‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 190 sur 300 · NOUVELLES LUTTES BT SUCCÈS DES SERV1BNS · texte numérisé non relu

NOUVELLES LUTTES BT SUCCÈS DES SERV1BNS

Il était facile de prévoir que le conflit des prétentions des deux partis en présence ne pourrait être vidé que par la force. Le peuple était maître de la campagne et de ses villages , tandis que les Turcs occupaient lés forteresses selon la teneur du traité. De part et d’autre on regardait cet état de choses comme provisoire. Les chefs musulmans ne pouvaient se résigner à se voir comme bloqués dans les places soumises à leur autorité, tandis que les Serviens regardaient comme illusoires et précaires les avantages qu'on avait été forcé de leur accorder. 11 faut, disaient-ils, que la montagne protège la plaine, et que la plaine nourrisse la montagne : puisque Dieu les a réunies par des collines, ce n'est pas à l'homme qu’il appartient de les séparer.

Les Turcs auraient bien voulu que la plaine se bornât à nourrir la montagne ; mais la servitude elle-même avait préparé les paysans aux privations et aux rudes travaux de la guerre, tandis que ceux qui prétendaient dominer avaient erdu dans les jouissances du luxe et e la mollesse cette vigueur et cette activité qui avaient fondé la fortune de leurs ancêtres. Leur orgueil même était pour eux un danger de plus : pleins de mépris pour leurs ennemis , ils marchaient au combat avec la certitude de vaincre; mais le premier échec les jetait dans l’abattement, et, fermant les yeux sur les causes réelles de leur infériorité , ils reprenaient bientôt la même assurance et s'exposaient a de nouveaux revers.

Le port d’armes leur paraissait dans un raïah la plus monstrueuse des usur-

Sations. Un jour le voïvode du district e Smédérévo, Giuscha Voulitchévitch, visita cette ville. Ses armes étaient belles et sa tenue d’une graude recherche.

Comme il passait dans les rues en affectant un air d'importance , la populace s’ameuta, et dans le conflit qui s’ensuivit Giuscha fut tué. Aussitôt les Serviens coururent aux armes; ils bombardèrent et prirent la ville, et y mirent une garnison. Une violence en appelait une autre; les Turcs qui tenaient les autres forteresses, appréhendant un sort semblable , tuèrent, pour se venger, un grand nombre de Serviens qui étaient établis à quelque distance des murs d’enceinte de Schabatz. Après cette expédition, ilsappelèrent des troupes auxiliaires de Bosnie et prirent leurs précautions dans la prévision d’une attaque.

A Oujitz , ils agirent à peu près de la même manière.

Belgrade ne fut pas exempte de troubles : Guschantz-Ali s’était contenté jusque-là de se faire donner des vivres par lesServiens; mais, craignant d’être obligé de quitter à son tour le commandement de la forteresse , il commença à inquiéter les Serviens, attaqua au côte du fleuve les fortifications d’Ostrouschnitza, et fit une démonstration sur les villages de Scharkovo et de Sélesnik. Au commencement de 1806, il se donna près de là une bataille rangée.

I«i guerre allait prendre d’autres pro-

portions. Le sultan venait de déclarer qu'il était résolu à étouffer l'insurrection de la Servie. Les chefs ne reculèrent pas devant le danger, et prirent toutefois tes mesures que conseillait la prudence. Avant qu’ils intéressassent un allié puissants leur cause, la Porte jugea nécessairedefrapper ungrandcoup. Békir, le vizir de la Bosnie, et Ibrahim, pacha de Scutari , furent chargés de, réduire les rebelles. Ces deux généraux commandaient les meilleures troupes de l’empire, le premier avait sous ses ordres les Bosniaques et les Hertzégovins , le second les Albanais et les Rouméliotes.

Ils combinèrent leurs mouvements et pénétrèrent dans le pays par differentes directions.

