MORAVIE, POLOGNE, RUSSIE, BOHÊME
Parmi les Etats slaves qui se formèrent les premiers ligure la Moravie, dont Sviatopolk ou Swientopulk elendit les limites et qui embrassait presque toutes les provinces dontsecompo.se l'Autriche actuelle proprement dite. L'autorité qu’elle exerce sur ces pays date de Henri l’Oiseleur. Mais deux Etats dont les destinées sont bien differentes apparaissent presque en même temps sur la scène de l'histoire : la Pologne et la Russie.
Les chroniques nomment I.ech comme le premier chef des Slaves polonais, et lui attribuent la fondation de Gnesne.
Krakus , qui lui succéda , bâtit lvraeovie. L’histoire de Wanda, sa tille , a tous les caractères d’une légende; la fiction, qui s’empara d’un fait historique, l’altère au point de le rendre méconnaissable. Puis , après Leszek et Popiel , vient Piast, simple cultivateur, dont les descendants régnèrent longtemps en Pologne, en Silésie et dans le duché de Moravie.
Il parait qu'antérieurement à l’arrivée de Rurtc les Variègues ou Scandinaves s’étaient empares du pays des Tchoudes, des Krivitches et de quelques autres peuplades slaves, répandues sur les bords du golfe de Finlande et dans l’intérieur des terres, et que les boïards, obligés de fléchir devant la puissance de ces étrangers, soulevèrent le peuple et les chassèrent. Bientôt après, soit que les promoteurs de cette réaction n’aient pu s’entendre, ou que le peuple, las de leurs luttes, ait regretté le joug de ces étrangers, plus habiles que lesboïards et plus avancés en civilisation, les Slaves, sur l’invitation d’un des anciens de Novogorod , et qu’une tradition nomme Gostomuvsl , demandèrent des souverains à leurs premiers vainqueurs.
Trois frères, Ruric, Siueous et 'l’rou-
vor, répondirent a cet appel, et vinrent s'établir chez les Slaves septentrionaux, suivis d'une troupe nombreuse d'aventuriers Scandinaves pour être en mesure de soutenir par la force les droits que l’inconstance ou la réflexion aurait pu de nouveau leur contester.
Ruric s'établit à Novogorod ; et l’existence de cette ville, dont le nom est slave, prouve qu’au milieu des incursions des hordes de l’Oural , des Goths et des Normands ou Scandinaves quel ues tribus de race slavonne avaient eja fondé, des le neuvième siècle, des établissements assez considérables. Sinéous prit possession de Bielo-O/.éro , et Trouvor d’fzborsk dans le p3ys des Krivitches. Smolensk et Polotsk gardèrent leur indépendance. Ainsi la domination de ces princes s'étendait sur les gouvernements actuels de Saint-Pétersbourg , d’Esthonie, de Novogorod et de Pskof, et la réunion de leurs Etats prit le nom de Russie, appellation qui a vainement exercé la sagacité des historiens.
Deux ans après ( 864 ), Sinéous et Trouvor étant venus à mourir, Ruric s’empara de leur héritage ; d’un autre côte, deux chefs Scandinaves , Ascold et Dir, se séparèrent du prince de Novogorod. et se rendirent maîtres de Kief, ville déjà ancienne et alors tributaire des Knazares. De là ils descendirent le Borysthène sur deux cents barques, parvinrent à la mer Noire, qu’ils coloycrent jusqu’au Bosphore, et lireut trcmhlei Constantinople
Le plus ancien des annalistes russes, Nestor, et les historiens byzantins affirment que , l'empereur Michel ayant plongé dans la mer un vêtement de la Vierge, les flots , jusqu'alors paisibles, ce soulevèrent , et que la tempête brisa les barques des assiégeants.
