DR MILOSCH. MILAN. MICHEL. VOU
TSCHITCII.
Dans toutes les révolutions précédentes, sous le prince qu’on venait d’exiler , comme au temps ne Ksra-Georgc, la
résistance et le triomphe avaient eu un caractère populaire ; mais ce dernier mouvement, bien qu’il eût été préparé par les grands sous le voile des intérêts de la nation , s’était opéré sous le patronage de la Turquie et du consentement du gouvernement russe. La Servie jouissait d’une charte octroyée ; sa position était évidemment plus favorable pour essayer ses nouvelles institutions , et cependant elle entrait dans ses droits avec une certaine méfiance, à la suite non plus d’une grande lutte contre le despotisme systématique du sultan, mais drune querelle, pour ainsi dire , de famille , dont l’objet était de réduire le pouvoir de l’homme à qui l'on devait Jusqu'à la faculté de le renverser. Les Serviens avaient, en effet, obtenu ce qu’ils désiraient , la limitation du pouvoir du chef de l’Etat ; et le Grand-Seigneur avait intimé l’ordre au pacha de Belgrade de veiller à l’exécution des réformes que le gouvernement voulait bien concéder à ses sujets soumis, les Serviens.
Ces concessions, dont l’esprit était entièrement opposé aux principes de l’islamisme, puisqu’elles n'étaient que l’application à une annexe d’un État absolu d'une constitution démocratique, n'avaient été imposées par la Russie, autre Etat absolu, que dans l’espoir que la Turquie ne pourrait les garantir pratiquement, et que les infractions aux traités fourniraient au cabinet de Saint- Pétersbourgde nouvelles occasionsd’exercer sa prépondérance en Orient. De son côté, la Porte Ottomane , obligée de céder sur ce point, comprit qu'il fallait s’exécuter de bonne grâce, pour ne donner aux Russes aucuns prétextes d'intervention. Dans le fait, la charte des Serbes était une nouveauté également dangereuse pour les trois empires voisins. Quant aux ennemis de Milosch , ils entrèrent dans ces combinaisons politiques sans autre projet que celui de se débarrasser d'un chef qui les gênait; enfin, le peuple, en voyant un mouvement qui semblait favorable à ses intérêts, conduit par les personnages les plus considérables de l'Etat et appuyé par l'influence étrangère , regarda l'exil de de Milosch comme la carantie de sa nouvelle constitution. En attendant, il
LTrmVERS*
a pris la liberté an sérieux ; et l’incorporation de la Servie à tine quelconque des puissances limitrophes , autrement que par la force des armes, est devenue presque impossible.
A l'instant de l'abdicatiou de Milosch, il semblait que tout était llni ; et cependant ce fut seulement alors que se manifestèrent les difficultés qui naissent nécessairement de l’application d'un nouveau système. Les gouvernements les plus arbitraires ne sauraient exister sans certaines règles qui n’ont rien d'injuste en elles-mêmes et auxquelles l’usage prête une grande force; et lorsqu’il est question de les abolir ou ae les modifier, parce qu'elles cessent d’être en harmonie avec les institutions, le peuple , qui ne connaît pas encore les avantages des lois nouvelles, tient ît conserver celles dont, dans d’autres conditions , l'expérience lui avait démontré l’utilité.
Il n’était donc guère présumable qu’après un gouvernement tel que celui de Milosch les prétentions du peuple et celles des chefs pussent se concilier sans qu’il s’élevât de nouveaux conflits.
Le premier point à régler était celui de la succession à la dignité princière. Le texte de la constitution sur lequel s'apoyait l'acte d'abdication était formel, lilan, fils aîné de Milosch, était désigné comme successeur par la volonté de son père et par les dispositions du hattisebérif de Mahmoud. Ce jeune prince était dans un état de santé qui lui interdisait non-seulement les soins et les fatiguesinséparablesdu pouvoir, surtout dans des circonstances si difficiles, mais encore tout ce qui aurait pu exiger de la suite dans les idées et la moindre contention d'esprit. En effet, jamais il n'exerça la dignité do prince : on crut même par ménagement devoir lui laisser ignorer l'expulsion de son père : on se contenta de lui dire que Milosch , se voyant obligé de faire un voyage hors du pa'ys, l'avait chargé de le représenter pendant son absence. Toutes les marques de déférence et d'honneur qu’on lui donnait, il les interprétait comme s'adressant au lieutenant de son père, et il expira le R juillet sans savoir qu’il était prince de Servie. (Ranke).