Les Serviens n'ignoraient pas qu'il y allait non-seulement de leur liDerté, mais de leur existence -, vaincus, ils devaient s'attendre aux dernières violences d’un orgueil blessé et d'une haine féroce ; de sorte que daus ces circonstances extrêmes la résolution la plus généreuse était en même temps la plus sage. Durant la longue période de leur servitude, leur activité avait dû se porter sur les travaux des champs et sur le commerce du bétail et des denrées ; ils connaissaient doue parfaitement toutes les ressources du pays; leurs approvisionnements se trouvaient dans des lieux sûrs , et ceux qui avaient pu faire quel-

3 ues économies les employaient à acheter es munitions et des armes ; ces avantages matériels et la connaissance des localités leur donnaient déjà une supériorité incontestable sur un ennemi qui était obligé de traîner ses subsistances après lui et de s’affaiblir en avançant par l'occupation des points stratégiques et les fortes escortes que nécessitaient les convois.

Les Serviens ont en outre à un degré remarquable la faculté de se plier à tout et de trouver des expédients dans les circonstances les plus désespérées, tandisque le Turc aux prises avec la mauvaise fortune met tout son courage dans la résignation. L’instinct guerrier et le patriotisme étaient les deux vertus nui liaient le faisceau de toutes les aptitudes de ce peuple : non-seulement la guerre ne l'étonnait plus, mais il l'aimait, parce qu’il lui devait sa régénération et qu'il

avait le pressentiment qu’elle aurait pour lui une heureuse issue. Le maniement des armes , les marches savantes et les évolutions lui étaient devenus familiers. Les compagnies étaient formées par les villages, les bataillons par les naliies, les armées par les districts : chacun combattait sous les yeux d’un parent ou d'un voisin ; le lâche n’aurait eu que la ressource de déserter, et il eût été montré au doigt par les enfants et les femmes. L’organisation du service était simple; le même devoir obligeait tous les citoyens également. Tout Servien était soldat. Dans les cas pressants chaque maison envoyait contre l’ennemi tous ses hommes valides ; si le danger était moindre, on ne levait qu'un homme sur deux ou sur trois ; de sorte que la famille pouvait vaquer aux travaux ordinaires. S’il n’y avait qu’un homme dans un ménagé, il alternait avec celui de ses voisins qui se trouvait dans les mêmes conditions , et chacun d'eux faisait le service peudant une semaine. Le peuple ne recevait et ne demandait aucune paye. Chaque citoyen apportait ses armes et arrivait tout équipé. Les femmes se chargeaient de leur porter des vivres. Les paysans qui n'avaient point à faire de service extérieur conduisaient les convois a dos de mulet, soit que la guerre se fît dans le voisinage ou sur quelque point éloigné.

Un ancien compagnon d'armes de Kara-George. Raditcli Pétrovitch, qui avait fait l’abandon de sa pension de capitaine et qui était venu mettre son expérience au service de son ami, se rendit dans les montagnes du sud , u’il souleva , et crut pouvoir défenre les défilés avec un petit nombre de combattants. A l’extrémité, opposée du pachalic , Milenko prit position sur Porelsch. Cette île du Danube commande sur ce point la navigation du fleuve, dont les vagues viennent se précipiter avec l’impétuosité d’un torrent à travers la Porte de Fer dans la direction de Nisch.

La plaine que traverse la Morava bulgarienne pour se jeter dans la grande Morava offre un accès facile pour pénétrer en Servie. Cest là que se transporta Pierre Dobriniaz lorsque Parakin fut tombé au pouvoir des Serviens. Près de

L’UNIVERS

la route et sur la rive droite de la petite Morava il fonda Déligradc. Mladen, i|uj formait son arrière-garde, s’empara (le Kroujévatz et y mit garnison. Les Bosniaques, en vertu du traité qu'ils avaient conclu, furent exclus des deux districts de Jadaret de Radjévina; mais la Matschva leur resta ouverte. Cependant ils furent arrêtes dans cette direction par un retranchement que Jacob IVéuadovitch venait d’élever a Czrnabara.

Tels étaient les préparatifs de défense que s'étaient hâtésde faire les Serviens : ii cette époque ils ne prévoyaient pas encore combien la lutte serait terrible.

