CHAPITRE XXXI
ADHINISTBATION INTERIEURE. OPPO- SITION CONTEE MILOSCH.
Au nombre des demandes que les Serviens adressaient au sultan en 1820, celle qui regardait particulièrement la position de Milosch ne fut point prise en considération à Akiermami. On se contenta d’y stipuler que la nation aurait le droit d'élire librement son chef. Peut-être la Russie, qui était maîtresse des conférences, jugea-t-elle qu’il ne convenait pas de mêler à une question d’intérêt général des conditions de personnes et à des résultats qu’on voulait permanents des intérêts que le temps et les circonstances pouvaient détruire ou changer. Quel qu'ait été le motif des parties contractantes , on no toucha en aucune manière à ce point; du moins c’est un fait appuyé par des autorités dignes de foi.
En 1817, Milosch avait été élu par ses compatriotes pour leur chef; dix
ans plus tard (1827), dans la diète qui se rassembla pour prendre connaissance du traité d’Akiermaun, cette élection fut renouvelée. Les grands knièzes , les knièzesde districts etles anciens, leclergé et les membres des cours de justice, tant en leur nom qu’au nom de la nation et de ceux de leurs frères qui dorénavant se réuniraient à eux , se déclarèrent sujets de son Altesse Sérénissiine le prince Milosch Obrénovitch et de ses descendants, de génération en génération, et disposés à le reconnaître comme leur prince et seigneur.
Ils signèrent en corps une pétition dans 'laquelle ils suppliaient le Grand- Seigneur de leur donner un métropolitain serbe et de nommer Milosch Obrénovitch pour leur prince héréditaire. Mais à cette époque d'hostilités et de violences on ne pouvait donner suite à de telles demandes. Dans le traite d'Andrinople, aussi bien que dans le firman qui parut quelque temps apres, on s'occupa de la nation et nullement du prince. Lorsque, en 1830, Milosch communiqua ce Grman à l’assemblée, il fit ressortir l'avantage qu’il y aurait pour le pays à ne plus être gouverné par des officiers turcs, qui, en succédant les uns aux autres, n’avaient d’autre but que celui de s'enrichir aux dépens du peuple, mais par des hommes associés à la cause de tous, également prêts à vivre et à mourir avec leurs freres. Il ajouta en même temps que, le but des Serviens étant presque atteint, il était dans l'intention de se retirer , et que la nation pourrait alors choisir pour prince l’homme qu’elle jugerait le plus digne de la commander. Cette allocucution eut l'effet qu’il s’était proposé : il fut réélu pour la troisième fois. L'assemblée le salua du titre de prince donné par Dieu. On supplia la Porte de le confirmer comme knièze et comme chef légitime , dont les descendants devaient lui succéder, attendu que la résolution de la nation était unanime et irrévocable.
La Porte crut ne pas devoir résister plus longtemps à ce voeu; elle le fit d'autant plus volontiers que Milosch avait rendu quelques services dans la dernière guerre , entre autres celui d'envoyer à l’armée des approvisionne-
L’UNIVERS
monts par le Danube , secours dont l'armée impériale avait le plus grand besoin. Ainsi dans le liatli-scliérif de 1830 il était exprimé en termes formels que Milosch devait être maintenu dans la dignité dcknièze, qui, après lui, passerait à sa famille. Le bérat qu'il reçut de la Porte était conçu en ces termes: «Que la dignité de priuce devait lui être asssurée sa vie durant et qu'à sa mort elle serait transmise à son fils aîné, puis à son petit-fils. »
Le gouvernement turc appuyait sur ce point que c’était par faveur spéciale et par choix que cette faveur était conférée à Miloscli, et qu’il la devait à sa fidélité : c'est sous de tels auspices qu'il était appelé à continuer de gouverner le pays pacifié. Cependant Milosch ne put obtenir que son nom fût mentionné dans le traité communiqué aux puissances étrangères; ce qui eût rendu l’exécution de ces clauses indépendante des caprices de la. Porte. Sa position resta donc ce qu’elle avait été, celle d'un homme revêtu d’une autorité mixte, où se combinait la suprématie de la Turquie avec le droit conféré par l'élection. 11 est même permis de supposer qu’il n'avait pas une idée bien nette du véritable caractère de sa dignité de prince. Ce n'était pas sans de grands efforts qu'il était parvenu à ce résultat; et il parut croire qu'après avoir obteuu lin bérat et un liatli-scliérif il n’avait rien de plus à espérer. Il se regarda dès lors comme le fondateur d’une dynastie dont l'autorité était désormais inviolable.
Cependant, à considérer mûrement cet état de choses, les probabilités se présentaient comme contraires à ce qu’il attendait, et même dès les commencements. On se rappela qu’une opposition violente s’était manifestée à l’intérieur contre son pouvoir, et qu’après être parvenu à écarter ses rivaux il eut à lutter contre ceux même par l’entremise desquels il voulait gouverner, tout en les réduisant au rôle de simples instruments. Il se vit forcé de combattre contre tous ces ennemis et de réprimer la révolte à force de sévérité.
A la skouptschina de 1827, il crut nécessaire de s’excuser de la dureté de
son administration en lui donnant pour motif la nécessité de sévir contre tous ceux qui contrariaient ses vues et ajournaient pour des raisons personnelles le grand plan de l'émancipation serbe. Il était évident que, si la nation jugeait nécessaire de lui obéir, c’étail parce que tout le monde sentait le besoin de l'ordre et de l'unité sous une main ferme.
Mais le but auquel on aspirait était atteint. La Servie était indépendante, elle avait- la garantie de la Porte et celle d'une des grandes puissances de l’Europe. Tous les districts, qui précédemment n'avaient eu qu’un lien sympathique, formé par la communauté d’origine, de langage et d'intérêts, étaient désormais réunis en un même corps de nation. Aucune réaction ne paraissait à craindre, du moins quant au présent. Mais pouvait-on se flatter qu’un peuple naturellement fier et turbulent accepterait avec résignation le gouvernement dur et entier de Milosch précisément à l’instant où le sentiment national se trouvait relevé par la déclaration récente de l'indépendance?
