‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 176 sur 300 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

FRATERNITES D’ADOPTION PROVISOI- RES, MARIAGES, VENGEANCE DU SANG, COMMUNAUTÉS, CI.ERGÉ.

Dans quelques parties de la Servie, lorsqu’il s’agit d’une détermination importante, on dit ordinairement : Ne choisis pas légèrement ton frère d'adoption. A Négotin, le second lundi qui suit le jour de Pâques, époque où les amis et les parents renouvellent le gazon des tombes, les jeunes gens s’assemblent et tressent des guirlandes.

Les garçons s’accouplent deux à deux ainsi que les filles et se donnent le baiser de l’alliance fraternelle à travers le feuillage et les fleurs. L’éehanee des bouquets et des guirlandes est le premier gage de cette union. Cependant, comme les sympathies de leur âge

Pourraient les égarer dans leur choix, engagement n’est obligatoire que pour une année ; on le considère comme une simple initiation. Lorsque le temps de l’épreuve est écoulé, c’est-à-dire le second lundi après Pâques de l’année

suivante, les frères et les sœurs d’élection confirment leur choix , ou en fout un nouveau.

I.a dépendance complète de la femme parmi les Slaves méridionaux ne donne qu'une importance secondaire au lien qui unit une fille à sa sœur d'adoption, tandis que celui que forment deux jeunes Servons est garanti par l’honneur, et survit même à leur affection mutuelle.

Il a tant de force lorsqu'il est formellement et définitivement reconnu que les deux familles le regardent comme obligatoire, selon les egrés de patenté.

Mariages. — Il semble que l'institution du mariage paraisse surtout respectable aux veux des Servions parce qu’il élève là lemme jusqu’à l’ homme, et que l’enfance d’un guerrier ne peut sc passer des soins d’une mère.

Après les premières ouvertures, quand les chefs des deux familles sont tombés d'accord , ils échangent les présents des fiançailles, dont la valeur varie suivant les fortunes. Comme en Albanie et dans le Monténégro, la jeune fille est l’objet d’un marchéqui fait d'elle en quelque sorte la propriété de l’époux. Elle est remise par son frère an conducteur du cortège qui l’accompagne jusqu’à sa nouvelle demeure, où elle est reçue par la soeur ou la belle-sœur du marié. Là, comme pour préluder aux devoirs qu'elle aura a remplir, elle habille un enfant, et touche de sa quenouille les murailles, désonnais témoins de sa vie laborieuse; puis elle déposé sur la table le pain, le vin et l’eau : c’est par ces préliminaires symboliques qu’elle prend possession du logis conjugal.

Sa bouche est fermée par un morceau de sucre, ce qui indique qu’elle doit parler peu et ne prononcer que des paroles bienveillantes. Elle est d’abord considérée comme une étrangère, et durant la première année on ne l'appelle pas autrement que lajiancée. Par une réserve dont l’usage lui fait une loi, elle évite en public tout rapport avec, son époux; il est rare qu’elle lui adresse la parole en presenee de personnes étrangères, et jamais elle ne se permettrait la plus innocente plaisanterie. Ce n’est qu’au bout de quelques

années et lorsqu’elle a élevé plusieurs enfants qu’elle prend son rang parmi les membres de la famille.

La vengeance du sang par le sang est une coutume qui remonte a une haute antiquité; elle a dtl naître des premières notions sur le droit privé, a une époque où l’action de la justice, avant d’être un des attributs de l’État, était exercée par l’offensé. Elle a précédé la compensation, qui déuote déjà uue civilisation plus avancée, et elle occupe une place importante dans les codes barbares. On la retrouve encore arec toutes ses rigueurs naïves parmi les peuplades du Caucase , d’où peutêtre elle a passé eu Albanie avec les Colches, et de là chez les Monténégrins.