Les Bosniaques qui s'étaient avancés sur la Drina commencèrent l'attaque; et comparativement la guerre n’eut pas de ce coté une grande importance. Osman- Dschora passa cette rivière en face de Sokol , et brûla quelques fermes ; mais s'étant laissé surprendre par un parti de Serviens, il périt avec un bon nombre de ses soldats. Bien autrement redoutable était le vieux Méhémet capétan, qui, après s’étre réconcilié avec ses rivaux, s'était déclaré contre les insurgés; il fit des excursions dans la Matschva, qui heureusement se trouvait défendue par Stoian Tschoupitch. Ce chef inspirait la plus grande confiance à ses guerriers : souvent on le voyait retirer une pipe de la bouche d’un soldat, et continuer à la fumer lui-méme; et cependant il avait coutume de dire que la vie de ses linmmes tenait à un mouvement de ses lèvres. Ses sentences étaient irrévocables; il les prononçait sans montrer la moindre émotion et même eu souriant. Autrefois il avait servi avea Kourtschia ; ses formes n'avaient rien d'athlctique, mais son courage était extraordinaire; il se moutrait fier du nombre de ses momkis et se plaisait au récit de ses propres exploits.

Ce fut dans la plaine de Salasch , près du village de Notschaï,où il était ne, que Stoïan Tschoupitch se trouva en face des forces bien supérieures de Méhéinet. Il a raconte lui-méme comment , au plus fort de la mêlée, il rencontra le chef enuemi. Il s’apprêtait à le frapper lorsque tout à coup le vieux pacha se détourna, lui arracha sa lance avec une adresse singulière et s’éloigna de

toute la vitesse de son cheval. Une foi* qu’un poète chantait ce trait de sa vie en sa présence, il indiqua lui-mémequelques corrections au récit et fit présent au chanteur d’un coursier turc.

Ces attaques n’étaient que le prélude d’hostilités plus sérieuses. Daps le cours de l’été, les Turcs marchèreut sur Sokol avec des forces beaucoup plu* considérables. Hadji-Beg s’avança de Srebrnitza , et le corps principal , composé de trente mille nommes, passa de nouveau dans la Matschva. Le vizir ne conduisait pas cette armée en personne ; ruais il en avait donné le commandement nu séraskier Koulin capétan, dont la cruauté égalait la bravoure du vieux Méhémet.

Le district de Jadar fut dévasté par les Bosniaques malgré In teneur du traité. Koulin capétan fit piller les villages sans épargner ceux qui lui fournissaient des vivres; les principaux habitants furent massacrés, et l’on fit prisonniers les autres. Le knièze Ivan sacrifia tout ce qu’il possédait pour la rançon de ses compatriotes , et le souvenir de ce bienfait vit encore dans le pays. Cependant, comme il savait qu'on en voulait à sa vie, il fut obligé de s'enfuir, etil se fit laboureur poursubsister,

Ces dangers n'étaient pas 1rs seuls dont les Serviens fussent menacés. Jacob Nénadovitch, trop faible pour se mesurer contre un ennemi si supérieur, avait envoyé dans le camp turc son neveu Prota et Stoïan Tschapitch pour entamer des négociations. Dans de telles circonstances une pareille tentative était une imprudence. Koulin rejeta toute espèce d’accommodement •• « Yois-tu , dit-il à Prota, ces troupes innombrables? Parmi tous ces guerriers il n’en est pas un seul qui hésitât à saisir de sa main nue le glaive tranchant d’un ennemi. » Au lieu de discuter avec les envoyés, il demanda que les fortifications' de Czrnabara fussent rasées ; et, comme Prota et Stoian n’avaient pas les pouvoirs pour ratifier ces conditions, il les retint au mépris des lois de la guerre. Cette violation du droit des gens lui était avantageuse sous plus d’un rapport : d’abord il privait les Serviens de deux chefs braves et habiles , et en outre il pouvait les amener à des

Digitizfid by Coogl»

concessions importantes par la crainte de voir leurs députes sacrifiés

Cependant les Servions, qui attendaient vainement le retour des ambassadeurs, ne savaient que penser d’un si long retard. Sur la démarché de leurs chefs ils supposaient qu'ils avaient l’intention de se rendre. Aussi, lorsque les Ottomans se furent répandus dans les districts de Schabatz et de Valiévo, les habitants du pays refusèrent de continuer leur service. Chacun était pressé de revoir ses foyers et sa famille, et bientôt ils se dispersèrent. La Save était couverte de barques qui se dirigeaient vers le rivage autrichien ; car de l’autre côté du fleuve ce n'étaient que pillages, meurtres et incendies. Tous ceux que les Turcs rencontraient désarmés furent traînés en esclavage, et l’on s’empara de leur bétail. Un grand nombre, de villages firent leur soumission, rt reçurent des knièzes des autorités turques. Le peuple accusait tout haut ses chefs : « Pourquoi, disait-on, ont-ils commencé la guerre s’ils savaient ne pas être en état de la continuer ? Ils ont répété partout qu’ils n’étaient point les ennemis du sultan, et voilà qu’il a envoyé contre nous une armée qui rend toute résistance impossible. »

