INSTITUTIONS ET GOUVERNEMENT DE MILOSCH
Ce qui rendait plus facile la tâche de Milosch , c’est que les principes sur lesquels on pouvait fonder en Servie un gouvernement libre se trouvaient déjà préparés. Il n’avait pas besoin de reprendre les choses par le commencement ; il lui suffisait de les rétablir sur le même pied où elles étaient au temps de Kara-George.
C’était surtout le cas pour ce qui regardait la juridiction : les actes de
violence dont les Turcs s’étaient rendus coupables dans l’administration de la justice avaient été en grande partie la cause des troubles précédents, et la rupture avec le pacha actuel avait eu pour motif les attributions que le dernier traité avait assignées à son moussélim.
On institua des cours pour les différents degrés de juridiction.
Pour les villages, la cour se composait des anciens et de ce qui restait des knièzes ; elle était particulièrement chargée des mesures d’ordre en matières civiles; sa compétence rappelait celle de nos juges de paix.
Ceux qui ne voulaient point accepter ses décisions en référaient à quelqu’une des cours établies dans les villes de district, dont les magistrats furent nommés dans les mêmes conditions attributives que sous Kara -:George.
Elles se composaient d’un président , de deux membres et d’un secrétaire.
Ces magistrats n’étaieut pas sans doute des hommes instruits; mais ils rendaient leurs verdicts conformément à la coutume et selon leurs lumières.
Les cas embrouillés, surtout en matières de commerce, étaient portés devant les personnes de la même profession regardées comme les plus habiles, les plus expérimentées et les mieux famées. Et comme en général elles ne montraient pas moins de bon sens que de perspicacité , on s’en tenait presque toujours à la décision de ces arbitres.
Cependant, si l’on contestait la justice de ces décisions, on pouvait recourir à la cour suprême, qui n’était autre que le soviet sous Kara-George et qui, depuis 1815, avait formé la cour de chancellerie.
Si l’on pense à l'ancienne marche des affaires en Servie, où le pouvoir réel était entre les mains des voïvodes; si l’on se rappelle que le mouvement avait pris naissance au milieu d’une insurrection militaire sous des chefs isolés, ou comprendra sans peine pourquoi le pouvoir judiciaire n’avait pas joui d’une grande indépendance.
Il est vrai qu’il y avait encore des kniezes à la tête des districts ; mais dans le fait il n’étaient que les suc-
cesseurs des voïvodes , des chefs militaires.
Les knièzes faisaient exécuter les jugements des cours de district; mais, comme ils leur étaient supérieurs, ils ne les traitaient pas avec beaucoup d’égards. Milosch se regardait comme le chef de la cour suprême , qui était tenue de le suivre quaud il changeait de résidence. Ce ne fut qu'en 1825 que la cour suprême, apres avoir reçu plusieurs améliorations , fut établie définitivement a Kragoujévatz. Le prince se réservait aussi les sentences de mort : son frère Jéphrem était le seul qui partageât ce privilège dans les districts de Schabatz et de Valiévo.
Comme la cour nationale ou su-
[irême n'était que la continuation de 'ancien sénat, le peuple n'a jamais cesse de la regarder comme étaut investie du droit de prendre part à l’administration du gouvernement. Mais l'exercice de ce droit ne lui était point accordé. Milosch ne croyait pas avoir besoin d’avis et de conseils pour les choses de haute administration.
Dans les commencements, il parut vouloir respecter au moins les knièzes.
Il traitait comme ses égaux les plus distingués d'entre eux. En s’adressant à ces knièzes il les traitait de Sei- (j neurs , leur présentait des pipes lorsqu'il recevait leur visite, et il approuvait généralement toutes les mesures qu’ils avaient cru devoir prendre dans leurs districts respectifs.
La double autorité confiée à Milosch le rendait de plus en plus indépendant. Comme président élu par la nation, il défendait les droits des Serviens contre les Turcs; comme investi des plus hautes prérogatives par le gouvernement de la Porte, il maintenait dans l'ordre les chefs qui eussent été disposés à lui résister. Depuis la paix de Bukarest , cet amalgame uans le pouvoir était devenu une nécessité politique; mais on pouvait reprocher a Milosch de faire surtout servir son influence a son intérêt personnel. Au printemps de l’année 1821, -il eut à combattre quelques résistances.
