CHAPITRE XVI
Harcelés par léé Bohèmes et les Russes , les Polonais recourent à lleuri le
Noir. Boleslas le Brave avait laissé la couronne à son fils Mieczylas, prince faible qui avait épousé Rixa, fille de l'archiduc palatiu du Rhin et nièce d'Othon III. Des guerres malheureuses marquèrent sou régne , et sa mort fut le signal de l'anarchie. La régente, qui ne cachait pas son aversion pour les Polonais, fut obligée de s'exiler, emmenant avec elle le jeune Casimir, que plus tard les Polonais rappelèrent. Ge fut sous le règne de ce prince que le catholicisme s'établit definitivement dans la grande Pologne, pour s'étendre ensuite dans les provinces dépendantes.
Casimir, sagement conseillé et animé par le désir de bien faire, rétablit l’ordre, réprima sévèrement les factieux, et fit rentrer dans leurs limites les Pomérauiens et les Prussiens. Boleslas II , qui lui succéda, s’attira l'animadversion de Rome pour avoir décrété que les évêques du royaume ue pourraient être élus que parmi les nationaux. Au lieu de consacrer son génie guerrier à réparer les pertes du pays , ce roi chevaleresque se fit le champion des princes voisins que des révolutions avaient chassés de leurs États. Il rétablit Bêla sur le trône de Hongrie et força Wratislaw, due de Bohême, à se réconcilier avec son frère , dont il avait usurpé les droits. Sa générosité et sa bravoure auraient pu faire revivre l'époque glorieuse de Boleslas le Grand, il avait forcé les Prussiens à reconnaître sa suzeraineté, et il lui eût été facile de reprendre la Moravie pour appuyer les •frontières du Danube; mais il aima mieux replacer sur le trône de Kief Isiaslaf, alors en querelle avec ses frères. Les guerres d’apauages que se faisaient à cette époque les fils d'Yaroslaf offraient au héros polonais une occasion favorable pour étendre ses limites au deladu Borysthène; peut-être eut-il l’intention de faire de Kief une seconde capitale, d'où il aurait pu surveiller les mouvements des Russes- Quoi qu'il en soit , le séjour prolongé q'u'il fit dans cette ville riche et voluptueuse , eut pour résultat que les princes russes reconnurent la suzeraineté polonaise.
Mais le danger nuguel j( s'attendait le moins et qu’il ne pouvait conjurer avec le glaive allait l'atteindre au milieu des
L’UNIVERS
plaisirs où languissait son courage. Grégoire VII, qui portait si haut la tiare, Brisa le sceptre de Boleslas. Soutenu par le pape, Stanislas , évéque de Cracovie , excommunia le roi , qui le tua de sa maiu à l'instant où il célébrait la messe. Cette violence, qui |>eut donner une idée des moeurs de l'époque, attira sur sa tête les foudres du Vatican. L'intimité de Boleslas avec des princes schismatiques faisait craindre à l’Eglise que tout ce qu’elle avait gagné en Pologne depuis Casimir ne lui échappât; Grégoire lança l’interdit sur tout le royaume, et, désormais abandonné et fugitif, le monarque alla terminer miséiablement ses jours en Hongrie.