‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 191 sur 300 · PROVINCES DANUBIEN!* ES · texte numérisé non relu

PROVINCES DANUBIEN!* ES

travaux de l’ennemi , passa sans être aperçu. Dans la crainted’éveiller l'attention des nombreuses seutiuelles, au lieu d'aller directement de la tranchée vers la porte qu’il voulait emporter pour ouvrir un passage aux Serviens, il entra dans la ville ; puis, revenant sur ses pas, il marcha droit vers le poste qui faisait face aux chrétiens. Une sentinelle lui cria : Qui vive! il répondit : Momkis de l’Ousur - Beg ( momkis du commandant des krdschalis) : comme il parlait le turc, il passa sans éveiller de soupçons , et put continuer sa route jusqu'à la dernière garde, sur laquelle il tomba brus-

Suement. Comme on célébrait la fête u baîrani, on prit pour une démonstration toute naturelle les coups de feu qui s’échangerent sur le point où avait lieu la lutte. Konda avait chèrement acheté son avantage ; quatre des siens étaient tombés. Quoique blessé, ainsi que Mirko, il réussit , à l’aide du seul Servien qui lui restait et qui n’avait reçu aucune atteinte, à forcer la porte. Miloï se précipita par ce passage, taudis qu’au milieu de la confusion de l’attaque, Kara George emportait les retranchements.

Les Turcs coururent aux armes, et se battirent avec le courage du désespoir. Le peuple tirait des fenêtres; et, comme on ne pouvait faire le siège de chaque maison, les Serviens mirent le feu à la ville. Alors les assiégés, contraints de descendre dans les rues pour combattre, furent taillés en pièces par les assaillants. Dans ce conflit Tscbarapitch. qui avait forcé la porte ditedeStamnoul , trouva une mort glorieuse. A dix heures du matin Belgrade était prise. Cependant les meilleures troupes turques s’étaient retirées dans la citadelle , et il n’était pas facile de s’en emparer..

* En conséquence les Serv iens occupèrent l'Ue que forme le Danube du côté du sud ; de cette manière ils pouvaient Intercepter tous les secours destinés k ravitailler la place. C’est en s'emparant de celte île que jadis Soliman était parvenu à réduire Belgrade. Vers la lin de décembre Gouschautz-Alise vit forcé de capituler. Il s'embarqua avec ses krdscjialis sur

•< huit navires, et descendit le Danube « jusqu'à Widin.

« Le résultat immédiat de cette capi- « tulation fut l’installation, comme coin- « mandant du fort, de Soliman-Pacha » par les Serviens eux-mêmes , confor- « mément à ce qu'on espérait de Cons- •< tantinople.

« La conduite des Serviens annonça •> d'abord la plus grande modération.

« Kara George, en s'emparant de Bel- « grade, avait interdit le pillage; deux » nommes, pour avoir enfreint ses ordres « formels, furent mis à mort; et, pour « servir d'exemple, on suspendit leurs « restes aux portes de la ville. Sa pro- « tection s'étendit à tous ceux qui abanx donnèrent la forteresse pourveuir se « mettre sous sa sauvegarde.

» Cependant il paraît probable que x dès ce moment le massacre de tous x les Turcs était résolu. Quand Gousx chantz-Ali passa avecsa flottille devant x Poretsch , elle fut canonnée par une x batterie que Mileuko avait élevée sur « ce point; et les Turcs n'échappèrent x a ce danger que grâce à la rapidité x du courant. Cependant tel était x l’acharnement des Serviens qu’ils les « poursuivirent en caïques et qu'ils x attaquèrent les fugitifs jusque sur le x territoire autrichien. La conduite de x Gouschanlz en cette circonstance est x bien loin d'une telle déloyauté; les x momkis chargés de conduire ses chex vaux par la voie de terre jusqu'à Wix din avaient été pillés et tués , ce qui x ne l'empêcha point de renvoyer x sans leur faire aucun mal les otages x qu'il avait emmenés de Belgrade.

x II faut convenir qu'en général les x Turcs se montraient peu scrupuleux x à tenir leurs engagements, surtout x envers les raïahs; aussi les Serviens x ne souffrirent aucun d'eux dans la ci- « tadelle, et leur ôtèrent tous les mo- « yens de s’évader. Ne sont-ce pas, dix saient-ils, cès même hommes, partisans x des dahis , dont l’oppression a été si •' odieuse et sur lesquels nous poux vous enfin venger le meurtre par le x meurtre? Leurs vêtements sompx tueux et toutes leurs richesses ne prox viennent-ils pas du pillage de la Ser- « vie?

