‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 174 sur 300 · HABITATIONS, VILLAGES · texte numérisé non relu

HABITATIONS, VILLAGES

Nous allons jeter encore un coup d'oeil rapide sur les mœurs des Serviens enjoignant à nos propres observations celles des historiens et des voyageurs qui ont étudié leurs coutumes et leurs usages non-seulement dans les villes ,

L'UNIVERS

où l’influence turque les a profondément altérées, mais dafis les villages, dernier refuge de la nationalité dans les plus mauvais jours de la conquête.

Les maisons des paysans serbes se composent d’un rez-de-chaussée de deux pièces et quelquefois d’une seule. Un treillis de branchages, couvert d’argile, forme les murailles, et le sol nu tient lieu de plancher. Les solives du toit sont jointes par des chevilles en bois nommées kttn ; de sorte que le propriétaire est à la fois l’architecte , le maçon et le charpentier de sa demeure. Il n’y a guère que les riches qui emploient le fer. La nache façonne les matériaux qu’offre la forêt, et la paille ou le chaume fait tous les frais de la toiture.

Les tuiles sont un objet de luxe réservé pour les maisons des spahis et des capitaines : celles qu’on emploie sont massives et concaves, comme on en voit dans nos départements méridionaux.

« Ordinairement la maison n’a qu’une o entrée avec une ou deux fenêtres; « mais on n’y trouve ni grenier ni che- « minée. Dans les habitations de paysans « un peu aisés où existent plusieurs « chambres , outre la porte de devant , « il y en a une sur le derrière. Les « portes se ferment la nuit avec des « barres en bois mises en travers , le « Binia des Slaves... Les portes des « chaumières sont ordinairement si ■ basses qu’il faut se baisser pour y « entrer. On donne pour raison de cet « usage que le propriétaire est plus en « sûreté chez lui et a le temps de se « mettre en défense contre une atta- « que soudaine. I*es cheminées sont » des raretés dans ces maisons ; aussi « les murs et les solives de la toiture « sont ordinairement tout noircis par « la fumée et couverts de suie.

■ .... Un sol inégal de terre battue « forme le plancher des chambres, et « chacun y jette de l’eau en se lavant; « ce qui rend les maisons humides, sur- « tout dans les montagnes.

« Chaque habitation est entourée « d’un enclos ou treillage , ou de pa- « lissa des de bois , et se compose d’une « ou de plusieurs maisons avec quelques « petites huttes ou granges construites « en branches tressées et recouvertes

« de paille. Quelquefois on y joint un « Uchardak ou grange en osier pour « suspendre le maïs. Elle porte sur des « soutiens de pierre , ce qui l’exhausse « assez pour que les animaux ne puis- « sent y pénétrer. Le métier à tisser « est placé ou dans un angle du tschar- « dak ou dans une maisonnette en « osier devant la maison. Une telle ha- « bitation ne contient pas seulement « un couple , mais tous les chefs d’une « même famille avec leurs enfants ma- « ries ou non. Le plus âgé ou celui qui « est reconnu pour avoir le plus de ca- • pacité conduit particulièrement le « ménage commun.

« On voit rarement dans le voisinage « des maisons des amas de bois de ■. chauffage; les forêts en fournissent « amplement pour tous les besoins.

« En Servie une habitation commune « de paysan coûte à ce dernier, non « compris le bois et la main-d’œuvre, « de douze à treize francs ; on com- « prend d’après cette évalution minime « que les grandes forêts dont le pays « est couvert rendent facile de trans- « porter un village d’un lieu à un au - « tre. Le gouvernement assigne au « paysan le bois nécessaire ; celui-ci va « le couper; taille lui-même les poutres, « les planches et les chevilles, en tâ- « chaut d’employer daus sa construc- « tion le moins de clous et de fer qu’il « lui est possible. La modicité des « frais permet de déplacer non-seule- « ment des villages, mais des bourgs « et même des villes, comme Krouche- « vatz, par exemple, pour les élever « dans une situation plus salubre ou « plus favorable aux communications. »

(Ami Bouc, la Turquie d'Europe.)

