CHAPITRE XXIII
PROVINCE DE CATARO.
Nous avons vu que le Czernagora, considéré dans son ensemble, est un amas de montagnes dont l’accès naturel est du côté de l’Albanie. Des bateaux à vapeur d’un fort tonnage pourraient, en remontant la Boïana, traverser le lac de Scutnri et remonter jusqu'à Cétinié ; mais, au nord et à l'occident, les eaux du Monte Cclo se perdent dans des abîmes incommensurables , qui ont leur issue dans le golfe Rhizoniaue, où elles surgisseut , chargées de détritus et de feuilles encore fraîches, dépouilles du Monténégro-
Dans aucune autre contrée les orages ne retentissent avec un bruit aussi terrible que dans les échos de ces montagnes. Le fluide électrique fait trembler ces masses énormes jusque dans leurs fondements, et un roulement sourd sort des entrailles de la terre; dans cette grande crise de la nature il serait difficile de reconnaître quel point du ciel est le foyer de la tempête.
Quand elle a duré cinq ou six heures , les torrents de pluie font monter les eaux dans le canal de Cataro; et telle est leur impétuosité qu’elles semblent jaillir du sein de la mer. Alors le bassin de la porte Gordizzio bouillonne comme la chaudière d’une machine à vapeur; la Fiumara se gonfle; les flots de l’Oroçavatz, ceux de la Glinta se pressent avec tant de violence que la montagne semble se mouvoir. Si, pendant que la Glinta est ainsi agitée, on se couche sur le sol à quelque distance du bord, on sent un frémissement qui annonce le voisinage et le désordre de son cours souterrain.
Le puits connu sous le nom de trou du diable rejette les pierres que les enfants s’amusent à y lancer. Les ha-
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bitants, témoins de ce phénomène, craignent qu’un jour Cataro ne soit détruite par quelque tremblement de terre, comme le fut jadis Rizano ou Rhizonicum.
Après la catastrophe où périt cette dernière ville, ceux qui furent assez heureux pour échapper à la mort se retirèrent au Théodo, où ils bâtirent une ville qui fut longtemps florissante. Sur l'emplacement de l'ancienne, que l’on croit avoir été la résidence de la reine. Teuta, on voit les restes d’un lieau pavé en mosaïque. La partie appréciable de ces débris antiques a dix mètres de long sur trois de large ; la terre se dérobe sous des atterrissements difficiles à déblayer. On aperçoit sous l’eau un édifice monumental, et dans les environs, on peut reconnaître les traces d'une voie romaine.
Castel-Nuoro. Cette place, que don Juan d'Autriche enleva aux Vénitiens et qu’il leur rendit après la mémorable bataille navale de Lépante, est entourée de haies et de vignobles. L’air est insalubre sur cette plage. A tout prendre, la situation du golfe est magnifique. La carte du capitaine Gauthier, qui en indique les mouillages et les sondes, ne laisse aucun doute sur l'importance du golfe de Cataro, qui, au besoin, pourrait abriter toute la marine de l'Adriatique.