Milosch aurait dû se préoccuper davantage de cet état de choses; car, quoi que pût faire le Grand-Seigneur, rattachement de la nation et uue élection trois fois répétée étaient pour Milosch un titre plus solide et plus réel que toutes les faveurs d'un sultan.
Si la nation venait à l'abandonner, il n’était rien moins que probable que le sultan continuerait a le soutenir, uniquement à cause du bérat qu’il lui avait accordé. Il lui eût toujours été facile de trouver quelque prétexte pour annuler un acte émané do son bon plaisir. Il était donc du plus haut intérêt pour Milosch de conserver la faveur du peuple, et les circonstances lui en faisaient une loi plus qu’à tout autre souverain. F.n développant dans la Servie émancipée les germes d'une véritable civilisation , il eût pu se concilier toutes les sympathies généreuses et contribuer d'uuc manière puissante à la régénération des populations chrétiennes dans l’orient de l’Europe.
Ces conseils lui. furent donnés plus d’une fois. L’historien Ranke, dans la première édition de son ouvrage, disait
en propres termes : "Et nous avons lieu d’espérer que Milosch emploiera tout le pouvoir dont il a été investi dans des temps de troubles pour s'affranchir de l’influence turque, et qu’il assurera à la Servie les bienfaits delà paix en faisant
Srogresser le peuple confié à ses soins ans la voie du bien-être moral i t matériel. Cette marche lui est conseillée au nom de sa propre gloire et de ce que les hommes estiment par-dessus tout.
Alors seulement le peuple l’entourera d’affection, quand il se trouvera heureux et protégé par de bonnes institutions. Cest de cette manière qu’il associera dans son souvenir le nom de Milosch à celuides Némanias. Il ne saurait exister de sécurité sans lois. Ni le nombre des momkis, ni la force des armes, ni le dévouement des courtisans ne sauraient suffire. I-a sécurité d'uu prince repose sur celle que son peuple trouve dans de sages lois. Sans doute que ces lois, Milosch ne les empruntera pas à l’Europe -, car la différence des mœurs n’en permettrait qu'imparfaitement l’application; mais il les fera claires et simples, pour qu’elles soient en harmonie avec le caractère national : elles garantiront la propriété et la liberté religieuse et civile dans les limites que prescrivent le droit et l'unité de l'État. Sur ces matières il consultera les lumières et l’expérience des anciens de la nation. Il faut que ces lois soient à la fois fermes et protectrices. C’est ainsi que les Servieus apprécieront tous les avantages de son gouvernement et qu’ils pourront se convaincre que dans ce qu’il a fait
S 'ici le prince avait plus en vue leur !t que le sien propre. En tenant une telle conduite ii 11’aura plus à craindre le retour des exilés et de tous ceûx qui ont abandonné le pays depuis Kara- Ceorgc ; les habitants' des provinces voisines désireront vivre sous son gouvernement.
« De même qu’il n’y a point de sécurité dans l’administration intérieure sans loi, de même aussi les Servieus n 'échapperont à l’influence dos Turcs qu’en cultivant leur intelligence. Lanaiion, il est vrai, a secoué leur joug; mais elle ne cessera d’étre dominée par leurs mœurs et leur esprit qu’en se mettant au-dessus d’eux, en développant les qualités pro-
pres à son génie. Une fois que cetle supériorité sera acquise, les Servieus pourront se regarder comme réellement émancipés. Milosch, comme il en a souvent témoigné l’intention , établira sans doute des écoles sur une large échelle dans tout le pays ; et leur organisation répondra aux besoins de son peuple En enseignant la religion chrétienne dans sa pureté, il n’aura rien à craindre; le cierge ne pourra abuser de son influence. Les chants populaires apprendront à la jeunesse l'histoire nationale, et ce (fui paraîtrait devoir y être modifié le serait conformément aux principes de l’Évangile. Ilieu ne serait plus dangereux pour la génération qui s'élève qu'une demi-instruction, dont le seul résultat serait de fausser les esprits. Quant aux connaissances scientifiques de l’Europe, on pourrait arriver graduellement à les douner aux élèves. C’est seulement par des moyens semblables que lesServiens, devenus supérieurs aux Turcs, acquerront cette force morale et ces lumières dans lesquelles réside le bonheur d'un peuple. Le sol est préparé ; il n’attend plus que le bienfait d'une boune semence. »
Pour mieux faire comprendre comment Milosch fut entraîné par degrés à abuser du pouvoir qui lui avait été remis, il ne sera pas inutile de remonter à l'époque où l’acte d’Akiermann touchant la situation de la province arriva en Servie. Le 15 janvier 1827, en présence des knièzes et des notables il lit donner lecture dans l’église , par sou secrétaire Dmitri, du discours suivant :
« Très-vénérable métropolitain ( celui d'Oujitza), vénérables et. honorés membres du clergé ! nobles knièzes et trèshonorés kmetes, mes frères! lorsque le cruel Soliman suçait notre sang, empalait ou tuait nos frères, que nous étions pour ces causes en guerre avec lui , et que je m'étais rendu, au péril de ma vie, au milieu des Turcs, je donnai d’abord le conseil d'implorer la grâee de notre trèshaut Empereur, alin qu’il mît fin à cette effusion de sang, qu’il nous reçût parmi ses sujets et posât les fondements de notre bonheur à tous. Comme je savais que les empereurs d’Europene souffrent jamais de rebelles, mais qu'ils les blâment et sévissent contre eux; moi. le
L’UNIVERS
plus petit des princes, n'ayant rien plus ;i cœur que de rendre heureux le pebple et d'établir une bonne administration intérieure, je ne pouvais que me régler sur eux et les prendre pour modèles. D’ailleurs il ne convenait pas d’irriter celui que je devais supplier; je tombai donc à genoux devant le sultan et j’implorai sa grâce. Vous avez entendu plus d'une fois vous-mêmes, soit à table, soit dans les combats , que je demandai toujours a Dieu qu’il voulut amener le cœur du sultan à la miséricorde , et l’apaiser par sa sainte intervention.