Deux des knièzes les plus considérables du pays au delà de la Morava, Mark Abdoula et Stephen Dobriniaz, avaient, pendant leur séjour à Belgrade, formé
une alliance avec le pacha, qui avait promis de les reconnaître comme indépendants, et avec les spahis. Forts de cet appui, ils déclarèrent que dorénavant ils ne recevraient plus d'ordres de Miloscli. Mais le prince trouva bien le moyen de les faire obéir. Il envoya immédiatement des troupes dans leurs districts; et, s'ils n'eussent été secourus par des forces expédiées en toute hâte par le pacha, leur perte était imminente. Maraschli-Ali donna pour prétexte qu’il voulait prévenir une insurrection; mais Milosch répondit qu'il savait mieux qne personne comment il fallait s'y prendre avec les Serviens, et que, si le pacha ne voulait être témoin d'une révolte générale, il n'avait rien de mieux à faire que de faire retirer ses troupes et de se mêler dorénavant de ce qui le regardait.
C’était précisément à la même époque qu’éclataient en Valachie les troubles excités par les hétairistes. I-e pacha craignit que les Serviens ne se joignissent à llvpsilanti, et il rappela ses troupes. Alors les knièzes récalcitrants et tous ceux qui avaient pris leur parti furent déposes sans qu’il en résultât aucun désordre. Un d’eux, Topalévitz. knièzede Grousclia, craignant d'être compromis h cause d’une lettre qu’il avait écrite, feignit d’être en démence, et s’enfuit à l’étranger; Milosch lui donna Voutscliitch pour successeur.
Ces exemples de fermeté accoutumèrent par degrés les knièzes à la subordination et a l’obéissance; ils finirent par reconnaître Milosch pour leur supérieur après l’avoir longtemps regardé comme leur égal. Non-seulement c était lui qui les nommait, mais il les destituait quaud il le jugeait convenable. Il déterminait leur traitement, se réservant de l’augmenter ou de le réduire selon sa volonté. Bientôt il lui en coûta de leur donner le titre de knièze , et il aimait mieux les appeler serdar ou kspitans. Et en effet leurs fonctions étaient militaires : tous étaient ses officiers.
Comme ils se dédommageaient avec leurs subordonnés de la contrainte où les tenait le pouvoir suprême, il en résulta que les classes inférieures, qui ne pouvaient peser sur personne, durent se soulever encore une fois.
L’autorité de Milosch différait peu de
celle d’un pacha; il exigeait l'impôt avec nu moins autant de sévérité qu'en avaient déployé jadis les Turcs; quanta la quotité, il n’y avait pas eu la plus légère réduction. Les knièzes. de leur côté, rappelaient les moussélims; ils se permettaient les mêmes outrages et aggravaient leurs exactions par des contraintes personnelles.
Les paysans, lorsqu'ils réfléchissaient a ce qu’on exigeait d’eux et aux traitements qu'il leur fallait endurer, trouvaient qu’ils avaient gagné bien peu de chose après tant d’efforts et de sacrifices. Peut-être même avaient-ils plus d'aversion pour le pouvoir qui pesait sur eux, parce que ceux qui l’exerçaient avec si peu de ménagements étaient peu de temps auparavant leurs égaux.
Vers la lin de l'année 1824, deux paysans du district de Roudnik, nommes Giourovitch et Ratkovitch. vinrent se plaindre des knièzes etde Milosch. On ne saurait dire au juste s'ils avaient été réellement lésés ou s’ils furent poussés à celte démarche par le désir d'être nommés eux-mêmes knièzes. Ce qu'il y a de certain, c’est qu’ils témoignèrent un grand mécontentement et qu'ils essayèrent même d’exciter une rébellion.
