'ai è vous lajwr : Hou allons trafeiaar la l nous portera loin de nos de»

à sa fiancée

sson nu chéri, qui sortes i la» ai la maladie u'sdt dé»

«noté. La chagrin Pa tellement no sa laideur s'en est mémo Quand Je rai fiancé, j'ai anaje parmi tons les convives, et latins, il ne sotron?erait sol guerrier dont la beauté ne éo par la sienne : joges de foi souffert on le retrouvant ■ses à l'humiliation qui nous osant le doge et à toutes les a affront Or, écoutes ce que je pose : Mifoeoh Obrenbegoviteh si ▼pus; oui no eonnatt le loseh, nui l'emporte en beauté nos héros? Hé bien, frères, os Maiim de la tehélenka et die flottant, et ornons-en le osch, oui passera ainsi pour le nu'è l arrivée de la Vénitienne demeures.

5 proposition , tous hésitèrent, craignait d'offenser Maxim, un sang prompt à la vengeance, leiques moments de silence, Hrit la parole. « Pourquoi , chef ans, noble Ivan, as-tu assemblé •res pour me donner les droits s? Avant tout, jure qu'en eniaiim les honneurs du cortège irebes point à l'offenser. Dans sur la foi de nos pères ; je te ramener dans tes domaines la » Venise, et cela sans donner sune querelle, à aucun reproi cette complaisance mérite un )uels que soient les présents lancé, ils me seront légitimeus.» IvanCsernoîévitch accueilirotes avec un rire bruyant :

Milosch, lui dit-il, si tu n'y > ostto saule eoodition, écoute

i il est inébranlable comme le roc : Je jure que nul ne partagera avec toi les présents de noces; mais c'est peu. Dès que tu auras conduit la fiancée au delà des mers vers la blanche Jabliak, ma noble demeure, tu recevras de moi deux sacs d'or et une coupe d'or large et haute ; elle contient neuf mesures de vin; rajouterai à ces dons une cavale grise de sang arabe dont les poulains ont la vitesse et l'ardeur du jdraJ; enfin j'attacherai à ta ceinture un magnifique sabre dont le prix est de trente Bourses d'or.

Après cet accord, les héros détachèrent du front de Maxim la tenélenka étincelanto, et revêtirent Milosch de la parure nuptiale; Maxim resta silencieux; mais il jetait autour de lui des regards sombres.

Enfin les vaisseaux de Venise les reçurent, et Dieu leur accorda une traversée favorable. Us abordent sur le rivage, et s'avancent, en essaims bruyants, vers l'orgueilleuse Venise. Les portes de la forteresse s'ouvrent; le peuple sort en foule pour contempler le cortège du fiancé, qu'on reconnaît facilement è la tenélenka qui se balance sur sa toque et mieux encore à la noblesse de son port et à la beauté de son visage: On veut s'assurer si, comme l'a affirmé Ivan, il efface en beauté tous les guerriers.

A la nouvelle de l'arrivée des Servions, les fils du doge accourent à la rencontre de leur beau-frère, et, après l'avoir baisé au front et sur les joues, ils le conduisent sous le portique du palais : les autres demeures accueillent les étrangers, qui, libresdans leur choix, s'y établissent par groupes de trois ou de quatre.

A Venise, c'est chez les parents de la fiancée qu'on célèbre la cérémonie des noces, tandis que les guerriers et les coursiers se reposent. Déjà trois jours s'étaient écoulés depuis l'arrivée des Serviens; le quatrième commençait a peine lorsque les canons de la forteresse retentirent; à leur voix tonnante se mêlent les proclamations des hérauts et le son des instruments.

Les Serviens s'arment en hâte ; car il est temps d'abandonner la terre étrangère. Cependant tas ebefr se

L'UNIVERS

rassemblent dans une vaste cour dont ils foulent les marbres colorés.

Mais pourquoi les portes en sont-elles

Srdées par quatre bourreaux , deux lures et deux Latins, le sabre uu et les bras retroussés jusqu'à l'épaule? A cette vue les Servions s'alarment; ils cherchent en vain les deux mariés; il n'est point là le beau fiancé, le noble Miloseh; la vierge vénitienne, celle qu'ils sont venus chercher de si loin, est également absente. Déjà des murmures s'élèveut1; cependant ils se résignent à attendre encore.