« Notre protecteur a agi dans ce sens depuis un an ; déjà, il y a six ans, nous avions envoyé une députation à Constantinople mais la révolution grecovalaque interrompit les négociations.
L’empereur Alexandre aurait, avec le temps accompli nos désirs; le Très-Haut l’a appelés lui. Or, il a ordonné généreusement, de son lit de mort et dans son testament à son successeur et frère l'empereur Nicolas , régnant glorieusement sur la Russie, de s’interposer pour nous, comme luimême l’avait fait (à ce moment le peuple cria par trois fois : Dieu reçoive son .âme ! que sa mémoire dure a jamais!)
« L’empereur actuel pressa donc le sultan de terminer nos affaires ; et ie me sens heureux, mes chers frères, ae pouvoir vous donner la bonne nouvelle (iue le sultan a bien voulu signer avec 1 empereur Nicolas un traité accordant aux Serbes les droits demandés, en vertu desquels nous sommes appelés à devenir une nation européenne. (Ici on donna lecture de l'article 5 de la convention d’Akiermaun (1). )
(l) Voulant dunuer à la cour impériale de Russie une preuve de ses vues amicales et de son zèle actif pour l'accomplissement exact des conditions du traité de Rukarcsl , la Sublime Porte Ottomane exécutera toutes les stipulaliousdu dix-huitième article, concernant le peuple serbe, qui , d'ancienne date comme sujet tributaire delà Sublime Porte, a plein droit à sa faveur et àsa magnanimité. La Sublime Porte Uxera, de concert avec les députés du peuple serbe, les reglements qui seront reconnus les meilleurs pour lui coufirmer et assurer les privilèges promis par les
- Vous le voyez mes frères, le temps approche où notre chère patrie prendra rang parmi les Etats constitués et où notre nation connaîtra les bienfaits de
stipulations du traité. Ces privilèges serviront au peuple serbe tant comme juste récompense de sa fidélité éprouvée envers l'empire ottoman que comme la plus sdre garantie que cette fidélité restera inaltérable. Les hautes parties contractantes ont reconnu, ainsi qu'il a été déclaré dans un acte particulier annexé et conclu par les plénipotentiaires respectifs, qu'il est absolument nécessaire de déterminer un délai de dix-huit mois pour les recherches et les pourparlers indispensables dans le réglement de ces matières. En conséquence il est arrêté que les déterminations sur les points arretés seront fixées avec le consentement de la députation serbe à Constantinople , et seront mentionnées avec les détails nécessaires dans le très-haut firrnan qu'un batti-schérif confirmera et qui sera exécuté dans le délai le plus court possible, mais dans tous les cas pas plus tard qu'à l'expiration des dix-buit mots convenus. Ce firman .devra être soumis a la cour impériale de Russie et ne sera qu’alors reconnu comme partie insépablc de cette convention. La conveulion d'où est extrait ce cinquième article a été ratifiée par sa Majesté Impériale le U octobre i8s6. — 11. Acte particulier de la Servie. La Sublime Porte , mue uniquement par le désir de remplir rcligieuscmeul les stipulations du huitième article du traité de Bukarest, a déjà
Ei mis aux députés serbes de lui soumettre I demandes de leur peuple sur tout ce qui est le plus nécessaire pour assurer sa sécurité et son bonheur. En conséquence ces députes ont énoncé dans leur pétition quelques-uns des désirs du peuple serbe concernant la liberté du culte divin; le choix de ses emploies; l'indépendance de son administration intérieure; la restitution à la Servie des districts qui en ont été, séparés ; la réunion des différents impôts en un seul ; le droit des Serbes de gérer des biens appartenant à des musulmans sous la condition d’en donner les revenus et les impôts; la liberté du commerce; la permission pour les commerçants serbes de voyager dans les provinces ottomanes avec leurs propres passe-ports , celle de fonder de hôpitaux, des écoles, des imprimeries, et enfin l’interdiction aux musulmans de s'établir en Servie eu dehors du rayon des forteresses* Pendant qu'on s'occupait de fixer tout ce qui est relatif à ces points, quelques obstacles imprévus ont obligé de différer la conclusion de cette affaire. Mais la Sublime Porte ayant
l’aisance résultant de la liberté du culte un esclave étranger dans l'empire otreligicux et du commerce , ainsi que toman ; depuis aujourd'hui son Ame lui d'une sage législation et de l'instruction appartient, il a pouvoir sur sa propriété, du peuple. Hier encore le Serbe était sur son serviteur, sur lui-méitie. Certes
présentement la ferme résolution d'accorder sa fidélité à ma Sublime Porte est l’objet de au peuple serbe les avantages stipulés par le ma sollicitude impériale, et que j'ai l'inhuitième article du traité de Bukarest , elle tenliou de satisfaire à scs demandes d'une s'occupera conjointement avec les députés mauiére juste et convenable afin de multiplier serbes des réglements concernant les de* les moyens de sécurité intérieure ; mandes susmentionnées de ce peuple fidèle. Eu conséquence, après avoir délibéré avec comme aussi de toute autre qui pourrait lui les députés serbes à Constantinople, on a urètre faite par la députation serbe , et qui ne rété ce qui sait :
serait pas contraire aux devoirs des sujets Ladite nation exercera librement son culte de l’empire ottoman. dans les églises à elle appartenant.
La Sublime Porte portera à la connaissance Le kniéze Milosch Obrénovitch, ici préde la cour impériale de Russie ce qu'elle sent, demeurera , en vertu du Itérât dont il aura fait pour l’exécution du huitième ar- est muni, et en récompense de sa fidélité euticie du traité de Bukarest, et lui commuai- vers ma Sublime Porte, kniéze de ladite naquera le firman confirmé par un hatti-sebérif tion , et cette diguilé restera la propriété de en vertu duquel les privilèges susmentionnés sa famille.
seront concédés. Il conservera, aunom de ma Sublime Porte,
A cet effet , nous soussignés , plénipoten- l'administration des affaires intérieures du tiaires de Sa Majesté l'Empereur et Roi de pays, de concert avec l'assemblée des notatoutes les Russies, en vertu des hauts pouvoirs Lies serbes.