„ Les Turcs portaient la peine de

y GooqIc

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« leurs anciens panures; ils avaient •• appris aux raïahs la guerre et ta tra- « hison. Lorsque Soliman , sur la déx claration qu'il ne leur serait payé à « l'avenir aucun subside , demanda à » se retirer sous la protection d'un sauf* « conduit, on eut égard à sa demande; « mais à peine s'était-il mis en marohe « avec ses deux cents janissaires et plu- « sieurs familles qui avaient cru pru- ° dent de l'accompagner qu'il tomba » dans une embuscade. Ses gardes, qui

• auraient dd le protéger, firent cause x commune avec les assaillants, et pas » un Turc n'échappa à la mort. Le " massacre s’étendit bientôt jusqu’à » Belgrade. Pendant deux jours on « égorgea tous les Turcs qu’on put « découvrir : plus tard ceux qui s'é- » taient dérobés à la vengeance des » chrétiens, gens sans aveu pour la “ plupart, furent envoyés à Widin. 11 « y en eut qui se firent chrétiens, comme, « au temps de là conquête, des Serviens « s'étaient faits Turcs. Les dépouilles x des victimes enrichirent Mlaaen, Mi- « loï, le knièze Sima-.Markovitcli, Ilitch " et d'autres.

x Dans ces exécutions sanglantes la x haine du peuple contre ses oppres-

• seurs se donna pleine carrière , haine x longtemps contenue , mais ravivée par « la guerre et pressée de se satisfaire

• à la faveur d’une récente victoire. Les

clinuts populaires des Serviens n’ont

• point célébré ces funestes représailles, x Les vieux kmètes secouaient la tête « en disant : C'est mal ; l’expiation arx rivera tôt ou tard ! Mais ils n'osaient x s'exprimer ainsi en public-, on les aux rait accusés d’être du parti des Turcs.

« Quant aux jeunes gens , poussés » parle cours favorable des événements, « ils continuèrent les hostilités avec une x nouvelle vigueur et comme s'il ne « s’était rien passé d'extraordinaire.

» Au mois Je février la reddition de » Schabatx fut accompagnée de scènes « non moins horribles. Alors Kara

• George attaqua Oujitze avec l'armée de « la Schoumadia. LesTurcs, après avoir « rompu le traité , s'étaient empressés « d’élever des fortifications autour de x la ville. Il s'agissait d’abord pour les « .Serviens de s'en rendre maîtres.

« C’est devant cette place que Mi-

« losch Obrénovitcli fit ses premières « actions d’éclat et qu'il reçut uneblea- « sure grave. Après Belgrade , Oujitze x est la ville la plus considérable du « pacha lie; au mois de juin 1807

• elle tomba au pouvoir des Serviens, « qui pour cette fois n'offrirent pas aux « Turcs de l’occuper.

« Les anciennes limites de leur x territoire ne suffisaient plus aux vainx queurs. Jacob Nénadovitch s’était em-

• paré sans difficulté des districts de « Jadar et de Radjévina , et il n’avait » rien négligé pour pousser les Bosniax ques à la révolte. D’abord il leur enx voya des députés qui répandirent des x proclamations ; mais ces agents avaient x été mal choisis ; l’un d’eux était un esx croc adonné à l’ivrognerie et qui fut « surpris et tué dans un moment d’ix vresse; l'autre était un moine qui, se x voyant seul, ne voulait point exposer x sa vie. Jacob chargea ensuite de la x même mission quelques hommes arx més. Ils réussirent a soulever plusieurs x villages, et tuèrent un collecteur de la x taxe; mais les Turcs arrivèrent, et x tout rentra dans l’ordre. Enfin Jacob x fit construire un navire pour assurer x les communications entre les deux x rivages de la Drina. Il y embarqua x un millier d’hommes qui descendirent x de l'autre côté du fleuve , et s’y rex tranchèrent fortement. De ce point x il espérait agir sur la population chréx tienne de la Bosnie; mais les Turcs x déconcertèrent ce nouveau plan. Ils x commencèrent par bloquer le fort e* x passèrent sur le rivage des Serviens.

x Le résultat de cette fausse manœuvre x fut que Jacob se vit inquiété luix même et obligé de défendre Losnilza.

x George vint a son secours; il lui en- « voya une partie de scs hommes d’Ou- « jitze , bien montés et équipés sous le x commandement d’un chef habile , le x brave Miloï. Celui-ci ne parlait des x Turcs qu’avec mépris , et prétendait « les faire prisonniers par centaines :

x cependant l’effet ne répondit pas à » ses espérances. Les Esclavons et les « Albanais mahométans sont des soldats « d'un grand courage. Au premier enga- « gement Miloï perdit son casque, et il x ne dut son salut qu'à la vitesse de « son cheval arabe.

• Pendant le reste de l'été, on ba- • tailla sans avantages marqués soit en - rase campagne , soit au pied des re- « tranchements qu'avaient élevés les « Turcs. Aux approches de l'automne « les Turcs repassèrent la Drina.