Malgré les analogies nombreuses qui rattachent la race servienne à celle de ces montagnards, la vengeance du sang est inconnue en Servie. Peut-être est-ce parce que les familles les plus considérables se sont éteintes dans les luttes contre la Turquie, et que la haine politique a fini par absorber tous les ressentiments privés ; peut-être, selon la conjecture de Ranke, le système d’oppression qui* a si longtemps pesé sur le pays a-t-il brisé le lieu des familles et détruit l’obligation des vengeances solidaires par l’impossibilité de les exercer.

La réunion de plusieurs familles eu communauté n’est sans doute que le développement naturel d’une première agglomération; mais, depuis la conquête, elle parait fondée sur des motifs politiques plus encore que sur des liens de parenté.

Le meurtre d’un raïah était considéré par les Turcs moins comme un crime que comme un dommage : en partant de ce principe, ils condamnaient le village où l'attentat avait été commis à payer 1e prix du sang (krvina).

Cette amende était de mille piastres.

L’argent une fois payé, le coupable rentrait dans ses foyers sans être inquiété. Tout se bornait à une réconciliation entre lui et la famille du mort, ce qui s’obtenait sans grande difficulté, attendu qu'un nouveau meurtre aurait entraîné une nouvelle amende.

La communauté formée par un

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village avait le droit d'élire ses anciens et son président. L’impôt appeléporteza et dont nous avons parle en traitant de la Bosnie était équitablement réparti par les villages eux-mêmes.

I.a fête du patron de chaque famille et celle du village qui avait le sien étaient célébrées avec une certaine solennité. Le peuple s'assemblait dans quelque plaine ou sur une hauteur voisine du village ; les prêtres consacraient le vin et l'huile ; puis la foule, le clergé en tête, s'avançait processionnellement dans la campagne, portant des croix et des images saintes et faisant quelquefois des stations de maison en maison. C’est ainsi que le zèle des rêtres suppléait autant que possible l’absence des églises dans les fieux où le gouvernement ne permettait point d’en élever. Peut-être est-ce par suite de cette intolérance ombragatise que le clergé de Servie ne jouit pointvde la même considération que celui de l’Albanie catholique et du Monténégro.

Son rôle se bornait à célébrer les baptêmes, les mariages, les funérailles et è annoncer aux fidèles les fêtes du calendrier.'

Les bénélices que tiraient les prêtres de leur ministère étaient insuffisants pour foire vivre ceux qui n'avaient pas un petit patrimoine à cultiver; les autres faisaient valoir eux-mêmes leurs terres comme les plus pauvres paysans.

Un jour uu enfant demandait à un prêtre servien : Mon père, est-ce que vous attelez aussi vos bœufs? — Mon enfant, reprit l'ecclésiastique, plût à Dieu que ce fussent les miens I

Le peuple, dont l’esprit a besoin d'être frappé par des objets sensibles, témoigne une vénération bien plus marquée aux moines , parce que les cloîtres qu'ils habitent et dont la fondation remonte à une époque de prospérité et d'indépendance éveille eu lui des idées de force et de protection.

i-e site de ces monastères , oui souvent sont bâtis au milieu des forêts et des montagnes, ajoutait sans doute par la sévérité de l’aspect à l’effet de l’impression religieuse. C'est là que le peuple allait chercher l’absolution de ses fautes; car presque toujours le paysan choisissait un moine pour con-

fesseur. Ces visites étaient regardées comme des jours de fêle; des familles entières arrivaient dès la veille, et passaient la nuit autour du foyer. La matinée suivante était consacrée à la confession, à la communion ; le soir il y avait foire et marché, et la jeunesse se livrait aux divertissements et à la danse. On eût dit que toute la population du district qui dépendait d’un couvent venait mettre sous la protection du lieu saint, avec ses plus sécrètes pensées, ses intérêts, ses transactions et ses joies éphémères. C'était souvent dans' ces réunions, où les familles et les amis séparés se rencontraient, que se concluaient les mariages.