Les villages de Servie s'étendent dans les gorges des montagnes et se groupent d’une manière pittoresque sur les céteaux et le long des vallées qui encadrent le bassin des fleuves et des rivières. Les uns sont établis dans le voisinage des courants d’eau et de sources abondantes , et leur assiette semble avoir été choisie en vue de la facilité des relations ; les autres, au contraire, sont comme suspendus sur des escarpements et des précipices , ou se cachent dans la profondeur de forêts séculaires.

Quand la tradition a conservé le souve-

nir de leur origine , elle indique presque toujours que les premiers ont pris naissance dans des temps de paix ou du moins d’une tranquilité relative, tandis ue les autres ont primitivement servi e retraite aux fugitifs à l’époque de quelque calamité publique ou d’une grande invasion-

Les habitations sont assez rapprochées les unes des autres pour que les hommes puissent se réunir à un signal donné contre l’ennemi commun , assez distantes cependant pour que le chef d’une famille ait le temps de se mettre en arde contre une attaque particulière ; e sorte que chaque maison est comme un poiut avancé d’où le Servien peut observer tout ce qui se passe autour de lui. Dans ces conditions un village d'une cinquantaine de feux occupe un emplacement aussi considérable qu'une <les grandes capitales de l'Europe. Le foyer de ces habitations que nous venons de décrire est ordinairement placé au milieu.

Le père et la mère de famille sont les propriétaires de l’habitation , où une chambre particulière leur est quelquefois réservée; les autres pièces sont destinées aux jeunes couples.

Les repas se prennent en commun, et dans les soirées d’hiver chacun vient prendre place autour du foyer. A la mort du pere, un des fils prend la direction de la communauté, et l’on ne se sépare que lorsqu'on se trouve trop à l’étroit. C’est ordinairement le fils aîué, starschina , qui succède aux droits du père. En général, les familles forcées par l'insuffisance de logement de se séparer de l'habitation principale construisent leurs demeures dans le voisinage, de sorte qu’il n’est pas rare de trouver une rue entière habitée par des villageois d’une même famille.

Pour les besoins journaliers, un ménage servien a rarement besoin de recourir h une assistance étrangère. Le paysan qui a bâti à lui seul sa maison construit également sa charrue et ses charriots; il fabrique les jougs de ses bœufs de trait, encercle ses tonneaux et se fait des chaussures grossières en cuir. Les femmes se chargent du reste de l’habillement. Ce sont elles qui/dent la laine, le chanvre et le lin et qui en

tissent des étoffes, qu’elles savent même teindre avec la garance. Les aliments sont fournis par le pays , à l’exception du sel. qu’on achète au dehors. Ce qui leur fait quelquefois défaut dans les villages, ce sont les forgerons et les serruriers, quand les outils ont besoin d’étre répares ou renouvelés. Le même moulin appartient à plusieurs maisons, qui s’en servent alternativement.

On voit que ce genre de vie a conservé ebez les Servions l’élément de la nationalité dans celui de la commune , et qu’il a dil résister au système tyrannique des Turcs, qui ont été obligés de répartir l’impôt non sur les individus, mais sur les familles.

L’individu s’effacait tellement dans l'ensemble de la communauté que le Servien ne célébrait ni son jour de naissance ni la fête de son patron, (iliaque famille avait son saint tutélaire, dont on fêtait le jour avec toute la solennité possible.

On doit respect et obéissance au chef de la famille; mais chez les Serviens l’affection la plus vive est celle qui règne entre frères et soeurs : le frère est le protecteur né de sa sœur, dont il fait la joie et l’orgueil. Quand un homme marié vient à mourir, sa femme s'abstient de de toute lamentation en public; sa mère et sa sœur lui rendent les derniers devoirs.

Ranke, auquel nous empruntonsquelues-uns de ces détails, rapporte que ans quelques provinces de la Servie les habitants ont adopté un usage assez extraordinaire : lorsque de deux frères nés dans le même mois l’un est enlevé par une mort prématurée, on attache le survivant au corps du défunt, et il reste dans cette posture jusqu’à ce qu’il ait adopté parmi les jeunes gens quelqu'un qui remplace son frère, et alors c’est ce dernier qui le délie.

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