à nous accordés, et conjointement avec les Quant aux six districts détachés de la Servie plénipotentiaires de la Sublime Porte Otto- et dont elle demande la réincorporation, on mane, avons fixé et déterminé les conditions est convenu de uomraer des commissaires , susmentionnées sur les affaires de la nation tant du côté de la cour de Russie que de serbe, par suite du cinquième article de la celui de ma Sublime Forte, lesquels seront convention signée en huit articles à Akiermao chargés de s'informer exactement de l'état par nous et les plénipotentiaires ottomans des choses, afin qu’on puisse prendre les mepour la garantie et la confirmation du traité sures en conséquence, de Bukarest. A Akiermanu, le a 5 septembre Le haradsch et tous les autres impôts sei8>ti. Signés Yoronlzof et Ribeaupierre. root fixés d'une manière précise; les sommes Ce ne fut que le as novembre i83o que provenant des emprunts militaires dont les le sultan Mahmoud envoya au vixir de Bel- zatnis et les Timariotes étaient les détengrade le balti-tchérif suivant contenant les leurs, à l’exception de ceux de Nisch, seront privilèges de la nation serbe : dans les domaines de l'administration serbe
Attendu que le traité conclu à Andrino- et feront partie des recettes des districts à inple entre la Sublime Porte et la cour de Rus- corporer,
sic, fixe l'exécution des clauses de la couveu- Les autorités de ma Sublime Porte ne s'imtion d'Akiermann , laquelle porte qu’on se miaceront ni dans l'administration du pays concertera à Constantinople avec les députés ni dans ses querelles intérieures, et ue pourserbes pour s’occuper des inlcr&ts de la Ser- ronl exiger un para en sus de la somme fixée vie, lui donner la liberté du culte avec l’ad- pour les impôts.
minislratiou intérieure; l'incorporation des Comme mon désir est que ladite nation districts détachés; la fixation des impôts ; la puisse giarliciper aux avantages du commerce gestion des propriétés turques; la permis- a l'ombre de ma puissance impériale, tous sion de voyager avec leurs propres passe- les Serbes qui voudraient s’y livrer obtienports ; la faculté de créer des hôpitaux , des dront , apres le visa des passe-ports qu'ils écoles, des imprimeries; la defeose expresse auront reçus de leur kniéze, les leskèrrs néaux Turcs d'habiter la Servie, ne faisant d'ex- cessaires des mains des autorités de ma Suception que pour les soldats des garnisons blime Porte, sans qu'ils puissent être inqm occupeul les forteresses; la liberté d'avoir quiétés par qui que ce soit et sans qu’on «me représentation nationale en tant qu’elle puisse leur demander même un aspre pour ne serait point contraire aux devoirs des su- les frais des teskères, et partout ils trouvejets; ront protection et assistance. Et à l’excep-
Kt attendu que la nation quia manifesté tion des droits de douane, persouue ne leur
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oes avantages sont grands, nous les devons à vingt années d'efforts patients, et ils nous ont coûté de grands sacrifices , que la répression de plus d'une
demandera rien de ce qui est contraire aux règlements de l’État. Chacun s’abstiendra à cet égard de tout acte punissable du même genre.
En ce qui concerne les marchandise* présentées à la douane du Belgrade, pour être ensuite expédiées à Constantinople, elles arriveront ici munies de teskères de la nation serbe, et l’on percevra ici les droits de douane auxquels elles sont assujetties.
Ime fois tous les sept ans, on s’occupera d’examiner la différence des prix proportionnels des choses pour augmenter les sommes fixées d’nnrès les échelles de proportion.
Quant aux droits dédouané exigibles pour les marchandises qui partiront de la douane de Belgrade pour être transportées dans d’autres contrées, ils rentreront désormais dans la classe des impôts fixes de ladite nation, et les mesures à prendre pour en régler la perception seront confiées aux soins du knièze Milosrh.
Les Serbes ont la faculté de créer dans leur pays des imprimeries, des hôpitaux pour les malades, des écoles pour l’éducation de leurs enfants.
Les moussélims et les voïvodes ne séjourneront plus dans les contrées de la Servie où il ne se trouve pas de places fortes, et la jtiridvMion de ces endroits sera dorénavant confiée aux knièze*.
Les Turcs qui possèdent des biens et des terres en Servie et qui voudraient s’en défaire pour cesser leurs relations avec le pays auront un délai d'un an pour les vendre aux Serbes à un prix modéré, d’après l'cstimatiou de commissaires nommés à cet effet.
l*e produit des vignobles, des jardins, biens et terres appartenant à ceux qui ne veillent pas cesser toutes relotions avec le pays sera versé dans le trésor de Belgrade avec les im-
Sôls; et le trésor de Belgrade sera chargé ’cn faire tenir le montant aux propriétaires. Excepté pour les garnisons des forteresses, le séjour en Servie est entièrement interdit à tous les Osmanlis.
La nation serbe allouera audit knièze la somme nécesssaire à son entretien : cetie somme sera appropriée au rang et aux besoins du prince, sans toutefois s’élever à un chiffre qui serait onéreux pour le pauvre.
Dans les cas où la dignité de knieze viendrait à vaquer, le nouveau knièze serait tenu, au reçu du noble bérol de ma Sublime Porte, de
révolte semblait quelquefois rendre inutiles. Pour parvenir à ce but , j’ai sacrifié tout ce qu'un homme qui aime sa patrie et dont le vœu est de la rendre
payer au fisc impérial une somme de ccnt mille piastres de ses propres revenus.
Les métropolitains et les évêques élus par ladite nation seront nommés par le patriarche grec à Constantinople sans qu’ils soient obligés de venir dans cette capitale.
Tant que les membres du sénat ne se seront pas rendus coupables de quelque grand crime contre ma Sublime Porte ou contre les lois du pays, ils ne pourront être destitués ni privés (le leurs emplois sans motif légitime.