Les moines, par cela même qu'ils exerçaient une grande influence sur le district de leur circonscription, ne jouissaient d’aucun crédit auprès des autorités turques, et l'isolemelit où ils étaient tenus témoigne qu’ou les jugeait trop attachés à leurs devoirs pour essayer de les corrompre. Quoique moins ignorants que les popes, leur instruction était loin d'être profonde ; ils manquaient d’une direction supérieure, qui, dans l'état de dépendance où ils vivaient, eût probablement mis leur zèle en péril. En général, ils se bornaient aux pratiques tolérées par les mahoinétans, et n’avaient d'autre ressource que les aumônes des fidèles (I).

(i) En Servie, le prince Miloich avait fixe à Belgrade ( f 8 1 fi), conjointement avec le métropolitain d'Üujilzc et l'archimandrite du couvent de Wratchevschnilza, les redevances à payer aux ecclésiastiques. Les évêques serbes devaient recevoir annuellement de chaque couvent a5 piastres et ao paras. Chaque ordination leur rendait ioo piastres, et chaque prêtre leur en payait annuellement 10. Ils avaient droit à t piastres pour un premier mariage, à 4 pour un second,! G pour un troisième, à 6 paras [tour chaque maison, et à I piastre 6 paras pour le droit de cheminée ( dymnitza ). Les prêtres recevaient pour un baptême i piastre cl ao paras, et du parrain io paras; pour l'enterrement d'une personne aisce, io piastres; d’un indigent, 5; d'un enfant au-dessous de sept ans, a; pour l'extrême-onction, 3 piastres; pour une grande prière, i piastre; pour une petite, ao paras; pour de l'eau bénite, i a paras ; pour un pre-

Les knièzes étaient obligés d’entretenir à leurs frais les églises ; en retour ils avaient le droit ae choisir parmi les moines le supérieur du cou-

mier mariage, 3 piastres ; pour un secoud, 6; pour un troisième, 8. Enfin dans les villages chaque chef de famille donnait au curé n orques de blé ou la valeur équivalente en argent, et dans les villes i piastre 20 paras. Le ao janvier 1823, le priuce Miioscn réforma cette fiscalité excessive , et adressa aux évéques It* reglement suivant : Très-vénérables pères, le peuple serbe ayant niauifesté au sultan son désir de voir réunis en uuc somme et livrés dans les caisses publiques sous une seule rubrique les impôts levés jusqu’ici sous divers noms et à différentes époques , nous avons cru devoir en conférer avec les knièzes , les anciens des districts et les kmètea, la régularisation de celle affaire étant d'autant plus urgente que des abus s’étaient glissés avec le temps dans la perception de ces taxes de la part des évêques, et avaient produit des plaintes fondées dont les preuves se trouvent dans notre chancellerie. Dans cette assemblée, tenue les i3 et 14 décembre 1822, nous avons résolu de substituer à l’impôt des cheminées et aux autres revenus ecclésiastiques ce qui suit : 1 0 Chaque évêque recevra annuellement 18,000 piastres

011 i,5oo piastres par mois; pour l'ordination d’un prêtre, 5o piastres; en lui dounant fie sceau, 1a même; .somme ; pour l’antimesse,

12 piastres; pour la consécration d’une église, 100 piastres; 20 pour la visite du tombeau d’un prêtre ou d'un laïque, il doit s'entendre avec les parents du défunt; 3° le gouvernenement se charge de l’impôt des cheminées et autres taxes, et défend l’affermage des nourïcs ; 40 les dettes des évêques serbes à la sainte Église de Constantinople restent à la charge du gouvernement, et seront payées sur les revenus après un accord entre lui et cette Église ; 5“ le* revenus des sceaux délivrés par les évéques aux protopresbytériens et par ceux-ci aux personnes qui se marient sont supprimés; 6” MM. les évéques entretiendront avec leur paye convenablement leurs protosyncelles, les archidiacres et leurs secrétaires; 70 M. l'archevêque de Belgrade, se trouvant près de nous et du vizir et ayant plus de dépenses, recevra 20,000 piastres de nous et de nos descendants. Eu ordounant ceci, nous ne prétendons nullement commander ou défendre aux évéques de recevoir de quelqu’un les dons librement offerts en argent ou autres, pour des prières auprès des malades', pour la consécration de 1 eau

vent, soit tju’il portât le titre d’igoumène (abbé) ou celui d’archimandrite.