Cependant ils trouvèrent peu de sympathie dans leur district, qui était celui de Milosch. La première personne à laquelle ils s'adressèrent pour l’engager à se joindre à eux les dénonça. En conséquence Ratkovitch fut saisi et conduit à Kragoujévatz pour y subir un interrogatoire devant lacoursupréme.Onpeut se faire une idée de l’état de barbarie où le pays était encore plongé et du cas qu on fai-ait de la vie d’un homme par 1 incident qui coupa court au procès. Le prévenu avait été confié à la garde d’un momki. Celui-ci, auquel on avait bien recommandé de ne pas le laisser échapper, trouva plus sûr de lui brûler la cervelle. Giourovitch fut également conduit à Kragoujévatz, interrogé et mis à la torture pour le forcer à nommer ses complices. Le paysan répondit : • Quand inéme je trahirais mes compagnons, je n’en serais pas moins un homme mort. •
Il expira au milieu des plus cruelles souffrances.
Depuis ce moment Milosch et ses knièxes redoublèrent de surveillance.
Lorsqu'au milieu de l’année 1855
le knièze de Smédérévo, Péter Voulitschévitch, fut informé qu’un paysan passait pour avoir été lié avec ceux qui avaient conspiré et qu’il persistait dans les memes desseins, il se rendit aussitôt dans le village où demeurait cet homme pour l’arrêter. Il le Ht saisir par ses momkis pendant la nuit , et on l’amena dans la maison où s’étsit logé le knièze. Celui-ci s’était flatté d’étouffer ainsi la rébellion ; mais elle éclata immédiatement et précisément à cause du moyen qu’il avait jugé propre à la prévenir. j
Exaspérés par la conduite arbitraire de Voulitschévitch , les paysans se soulevèrent. Ils étaient indignés qu’on eût saisi un des leurs pendant la nuit , au lieu de s’être adressé a la commune, ce que prescrivait la loi , et que le knièze eût agi, précisément, disaient-ils, comme font (es voleurs. Ils se portèrent en armes devant la maison du knièze , et le forcèrent à relâcher le prisonnier.
A peine Voulitschévitch fut-il retourne a Asanja, sa résidence habituelle, que le peuple de l’endroit se mit en insurrection, de sorte oue le mouvement paraissait prendre les proportions d’une révolte sérieuse.
Milosch, sans perdrede temps, envoya des troupesà Asanja, sous lecommandement de son frère cadet Jovan Obrénovitch. Mais cette mesure ne Ht qu’ag-
fraver le mal. Les hommes que conuisait Jovan prirent parti pour ceux contre lesquels leur chef leur ordonnait de se battre. Celui-ci se trouva dans un danger si pressant qu'il offrit d’entrer en négociations. Il consentit à plusieurs demandes des rebelles, mais conditionnellement; car il n’était pas autorisé à traiter, et tout dépendait du consentement de son frère, qui seul , disait-il, était le maître. Lespavsans demandaient avant tout qu’on déposât Voulitschévitcli et qu’on nommât à sa place la personne qui probablement avait excité l'insurrection. C’était un certain Miloï D|ak, qui, au reste, devait ce surnom clérical a une circonstance indépendante de sa vocation ; il avait été élevé par un ecclésiastique qui espérait le faire entrer dans la carrière religieuse. Il avait renoncé depuis longtemps à ce
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dessein ; et, après avoir été secrétaire de Kara-George, il s’était décidé pour une profession plus lucrative, celle de marchand de cochons. Comme il traversait le pays pour affaires de commerce , il lia connaissance avec plusieurs riches paysans : il s'entretenait avec eux des intérêts du pays ; et, comme il parlait avec facilité, il se fit bientôt une grande réputation.