Au cas où ladite nation jugerait convenable d’établir une poste aux lettres daus l’intérêt des affaires intérieures, les autorités de ma Sublime Porte n’y opposeraient aucune entrave.
Si un Serbe ne veut pas servir un Turc de son plein gré, celui-ci ne pourra en aucune manière exiger de lui un service forcé.
Hors les forteresses impériales qui se trouvent en Servie depuis un temps immémorial, toutes les fortifications récemment élevées seront rasées.
La Servie faisaut partie de mes États , ( que Dieu veuille conserver! ) ou n’opposera ni obstacle ni retard à ma Sublime Porte au cas où elle jugera convenable et nécessaire d’acheter dans ce pays du bétail ou d’autres subsistances.
Et enfin des agents serbes fixeront leur séjour à Constantinople pour s'occuper des affaires de Servie.
Ce sont là les points concertés et arrêtés; en conséquence de quoi mon gracieux Haïtischérif a été accorde , publié et envoyé.
Eu outre, vous, vizir et mollah, après avoir pris connaissance des nobles dispositions qu’il renferme, donnerez à entendre à la nation qu’en reconnaissant comme elle le doit tous ces témoignages de ma haute faveur, tous ces fniits de ma sollicitude impériale, elle ne cessera d'être l’objet de cette sollicitude et de jouir d’une complète securité à l’ombre de ma puissance impériale, aussi longtemps qu’elle se tiendra dans les lx>mes de la fidélité et de la soumission. Vous chercherez à faire seutir aux Serbes la nécessité de remplir avec exactitude leurs devoirs de sujets et de s'abstenir de tout ce qui est contraire à ces devoirs.
Ainsi vous agirez, et après la publication de ce noble lirman et son insertion dans la mékhicmc de Belgrade vous le remettrez au
knièze pour qu'il en reste dépositaire.
heureuse peut sacrifier dans ce monde, daient? Ceux qui ont dit que je n’étais Mais, plus nous touchons de près à la jamais rassasié d’or ont-ils calculé tout
fiosition que réclame de nous le bon- ce que nous ont coûté notre rachat des ieuT du peuple, plus je désire de le lui Turcs, nos employés et les fonctiontransmettre tel que les empereurs sont naires impériaux? Ont-ils réfléchi que disposés à nous l'accorder. Je crarns les des épargnes nous étaient indispensarébellions qui ont agité souvent ce pays, blés pour préparer dignement le pays Sans doute, nous sommes sensibles aux aux institutions de la liberté ? Ils ne se excitations venant de nos ennemis; mais sont pas inquiétés si des millions sufliquand nous n'avons point d’ennemis à raient à tant de besoins ; si depuis longcombattre, nous nous opposons à l'auto- temps nous n'avions fait des épargnes, rité, et nous ajoutons plutôt foi aux sug- il eût été bien autrement difficile de gestions de la malveillance qu’aux aver- traiter avec les cours, tissements des chefs de l’État. Or, nous « Nous vous soumettons toutes ces ne verrons s’accroître le nombre de nos choses , frères , parce que les cours exiennemis que lorsque nous serons arri- gent l’envoi d’une députation à Consvés à un état florissant qui provoquera tautinople pour y négocier au sujet des l’envie, et que l’on comprendra tout le droits que nous désirons depuis si longprix de la faveur impériale qui vient de temps. Il convient donc d’y penser munous être accordée. C’est alors que la renient, et de choisir des hommes noncalomnie s’attachera à nous avec plus seulement habiles , mais assez fermes d’acharnement. On dira que nous trou- pour conserver intacts les droits acquis, blons la tranquillité, et l’on nous trou- Les cours exigent que nous nous souvera coupables dans l’espoir de nous mettions au glaive de la justice impéfaire retirer les grâces si généreusement riale, et alors elles promettent que uous accordées. Déjà , quand nous n'avions n’aurons à réclamer contre aucune inpas même l’ombre de la liberté, quand justice; que nous chercherons même en on entendait dire partout : Que ne se vain le prétexte d’une plainte. Si nous trouve-t-il quelqu’un pour arrêter l’ef- violons un seul, fût-ce le moins imporfusion du sang et nous recommander à tant, des articles qui règlent nos droits, la miséricorde du sultan! chacuu aurait ce sera comme si nous les avions tous donné un esclave pour qu’il nous fût transgressés. Personne ne nous propermis de vivre en paix avec les escla- tegera ; nous attirerons sur nous la ves. Combien ne s’est-il pas trouvé, colère de tous les princes de l'Europe même alors , de gens dont le but était et celle de la cour à laquelle nous d’exciter des émeutes sérieuses , en fai- devons tant. Voyons , freres, comsaut circuler des propos séditieux et en ment nous répondrons à ces cours , et m’accusant d’être impérieux et iuexo- comment nous pourrons les satisfaire, râble dans la perception des impôts? Faisons en sorte que notre résolution Combien de fois ne m’a-t-on pas repro- ne soit pas prise pour aujourd'hui ou clic d’avoir fait mettre à mort les plus pour demain, mais pour toujours, pour séditieux? Vous le savez, dites quel était les enfants de nos enfants et leur posleur but: est-ce la paix et le bonheur de térité. Les cours attendent de nous In nation qu’ils voulaient fonder , ou obéissance , continuation non interplutôt ne cnerchaient-ils pas a nous pré- rompue de la paix et de l’harmonie entre cipiter dans un abime? Qu’est-ce que nous , obéissance envers l'autorité que le pays a gagné aux révoltes qui l'ont les empereurs donnent à notre pays en déchiré ? Quel fruit a-t-on tiré de celles même temps qu’ils assurent notre prosdel)jak,deTscharapitsch,deDobriniaz périté. Ma conscience me rend cc téet d’Abdoula ?La perte de beaucoupd’â- moignage que j’ai rempli moi-même mes, la guerre civile, la haine entre mon devoir selon mes forces et en raison frères, l'incendie, la ruine de familles des circonstances ; c'est par ma fermeté entières et une honte éternelle pour le et une justice sévère que je suis parvenu nom servien. Ceux qui m’ont reproché à conserver dans le pays la tranquillité, ma rigueur envers les rebelles ont-ils l’ordre et tout ce que les cours exigent su ce que les cours impériales deman- des sujets d'un vaste empire : aussi
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l’heure de la rémunération est-elle arrivée. J’exposais ma vie et méprisais la mort; et cependant j’entendais des re- >roehes dont je ressentais vivement 'injustice. Je n'en étais pas moins porté à pardonner, toujours et uniquement dominé par l’idée de faire obtenir à la Servie ses droits et de fonder sur eux votre bonheur pour des siècles. Ce résultat, je l’ai vu et touché, et je remercie leTrès-llautde cette grâce insigne. Mais ce que j’ai fait seul, c est à vous maintenant de le conserver.