Les couvents sont en plus grand nombre dans la Servie que dans les autres

bénite, etc. De même nous ne défendons pas, mais nous recommandons au contraire à MM. les évéques de visiter souvent leurs paroissiens pour instruire le peuple et les prêtres. Nous espérons que MM. les évéques accéderont volontiers à ces désirs, qui sont les mieus et ceux manifestés par le peuple serbe dans l'assemblée , d'autant plus qu'ils s’épargneront aiusi beaucoup de peine et éviteront toute oppression vis-à-vis du |>eiiple. Nous prions MM. les archevêques de déclarer par écrit s’ils accèdent à ces propositions; dans le cas contraire, uous nous efforcerons de terminer celte affaire par les voies ordinaires En me recommaudaut à vos saintes prières, jealsuis, etc.

Les évêques fureut médiocrement satisfaits de cette ordonnance ; d'après l’ancien tarif le droit de cheminée rapportait à chacun d’eux 3o,ooo piastres. L’Égli*e de Coustantinople accueillit d’abord le nouveau décret avec faveur, et accepta 'quelques sommes; mais bientôt elle éleva des réclamations, et en 1825 l’ordonnance fut abandonuée. Après de longs délits, on détermina conjointement pour le clergé des deux éparchies de Belgrade etd'Oujilze les redevances aux prêtres sous le taux suivant : Pour de l’eau bénite à uue femme en couche, 10 paras; pour l’enterrement d’une personne aisée, 10 piastres; pour celui d’une personne non indigente, 5 ; pour un pauvre, assistance gratuite ; pour un enfant, 2 piastres; pour'un baptême, une paire de bas ou 1 piastre et du parrain 20 paras; pour l’extréme-onction à un kuiéze, ou marchand de quelque considération, fi piastres; pour tout autre, 3 ; pour une grande prière, 2 piastres; pour une petite, 20 paras; pour de l’eau bénite pendant un mois, 12 paras; pour de l’encens, 12 paras, et dans les villes 20; pour les prières des morts pendant quarante jours, 20 paras ; pour celles du bout de l’an, 1 piastre; pour les prières de toute une année, x piastre et 20 («ras. Pour les redevances en denrées on suivait l’ancien usage.

D’après des règlemeuts ultérieurs et après la réunion des six districts retenus par les Turcs jusqu’en i835, on a augmenté le nombre des prélats serbes. Le haut clergé est composé d’un archevêque métropolitain résidant à Belgrade, et de trois évêques : celui deTschatscbak, quia remplacé l’évêque d’Oujitzc, et celui de Timok, dont la résidence est Zaîischar. Un évêque titulaire est cousacré,

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provinces slaves qui dépendent de la Turquie d’Europe. Nous avons vu que les princes serviens tenaient h honneur d’augmenter le nombre de ces fonda-

et reste attaché ail métropolitain avec quelques archiprétres et prêtre».

Le métropolite reçoit à présent, d’après le règlement de i83<j, 6,000 florins ou i5,ooo francs de traitement annuel, au lieu de 3,ooo florins. Il y a, île plus, certains domaines affectés à l'évêche de Belgrade, et consistant surtout en vignobles, près de 8emendria. Le» évêques reçoivent 4,000 florins au lieu de 3, 000.

Ou compte en Servie environ 900 ecclésiastique* : ceux de quelques villes ont seul» un salaire fixe; les autres vivent du casuel, comme en Turquie. Il y a en outre une centaine de moines. Le prince Milosch a ordonné de se borner au nombre de prêtres nécessaire pour le service de tonies les paroisses; depuis quelques années , on s’occupe à bâtir des églises, de manière à ce que leur nombre soit en rapport avec celui des communes.