Tout à coup le pavé de la rue résonne; un bruit confus d'armes et de voix a retenti , et sur son coursier de bataille on voit s'avancer le voïvode Miloseh. Sous lui le destrier bondit avec grâce; car il sent l'atteinte du mors d'acier et celle de l'éperon qui effleure ses flancs. Joyeux et le front haut, Miloseh s'approche des Serviens, qui répondent à son salut par d'unanimes acclamations. Les deux 61s du doge accompa- Snent le voïvode; ils portent de spleuides présents qu'ils veulent lui remettre en présence de son escorte. L'un offre un cheval noir sans tache ; ce bel animal porte la Vénitienne; il plie sous le poids de l'or et de l'argent; ses fers sont d'or, des franges d'or et de soie se jouent sur ses flancs et une agrafe de pierres précieuses étincelle sur son poitrail.

Un faucon de chasse est sur le poing de la vierge latine. Le fils afné du doge adresse à Si il ose h ces paroles ; « Reç

dont la tête s'avance en relief; l'i tion est si parfaite qu'on le croira mé et prêt à faire une blessure telle. Sur le front du reptile rayoni

Sierre précieuse d'un éclat si vif qu1 rait à éclairer le jeune couple da téuèbres. Les Serviens, muets d'ad tion, contemplaient cette magnifia Le frère du doge, le vieux Je»

vient à son tour : sa barbe blanche I cend jusqu'à la ceinture ; un bâtoi soutient sa marche, ses larmes coi car une grande affliction le presse fois il s'est marié, et de ses sept fc aucune ne lui a donné de postéri nièce lui tenait lieu de fils et de f voilà que son enfant d'adoption le et va traverser les vagues bleuâti porte sous son bras un rouleau so sèment enveloppé. Tout à coup pelle Miloseh , et jette sur les é du jeune homme un manteau im qui couvre et l'homme et le coi Tous admirent ce présent roagni la doublure seule vaut trente I»

d'or, et l'étoffe est d'un prix ine ble. « Ce tissu, dit le vieillard, n'a f pareil dans le monde ; les rois n'e sèdent point de comparable, e même le sultan des Turcs te l'env Beau gendre, puisse-Ml te faire neur! »

Maxim jetait sur ces riches pr un regard oblique et menaçant cœur se remplissait d'envie en i ce qui lui appartenait devenir le p Ttm autre.

&màet\ dix de tes Itoui aient. D 80 rendait bMb sers ea mère, pour recekbta MMMp. Mno«*

E&iit épetonne son cheval, Mtour do capHan lovait, 1 de m mariée; dans ce wÊtf il toucha légèrement la la. L'infortunée? IS voile qui hdjMint n'était pas impénétra* MA s 1 la w du héros, trou> MBHëf ené rejeta en arrière le 1% et, se laissant voir à estai idKiiMe époux, elle tend vêts ML

Roueut témoins de ee geste je if avoir rien vu; mais H ; flAippé à Ivan, qui, n'étant rUdcsa Colère, Béerie: «Prends lé de Variée, que les mains in> Mit levées né tombent sons «*! TW veux softs le voile! où tadM de ta télé! Pourquoi rci dtt étranger, le beau Miloseh ?

Ni, eu font de la foule et ruÉ coursier noir ee béros qni flâne* de combat , et dont le ttinedle d'or : son visage noirci

traeesprofondes du fléau «al rfé* (Test Maxim, <f est mon fus, âât époux! Sache, ma fille, qne, ton père t'accorda à mes de- Je lai avais dit, et je le croyais e Maxim était le plus beau des , et qu'il éclipserait tous les des noces. A mon retour ma fut grande de le trouver Si rhésitai longtemps ; enfin, pour : avoir promis en vain , nous isenté Miloseh comme le fiancé, ivons promis de lui laisser les

de noces pour qu'il t'amène ment en Servie.

paroles, la Vénitienne arrêta mer, et refusa d'avancer plus ifin elle lui dit : « Ainsi, e Ivan Czernoïévitch, tu as le bonheur de Maiim dans d'un étranger. Pourquoi ite, que Dieu ne laissera pas ? Si ton fils est défiguré, ne as que cet accident peut arriver or à Fautre? Sans doute son viflétri ; mais ses veux ont gardé t, et la maladie n'a pu changer or. Pou i quoi as-tu appréhendé

de fcparaftie à Venise? lfaval^je pas consacré à attendre ton fils neuf années de ma Jeunesse? Pendant tout ee tempe, je Pal attendu, à la eour de mon pèse, avec la décence qni convient à une fiancée; pendant neuf années encore, feurais pu F attendre, dans votre forteresse de Jabliak, et nul de votre race ni de la mienne n'aurait eu à rougir de moi !

Maintenant, beau-père , Je t'en conjure au nom de ee Dieu qui noua écoute!

retire à cet étranger, au volvode Ml" loaeh, les présents de ma famille, pour les rendre à Maxim, ton fils, ou je n'avancerai plus d'un pas, dût-il m'en coûter les deux yeux !