Pendant cette période , Voutsohitch ,
Prtroiriévitch et Jéphrem administrèrent le pays du consentement de la Porte.
Les deux premiers, craignant que leur collègue ne prît avantage de la position que lui faisait le titre de frère de l’ancien prince, lui firent sentir, dès le commencement, qu'ils n'étaient pas d isposés à lui reconnaître des droits à la prééminence : ils firent donc en sorte que son traitement fût réduit, et qu’il répondit non plus au rang que tenait autrefois le fonctionnaire , mais à la fonction elle-même. Jéphrem, qui voulait des réformes générales, sc résigna, non sans répugnance, à celle qui touchait à ses propres intérêts, et qui fut décidée dans la première skouptschina.
La mort de Milan semblait laisser le champ libre aux ambitions et aux espérances : mais la situation de la Servie était tout autre qu’à l’avenement de Kara-George et de Milosch ; alors le peuple avait besoin d'un homme d'une supériorité reconnue ; et celui qui sortait vainqueur de la lutte contre l’oppression étrangère était naturellement désigné pour chef. Le cas n’était plus le même.
Le parti qui avait réussi à renverser Miloscli ne représentait que le triomphe do la légalité; toute prétention personnelle eût inspiré de l’ombrage. Les chefs nui pouvaient aspirer au premier rang devaient donc paraître uniquement occuésde l’intérêt général. Quelques mentres de l’assemblée, préoccupés de l'idée que Milosch pourrait un jour ressaisir le pouvoir, proposèrent d’étendre l’exclusion qui le regardait à tous les membres de sa famille. Ils prétendaient que le prince INJichel n’était pas désigné d'une manière assez explicite dans le hatli-schérif de 1835 ni dans le bérat d'investiture de Milosch. Mais, s’il était embarrassant de motiver l’exclusion des Obrénovitclt, il l’était plus encore de faire un choix qui contentât tout le monde. Voutsclntch avait les sympathies du peuple, comme ayant donné i des preuves de présence d'esprit et de courage; mais il était à craindre que ce choix ue déplût à la Porte ; d’un autre côté, Pétroniévitch, qui, dansles négociations de Constantinople, avait su se ménager la confiance des autorités du divan, eût sans doute été agréé par le sultan; mais les Senriena se seraient diflicile-
ment résigné* à obéir à un jurisconsulte. Quant à Jéphrem , les convenances ne permettaient point qu’il prit la place du frère dont il s’était déclaré le rival. Ainsi les suffrages qui se seraient partagés entre Voutscliitcli etPétroniévitch auraient pu faire éclater des ressentiments fâcheux à l’instant même où l’accord était le plus nécessaire.
Le parti de Milosch n'était pas entièrement abattu , quoiqu’il se vît forcé d’ajourner ses espérances. Parmi ceux qui acceptaient franchement la nouvelle situation, quelques-uns craignaient de se voir subordonnés à quelqu’un des chefs qu’ils avaient regardés jusqu'alors comme leurs égaux. Le caractère résolu de Voutschitch les alarmait; ils craignaient que la préférence des Turcs pour Abraham ne portât ce dernier à chercher son appui ailleurs que dans la nation.
Comme le sénat était indécis, Miléta et Simitch proposèrent de nommer le plus jeune fils de Milosch, le prince Michel Obrénovitch , qui se trouvait alors près de son père dans le domaine de Miloschia-Pojana, que ce dernier avait acquis en Valachie.
D’abord Milosch parut peu disposé à se séparer du seul fils qui lui restait ; mais enfin il céda ; et Michel se rendit à Constantinople accompagné d’un officier du sultan, avec sa mère Lioubitza et quelques Serbes. Le jeune prince plut au Grand-Seigneur, qui le décora de l’ordre du Nischani , et le nomma mouschir, distinction qui n’avait jamais été accordée à aucun raiah. Mais le bérat d’investiture ne portait pas, comme celui qui avait été accordé à son père, que sa dignité serait héréditaire ; il est même douteux qu'elle lui ait été conférée à vie.
La nouvelle constitution allait être inaugurée dans les circonstances les plus favorables. Le jeune prince avait sous les yeux l’exemple de la chute de son père ; n’étant pas destiné au pouvoir, et ayant été l’olyet des préférences maternelles, il avait, de même que la princesse Lioubitza, partagé, dans une certaine mesure, les sentiments de l'opposition. On pouvait donc espérer qu’il gouvernerait selon l’esprit de la charte, et la majorité du sénat , de même que celle de la nation, semblait toute dispo-
sée à lui rendre plus faciles ses débuts dans l’exercice du pouvoir.