Les ciiefs couraient le danger d’être massacres par le peuple; ils durent se cacher dans les forêts avec leurs mornkis. Koulin s’avança jusqu’à Oustié, sur la route de Belgrade, à peu de distance de la Koloubara. Encouragé par ces succès, Hadji-Beg essaya de se frayer un passage a travers les montagnes de Sokol.

I*a position des Serviens était des plus critiques : Ibrahim, pacha de Scutari, venait de se montrer del’autrecôté des frontières, dans les environs de Nisch, à la tête d’une armee qu’on estimait être de quarante mille hommes.

Que pouvaient contre toutes les forces de l’empire quelques raïahs dont les chefs étaient ou dispersés ou sans autorité sur leurs faibles troupes ? Ce fut dans ces circonstances difficiles que Knra George mérita le renom de grand capitaine.

Il opposa à l’armée principale des Bosniaques environ quatre cents homnies sous le commandement de Katitch.

Cette force , qrn occupait une position favorable, parvint à arrêter l’ennemi pendant quelque temps , non toutefois sans éprouver des pertes sensibles. Le brave Katitch tomba glorieusement dans cette lutte inégale. Kara George conduisit un corps qui n’était guère plus considérable a la rencontre de Hadji- Beg à l’instant où ce dernier s’enga-

f;eait dans les montagnes de Sokol. Il e joignit à Perka et le repoussa de manière à lui ôter l’envie de renouveler cette expédition. Kara George, après ce succès, se porta rapidement de l’autre côté des montagnes , dan»

ces mêmes districts ravagés par les Bosniaques. 11 fit mettre à mort les knièzes imposés par l’ennemi, n’épar-

f 'liant aucun de ceux qui avaient pris e parti de se rendre, et rassembla tous les fugitifs. Inexorable dans ses châtiments , il récompensa les braves qui n’avaient pas désespéré de la chose publique au milieu de toutes ces calamités. Parmi ces derniers on remarquait Milosch Stoitschéviteh , de Pozérié. C.

jeune homme avait été élevé par des prêtres, et placé comme secrétaire près d’ilia Markovitch , qui remplissait le»

fonctions de Bouliukbaseha. à Potzérina. Sa taille était petite et sa figure douce et avenante; mais un courage à toute épreuve animait ce corps délicate. Son inaitre s’était rendu aux Turcs ; sa mère avait été emmenée en esclavage; quand suivi de quelques momkis, il s’etait enfui dans les montagnes. Il se présenta devant Kara George, qui lui dit : Tu es mon fils et tu seras le voîvode de Pozérié. Son nom rappelait à Kara George l’ancien voîvode de cette ville, frère d’armes de Kraliévitch ; et plus d’une fols le jeune homme mérita d’être comparé à ce héros. A partir de ce momeut ils agirent de concert, et parcoururent le

Êavs, excitant le peuple à la révolte.

ientôt les Turcs, inquiétés sur leurs flancs, jugèrent prudent de se replier sur Schabatz. A une heure de marche de cette station, non loin de Mischar, Kara George se présenta à la tête de sept mille hommes d’infanterie et de detlx mille chevaux, il ouvrit immédiatement un retranchement en face du camp ennemi. Il avait avec lui un mo#tier et trois pièces de canon.

L’UNIVERS

Une crise était imminente. Les Turcs, toujours présomptueux, firent sommer les Serviras de déposer les armes. Ceux-ci répondirent : « Venez les .prendre. »

Les Turcs se portèrent en avant.

Deux jours de suite ils assaillirent les ouvrages ennemis , combattant du matin jusqu'au soir ; deux fois ils rentrèrent dans leur camp sans avoir remporté le moindre avantage. Cette résistance les étonnait; cependant, confiants dans leur supériorité numérique, ils ne désespéraient pas encore du succès. En conséquence ils envoyèrent ce message aux Serviens ? « Vous avez bravement résisté pendant deux jours : mais nous vous attaquerons une troisième lois avec toutes nos forces, et nous verrons alors s'il nous faudra évacuer le pays jusqu'à la 'Drina ou si nous vous forcerons à rétrograder jusqu’à Smédérévo.