Ivan , en proie à une anxiété douloureuse i appelle quelques volvodes :

«SI vouscraignez Dieu, frères, leurdit-i), écoutez-moi : un litige s'élève au sujet des présents de noces ; doivent-ils rester à Miloseh?

Et parmi les guerriers nul n'osa décider cette question. Les conditions avaient été solennellement Jurées; elles portaient que Miloseh ne partagerait avec personne les dons que ferait la famille du doge, et Ivan avait promis d'y joindre encore les siens. Gomment prononcer sur une chose déjà réglée et consentie?

Miloseh s'informe du sujet de la contestation; il presse les flancs de son cheval arabe, et, s'arrétant près d'Ivan : « Chef des Servions , s'écrie-t-il , qu'est devenue ta promesse? Puisses-tu quelque jour être victime d'une perfidie semblable? Et vous hésitez, voïvodes, vous réfléchissez! Cependant écoute, Ivan; puisqu'il t'en coûte tant de tenir ta parole , en considération de ces nobles amis je renonce à quelquesuns de ces présents : et d'abord je te cède la Vénitienne et son coursier; car, à la rigueur, cette vierge m'appartient; elle m'a été donnée par son père et sa mère', par ses deux frères ; mais laissons ce point. Je consens à te donner, ô Ivan! la fiancée latine avec sa monture, le faucon et même le sabre que je porte ; mais je ne renoncerai point au manteau ni à la tchélenka ni à la merveilleuse tunique. Je veux me parer de ces dons dans ma noble résidence au milieu des miens. Sur ma foi et mon Dieu I je

L'UNIVERS

garderai latchélenka, le manteau et la tunique! •

Il dit, et les guerriers applaudissent : « Il est beau à toi, voîvode Miloscb , s'écrient-ils , de prendre , noble et vaillant comme tu Tes , le parti de la paix ! » Une seule voix , celle de la Vénitienne, ne s'unit point à cette éclatante approbation. Elle avait regret , la fière jeune fille , de voir ces riches présents et surtout la tunique d'or entre les mains d'un étranger.

Elle appelle à haute voix Maxim. Czernoïévitch, qui lui entend prononcer le nom de son fils, s'alarme et lui dit : « Que fais-tu? garde -toi d'appeler Maxim ! Le jeune faucon est prompt à s'élancer sur sa .proie. Maintenant que Maxim est blesse, nul ne peut dire sMl épargnera son propre cortège. Pèse donc tes paroles, 6 vierge latine? si tu ne veux attirer sur nous quelque malheur. Cesse de regretter ces présents, tout splenriides qu'ils puissent être ; écoute , ma tour de Jabliak regorge de trésors : tous ces trésors seront a toi.

Mais l'infortunée reste sourde aux prières du chef servien ; une seconde fois elle appelle Maxim; à la troisième Maxim détourne son puissant coursier; déjà le guerrier est près d'elle et recueille ces funestes paroles : « Maxim, unique fruit de ta mère , elle ne te reverra plus ! Elle ne t'embrassera plus vivant ! Tu auras pour cercueil des lanees brisées, un bouclier

Dieu de ne plut avancer d'un i Je tournerai mon coursier ven là, déchirant mes joues avecui d'aloès, j'écrirai de mon sani frères une lettre que leur port faucon. Mon père assemblera tins, qui viendront ruiner la Ma bliak, et la vengeance sera a comme l'injure !

Maxim n est plus maître d< reur ; de son fouet à triples lai frappe son étalon fougueux ;

Jaillit des flancs du coursier, q >re , bondit à trois hauteurs 2 fait un écart si violent qu'aura humaiue'.ne pourrait le conteo fait un ;chemin à travers la fc s' étonne, on se demande | Maxim excite ainsi le noir eouc losch, qui l'aperçoit, vient en r rencontre : « Par le vrai Dieu t-il, où donc Maxim court-il si i Il dit, et ne prévoit point le l'attend. Comme il s'appn Maxim, celui-ci, furieux, lui !

javeline de bataille. Le trait vient frapper le héros au-desso tchéleuka, à l'endroit où lefiro mence, juste entre ses yeux n héros , tué sur le coup, tombe val; il tombe et Maxim se | sur lui ; altéré de son sang, il son sabre sur le cadavre, lui la tête, et la jette dans le sac à l'avoine de son cheval. Il ce suite vers la Vénitienne, l'an djever lovan , et fuit avec elle

se au moins connaître k qui survivent encore ! »

ir envoya son souffle et peurs qui enveloppaient Ivan commence alors ses recherches. Partout le lorrible, partout on a le même acharnement, ars et des chevaux pourhéros atteints mortelleune interroge tous ces il retourne Tes cadavres, tes pour voir s'il ne rei son fils; mais il ne r Maxim. Tout à coup neveu le capitan Iovan , de la mariée et dont le ait pronostiqué ces malque lui servira-t-ii de le 'horribles blessures couqui ne ressemble plus à n s'éloignait en silence b sa sœur l'aperçoit ; il se fort et parle ainsi : « Onloïéviteh ! qui te rend si a belle Vénitienne? ou présents de noces et le i des convives ? pourquoi wjdemander au fils de ta essures lui sont doulou-

