‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 175 sur 300 · FRATERNITÉ D’ A «OPTION · texte numérisé non relu

FRATERNITÉ D’ A «OPTION

La fraternité d'adoption , dont nous avons déjà parlé en traitant des moeurs des Albanais et des Monténégrins , est d’un usage très-fréquent dans la Servie. Les deux jeunes gens qui s’engagent par ce contrat s’adoptent mu-

L’UNIVERS

tueltement pour frère au nom de Dieu et de saint Jean; des lors ils se doivent fidélité, aide et protection jusqu'à la fin de leur vie. Quelquefois la sympathie n'est pas seule déterminante : ainsi un Servien choisira pour pobratim celui dont il aura rêvé qu’il invoquait le secours dans un moment de danger. Ce couple s’appelle frères en Dieu , frères par choix . Dans la Servie proprement dite la bénédiction de l’Église n’est pas nécessaire pour sanctionner cette alliance.

Les femmes ont aussi leurs sœurs adoptives (posestrima , de sestra, sœur), et ce lien, qui constitue une alliance entre deux familles, produit des degrés analogues de parenté comme celui de père adoptif ( pootschim , de oletz, père) et ae Pomatka ou mère d’adoption.

Os alliances sont regardées comme ai saintes qu’elles font quelquefois obstacle aux mariages, et que les enfants de ceux qui les ont tonnées se distinguent par des noms particuliers, prmbrata déti , premiers enfants de frères , et drougobrata déti , seconds enfants de frères, c’est-à-dire petits-fils de frères.

Un lien moins solennel, puisqu'il fait deux amis au lieu de deux frères, est celui des droujinrs . quelquefois il n’est que conditionnel et formé pour atteindre quelque but spécifié; quelquefois il semble n’être que la conséquence du droit d’hospitalité. Ainsi cette sorte d’association peut avoir lieu entre un chrétien et un Turc, s’ils s'estiment et se doivent de la reconnaissance.

Ami Boué rapporte que le prince de Servie Miloscti avait formé une amitié de ce genre, avec Aschin-Beg, musselin de Brouznitza , et qu’en conséquence il le conduisit sain et sauf jusque dans le district d'Oujitze avant de lever l’étendard de la révolte , le dimanche des Hameaux en 1815. Milosch visita aussi comme parlementaire le camp du vizir Chourschid en Bosnie, sur la foi d’Ali- Aga Sertschesma , qui commandait à mille Délis : Ne crains rien , lui dit ce dernier, tant que moi et mes Délis serons eu vie; mais en le ramenant sain et sauf en Servie il se sépara de lui en lui disant : « Je t’ai reçu ici sur

« ma foi d’ami et de guerrier, et je t’y « ramène comme il convenait de le « faire ; mais désormais ne te fie à « personne, pas même à moi : nous « avons été amis , maintenant nous « sommes séparés pour toujours. »

Comme conséquences de ces amitiés formellement conclues, tin étranger accompagné d’un homme du pays est parfaitement en sûreté, parce qu’il est regardé partout comme l’ami d’un frère, et dût-il même se hasarder dans une tribu ennemie de celle de son guide, il n’aura personnellement aucun danger à redouter. On raconte que, dans le Monténégro, un homme . ayant assassiné un étranger auquel il servait de guide, fut tué par son propre frere pour qu’il ne déshonorât pas sa famille et son pays par une lâcheté si odieuse.

Chez un peuple naturellement généreux et fier, ces institutions se sont conservées avec un soin jaloux , ainsi que la vengeance du sang, dont nous avons suffisamment parlé, et qui en est, pour ainsi dire, le corollaire.

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