Ils permirent à un grand nombre de personnes qui habitaient de l'autre côté de la Save de passer le lleuve et de se placer sur les hauteurs ou sur des arbres pour avoir le spectacle de la bataille. C'est aujourd’hui, disaient-ils. que nous allons leur montrer comment nous traitons les heïduks.

Ce fut dans la première quinzaine du mois d'aodt 1 806 que les deux armées se mesurèrent. La nuit qui précéda la bataille Kara George envoya sa cavalerie dans une forêt voisine, en lui donnant l'ordre d'attaquer l'arriere-garde des Turcs quand ils entendraient tirer le premier coup de feu du côté des Serviens, mais pas avant. Il recommanda ensuite aux siens de ne pas tirer les premiers, mais d’attendre que les Turcs lussent à portée pour être plus silrs de leur coup. Au point du jour le séraskier, avec toutes ses forces , se présenta en bataille. Les plus braves begs de la Bosnie portaient les étendards devant l'armée. Les Serviens les attendaient tranquillement avec leurs pièces chargées.

Ce ne fut que lorsque les Turcs se trouvèrent sous le feu de leurs adversaires que Kara George donna le signal convenu. Tous les nommes de front visèrent en face d’eux, et, pour nous servir de l'expression de ces habiles tireurs.

chaque balle toucha la chair. Les étendards tombèrent. L’effet du canon jeta les Turcs dans la consternation ; au mi-

lieu de ce désordre, la cavalerie servienne déboucha de son embuscade et tomba sur les Turcs tandis que Kara George sortit des retranchements à la tête de son infanterie, et enfonça les rangs déjàébranlés. Tout plia; la victoire était décidée.

* Les principaux chefs de l’armée « turque tombèrentdevantles retranche- « ments de Mischar; Siman, pacha de « Goraschdc , le capétan de Dervente ,

« le séraskier lui-même , Koulin reç.u- <i rent des blessures mortelles. La fleur « de la jeunesse bosnienne périt autour

• de ses drapeaux.

• Les pertes des Serviens furent com- « parativemenl légères; le brave prêtre « Luka-Lazarévitch, en poursuivant l’en- « uemi avec trop d’ardeur, fut dauge- « reusement atteint. Iai déroute de « l'ennemi était complète; les chefs « qui avaient survécu à cette défaite « profitèrent de la nuit pour dérober « les restes de l’armée à la poursuite « des vainqueurs ; tandis qu'une partie « de leurs troupes se retirait à Schabatz,

« les autres essayèrent de repasser la « Drina. Mais cette retraite fut pres- » que aussi désastreuse que la bataille » elle-même. Comme les Turcs traver- » saient par détachements la forêt de x Kitog, ils se virent tout à coup entourés x et assaillis; ils perdirent sur ce point x un riche butin, et on leur reprit tous x les prisonniers qu’ils avaient faits de- « puis le commencement de la eamx pagne. Milosch de Pozérié eut pour « sa part le cimeterre de Koulin , et il « retrouva parmi les captives sa mère, x qu’il eut la joie de reconduire à sa « demeure.

« D’un autre côté, les armes de Pinx surrection n'étaient pas moins lieu- » reuses. Pierre Dobriniaz avait à lutter " contre Ibrahim, pacha de Scutari, x dont les troupes étaient encore plus « nombreuses que celles des Bosniaques, x Les résultats de cette lutte, quoique « moins brillants peut-être, avaient été

• obtenus à force de constance et « d’énergie. Les détails sur les opéra- « tions des frontières n’ont été rccueilx lis qu'imparfaitement ; nous nous x bornerons donc aux événements les << plus remarquables.

« Pierre Dobriniaz défendit pendant

« six semaines le fort de Déligrade , et

• ce fut un de ses faits les plusglorieux. « Tandis qu’il tenait ainsi le gros de « l'armée turque en échec , Mladen et « G tas vase h harcelaient sans cesse le pa-

• cha par des engagements partiels , ce « qui paralysait tous les mouvements « de l'ennemi.