Ivan fond en larmes ; il récaution le blessé, oui sang : Neveu Iovan ! lui sures sont-elles sans reédecin d'outre-mer ne piérir? Permets que je te ir à Jabliak. — Ne prends inutile, oncle Ivan ! mes »nt pas de celles qui se i trois ou quatre frac- : gauche, mon bras droit i naissance de l'épaule , es ouvertes, et le fer a isité mon cœur. — Cher an, tandis que tes forces mcore de me répondre , i étais près de la Vénint mon fils a-t-il suc- Bon corps? et qu'est de- •P

isses-tu expirer en paix, on fils Maxim est viplein de fureur, il eut arraché la vierge à ma i fuir sur son coursier

vers sa mère infortunée. » Il dit, et son âme s'échappa de ses lèvres. Ivan posa doucement sur le côté le corps du héros, et se rendit en toute hâte vers la blanche Jabliak. Près des portes une lance était plantée dans le sol, et autour de la hampe s'enlaçait la bride qui retenait un coursier noir. Assis près de là, Maxim écrivait sur ses genoux : abattue et silencieuse la fiancée se tenait devant lui attendant l'acte de divorce. Voici ce que Maxim mandait au doge. « Doge de Venise ! en recevant « cette lettre de ton fils Maxim, rassem- « ble tes guerriers latins , et passe les • mers pour détruire notre blanche Ja- « bliak. Reprends ta noble fille : elle « revient vers toi pure ; mais ses griefs « sont légitimes. Pour moi, je renonce à « mon héritage, j'abandonne royaume « et principautés. Je parcourrai les « terres verdoyantes ; j'irai jusqu'à a Stamboul, et, abjurant ma foi, je ser- « virai le sultan des Turcs. »

Cette nouvelle passa de bouche en bouche; elle parvint jusqu'aux Obrenbegovitch. Le frère chéri de Milosch , Ivan Obrenbegovitch, après de mares ré flexions, sella son coursier, le sangla, et, s'élançant sur son dos rapide, il se signa et parla ainsi à ses frères et aux chefs de sa race : Frères ! Je veux aussi me rendre à Stamboul ; car vous avez besoin d'un appui , vous et ceux qui naîtront de votre sang. Vous le savez , il est vindicatif et sanguinaire celui qui vient de s'éloigner pour aller mendier les faveurs du sultan, et il reparaîtra peut-être avec une armée d'infidèles pour assouvir son ressentiment. Frères, et vous chefs de famille! je vous l'affirme, tant que vivra Ivan Obrenbegovitch, vous n'aurez rien à craindre. Moi présent, Maxim n'osera lever une armée.

Ce qu'il sera pour vous, je le serai pour lui!

Il dit et se dirige vers Stamboul.

Arrivés aux portes de la ville, les deux ennemis se rencontrèrent , et tous deux parurent ensemble devant le sultan. Mais le Turc n'ignorait rien de ce qui était arrivé ; il accueillit favorablement les deux héros, qui prirent l'un et l'autre le turban. Ivan reçut le nom de Mahomed-beg, et Maxim celui de Scanderbeg.

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I/UNIVERS

Pendant neuf années, ils servirent le sultan, et neuf domaines furent leur ré* compense. Enfin, ils échangèrent ces possessions, et chacun d'eux obtint un pachalik. L'un et l'autre furent honorés de la queue de cheval ; l'un et l'autre furent élevés à la dignité de vizir. Ma* homed-beg eut en partage les vastes

E laines de Doukachin (ipek), terres énies du ciel, et couvertes de riches vignobles , où le maïs se plaît, où le froment dore les campagnes! Quand au fils d'Ivan Czernoïévitch , il dut se contenter de la contrée de Skodra (Scutari) et des bords stériles de la fioïana, sol avare, qui se refuse à la culture, où dans de noirs marécages rampe le reptile, où mugit le buffle aux cornes menaçantes et dont le sel marin est la seule richesse.

Et le meurtre de Milosch n'est pas encore expié; l'inimitié n'a cessé de régner entre les descendants des deux nobles familles; de leur rivalité naissent des guerres fréquentes, et sans jamais s'apaiser le sang scrvien coule sur leurs armes.

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