‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 199 sur 300 · RESTAURATION DO POUVOIR DES TURCS · texte numérisé non relu

RESTAURATION DO POUVOIR DES TURCS

On eût dit que les cruautés commises par les Serviens devaient trouver leur châtiment dans le rétablissement de la tyrannie Un motif moins excusable encore nue la vengeance, la cupidité des voïvodes, avait terni l’éclat de leur triomphe ; la spoliation avait suivi les massacres ; et si le droit qu'a toujours le vaincu de résister à l’oppression justifiait leur récente révolte , ils n’avaient plus du moins celui d'accuser la cruauté de leurs ennemis. I,es Turcs, en se montrant à leur tour impitoyables, pouvaient rappeler aux Serviens toutes les horreurs commises à Belgrade par les insurgés triomphants. L'avidité des chefs, surtout celle de Mladeu, qui commandait alors la garnison, de Miloï , auquel obéissaient les bekjares , et deSima Narkovitch, knièze de la nahia de Belgrade, avait passé toutes les bornes. Devenus riches par le pillage, ils s’étaient intimement lies avec Kara- George, qui avait prété les mains à ces exactions. Il en était résulté qu'un parti puissant, en appuyant dans des vues intéressées le commandant en chef, se permettait des violences qui donnèrent lieu à des mécontentements d'abord et ensuite à une opposition formelle. On a pu voir dans ce qui précède que les hospodars s'étaient fréquemment révoltes contre l'autorité de

Mladen et de Miloï ; et, dans le fait, ces deux chefs gouvernaient Belgrade presque aussi durement que Kara-George lui-mcme. On en voulait surtout à Mladen, dont l'influence était prépondérante. Dans cette lutte les nospodars se virent vaincus ; ceux d’entre eux qui avaient montré le plus de résolution furent obligés de s'enfuir, et l’on se priva ainsi d'une force qui , au moment du danger, aurait pu soutenir efficacement la cause du pays. Il n’existait dans la Servie ni ordre militaire ni aucune institution qui formât le lien de la nationalité; la défense commune reposait presque entièrement sur la possession et les influences locales.

Le parti qui s'était formé à Belgrade, ayant puissammentcontribuéà l'établissement du pouvoir monarchique, se réserva une large part dans l’exercice de l’autorité : Mladen et le knièze Sima avaient rempli les plus hautes fonctions; mais ils étaient incapables de remplacer ceux qu’ils avaient fait exiler. Dans cette fatale année de 1813 leur conduite avait été plus que jamais funeste au pays; l'un était cause de la mort de Veliko, et négligea de défendre la Morava; l’autre avait laissé les Turcs se porter sur Schabatz sans avoir même essayé de les arrêter. C’est à ces influences êt aux conséquences qu’elles entrainèrentqu'on peut attribuer un désastre si prompt et si général ; et c'est ainsi que se vérifia la prédiction des vieux knièzes : qu'un jour ou l'autre les atrocités de Belgrade retomberaient sur le peuple.

A peine la fuite de Kara-George futelle connue que les sénateurs suivirent son exemple et se réfugièrent en Autriche. A la nouvelle que les Turcs occupaient Belgrade , on abandonna le projet d'envoyer vers la capitale Milosch Obrénovitch avec un corps de deux mille hommes. Tous les chefs et les voïvodes les plus distingués mirent le Danube entre eux et l'ennemi. Vouitza, avec les trois mille hommes qu’il commandait, abandonna Déh grade , et il ne se crut en sûrete que lorsqu'il eut atteint Pantschova. L'armée servienne et tous les corps qui la composaient étaient en pleine dissolution.

Il eût été difficile de prévoir un changement si complet et si brusque. Les

Diail

3ogle

chefs qui avaient passé en Autriche furent envoyés dans diverses forteresses; Kara-George à Glatz. M laden à Bruk ; Jacob Vouitza, le knièze Sima et I.éonti furent traités de même; ce ne fut que plus tard et à l’intercession de la Russie qu’ils obtinrent tous la permission de passer en Bessarabie. Quant aux chefs d'un rang secondaire, bien qu’on les eût laissés libres en Autriche, aucun d'eux ne se hasarda a retourner en Servie. Il y eut cependant quelques chefs qui restèrent dans le pays; mais, redoutant la vengeance de leurs compatriotes , ils se cachèrent dans les montagnes. Les Turcs rentrèrent donc en maîtres et sans la moindre opposition dans cette malheureuse province.