« Sans doute les troubles qui agitaient « l’intérieur de l’empire ottoman aidé* « rent puissamment lesServiens; mais « la disproportion des forces qu'on « put cependant leur opposer laisse « entier le mérite de leurs victoires. Ils •• en recueillirent bientôt les fruits.

« Lorsque Kara George , après ses suc- « cès sur la Save, se porta avec une « partie de son armée vers la frontière « de l'est, Ibrahim demanda la paix; « le gouvernement l’avait autorisé à » cette démarche.

•> La nécessité d’entrer en arrange- « ment avec les insurgés paraissait évi- « dente. Les Turcs, qui n’a voient devant « eux que les seuls Serviens, avaient « été battus ; comment pouvaient-ils se « flatter de reprendre l'avantage quand « la Russie, avec laquelle tout annon- « çait une rupture prochaine, aurait jeté « son épée dans la balance?

« Dans une assemblée que les Ser- « viens tinrent à Smédérévo , ils se dé- « cidèrent à envoyer à Constantinople ■ des députés chargés d’y présenter « leurs propositions. Cette ambassade « se composait de deux knièzes et d’un « certain Peter-ltschko, Bulgare versé

• dans la politique du temps.

« A près les avantages que les Serviens

• venaient de conquérir, il n’était que

• juste de les voir persévérer dans leurs « dernières réclamations ; Peter-ltschko « défendit leur cause avec tant de force « et d’habileté qu’on put la regarder

• comme gagnée. Ce négociateur avait » accompagné en qualité d'interprète « un envoyé turc à Berlin; et pendant « cette mission il avait étudié les prin- « cipales langues de l’Europe, pour « connaître les intérêts et les ten- « dances politiques des divers Etats.

« Plus tara il se chargea de transactions

• commerciales à Belgrade , ce qui lui « valut du crédit et de l'influence .

« Dans cette position mixte, il avait ac- « cepté lerôle de médiateur. Uadji-Mou»

« tapha ne prenait aucune mesure impor- « tante sans le consulter, et pendant « que les Dabis étaient assiégés par les « Serviens, assistés d’un pacha turc, « on avait pu voir la tente de ce Bul- « gare à côté de celle de Kara George.

« Mais jamais ses talents comme négo- « ciateur ne s’étaient révélés avec au- « tant de succès que dans cette der- « nière circonstance. 11 représenta à la « Porte d'une manière si frappante le « danger auquel l’exposait une alliance « entre les Serviens et les Russes, qui » alors entraient dans les Principautés, « que le gouvernement turc crut de- « voir faire des concessions entièrement « opposées parleur nature et leur portée « à l'esprit et aux usages de la politique •< ottomane. Dès la fin d’octobre, Peter « Itschko retourna à Smédérévo avec « la nouvelle que la Porte accordait aux « Serviens la possession de leur terri- « toire, un gouvernement tel qu’ils « voudraient l’établir et même l’occu- « pation des forteresses. Elle demandait « seulement, comme marque de sa sou-

• veraineté , de nommer a Belgrade « un mouhasil,qui y résiderait avec cent « cinquante Turcs. En remplacement « des taxes de toutes sortes autrefois « exigibles et variant arbitrairement, « les Serviens seraient tenus à payer « un subside unique de dix-huit cents « bourses (un million cinq cent mille « francs), somme destinée à indemniser •• les spahis, anciens propriétaires du « sol. On voit que par cet arrangement « la Porte faisait droit à toutes les ré- « clamations des insurgés. Ils se trou-

vaient ainsi délivrés aes abus d’une « fiscalité insatiable ; leurs oppresseurs « n’étaient plus soufferts dans la pro- « vince, les garnisons se composaient « de Serviens , le port d'armes était « désormais un droit -, enfin la terre na- « taie qu’ils avaieut si longtemps fécon- « dée pour des étrangers, ils la culti-

• vaient pour eux-mêmes.

