DÉCADENCE DB LA SERVIE
La mort du roi Lazare et la trahison de Vuk Brankovitch marquent le commencement de la décadence de la Servie.
Nous avons déjà indiqué les événements principaux qui rattachent l’histoire de cette province à celle de l'agrandissement des Turcs. Les Slaves du sud ne le cédaiem point en courage à ces derniers; mais leurs voïvodes étaient rarement d’accord, et plus d’une fois leurs dissentiments les portèrent à prendre parti pour les sultans. C’est ainsi que dans les grandes bataillesdeNicopolis et d’ Ancyre, Etienne Lazarévitch combattit pour Ba'azct et prévint pfeut-étre la des-
truction des mahométnns. I,es écrivains qui ont accusé de trahison le fils de Lazare, auraient pu trouver dans les mœurs du temps une explication naturelle à cette conduite. Il tenait du sultan le titre de despote de la Servie, et le vainqueur l’opposait habilement à Vuk pour
f>artager entre deux influences rivales es forces des Servions ; il avait demandé en mariage Milèva, sœur d’Étienne; de sorte que ce dernier était attaché au vainqueur par les doubles liens de la politique et delà famille. Quoiqu'il ait dû prévoir que l’asservissement de la Servie serait la conséquence fatale de ses nouveaux rapports, il lui fallut accepter avec résignation une dépendance qu’il lui était impossible d’éviter. Il ne Conserva donc une ombre de pouvoir que sous la condition de combattre comme vassal des Turcs toutes les fois qu’il en serait requis.
Les provinces serviennes se trouvaient ainsi gouvernées par deux princes dontla rivalité servait les intérêts du sultan; l’autorité d’Étienne n’était que tolérée; Celle de Vuk, appuyée sur des services plus réels, portait ombrage à Bajazet qui profita de la première occasion pour s’en débarrasser.
Vuk avait reçu pour prix de sa trahison quelques" districts de la Servie méridionale et de la Macédoine, mais il ne cessait de convoiter la portion de territoire laissée à Étienne; et comme il s’apprêtait à l’attaquer, le sultan l’attira sous un prétexte, et le fit jeter en prison. Vuk trouva le moyen de s’évader, mais bientôt après il "périt empoisonné, en 1396. Les victoires de Tamerlan sur Rajazet semblaient inviter les gouvernements chrétiens à faire un effort pour chasser définitivement les Turcs de l’Europe; mais l’égoïsme et les intérêts du moment prévalurent. Soliman, en guerre avec son frère Mussa, trouva des secours parmi les princes qui avaient été tributaires de Rajazet; dans la bataille que se livrèrent les deux rivaux prés de Byzance, le courage d’Étienne Lazarévitch sauva le trône de Soliman.
Tant que vécut le fils de Lazare, l’existence de la Servie ne fut pas menacée ; mais après sa mort, qui arriva quelque temps après l’avénement d’Amurat ,
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il laissa le trône à George Brankovitch qui s’ôtait réconcilié avec lui. Ce prince était brave, et, quoiqu’il etit atteint sa soixantième année, son corps n’avait rien perdu de la vigueur de l’âge mûr; sa circonspection naturelle au milieu des difficultés du temps devenait Souvent de l’astuce et de la perfidie : scs rapports avec les Turcs l'avaient habitue à ne point regarder comme obligatoire la fidélité à ses engagements.
Les prétentions d’Amurat surla Servie s’appuyaient sur l’alliance précédemment conclue entre les familles du sultan et du roi Lazare, alliance qui avait été cimentée par un mariage La religion était un autre motif plus puissant encore aux yeux des musulmans ; ils jugeaient qu’il était imprudent de laisser entre les mains des princes chrétiens des mines riches et des forteresses importantes. Cependant les guerres qui occupèrent A murât en Asie suspendirent ses projets; mais lorsqu’il revint en 1430 il réclama la Servie comme une annexe de sa couronne, et nia les droits de George. Ce dernier essaya de détourner l’orage à force de soumission; il offrit dé se ^connaître tributaire du sultan, et lui promit la main de sa fille Marie. Mais prévoyant que ses concessions n’auraient d’autre résultat que de retarder le danger, i) songea à s'assurer un refuge, et tourna les jeux vers la Hongrie.
Vers la même époque la Bosnie était envahie par les musulmans, qui étendireul leurs conquêtes dans PAIbanie.
ils placèrent de fortes garnisons sur le Danube, et occupèrent Smederevo et Golubatz ainsi que Novobrdo, ville ancienne dans le voisinage des mines.
George, sans s’inquiéter du mécontentementdes Servions, échangea contre des terres ét des châteaux situés en Hongrie la forteresse de Belgrade. Àmurat en témoigna un vif mécontentement, et prit quelques mesures hostiles qui réduisirent George à s'humilier de nouveau. II envoya sa fille au sultan pour conclure le mariage projeté ; les frères de la princesse l’accompagnèrent et restèrent près d’elle comme otages.
Rome suivait avec inquiétude les nouveaux progrès des musulmans; la Pologne et ta Hongrie, plus immédiatement
menacées, étaient disposées à refouler les infidèles vers l’Orient : la supériorité incontestable de leur marine donnait aux occidentaux un grand avantage ; on résolut d'attaquer vivement les infidèles. Cependant les Turcs murmuraient Contre Atnurat, et lui reprochaient de ne pas mettre fin par un coup de vigueur aux hésitations de George. lAt sultan Se décida à envoyer en Servie une armée considérable ; d’abord battu par les Hongrois, il fut plus heureuk l’année suivante; George, se voyant hors d’état de résister, s’enfuit en Hongrie SVeC son fils I .azare et quelques seigneurs de sâ Cour (1439.)