La reprise de ces forteresses qui avaient coûté tant d’efforts aux chrétiens pouvait être comparée à une promenade militaire. Au seul bruit de leur arrivée, la garnison de Schabatz se mit eu fuite. En un moment, l'autorité des Ottomans se trouva établie dans les villes , les palariks et les villages.

Le pouvoir des Serviens avait été si complètement détruit dans une seule campagne qu’il avait cessé d'inspirer la crainte. Il leur avait fallu neuf années de lutte pour le maintenir, et il ne fallut pour le renverser que le temps de venir le reprendre.

Cependant tout espoir n’était pas perdu. Tous les voïvodes n’avaient pas abandonné la patrie ; et parmi les hospodars un seul, Milosch Obrénovitch, était resté sur la rive gauche de la Save , déplorant les malheurs publics et cherchant dans le passé des leçons

Ïiour l'avenir. Comme il cheminait le ong du neuve, Jacob Nénadovitch voulut visiter encore une fois Sabreschie, où Milosch s'était arrêté pour faire rafraîchir ses chevaux , et il essaya de lui persuader de s’enfuir. « Que ferais-je de (a vie en Autriche, lui répondit Milosch , pendant que l’ennemi aura venducomme esclaves ma femme , mes enfants et ma vieille nlère? Non ! quel que soit le sort réservé à mes compatriotes , je suis décidé à le partager. »

Milosch eût rougi d’abandonner le pays à l’heure du danger. Tous les raisonnements de Jacob ne firent aucune impression sur lui. Il poursuivit son

chemin vers Brousnitza, où était sa dumeure. L'ennemi n’avait pas encore paru dans les districts du sud, et l’hospodar pouvait espérer de s’y maintenir. Il mit une garnison dans Oujitza, distribua aux bekjares des vêtements et des armes, et il se flatta que le peuple obéirait h ses ordres. Cependant les Turcs s’avancèrent : on jugea toute résistance impossible. Chacun , dans des circonstances si critiques , s'estimait heureux de pouvoir conserver sa demeure , sa femme et ses enfants en se soumettant promptement aux vainqueurs. Tous ces corps se débandèrent ; la garnison d'Oujitza , à la nouvelle de l'approche des Turcs, s’enfuit sans avoir brûlé une amorce.

Milosch ne pouvait résister ouvertement. Cependant l'attitude qu’il avait prise ne laissait pas que de donner à réfléchir aux chefs de l’armée ottomane. Ils jugèrent que pour pacifier le pays la meilleure mesure à prendre c'était d'obtenir la coopération de quelque chef servien dont l’influence auraitaction sur le peuple. Ils s’adressèrent donc à Milosch , en lui promettant que, s’il voulait les aider à rétablir la tranquillité et l’ordre , ils le feraient prince et gouverneur avec les mêmes avantages dont il avait joui sous Kara-George.

Cette proposition était d’une haute importance pour la Servie , quoiqu'elle cachât peut-être une pensée plus profonde qu'on ne l’a généralement supposé. Malgré leur présomption naturelle, les Turcs s’étonnèrent de la facilité avec laquelle l’insurrection venait d’être réprimée , et en comparant cette campagne avec les précédentes ils attribuèrent sans doute la différence qu'ils rencontraient dans les Serviens actuels avec ce qu'ils avaient été dans les guerres precedentes à la forme du gouvernement imposée par Kara-George.

Sans renoncer à aucun des avantages que leur assurait la victoire , ils crurent donc utile à leur domination de couvrir ce qu'elle avait d’antipathique et d’odieux aux yeux des chrétiens d’un nom populaire et respecté. Les Serviens y gagnaient de leur côté en voyant que l’élément national n’était pas entièrement proscrit par leurs anciens maîtres.

L’UNIVERS

Quoi qu’il en soit, Milosch ne déclina point cette proposition; dans le village de Takovo il déposa ses armes aux pieds del'aga Ali-Sertschesina, delibascna du grand vizir. L'aga n’accepta que le sabre; il lui rendit ses pistolets, sa carabine et sa dague, en lui permettant de les porter comme autrefois , et conformément à la promesse qui lui avait été faite , il le reconnut comme grand knièze de Roudnik. Cet engagement une fois pris, Milosch s'appliqua non-seulement a pacifier son district, mais il engagea les autres voïvodes à cesser toute résistance , comme il venait de le faire lui-même. Ali aga lui témoigna toutes sortes d’égards ; il alla même’ jusqu’à lui proposer de le présenter au grand vizir à Belgrade. Celuici le reçut avec de grands honneurs , et le confirma dans la dignité de grand knièze de Roudnik.