Jovan, comme nous venons de le dire, promit oonditionnellement que. Miloï serait nommé knièze; les paysans auraient regardé comme un triomphe d’avoir emporté la nomination d’un knieze. Mais le diacre était trop au courant des choses pour ne pas savoir que sa dignité future n’ctait rien moins qu’assurée. Il visait à une situation plus elevée. Déclarant que l’intention de Jovau était d’abuser le peuple, il se rendit à llassan-Passina-Palankaet leva contre Milosch l’étendard de la rébellion. Le peuple accourut en foule autour de lui. On 'se plaignait surtout de l’arrogance des kniezes, de leur avidité insatiable, de leur inhumanité, qui rappelait celle des Turcs, et des corvées qu’ils imposaient aux paysans. Quelques-uns firent ressortir des abus d'un autre ordre , et signalèrent surtout l’impôt de la porièza comme excessif et vexatoire.
Décidés à renverser un tel gouvernement, les paysans se partagèrent en deux corps ; l’un marcha contre Jovan, qui prit la fuite; l'autre sur Pojarévatz, le siège de l’autorité; ce dernier était sous le commandement de Miloï Djak , et se grossissait de moment en moment. Les insurgés pillèrent les habitations des knièzes de Jasénitza et Lapéilitza, qui s'étaient attiré l'animadversion du peuple. Les premières trou-
Ïies que Milosch envoya contre les re- >elles furent défaites; c'était une compagnie de momkis, qui se virent forcés de rentrer dans Kragoujévatz sans leurs chevaux. Déjà l’on tremblait dans cette ville; Milosch lui-même parut hésiter. Cependant il reçut des secours de Jagodina, Poschéga", Oujitze. Voutschitch, qu'il avait fait knièze de Grouscba, était lermement résolu à le soutenir. I.orsu’il demanda aux momkis qui venaient 'être battus où ils avaient laissé leurs chevaux , ils lui répondirent : Nous ver-
rons demain où seront les vôtres. Ils regardaient la multitude des insurgés comme irrésistible.
Mais Voutschitch persista dans son opinion, et leur dit qu'ils n’auraient pas dil attendre qu’on les attaquât, ce qui ne convenait qu’à des femmes. Nommé commandant par Milosch, et comptant sur des secours qu’on s’empressa derendre disponihles, Voutschitch marcha contre les rebelles qui campaient près deTopola. Il fortifia la hauteur qui leur faisait face , et dès le lendemain matin il commença l’attaque.
Heureusement pour les assaillants, Miloï Djak avait été blessé au commencement de l’action et s’était vu forcé de s’éloigner. Prives du chef qui les avait soulevés et dont l'influence seule avait tout fait, les rebelles furent bientôt dispersés.
Les vainqueurs se ruèrent sur les villages où l’insurrection avait commencé et sur ceux où elle s’était propagée, et y commirent les mêmes atrocités qui accompagnent d'ordinaire les succès des Turcs.
De tous les incidents qui marquèrent la carrière de Milosch, la prompte répression de cette révolte fut |ieut-étre le plus heureux.
Déjà un mouvement qui présentait le même caractère commençait dans le district de Belgrade, où il eût été plus dangereux , parce que deux chefs distingués, fils de ce Tschapitch qui devait sou élévation à Kara-George, allaient se mettre à la tête des mécontents. Lorsqu’ils apprirent la déroute de leur parti a Topola , ils désespérèrent de pouvoir amener des changements utiles , et pour échapper au danger qui les menaçait ils se réfugièrent à Pnnsehova, sur , le territoire autrichien. Il est vrai qu’ils ne se rebutèrent pas pour cela : manquant dans l’exil de données précises sur l’état réel du pays et trompés par ces illusions que les" émigrés adoptent si facilement, ils crurentqu’en rentrant en Servie ils feraient partager leur mécontentement aux autres. Leur espoir était de faire une révolution qui renverserait non-seuleinent le pouvoir de Milosch et des knièzes, mais celui des Turcs. Des maîtres d'école de Belgrade rédigèrent pour eux une proclamation
où il parait, car ce document n'existe plus, que l'on promettait une récompense pour la tête de Miloscli et une plus considérable pour celle de Voutschitch.
Lorsqu’ils jugèrent qu'il était temps d'agir, les freres Tscliarapitch se rendirent dans la forêt d’Avola, accompagnés de leurs adhérents domestiques.
