‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 164 sur 300 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

S’il était possible de ranger dans un ordre chronologique les chants serviens, leurs données dégagées des fictions

Fourraient être d’un grand secours pour historien. Malheureusement la poésie des Slaves méridionaux est un sentiment plutôt qu’un art ; le chaut qu’improvise le pâtre ou le guerrier appartient à tous, et à peine s'inquiète -t on du nom de l’auteur. Il est donc de la plus grande ditficulté de rapporter les faits à des époques précises. A la confusion des dates vient se joindre celle de la variété des sources, qui présentent des différences considérables, selon le milieu national où était placé le poète ; de sorte que le même fait n'est plus le même dans le récit composé dans la Primorie ou le Moutéuégro que dans celui qu'ont iuspiréles traditions serbes ou celles de la Bosnie et de l’Hertzégowine. Si l'on ajoute à toutes ces causes d’incertitude les changements de noms si fréquents à cette époque parmi les

L’UNIVERS

Slaves, on comprendra pourquoi les documents puisés dans les sources allemandes, vénitiennes et hongroises sont si rarement d’accord entre eux. Quant aux annales turques, la négligence ou l’exagération dont elles portent le caractère, même en ce qui touche à des événements constatés, ne permet de les consulter qu’avec la plus grande circonspection.

Essayons de continuer notre récit au milieu de toutes ces incertitudes, en négligeant les détails qui ne sauraient entrer dans notre plan et, en empruntant à nos devanciers ceux qui nous paraissent offrir quelque intérêt.

Les chants serviens ne donnent que huit ans à Urosch lorsque mourut son père ; et ils le placent sous la tutelle de Voukaschin : mais l’histoire nous apprend qu'à cette époque il avait atteint l'.lge de dix-neuf ans et qu’il avait épousé Hélène, princesse valaque. C’était probablement une fille du voïwode Nicolas Ier, mort en 1366.

Quoique sorti de l’enfance, Urosch était trop jeune pour que les chefs de sa famille consentissent à le reconnaître pour tsar. Le premier qui se déclara ouvertement contre son autorité fut le voïwode d’Acarnanie et de Macédoine, que les écrivains byzantins nomment Siméon, les annales* russes Viatka et les serviens Bogdan. Quelques auteurs prétendent qu’il était frère utérin de Duschan ; c’est peut-être le même que le chant que nous avons rapporté plus haut désigne sous le nom d’Ugliescha.

Quoi qu’il en soit, il fut le beau-père de Lazare, qui succéda au tsar Urosch.

La tsarine Hélène, sans s’opposer directement à l’élévatiofl de son fils, leva une armée pour rester indépendante dans son gouvernement de Servie.

Voukaschin ne prit pas non plus parti contre Urosch; mais toute la Servie se trouva divisée par la rupture du krale avec Lazare Gerbillanovith, qui ré-

fnait dans le nord-ouest de la Servie, ans le pays nommé la Syrmie. Sa valeur et la réputation de sa justice lui valurent l’appui du peuple et du clergé : cependant la guerre que se firent ces «eux rivaux n'eut point d'issue décisive.

Voukaschin tourna ensuite ses armes contre Hélène, qn’il attaqua avec l’appui

de l’empereur grec, soutenu par des Turcs auxiliaires. La résistance qu’il rencontra le détermina bientôt à la retraite. Mécontent des Grecs, ses alliés, il s'empara traîtreusement de Cantacuzène et le livra à Jean Paléologue.

Sa conduite avec Urosch dénote un caractère également cruel et perfide. Depuis que les princes s’étaient déclarés indépendants, le jeune tsar, dépouillé de toute autorité, menait une existence précaire, tantôt à la cour de Lazare, tantôt a celle deVoukaschin. Enfin, humilié de cet état d’abaissement et ne se croyant plus en sûreté au milieu de sa famille, il alla chercher un asile à Raguse : mais Voukaschin, qui épiait toutes ses démarches , le surprit a la chasse et le tua d’un' coup de massue en 1368.

L’empire fondé par Duschan était entièrement démembré. Le ban de Bosnie s’était approprié les provinces qui forment aujourd’hui l’Hertzégoxvine ; et les Turcs, maîtres de la Ghersonese de Thrace , pressaient au sud et à l’ouest les provinces un instant réunies sous un même sceptre. Amurat surprit l’année des Serviens sur le Ténare etla tailla en pièces. Dans cette bataille Voukaschin et ses deux frères, Ugliescha et Goïko perdirent la vie. Cependant les chants populaires le font mourir beaucoup plus tard, à la bataille d’Amselfeld. Nous donnerons ici un des chants populaires qui ont pour sujet cette bataille parmi les Slaves. Il se compose de deux récits, dont le premier, tout d’imagination, semble destiné à consoler les .Serviens de leur défaite en la rattachant à la volonté divine. Le second n’est que le développement du premier.

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