Soliman de Skopié, qui avait été nommé pacha de Belgrade , était peu favorablement disposé à l’égard des Serviens : il avait eu souvent occasion de les combattre dans les guerres précédentes ; cependant il consentit à accepter ce pachalik. « Voyez ! dit-il en présentant Milosch à ses courtisans, voici mon bien-aimé basch-knièze , mou fils d'adoption : vous le voyez aujourd’hui doux et modeste ; mais plus d’une fois j'ai été obligé de fuir devant lui , et en dernier lieu, à Ravani , il m'a fait une blessure au bras. Cest là , ajouta-t-il en montrant la cicatrice, cest là, mon fils d'adoption, que tu m’as mordu !» — « Cest vrai, répondit Milosch; mais désormais cette main, je veux la couvrir d’or. » Là-dessus Soliman le déclara grand prince de Roudnik, Poschéga et Kragoujévalz; il lui fit présent d’une belle paire de pistolets et d'un cheval arabe.

Plusieurs autres chefs serviens suivirent l'exemple de Milosch et se réconcilièrent avec les Turcs , tels qu’Abraham Loukitch, vieillard éloquent , qui avait été sovietnik et que tout le monde estimait , ainsi que le voivode Axenli, qu'on fit knièze de Belgrade.

On leur accorda aussi la permission de porter des armes, et quelquefois on eut égard à leur intercession en faveur de leurs compatriotes. Stanoï Glavasch

était resté dans le pays ; mais, comme il avait été heïduk , il ne pouvait être élevé à la dignité de knièze. Il eut la charge de serdar dans le district de Smédérévo , et on lui accorda comme aux chefs que nous venons de nommer la faculté ae sortir armé.

Malgré ces concessions, les Turcs n’en étaient pas moins décidés à reprendre tous leurs droits de domination entière et exclusive. Attendu que les termes du traité n’avaient point été observés dans le sens de leur interprétation , ils se regardèrent comme entièrement libres d’en négliger les principales stipulations. La conquête les avait rétablis dans le pays; ils le gouvernèrent selon leur bon plaisir.

Le pacha tint une force imposante qu’il distribua dans les diverses localités, même dans les places de peu d’importance ; par exemple à Batotschina et Hassan-Passina-I’alanka , il mit deux à trois cents Albanais et Bosniaques, que les districts voisins devaient nourrir et payer. Ces troupes formaient une sorte ae force exécutive.

Grâce à ces mesures protectrices on vit rentrer non-seulement les spahis , mais les Turcs qui avaient été forcés de s'exiler. Ils trouvèrent presque tous, dans les villes et les palanks , leurs maisons détruites ; mais ils rentrèrent en possession de leurs propriétés , non sans méditer une prochaine vengeance. En effet, à peine se virent-ils définitivement installés qu'ils mirent à mort ceux qu’ils regardaient comme leurs ennemis particuliers.

Les Serviens ne pouvaient raisonnablement se flatter qu'on les laisserait administrer la justice, comme il avait été stipulé dans le traité de Bukarest ; les choses furent même pires que jamais : tandis que précédemment il n'y avait eu qu’un seul moussélim dans chaque district, Soliman établit ces fonctionnaires dans des places du second ordre , où il n’y en avait jamais existé. Quand aux cadis qui étaient chargés d'administrer la justice conjointement avec le moussélim, il n’en fut pas même question.

Le pacha éleva le chiffre de la porièza , et les Turcs eux-mêmes furent chargés de percevoir cet impôt. Soli-

inan jugea utiled’accoutumerles paysans

à des corvées; il les employa a construire les fortifications ; et, comme on les tenait a ce travail des semaines entières sans leur laisser de repos , il en périt un grand nombre. Les Turcs témoignaient à cet égard une si complète indifférence qu'on les soupçonna d’en avoir tué eux-mêmes plus que l’excès de la fatigue n’en avait emporté.

Un des premiers soins de l’administration fut de retirerau peuple ses armes offensives. Les grandes comme les moindres durent être rendues. Lesserdars furent chargés de parcourir le pays pour les recevoir ou en faire la saisie.

On voyait souvent des femmes pleurer en apercevant les armes de leurs parents ou de leurs amis entre les mains des Turcs, qui affectaient de les montrer. Les femmes durent se défendre désormais elles-mêmes; celle de Miloscb fut obligée de prendre le costV?,e d’une paysanne lorsque le mous- 8élim visita sa demeure.

Les persécutions et les humiliations auxquelles les Serviens étaient sans cesse exposés étaient une source continuelle d’irritation et d’alarmes. Le souvenir encore récent de leurs victoires rendait le présent insupportable, et donnait à l'oppression le caractère d’une insulte.