Les Slaves de Turquie ont en pendant longtemps un patriarche particulier, indépendant de celui de Constantinople. ï,e moine Sava, qui se donna tant de peine pour extirper tout catholicisme dans les États de son frère le krale Étienne Némanovitch , obtint en i«ï, à un synode tenu è Niccc, que •es prélats serbes pourraient choisir euxmêmes leur archevêque. Sava fut le premier Serbe revêtu de celte dignité. La confirmation seule était réservée au patriarche de Byzance; mais, en i35i, l’empereur Étienne L)uschan fit tenir un synode serbe et bulgare à Sères , où le métropolitain fut élevé au rang de patriarche et déclaré 'indépendant de celui de Constantinople. Il était non-seulement à la tète de tout le clergé serbe et bulgare, mais son autorité s’étendait même sur une grande partie de la Macédoine. Sa résidence fut placée à la sortie du Stréla-Gora, derrière Speck, dans la haute Albanie.

Le patriarche grec prononça alors l'anathème contre les Serbes, d’autant plus que le tiar Dusrhan visait à se substituer à l'empereur byzantin; cet anathème ne fut levé qu’en 1376, sous le roi Iazarc et l’empereur Paléologue. Le patriarche grec Théophane reconnut lui-méiue l’auloiité de son rival, depuis l’Adriatique jusqu a la mer Noire. En if»po, le patriarche serbe Arsénius III Czernoieviteb , ayant poussé les SvHmvs à U révolte, émigra avec 37,000 familles en Hongrie. Son successeur Arsénius IV, Joanovrtch,'*

tions pieuses, et quoique la plupart n’offrent plus aujourd’hui que des ruines, on peut dire que ceux qui les avaient érigées ont bien mérité du

suivit cet exemple en 1737, à l'instigation de l’empereur Charles IV.

En 1760, le patriarche Samuel de Coustant inople put donc se faire un motif auprès des Turcs de ces trahisons répétées pour faire supprimer cette dignité, etrameucr les Slaves dans son giron. 11 l'acheta en conséquence, et dés lors cette place fut à l'enchère. Les Serbes ne reçurent plus que des métropolitains grecs, dont le premier fut un certain Jean Karadjia de Constantinople.

Tant que le patriarche, les métropolitains et les évêques furent slaves, ils purent tenir la main à ce que les prêtres et les moines sussent quelque chose, comme le prouvent des manuscrits qui datent de la domination turque. Ces dignitaires étaient de la nation, en parlaient la langue, et savaient qu'ils reste* raient dans le pays. Au contraire, lorsque les Grecs eurent pn.» la place des Slaves , on ne trouva bientôt plus de prêtres sachant lire convenablement. On les admettait sans exa- ‘ men , et l’on préférait à tout autre celui qui payait le plus. On ne pouvait naturellement rien attendre de gens ne sachant pas la langue et appartenant à une nation hostile aux Slaves en général et surtout aux Serbes. 1) ailleurs ils n’affermaient leur» diocèses que pour un an; ils liaient donc obligés de rassembler de I argent pour rembourser le capital avec les intérêts et pouvoir conserver leur place, 011 pour ne pas se trouver ruinés si d’autres concurrents offraient davantage.

