PREMIER RÉCIT
« Est-ce un noble faucon qui vient à tire d’aile, de Jérusalem la sainte? Est-ce unehirondelle qu’il tient dans ses serres? Non, c’est le prophète Élie, qui porte une missive de la Mère du Sauveur. Il se dirige vers la plaine d’Ainsel, et laisse tomber sur les genoux du tsar le message ainsi conçu : « Tsar Lazare! rejeton d’une racé glorieuse, quel est le royaume que tu as choisi ? Est-ce le royaume du ciel ou celui de la terre?
Si le royaume de la terre te semble préférable, sangle ton coursier de bataille, serre la boucle de ton ceinturon, fais prendre le glaive à tes braves et marche contre l’armée des Turcs dans l’attente d’un triomphe certain. Mais si tu choisis le royaume céleste, élève une église sur Ia'plaine d’Amsel, non sur des fondements de marbre, mais semblable à une tente soyeuse où l’armée des Servions, après s’etre purifiée de de ses péchés, reçoive la sainte communion et se prépare ainsi à une pieuse mort ; car tous tes guerriers succomberont, et toi-méme tu tomberas avec eux . » « Le tsar se recueillit, et, d’abord incertain, il s’écria : « O mon Dieu ! éclairez-moi de votre sagesse! Les avantages terrestres peuvent séduire, mais ils sont éphémères et inconstants; le royaume céleste est acquis pour l’éternité. » Et Lazare choisit le royaume du ciel, et il dressa une grande tente semblable à une église sur la plaine d'Amsel. Il manda le patriarche et les douze évêques pour donner la sainte communion à ses guerriers et les préparer à une mort chrétienne. »
« Bientôt l’armée des Turcs se précipite sur la plaine d’Amsel. A la tête d’une troupe vaillante de Serviens s’avance contre eux Bogdan, suivi de ses fils les neuf Iugovitchs : chacun d’eux ‘ conduit neuf mille guerriers ; mais vingt mille marchent sous les ordres du père. Déjà sept pachas sont vaincus, lorsque devant le huitième tombe le vieux Bogdan ; ses fils succombent avec lui et leurs braves ne survivent point à leur défaite. Alors s’avancent les trois Merliovitchs , le ban Ugliescha , le voïvode Goïko et avec eux le roi Vukaschin; chacun d’eux commande à trente mille guerriers. Le combat recommence non moins terrible. Déjà huit pachas ont mordu le sable; mais quand le neuvième se présente, Ugliescha et Goïko tombent à leur tour, et Vukaschin s'affaisse sous ses nombreuses blessures. Son corps royal est foulé aux pieds des chevaux ; cette seconde armée est anéantie. Après eux s’avance le duc Stéphan. Son année ne compte pas moins de soizante mille glaives. Il triomphe de neuf pachas; mais il est vaincu par le dixième et avec lui tombent tousses guerriers. »
« Enfin, Lazare, le prinee souverain de la Servie, fait marcher ses bataillons redoutables; les Turcs fuient devant le héros et n’oscnt le regarder en face. La victoire allait se déclarer pour lui, lorsqu’un traître, Vuk, trahit le noble chef... et l’infâme était son beau-lils ! »
« Telle fut la fin de Lazare. Soixante dix-sept mille guerriers, l’élite de la Servie , succombèrent ainsi que leur prince dans les plaines d’Amsel ; mais ils siègent près du trône de Dieu avec une couronne glorieuse. »