• Il n’est pas besoin , mes frères, de nous révolter les uns contre les autres ni de nous prodiguer des flatteries. Sachons, s’il le faut, sacrifier dix, cent et même mille têtes , non par cruauté et comme si nous étions 'altérés de sang , mais parce qu’il est nécessaire de sévir contre les méchants et les rebelles pour atteindre le seul but important, celui de prévenir le malheur de la nation : c’est ce que demandent et attendent de nous deux puissants empires, la Turquie et la Russie.
« Frères, l'union et la paix élèvent aussi les petits États, tandis que la discorde et la révolte détruisent même les grands empires. Si vous êtes sages, votre choix ne saurait être douteux. Un gouvernement dépendant et facile ne nous permettrait de faire que des réformes sans portée ; à peine nous laisserait-il assez il 'énergie pour maintenir notre inviolabilité; il nous faut le respect d’une justice toujours armée et sévère , ne fût-ce qu'à cause des étrangers dont nous avons parmi nous un si grand nombre.
C’est par une justice sévère que peut seulement s'accomplir ce grand devoir du gouvernement de rendre compte de tout le mal fait au pays, à lui même, aux empereurs, à Dieu et à sa conscience. Il me reste, je le répété, le sentimeut nue j’ai rempli mon devoir selon mes forces et en raison des circonstances. Ce sentiment et les faits qui sont à la connaissance de tous suffisent à ma récompense. Le monde u’ignore ni mes travaux ni mes efforts, et nos descendants , j’en ai la certitude , sauront les apprécier. »
Après ce discours, où sous une simplicité apparente, règne une finesse qui n’exclut ni la vigueur ni l’art de remuer
les intérêts et les passions , l’assemblée se sépara en faisant des vieux au ciel pour l'hospodar, le sultan et l’empereur Nicolas. Le même jour les knièzes, les membres du conseil et les kmètes prêtèrent à Milosch le serment suivant :
« Prince Milosch Obrénovitch ! trèsgracieux hospodar ! après avoir entendu ce discours si plein de sollicitude pour le peuple dont il comble l’espoir, nous formons le vœu que Dieu vous accorde le bonheur en réconi|>ense de vos efforts constants pour nous procurer d’une part une faveur si insigne, et de l’autre une si généreuse protection. Nos prières, qui viennent du cœur, sont celles d’enfants reconnaissants et de serviteurs Gdèles.
Daignez contiuuer de travailler à notre prospérité et à notre bien-être, de protéger les bons et les faibles, de réprimer les méchants par des lois justes; regardez notre honneur comme un dépôt qui vous est confié : nous vous en supplions tous ensemble, membres du tribunal national, ecclésiastiques, knièzes suérieurs des districts, knièzes des triunaux de districts, kniezes de districts, et knièzes des villages, en notre nom et au nom du peuple absent et de tous ceux de nos frères qui sont appelés a se réunir à nous. En renouvelant les serments déjà prêtés en 1817 et 1820, nous vous déclarons unanimement, pour nous et nos frères , et pour les générations à venir, notre prince et hospodar, et nous jurons, pour nous et notre postérité, à vous comme à vos frères , à vos enfants et à toute votre famille, fidélité et obéissance en toute chose. Puisse le Sauveur punir quiconque d’entre nous violera ce serment, et que le Dieu unique et toutpuissant nous assiste dans cette résolution, nous et les nôtres! •
En outre on rédigea une pétition au sultan pour qu’il daignât confirmer Milosch comme prince héréditaire de Servie. Le 16 janvier fut consacré à des réjouissances, et le lendemain, daus la matinée, le tribunal suprême convoqua toute l’assemblée devant l'église pour entendre la lecture de l'acte et le confirmer de vive voix. On manda ensuite Milosch et ses frères. L’acte d'adhésion fut remis au prince par Vassili Popovitcb, grand kuieze de Pojarévatz. F
le prit, le posa sur sa tête après s’être découvert, et embrassa tous les membres de l’assemblée , en tenant l’acte à la main. A la suite d’un banquet , les notables allèrent signer à la chancellerie. Les premières signatures furent celles des frères de Milosch, puis se présentèrent successivement les membres du tribunal suprême, les archimandrites, les protopopes, les knièzes et enfin les kmètes. 11 n'y eut pas moins de huit cents signatures:
Les députés choisis pour se rendre à Constantinople furent Lazare Théodorovitcb, secrétaire de Milosch et membre du tribunal suprême, Ilia Markovitch, ainsi que le drogman Marc Géorgiévitch, qui fut remplacé plus tard par Etienne Simitch, et Ivan Antitch. La Porte retint ces députés comme otages lorsque le sultan eut violé la convention d’Akiermann.
La conduite de Milosch peut être comparée à celle que tinrent les grands princes de Russie à l’époque où le ioug des Mongoles pesait sur l’empire : ils se révoltaient par ambition autant que par patriotisme; lorsque les vainqueurs, désunis et affaiblis , se virent forcés de leur déléguer une partie de leur pouvoir, ces princes s'habituèrent à gouverner non moins despotiquement que les khans de la Grande Borde, et lorsqu'entin le pays eut reconquis son indépendance les descendants de Riuricse gardèrent bien d’effacer le pli ae la servitude.