Enfin cos prélats grecs n’étaient soiiveul que des gens sans éducation; ou cite parmi eux des banqueroutiers, des moines ayant collecté de l’argent pour eux sous la garaulie supposée d’un couvent et même des hommes entièrement tarés. Ainsi, par exemple , en 1797, un prêtre grec vint à Orschova , et se plaignit aux marchands de n’avoir pas d’argent pour atteindre sa destination. O11 fit une collecte; mais au lieu d’aller où il prétendait vouloir se rendre, il alla h Nouvel-Orschova (Adakale), auprès du commandant turc Redseiiap. Il devint paudourc, puis boulouk bas* chi ou caporal , et fit en cette qualité des courses militaires en Valachie. Pins tard il fut inspecteur du sel que Reschep envoyait en Bosnie sur des barques; mais le commandant turc devant se rendre à Constantinople, il demanda à l’cx-prétre ce qu’il désirait pour ses services. Celui-ci eut l’effronterie de demander la place de métropolitain de Bel-

pays. L’aspect des monastères a contribué sans doute à conserver parmi les Slaves chrétiens , en confondant leurs souvenirs religieux et politiques, cet esprit de nationalité qui a tnéme réagi sur les vainqueurs. Peut-être même les Bosniaques ne se sont-ils prêtés plus facilement aux exigences de l’islamisme que parce qu'ils rencontraient plus rarement chez eux des églises et des monastères.

Après la dissolution du patriarcat d’Ipek, les cloîtres fondés par les anciens rois et surtout celui de Detschian, bôli non loin de l’église de marbre où s'éleva l'église du père d’Étienne Duschan, inspiraient à toutes les tribus de la famille servienne un mélange de vénération et de regret d’un passé meilleur où se ravivait le sentiment de leur nationalité. En général, l’oppression du gouvernement turc ayant un caractère a la fois religieux et politique, les populations vaincues , au bout d'un certain temps, étaient complètement absorbées dés qu’elles abandonnaient leurs croyances, tandis que celles qui

grade. Hdehe|i l’envoya à Sophie en le recommandant pour celle charge ; mais heureusement le grand viair Kuursrhid.Pacha en avait déjà dispose pour uu piètre de Nisch, sou secrétaire et son inlerpi été peudant la guerre contre les Serbes, (adui-ci imposa ses curés et ses ouailles plus fortement que ne l’eût lait un Turc , et lorsque la guerre érlala de nouveau ( (8i5 ) entre la Servie et les Ottomans, il s’enfuit en Bosnie, et passa de là par la Hongrie à Constantinople, en porlant au cou une croix précieuse avec un ruban vert.

Il est vrai qu’un Serbe pouvait aussi aspirer à devenir évêque s’il savait te grec ; mais on lui demandait toujours plus d’argent qu’à un Grec.

Dans l’ancien royaume serbe il y avait quatre évêques qui prenaient le titre de métropolitain, savoir : ceux de Belgrade, de Nisch , d’Oujitze, de Novibanr et Prisre». ils demeti raient tous dans les Mlles et vivaient en grands seigneurs. Lorsqu’ils sc rendaient quelque part, ils étaient à cheval, etils avaient à côté d'eux ou sur un cheval de parade un sabre et une massue comme signes de leur puissance, et pour tenir leur rang parmi les Ottomans ils élaient accompagné» d’un kavas. ( Extrait de M. Vonk dans la Turquie d'Europe, par Ami Boué. )

leur restaient fidèles conservaient sous le joug uu esprit d’hostilité et de révolte. La politique du gouvernement a toujours tendu n désorganiser la résistance en fomentant les jalousies et les haines si fréquentes parmi les chefs slaves, et c'est dans leur division qu'il a mis sa force. Ne pouvant rompre chez les Serviens le lien religieux, il a cherché du moins à rançonner chèrement les consciences ; souvent il a frappé de lourds impôts sur les églises et les monastères, tirant ainsi avantage du zèle même des raïahs, qui ne reculait devant aucun sacrifice.

On a remarqué comme un fait caractéristique de la nationalité servienne que les noms de saints, qui ont subi de fréquentes altérations chez les autres peuplades de la Siavie méridionale, se sont conservés tels qu’on les prononçait avant la conquête : la même observation peut s'appliquer aux appellations locales. En Bosnie nonseulement quelques noms sont changés, mais les noms des fêtes patronales ne répondent plus aux dates (le l'ancien calendrier.

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