Cependant des obstacles imprévus se manifestèrent presque immédiatement.
Importe, dont l’influence avait gagné dans ces changements, jugea prudent de placer comme conseil du jeune prince des hommes sur le dévouement desquels elle pfit compter , de manière à rendre toute réaction impossilile. Les deux personnages les plus influents comme les plus capables et les plus engagés dans la situation étaient Voutschitch et Pétroniévitch ; ce furent eux qu’elle chargea de ce rôle de surveillance, bien que Te prince Michel eût été reconnu majeur.
Cette tutelle pesait naturellement ft ce dernier; tout le bien qu'il pouvait faire était attribué à ses conseillers ; et comme chef de l’État il était cependant responsable aux yeux de la nation de toute mesure fausse ou impopulaire.
Dans la crainte que Michel ne voulût pas d'un pouvoir restreint, on ne s’était point expliqué à ce sujet lors de son voyage a Constantinople; ce ne fut qu'à Alexinatz et lorsqu'il mit le pied sur le territoire serbe que l'effcndi l’instruisit de cet arrangement.
« Cette mesure de la Porte, observe Ranke, n’était-elle pas de nature à soulever de nouveaux conflits ? Tout récemment,elle avaitaccordé à la nation serbe le droit d'élire ses magistrats ; en vertu du pacte constitutif, celui de nommer les fonctionnaires appartenait au prince, comme la création de nouveaux offices était la prérogative du sénat. Était-ce avec justice qu’elle gênait l’action du chef de l'État par de telles restrictions et en lui imposant pour conseillers ceux qui avaient déjà fait tomber son père ? »
Cette conduite, loin d'assurer l’ordre et la tranquillité, était précisément celle qui pouvait ôter au peuple la sécurité et la confiance; plus Michel était traité en suspect, plus on lui témoignait d’intérêt, et moins on était disposé à voir la Porte administrer le pays par l'intermédiaire de ses créatures.
Le sénat, qui voyait le pouvoir réel entre les mains de deux de ses membres, était loin d’accueillir avec faveur ce compromis dans les hautes régions de l’autorité, et les starostes, qu'on pouvait re-
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garder comme représentant l'opinion des villages et qui s'étaient rassemblés dans la cour du palais pour saluer le nouveau prince , se déclarèrent h une forte majorité contre la mesure qui liait ainsi les mains au chef qu'ils regardaient comme l'élu de la nation. Cette manifestation donna quelque hardiesse aux partisans de Milosch. Un grand nombre de paysans représentaient qu’ils seraient mieux gouvernés par un seul chef que par tant de personnes dont chacune aurait ses vues et qui ne s’accorderaient que sur un seul point, celui de s'enrichir aux dépens du peuple. « Autrefois, disaient-ils, nous n'avions qu'un plat à remplir, et voilà qu'on nous en présente dix-sept. » De tous côtés des rassemblements armés se formaient dans le pays , ayant à leur tête les anciens des villages, ou même des knièzes, quoique ces derniers fussent en général
Eour le nouvel ordre de choses. Ces andes demandèrent trois choses : premièrement, que le siège du gouvernement fût transporté a K ragoujévat/., où il serait plus en sûreté et plus indépendant qu'à Belgrade; secondement, qu'on fit le procès à Voutschitch et à Pétroniévitch ; et enfin qu'on rappelât l’ancien prince.
De telles demandes prouvaient clairement que, du fond de sa retraite, Milosch donnait l’impulsion à ces mouvements. Quant au changement de résidence, nous nous contenterons de citer M. Boué.
« Sous Milosch, il avait été souvent « question de transporter le siège du « gouvernement de Kragoujévatz à Bel- • grade. I.es raisons alléguées sont que • Kragoujévatz , situé en dehors de la • route postale de Constantinople, n’est « pas assez en contact avec l’Europe « civilisée, et que Belgrade est la ville ■ la plus populeuse de la Servie. Lors- « que le prince a choisi Kragoujévatz « pour sa résidence, il avait pris en ■ considération la position centrale de ■ cette ville, appuyée aux monts Itoud- « nik et défendue par des forêts im- « menses. En paix avec les Turcs et « ses rapports avec l’Europe ayant aug- « mente, il avait acquis une force morale « telle qu'il aurait pu aisément porter la « guerre sur le territoire ottoman si « te sultan avait commis la faute de
« l'attaquer. Il pouvait donc échanger « sans inconvénient Belgrade contre « son konak favori de Kragoujévatz.