Cependant Milosch parut vouloir s'occuper sérieusement de la réforme des lois. Il professait une grande admiration pour le Code Napoléon, ou plutôt il jugea ce monument d’un grand règne d’après l'opinion générale, sans songer que les lois qui convenaient à la France ne pouvaient guère être applicables à la Servie. On traduisit donc de l’allemand en serbe le Code de l'Empire ; on y ajouta des commentaires demandés a Vienne; on consulta également une version polonaise. Le texte ainsi préparé fut soumis à une commission où figuraient Protitch, Lazare Théodorovitch et Prota Nénadovitch.
La compilation du Code Servien fut confiée à Vouk Karadschitch, a-sisté d’un secrétaire.
Les articles , examinés tour à tour, étaient acceptés ou abandonnés quand ils paraissaient inexécutables. Un légiste polonais qu’on avait adjoint aux commissaires ne contribua que médiocrement à éclaircir ce qui était difficile à comprendre et à la collation raisonnée des articles. 11 arrivait souvent que le bon sens des commissaires pénétrait la pensée du législateur beaucoup mieux que le jurisconsulte de profession. Enfin le travail fut poussé avec tant de zèle que dans l'automne de 1830 on put convoquer tous les fonctionnaires ecclésiastiques et laïques à l’effet d’en entendre la lecture. En conséquence ils s'assemblèrent en plein champ , et approuvèrent le projet avec quelques modifications. Cette œuvre était sans doute imparfaite, et un homme exercé dans ces matières y eût découvert plus d’une erreur. Cependant, telles qu’elles étaient, ces lois étaient utiles. Elles auraient pu servira contenir le despotisme et à donner au peuple des garanties d’ordre et de sûreté. Mais , quand Milosch eut reçu le bérat de Constantinople, on ne sfen occupa plus, et l’on retomba dans l’ancien ordre de choses, c’est-à-dire dans les mesures arbitraires et la confusion.
Le pouvoir public représenté par Milosch ne reconnaissait point de droits privés , et sa nature ne pouvait guère admettre ces distinctions. Il s’emparait de tout ce qui était à sa convenance, terres, maisons, moulins, et le prix qu’il en donnait était fixé par lui-même. Un jour, substituant son caprice au droit des propriétaires, il fit brûler un des faubourgs de Belgrade , parce qu’il avait l’intention d’élever dans ce quartier de nouvelles constructions. Il continua d’exiger du peuple des services qui étaient de véritables corvées. Les paysans d'Oujitza étaient tenus de se rendre à Krakoujévatz pour l'aider à faire ses foins ; et plus d'une fois les marchands de Belgrade durent fermer leurs boutiques pour venir aider à rentrer les fourrages du knièze. Les habitants logeaient et nourrissaient les soldats sans avoir droit à aucune indemnité. Tandis que les Tartares ou courriers turcs commençaient déjà à payer pour tout ce qui leur était fourni, les messagers serviens
se faisaient servir gratuitement. Souvent, quand un momki traversait un village et que son cheval était fatigué, il le laissait à la garde des premières personnes qu'il rencontrait, et se faisait donner une autre monture. Pour les transports, les gens du prince disposaient à leur gré des bœufs des paysans, et pour peu qu'on résistât on courait le risque d'étre puni comme s'il se fût agi d’un acte d’insubordination.
Ces abus de pouvoir étaient fréquemment exploités dans un intérêt privé, ce qui est presque inévitable dans les gouvernements despotiques , où les Agents du pouvoir s'arrogent les prérogatives du chef dont ils ne sont que les délégués , de sorte que pour s'affranchir de cette tyrannie en sous -ordre le peuple, au jour de sa colère, remonte msqu’à celui au nom duquel tout ce qui le blesse lui a été imposé.
Ainsi les mêmes causes qui avaient rendu si impopulaires Mlauen et Miloi se reproduisaient sous Milosch.
L’exemple qu’il donnait lui-même ne pouvait que multiplier les abus. Il ne reculait devant aucuus moyens pour s’agsurer le monopole du commerce le plus lucratif du pays, celui qui avait fait la fortune de Kara-George et des personnages les plus considérables du pays. Il fit enclore les forêts où paissaient ses troupeaux de cochons , tandis qu'autrefois elles étaient ouvertes à la commune pâture : il rendit un déoret
lus vexatoire encore : les transactions
terme furent interdites , et comme il était le plus riche capitaliste de la Servie, on crut que cette mesure avait pour but de mettre dans ses mains tous les intérêts du commerce, en empêchant les associations qui ne peuvent se soutenir que par le crédit. Investi de l’autorité par un bérat du sultan , il parut croire qu’il était , au même titre que le Grand Seigneur, raaitredu soi, du peuple et de tout ce que ses sujets pouvaient posséder.
« Ne suis-je pas le maître? disait-il souvent , et ne suis-je pas en droit de faire ce qu’il me plaît? » Il l’était effectivement, et c'est sous ce nom qu’on le désignait d’ordinaire dans le pays. Malheur à qui aurait osé lui résister ! Aux yeux du despote, paraître dangereux
était un crime ; et jamais pacha n'exerça plus rigoureusement le droit du glaive.
Ce principe du gouvernement turc, à savoir que les hommes revêtus de l’autorité suprême doivent administrer par l'intermediaire de leurs domestiques, fut complètement adopté par Milosch.
Ses officiers, et sous cette aénomination étaient compris les knièzes , se voyaient traités rn esclaves : on les rétribuait le moins possible, et leur élévation aux premières charges aussi bien que leur disgrâce n’étaient point motivées par des raisons de service , de sorte que devant le prince tous les rangs paraissaient confondus. Les hauts emplois n'exemptaient personne des peines corporelles : on se serait cru au temps des Mongols ou à la cour des anciens tsars de Russie quand il n'était pas rare de voir les hommes du rang le plus élevé frappés ou battus de verges sans que cette dégradation personnelle fût un obstacle A leur avancement futur.
Ce sens moral dont le fondement est j’honneur et qui est comme le lien des institutions européennes était absolument ignoré en Servie.