» C’était pour l’une et l'autre nation x une époque de la plus haute impor- « tance. Sans ces concessions, la Servie x n’avait d'autre ressource que celle de « se jeter dans les bras de la Russie; x cette alliance, qui edt porté le dernier « coup à la Turquie , aurait enlacé une x population active et guerrière dans

L’UNIVERS

les réseaux de la diplomatie envahissante des tsars, et l’asservissement des provinces danubiennes eilt peut-être fait éclater en Orienl les guerres qui ont désolé l'Allemagne et changé la politique générale de l’F.urope.

k Les Serviens n’hésitèrent pas à accepter des conditions qui n’étaient ue la reproduction de leurs propres emandes, puisqu’il s'agissait seule- « ment de reconnaître la souveraineté « des Turcs en acquittant un tribut « modéré.En conséquence Peter-ltschko, ■< accompagne de deux kuie/es, retourna « à Constantinople pour obtenir la ra- « tification du traité. Tout le monde « regardait cette grande affaire comme « réglée ; il y avait même déjà un com- « mencemeut d’exécution, puisque le

• moubasil qui devait occuper Belgrade « était arrivé à Smédérévo en même « temps que les députes.

« Cependant la Porte avait changé de

• résolution. Il est probable que les

• victoires de Napoléon sur la Prusse

• (1806), en augmentant la confiance « des Turcs dans l’alliance française, x avaient diminué la crainte que' leur « inspirait la Russie. Quoi qu’il en « soit , tous les intérêts opposés à cette « mesure se liguèrent pour la faire « avorter. On trouvait qu’il était in-

• juste d’expulser les spabis, auxquels « on n'avait rien il reprocher, et qu'une « somme d’argent ue représentait qu’une

• indemnité illusoire, parce que le déla- « brement des finances ne permettait « pas de l'acquitter. Le jugement du x muphty comme celui qui avait fait

• rappeler les janissaires était con-

• traire a l'esprit de la transaction, x et les oulémas lui étaieut également a défavorables. On se demandait quelle x serait la garantie de l’otieissanee des x Services s'ils tenaient les forteresses, « et si le danger auquel on s’exposait « n'était pas plus grand que celui qu'on « voulait éviter.

• Rref, le Divan, après avoir remis x l'affaire en délibération , rejeta les x conclusions du traité, au lieu de les ra- « tifier. Cependant cet acte resta comme « le type de toutes les conventions qui « furent faites depuis entre les Serviens « et les Turcs. Pour l'instant le refus

• du gouvernement, en l’abseiico de

x tout moyen coercitif pour l’appuyer, x n’eut d'autre résultat que celui de x laisser les événements se développer x d'eux-mêmes.

x Pendant ces négociations les Serx viens n’en pressèrent pas moins le x siège des forteresses qui tenaient enx corc. Les vainqueurs devaient poursuix vre leur but. Comme preuve que la x paix était conclue, les cnefs se présenx lèrenl avec leur inouhasil devant Belx grade et Schabatz. Mais cette démarx elle ne produisit aucun effet sur les x Turcs. Békir n'était aucunement disx posé à faire éloigner les Bosniaques x de la forteresse que les Serviens voux laient occuper ; ils craignaient d’être x obligé de passer l’hiver dans les retran- « chements nouvellement élevés devant x la place. Leurs prétentions nettement n arrêtées nécessitaient une nouvelle x victoire

« Kara George résolut d’agir vigoux reusemeut contre Belgrade. Lui et x ses amis Tscharapitch , Glavasch et x Miloï tenaient bloquée cette place « depuis le Danube jusqu’à la Save.

x Au nombre des krdschalis de Gousx chantz-Ali se trouvait un Albanais x delà religion grecque, nommé Kouda, x qui avait contribué activement à lu x defense de cette place. Voyant que la x guerre prenait un caractère différent x et que la question religieuse dominait x le conflit , il passa du côté des Serx viens. Cet exemple eu entraîna bcaux coup d'autres. Comme il joignait x l’habileté au courage , il fut bientôt x élevé au grade de biinbaclia. Cet x homme offrit à Kara George de s'emx parer de la place par un coup de x main. Cette proposition flattait trop x le génie aventureux des Slaves mex ridiouaux pour ue pas être accueil x lie. Accompagné d’Üuzoun Mirko, x Servien dont le physique puissant x contrastait avec la petite taille et x la souplesse de Konda , ce dernier, x secondé seulement de cinq autres x guerriers résolus, s’approcha des x tranchées intérieures. I-a place n’ax vait de ce côté que cette défense, u C’était le 12 décembre 1806; avant x les premières lueurs du jour Konda, x qui connaissait comment il convenait x de diriger ses hommes à travers les

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