Il est possible.que l'issue de la grande guerre européenne, en renversant le pouvoir du conquérant qui s’était déclaré l’allié des Turcs, ait fait entrevoir aux Serviens la possibilité de lutter avec moins de désavantage contre un gouvernement qui, à son tour, serait menacé par la Russie.

Il suffisait du plus léger incident pour exciter des troubles qui pouvaient conduire a une insurrection générale.

En 1814, vers la fin de l'automne, le moussélim de Poschéga et un ancien voivode, lladji Prodan de Sjénitza , s’étalent rencontrés avec les gens de leur suite au monastère de Tarnova, où ils avaient cherché un refuge contre la peste. Un jour que le moussélim et le voivode se promenaient dans la campagne , leurs hommes se prirent de querelle en leur absence, i/abbé du cloître prit, parti pour ses compatriotes , et les Turcs furent saisis et pillés. Cette dis-

pute, insignifiante en elle-même, occasionna un soulèvement général dans les districtsde Poschéga et de Kragoujévatz, et il s’étendit jusque sur le territoire J® Jagodina. lladji Prodan, qui s’était bâté de quitter le moussélim, n’épargna rien pour propager l’insurrection ; et il exhorta Miloscb à se mettre à la tête du mouvement, comme l’avait fait autrefois Kara-George.

Mais Miloscb n'aurait pu prendre un parti décisif dans de telles circonstances. Il devait beaucoup à la faveur des Turcs, et d’ailleurs il était persuadé que ce coup de désespoir, risqué sans aucune préparation , ne pouvait qu’échouer et causer la ruine totale du pays. 11 crut donc devoir agir dans un sens absolument contraire. Accompagné d’Aschim- Beg, moussélim de Roudnik, avec lequel il s’était lié par une fraternité d'adoption, il se rendit a Poschéga pour y étouffer la révolte. Mais à leur arrivée Hadji Prodan s'enfuit. Miloscb continua sa marche jusqu’à Kragoujévatz, où, après avoir gagné par ses conseils quelques-uns des meneurs , tels que Simon Postrevatz, Rlagoï de Knitsch et Voutschitch , il n’hésita pas à échanger quelques coups de fusil avec ceux qui refusaient de se soumettre. Les insurgés tenaient déjà la campagne, mais lorsqu'ils virent que Miloscb était décidément contre eux , ils profitèrent de la nuit pour se disperser. lorsqu'ils furent instruits de ce qui s’était passé , les mécontents de Jagodina se sauvèrent dans les forêts; et , de cette retraite, ils sollicitèrent leur pardon.

Tout en s’efforçant de rétablir la tranquillité, Miloscn veillait d’un autre côté au salut de ses compatriotes; il facilita la fuite de quelques-uns. Les femmes de la maison de Hadji Prodan étaient tombées entre les mains des Turcs ; il parvint à les faire sauver ainsi que la plus jeune d’entre elles , s» bellesœur, qui parvint à s’évader sous des habits d'homme. Le premier il avait donné avis de l'insurrection à Soliman- pacha en lui annonçant qu’il allait la réprimer; et il obtint la promesse que, si les Serviens rentraient a’eux-mémes dans le devoir, on ne sévirait contre personne, à l’exception de Hadji Prodan . qui devait servir d'exemple.

L’UNIVERS

Mais la conduite du pacha ne répondit point à ces promesses. Le kiaïa de Soliman ne retourna à Tschatscliak que lorsque tout fut rentré dans l’ordre : il força les habitants à dénoncer les meneurs, qu’il emmena avec lui chargés de chaînes. Heureusement que Milosch parvint à le détourner du dessein uu'il avait de piller les villages iusurgés dans les districts de Eragoujévatz et de Jagodina, dont il voulait réduire les habitants en esclavage. Il parvint à changer la résolution de ce fonctionnaire en le menaçant de l’abandonner et de lui laisser tout le soin de pacifier le pays. Cependant ces menaces ne purent empêcher que les plus compromis dans cette échauffourée ne fussent pris et envoyés à Belgrade. Malgré l'assurance donnée par le pacha lui-même qu'on se contenterait de leur faire payer une amende et de leur administrer un châtiment corporel, on en décapita cent cinquante devant les quatre barrières de la ville. L’abbé de Tarnova avec trente-six autres Servions subirent le supplice du pal ( décembre 1814 ). Ils étaient tous pleins de jeunesse et de courage, et descendaient de familles illustres; c'étaient autant de raisons pour que les Turcs se montrassent impitoyables.