Mais le désastre de Topola était trop récent; la proclamation resta sans effet. On traqua les rebelles dans la forêt, et, quoiqu'ils ne fussent pas étrangers à la vie de brigands, l’on finit par les découvrir dans une caverne. Persuadés qu'on ne les épargnerait D3S, ils firent une résistance désespérée et périrent tous. Quant aux auteurs de la proclamation, qui n'étaient point du pays, ils furent mutilés d'une manière horrible.
I.e peuple, quoique vaincu, n’avait pas moins conservé le sentiment de sa force. Les knièzes disaient : « Oui, cette fois , Miloscli a eu le dessus; mais cela peut changer. »
Cependant ces révoltes toujours renaissantes obligèrent le pouvoir à s'occuper dusortdes paysans. Voutschitch fut renvoyé, et les knièzes de Jasénitza et de Lepénitza n’obtinrent pas leur réintégration. Outre les plaintes personnelles. il y eu avait qui regardaient le droit de propriété ; le gouvernement y eut égard. Quant aux meneurs de la révolte , bien qu'on ne les eût pas poursuivis immédiatement, on trouva moyen de les châtier plus tard. A tout prendre, on peut dire qu’après la répression de ces mouvements insurrectionnels le pouvoir se trouva plus fortement assis que jamais. ,
Les knièzes, commandants militaires du peuple qu'ils savaient faire obéir, étaient de leur côté entièrement sous la dépendance de Milosch, qui se trouvait ainsi maître absolu dans le pays.
Four discipliner une nation récemment soustraite au joug des Turcs et qui u'écliappait aux rigueurs de la servitude que pour se jeter dans les excès de la liberté, cette sorte de dictature était peut-être nécessaire. Sans doute Milosch, en exerçant despotiquement le pouvoir, n’avait d'autre but que de satisfaire son ambition; mais il y avait
une grande différence entre la domination d'un Servien élu par le peuple et l'oppression systématique et humiliante des Ottomans.
D'ailleurs l’état général des affaires était tel que, malgré bien des tiraillements d’intérêts et en dépit des mécontentements personnels, les Serviens n’avaient rien de mieux à faire qu’à obéir. Ceux qui avaient exercé jadis les hautes fonctions militaires et qui avaient tenu exclusivement dans leurs mains les rênes du gouvernement étaient encore en Servie, et ils disposaient des forteresses. Aucun traité n'établissait la nature des relations entre les Serviens et les Turcs. Marasclili-Ali était mort depuis quelques années avec le regret de n'avoir pu faire en Europe ce qui lui avait si bien réussi en Asie. Comme les conventions de la pacification n'avaient eu d'autre garantie que sa simple promesse, rien n'empéchait désormais les Turcs de profiter ae la première occasion favorable pour rentrer dans leurs anciens privilèges. Ils n'avaient pas cessé de considérer les Serviens comme obligés de leur rendre certains services domestiques, suivant l'ancienne coutume La seule chose qui garantissait aux Serviens cette indépendance gu'ils avaient achetée au prix de tant d’efforts, c'était uue puissante organisation militaire, sous te chef qui les avait guidés pendant les dernières années et qu’ils avaient eux-mêmes solennellement reconnu. Tout désordre intérieur menaçait en même temps leur existence politique. Il y avait sans doute des résistances parmi les paysans, dont les regards n’allaient pas au delà d'un rayon borné ; mais l'idée qui dominait dans le sentiment national, celledel'unite serbe, était inséparable de celle du gouvernement fondé par Milosch. Tout le inonde était persuadé qu'il s'était arrogé d'avance les droits que plus tard on lui avait conférés : il* avait fait construire des églises sans en demander l’autorisation au pacha ni au Grand-Seigneur; et cette liberté eut l'assentiment du peuple. C'est aux sympathies nationales qu'il dut de conserver une autorité qui sans cet appui n'aurait eu qu'un caractère précaire.
Cependant ces dispositions changé-
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rent avec le temps. Les événements qui eurent une grande influence sur les destinées de l’empire turc agirent sur la Servie, qui vit enlin un ordre de choses stable et régulier succéder à tant d’incertitudes et de tiraillements.