L’idée de classes et de position sociale présuppose des droits assurés
fiar les institutions; mais là où la voonté du chef de P Etat renverse à chaque instant l’ordre des influences , on se contente d’obéir à la fonction sans considération personnelle pour le fonctionnaire, et de son cûté celuici s'occupe bien moins des devoirs de sa place que des moyens d’en tirer le lus d’avantages qu’il peut et de proter de sa faveur dont rien ne lui garantit la durée. En général, selon la remarque de Ranke, un fonctionnaire aimerait mieux marier sa fille à un industriel ou a un boutiquier et à plus forte raison à un paysan aisé qu'a un de ses collègues.
Personne n'avait ledroit d'espérer que son mérite personnel faciliterait son avancement. Il semblait au contraire que Milosch était jaloux de quiconque montrait des talents supérieurs, espèce d’é-
Soïsmc assez rare, parce qu’il annonce ans le pouvoir la conscience de son infériorité. Miloscli voulait non-seulement être l’homme le plus puissant de la Servie, mais il croyait justifier cette am-
bition en se faisant regarder comme le seul ou du moins le pins capable.
le hatti-schérif de 1830 portait textuellement qu'il administrerait la Servie avec 1 assistance du conseil des anciens; mais il n’était pas homme à renoncer, pour obéir au sultan , à un système qui lui avait réussi jusqu’alors. Sur ce point, il ne prit pas même la peine de sauver les apparences.
Quand un homme tombe du pouvoir, il est naturel de rechercher les causes de sa chute ; mais on se trompe souvent en avançant qu’une conduite contraire, aurait amené un résultat différent. Si Milosch se fût montré généreux avec les Serviens, peut-être serait-il tombé d’une autre manière. I.es révolutions récentes ont bien prouvé que la douceur a ses écueils comme la sévérité a ses dangers. Les'peuples qui ont été longtemps menés par la crainte prennent trop souvent la mansuétude de leurs princes pour de la faiblesse : la race slave, si portée à plier sous le mérite militaire, n’accepte le joug dans les temps ordinaires que lorsqu’il lui est imposé par une main ferme.
Quoi qu’il en soit , cette jalousie de tout ce qui aurait pu porter atteinte à son pouvoir et sa crainte de toute rivalité eurent pour Milosch de fâcheuses conséquences. Il refusa d’accueillir une demande qui aurait assimilé le gouvernement serbe à celui de la Turquie, mais à un degré inférieur. Comme les spahis jusqu’à l’arrangement définitif de leurs affaires étaient toujours considérés comme les propriétaires du sol, les fonctionnaires qui entouraient le prince témoignèrent le désir de succéder aux spahis et de devenir ainsi les seigneurs dans les villages.
Ils représentèrent à Milosch combien il serait difficile de gouverner le peuple sans un pouvoir intermédiaire, et tout l’avantage qu’il y aurait pour lui à pouvoir compter sur des hommes qui lui devraient la propriété des terres serbes.
« Et que ferais-tu , demanda Milosch à un Servien qui insistait plus que les autres sur la demande d’obtenir en fiefs quelques villages, si je t'accordais ce que tu désires? — Je fumerais en repos, répondit celui-ci, en attendant que mon maître eût besoin de mes services,
et dans ce cas je volerais avec mes momkis partout où m’appelleraient scs ordres. ■> SI Milosch eût consenti à leur abandonner la propriété des villages, ils lui auraient volontiers permis de regarder comme son patrimoine les domaines de la couronne dont il n’était que le tenancier.
Un des plus beaux titres de Milosch à la reconnaissance de la Servie, c'est d’avoir résisté à de telles sollicitations. Tout en se proposant d’imiter le Grand- Seigneur dans sa conduite et dans les actés de son administration , il s'écarta constamment de cette règle en refusant de concéder des fiefs, il fut réglé que l’abolition des droits des spahis et que les revenus de leurs biens ajoutés au tribut national profiteraient à l’État.
Nous pensons que l’avantage du pays ne fut pas le seul motif déterminant "pour Milosch : en accordant des fiefs a ses favoris il établissait une aristocratie, qui se serait nécessairement classée d’après l’importance des domaines , et dès lors cette égalité dans la dépendance aurait cessé d’exister. Les jalousies, dans une distribution de cette nature , lui auraient fait plus d’ennemis que scs grâces ne lui auraient attaché de partisans ; et dans l’hypothèse où les circonstances auraient permis au sultan de revenir sur les concessions du dernier traité, les spahis, en rentrant dans leurs privilèges, eussent trouvé le peuple bien moins disposé à la résistance ; il n’eût fait que changer de maîtres.
Quels qu’aient été les motifs de Milosch en refusant de créer des grands vassaux , il n’en rendit pas moins un service inappréciable aux paysans de la Servie, qui se trouvèrent, par le fait de la propriété foncière, plus indépendants que dans plusieurs contrées de r Europe. Quand le sort des Provinces Danubiennes sera fixé, la Servie se trouvera ainsi toute préparée à former un État séparé, ou, si elle doit continuer à rester tributaire de la Turquie , ce ne sera qu’en conservant ses privilèges, placés désormais sous la garantie des puissances occidentales. Elle comprend dès aujourd’hui que la protection exclusive de la Russie la mèneraità une absorption complète sans lui procurer les mêmes avantages.
400 L’UNIVERS
Olte résistance de Miloscli aux prétentions de ceux qui l'entouraient n’augmenta point le nombre de ses adhérents.
I.es amis de la liberté l'accusaient de sacrifier les franchises du pays au désir de complaire au sultan , afin de régner despotiquement en son nom ; les ambitieux se plaignaient que leur dévouement ne fût pas à l’abri d’une disgrâce qui pouvait tout à coup les faire rentrer dans la foule ; et leurs exactions, genre d’injustice qui irrite partout le peuple plus que la violence et l'oppression, semblaient justifier les mécontents, qui grossissaient encore le mal dans l’espoir d'un bouleversement où ils avaient tout à gagner.