Ce châtiment si cruel n’était que le prélude des mesures qu'on allait prendre pour ôter aux Serviens le désir et les moyens de s’insurger de nouveau.

Sous le prétexte de rechercher les armes, car la révolte venait de prouver qu’il y en avait beaucoup de cachées, on commit les derniers outrages. Des Bohémiens mahométans, quand ils rencontraient des Serviens, les forçaient à échanger les habits qu’ils portaient contre leurs haillons. Tout ce qu’on trouvait dans les maisons en fait d'habillements et qui n’était pas 5 l’usage des femmes était conGsqué, quoique provenant d’achats. Souvent, pendant ces I>cri|uisitions, les Turcs remplissaient de cendres des sacs pareils à ceux où l’on donne l’avoine aux chevaux; et, après les avoir suspendus au cou des femmes, ils frappaient dessus avec violence de manière à faire voler la cendre, oui remplissait la bouche et les narines de ces malheureuses. On liait aux uns les pieds et les mains; et on les suspen-

dait par les extrémités, en faisant supporter à leur corps de lourdes pierres' pendues à des cordes. D’autres étaient nâtonnés jusqu’à ce qu’ils expirassent d'autres embrochés et rôtis. La plumé se refuse à retracer des atrocités d'un1 autre genre. ,

On n’épargna pas même aux chefs ces persécutions. Parmi ceux qui furent exécutés à Belgrade . il se trouvait d'anciens sénateurs entourés de la vénéra-i tion de tous , tels que Milia Stravko-' vitcli; des voïwodes vieillis et honorés, tels que Stéphen Jacoblévitch. Les fonctions de serdar ne purent pas même

Îrotéger Stanoï Glavasch; il fut exécuté, ùen qu’on n’edt rien à lui reprocher.

On représenta respectueusement au pacha qu’en agissant avec cette cruauté il compromettait les intérêts du Grand- Seigneur. Ce fut même l’avis d’un Turc, Bégonovlianin , qui autrefois n’avait pas épargné les Serviens. Le pacha écoutait tranquillement et se contentait de répondre qu'il était loin d'agir avec la rigueur que lui prescrivaient ses instructions, et que, somme faite, il était peut-être trop indulgent.

Quel parti restait il donc à prendre?

Milosch pouvait-il -voir de sang-froid qu'on violât à ce point les promesses qui lui avaient été faites en considération de ses services? Il se trouvait par hasard à Belgrade lorsqu'on y apportait latéte de Glavasch. • As-tu vu cette tête, knièze? lui demanda un Turc de la suite de Soliman ; ce sera bientôt le tour de la tienne. » — ■■ Bah! répondit le Servien, il y a longtemps que je ne regarde plus comme la mienne celle que je porte sur mes épaules! »

En effet, comme il se préparait à uitter Belgrade , les Turcs essayèrent e le prévenir; mais il avait pris la précaution d’acheter soixante esclaves du pacha, et parmi ceux-ci se trouvait une femme il une grande beauté, de sorte qu’il lui devait plus de cent bourses.

11 lui persuada que lui seul et Dmitri pouvaient vendre le nombre de têtes de bétail suffisant pour couvrir cette somme , et le pacha le laissa partir.

Le lendemain matin , Milosch et Dmitri sortirent de la ville. Le parti du knièze était pris; depuis les derniers événements il n’y avait plus à balancer.

A Czrnoutschka, au milieu des montagnes de Roudnik, où depuis le retour des Turcs il avait fait élever une maison avec ses dépendances sur la pente d’un coteau escarpé , il trouva rassemblés non-seulement ses momkis, mais un assez grand nombre de Serviens dévoués, prêts comme lui à tout entreprendre. Tous ces hommes avaient abandonné leurs demeures, où il n’y avait plus de sûreté pour eux. Le jour, ils s occupaient à faire des éclaircies dans la forêt et à planter des arbres fruitiers; la nuit, ils se rendaient dans les districts du voisinage pour s’y faire des partisans, et délibérer sur fe meilleur parti à prendre dans les circonstances présentés. Il est probable qu’à cette époque leur espoir n’allait pas jusqu’à la délivrance de la patrie; mais ils aimaient mieux lutter à ciel découvert que d attendre chez eux les bourreaux des Turcs. La certitude de ne point succomber sans vengeance les soutenait, et tous étaient décidés à vendre leur vie aussi chèrement que possible. C’était le même sentiment qui régnait dans la Servie lorsqu’éclata la première insurrection.

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