Ruric mourut après dix-sept ans de régne . laissant à Oleg la tutelle de son jeune fils Igor. Oleg exerça réellement i'autorite souveraine. Ge tut vers cette époque que les Hongrois, après s’élre mesurés plusieurs fois contre les Russes, chassèrent les bulgares de la Pannonie, où ils s'établirent définitivement- I es excursions frequentes de ces nouveaux conquérants dans l'Allemagne occidentale appelèrent sur les provinces nia-
Ti
ritimes et danubiennes de l'empire (l’Orient l'activité inquiète des Valaques, des Slaves et des liulgares. Ce que ces peuples faisaient daBS un but de pillage et de conquête, Henri l’Oiseleur entreprit de le faire pour la défense de l’Allemagne. Dans ces temps de troubles et de luttes continuelles la guerre était un métier et une ressource; en réunissant les bandes éparses, on pouvait composer une armée redoutable. Henri le comprit ; il appela sous ses drapeaux tous les hommes prêts à mettre leur courage au service de qui pourrait les solder, refusa le tribut qu'exigeaient les Hongrois, et leur lit essuyer une défaite sanglante à la journée de Mersebourg. Non moins habile administrateur que bon capitaine, il organisa de puissants moyens de défense, releva les fortifications, et confia à des margraves la surveillance des frontières. Oltion, qui lui succéda, hérita de son activité, et battit complètement les Hongrois sur les bords du Lecb ; de cette défaite date la dernière de leurs invasions.
A la même énoque s'agitaient les Slaves de la Bohême. L’évêque Mélhodius, l’apôtre de la Moravie, avait prêché l’Évangile dans ces contrées ; mais les superstitions païennes étaient loin d’y être vaincues. I.e duc Wenceslas favorisait le christianisme; Boleslas, son frere, l’assassine; et, soutenu par les Slaves idolâtres, il essaye de les attacher à sa fortune en rétablissant leur polythéisme grossier. Cependant Prague, déjà convertie, implore le secours d’Otlion qui force Boleslas à reconnaître la suzeraineté du roi d'Allemagne. Ce prince, non moins heureux dans l'Occident, ceignit bientôt la couronne impériale.
Tandis nue les Othon relèvent l’empire île Cliarlemague en ramenant à l’unité les éléments épars de la puissance germanique , on peut déjà remarquer un fait curieux; cest la résistance instinctive des Slaves à se laisser pénétrer par les mœurs et les institutions de l’Allemagne ; ils peuvent supporter patiemment la conquête ; mais ils se comptent à part et restent eux-mêmes. Aujourd'hui encore des villages, isolés au milieu des populations allemandes, gardent leur langue et le type national , au point que le voyageur les reconnaît pour Slaves au premier coup d'œil.
Dès cette époque, les deux rameaux principaux de la souche slave, les Polonais et les Russes, grandissent dans des conditions différentes .- les Polonais , plus mêlés au mouvement général de l’Europe, empruntent de l'Occident, avec l'influence du christianisme , quelque chose de l'esprit aventureux et chevaleresque des Saxons et des Normands :
ils semblent avoir pour mission de contenir et de civiliser les Russes, qui, a leur tour, doivent réagir sur l'Asie ; mais, eu se rapprochant de l’aristocratie allemande sans en avoir l'esprit de suite et la gravité, ils ne développent que les qualités individuelles; la nation restée slave ne peut suivre le chef dans ses transformations ; et, si elle ne le reconnaissait au courage, elle pourrait croire u'un chef étranger la guide au combat ; e là un défaut d'ensemble dans les vwts politiques , une habitude de traiter les affaires du pays en regardant au dehors et une propension à faire triompher son parti par tous les moyens possibles, sans s inquiéter si le bien de l'État doit en souffrir. Le Russe, au contraire, est resté longtemps isolé dans ses institutions ; le despotisme des Mongols a brisé chez lui le ressort de la liberté , et plus tard ses princes ont continué de le gouverner asiatiquement. Ils n’ont emprunté à la civilisation européenne que des théories et des applications ; ils ont fait de leur pays une sorte d’atelier, où desmains esclaves forgent les chaînes du monde.
Leurs seigneurs ont beau étaler toutes les recherches du luxe , se montrer polis et éclairés, l’enveloppe laisse toujours voir l'Asiatique ; plus ils mettent d’art à se déguiser, plus ils restent fidèles à leur nature. Trop longtemps on ne s'est pas effrayé de leurs progrès; aujourd'hui que le plus dangereux de leurs empiétements a donné l’éveil , on peut
K combien ils étaient près du but à ficullé qu’on rencontre à trouver leur côté vulnérable. Les causes d'arandissement, aussi bien que celles de écadence, tiennent à la génération des faits ; et pour qui sait les voir le passe explique le présent.
L’UNIVERS