* Cependant Milenko avait tourné ses a vues vers la Kraîna, où les conditions « de la paix n'avaient pas été observées; « mais Molla pacha, successeur de Pas- « van-Oglou, lui opposa une forte résis- « tance, et malgré l'assistance de Kara- « George et de quelques Russes qui se <■ montrèrent là pour la première fois « il ne put rien faire de décisif. Tout se « borna pour les Serviens à l’occupation « de la montagne de Mirotsch , entre « Poretsch et fa Kraîna. •

Dans les temps de révolution , où il s'agit de renverser à tout prix l'ordre ancien devenu insupportable, le courage et le génie militaire sont les premières des vertus aux yeux du peuple.

Nous avons vu dans le récit des événements qui précèdent que l'oppression systématique des Turcs avait forcé des raïahs, trop fiers pour accepter le joug, à se jeter dans le brigandage. La nature du pays se prêtait merveilleusement à cette "carrière aventureuse, et la haine de la tyrannie l’ennoblissait en quelque sorte. Aux plus mauvais jours de la servitude, des Slaves chrétiens, des heïduks ont emporté avec eux - dans leurs retraites inaccessibles le sentiment de l'indépendance servienne et la volonté généreuse de lutter jusqu'à la mort contre leurs tyrans. Au milieu de leurs actes même les plus condamnables , ce trait moral les place bien au-dessus des momkis, milice turbulente et avide qui regardait le pillage et le meurtre comme le salaire de ses services. Dans ce duel à outrance entre les deux races, il était naturel que les uns vinssent chercher du butin et les autres de la gloire. Parmi ces derniers, Veliko se distingua par des exploits qui contribuèrent au succès des Serviens.

Cet homme avait demandé la permission d’avoir sa propre bannière et d’appeler des volontaires autour de lui. « Je « ne désire qu’une chose, disait-il, c’est o de reconquérir la Czrna-Réka, ma terre « natale. » Les chefs serviens, sachant que Véliko renouvellerait ses sollicita-

tions jusqu’à ce qu’on eût exaucé ce vœu patriotique , lui accordèrent ce qu’il demandait. Bientôt il fit parler de lui. Avec une poignée de soldats , il assiégea le beg de Podgoratz. Pour réduire les troupes de la garnison , qui étaient de beaucoup plus considérables que les siennes , il imagina d’entasser des tonneaux bourrés ae paille les uns sur les autres au pied de la forteresse, puis il mit lefeu à ces matériaux, et bientôt les flammes enveloppèrent les tours et les créneaux; ce qui força l'ennemi à se rendre. Il donna au beg un sauf-conduit jusqu’à Widin; mais d’abord il changea avec lui de vêtement et de cheval , et s’empara de tout l’argent qu’il possédait. S'il ne put se dépouiller entièrement du caractère de sa profession , il remplit avec dignité son rôle de chef. Après la reddition de Podgoratz, il assembla tous les siens , nomma quelques bouloukbaschi et même un bimbaschi , et distribua aux troupes la moitié du butin; il envoya le reste à Belgrade.

Les chefs, qui étaient habitués a des demandes de fonds, ne s’arrêtèrent pas à ce qu’avait de présomptueux la conduite d’un brave qui donnait au lieu de réclamer. Quand un corps turc s'avança de Widin contre lui , il ne parut aucunement découragé; il lutta sans désavantage avec sa petite troupe et par un coup aussi heureux que hardi il força l’ennemi à se retirer. A la faveur de la nuit, il se glissa dans le camp des ennemis, et s'écria en langue turque :

Véliko est ici ! Véliko est vainqueur ! Aussitôt il tomba sur les gardes à demi éveillés , et les dispersa sans résistance. L’homme qui venait de rendre de tels services avait raison de se croire digne d’un commandement. A partir de cette victoire il prit le titre d’hospodar de Czrna-Réka.

Tous les épisodes de cette lutte n’eurent pas une issueégalement heureuse ; cependant , en somme , l’insurrection triompha dans tout ce qui était d’une importance réelle, et contre toute probabilité.

Ainsi les Turcs furent définitivement expulsés du pachalic ; les raïahs avaient conquis le port d’armes , signe de leur liberté; ils étaient en possession de leur territoire et des forteresses ; leurs

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frontières comprenaient les districts de Jadar et de Radjévina , la montagne de Mirotch et la Czrna-Reka.

Les Turcs étaient loin de s'attendre à un dénodment semblable; le jour même de la prise de Belgrade , ou du moins vers cette même époque, Itschko avait apporté de Constantinople , au lieu de la ratilication des traités, les teskères ou quittances du haratscli que les Serviens avaient effacées une fois pour toutes avec leur sang. Cet échec était humiliant pour la Turquie; et cependant il était nécessaire à sa régénération. Menacée sur le Danube par les populations chrétiennes , il fallait qu'elle perdit encore le Péloponnèse et quelques îles de la Grèce pour que sou affaiblissement rnlt a découvert les plans ambitieux de la Russie, et que les puissances de l'Occident, justement alarmées, entreprissent la grande croisade politique dont le résultat sera la solution de ce problème : Le système de l'islamisme peut-il se consolider en se modifiant?

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