« D'un autre côté, ce prince a tou- < jours montré une grande répugnance
• a obtempérer aux désirs de ses eon- « seillers et des étrangers. A Belgrade « il se trouvait gêné par la présence du « pacha, et en outre il était tenu à y « déployer plus de luxe qu'à Kragoujé'- « vatz. Ses mesures y attiraient moins « l’attention; les émissaires de l'étranger
• y étaient plus facilement surveilles; « et les consuls n'avaient aucun goût « pour cette résidence. Il avait trop « de perspicacité pour ne pas démêler « que les conseillers, hongrois pour la « plupart, préféraient le séjour de Bel- « grade pour ne point sortir de la vie
• européenne, pour avoir l'occasion de « faire parade de leurs charges aux yeux « de leurs compatriotes et pour trouver « à s'enrichir par des spéculations corn- « merciales.
« Enfin, le prince Milosch voyait dans « l'abandon de Kragoujévatz la dispa- « rition d’un foyer de coalition dans la « Servie méridionale, qui est bien moins
• avancée que la partie danubienne.
« Dût-on agrandir un peu la Servie, il « paraîtrait plus convenable de rc- ■ culer le siège du gouvernement que
• de le placer sous le canon turc et « autrichien. Krouschévatz ou Karano-
• vatz seraient si bienfaits pour une ré-
• sidence par l’étendue de leurs plaines « et les avantages de leur situation « qu’on voit encore à Krouschévatz les
• restes du château des anciens rois « serbes. Le prince Milosch ne se serait « jamais laissé séduire par des raisons « spécieuses , et il n’aurait consulte
• que l’intérêt général. Il a continué de « passer des mois entiers à Belgrade « dans son nouveau palais , ainsi qu'à « Topschider;. il a transporté le gym-
• nase à Belgrade, et un édifice y avait
• été construit pour letribunal suprême;
• mais il voulait rester lidèle à sa « schoumadia , à ses forêts, à tout ccqui « lui représentait la nationalité serbe. •
Jephrem et George Protitch , qui étaient plus spécialement chargés de la direction des affaires depuis rétablissement du nouveau gouvernement, firent tous leurs efforts pour comprimer ce
mouvement, dont la réussite pouvait les perdre. George se rendit lui-même dans les différents districts pour v étouffer l'insurrection ; mais il fut arrêté par les paysans, qui méconnurent son autorité et furent sur le point de lui faire un mauvais parti.
Le rôle de Michel devenait de plus en plus difficile. Placé entre les exigences du parti que soutenait la Porte et le voeu du peuple, il n'avait pas même la liberté d’une détermination franche dans un sens ou dans l'autre. Comme tous ses actes publics devaient avoir la sanction de ses conseillers, il ne put qu'agir sous leur direction. II est probable que, s’il edi eu assez de décision dans le caractère pour saisir le moment qui est souvent unique dans les révolutions, il aurait pu rétablir le gouvernement de son père; mais, sans expérience et redevable de son élévation a une combinaison de circonstances fortuites , il compromit tout en voulant tout concilier. Il répondit aux demandes du peuple que le rappel de Milosch ne dépendait pasde lui, mais de la volonté de la Porte; qu’en ce qui regardait le changement de résidence il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que le siège du gouvernement fût transféré à Kragoujévatz; et enfin que, quant à Voutschitch et à Pétroniévitch, ils auraient à s'expliquer sur leur conduite et seraient punis s'ils étaient reconnus coupables.
Cette réponse, qui était presque un acte d’émancipation , avait été dictée à Michel par les partisans de Milosch ; bien quelle exprimât assez nettement la situation, elle paraissait trop exclusivement favorable aux intérêts de Michel pour ne pas refroidir le zèle du peuple. Milosch crut avoir gagné un
E oint d'une haute importance; les deux onimes qui s’étaient flattés de gouverner en son nom se trouvaient réduits à se défendre devant la justice du pays ; et, en raison de l'irritation générale , il n’était guère présumable qu'ils fussent acquittés. Aussi déclarèrent-ils qu'une infraction si manifeste aux vues du gouvernement turc , qui était la source de toute autorité, motivait surabondamment leur refus de comparaître; et ils se réfugièrent dans la forteresse sous la protection du pacha.
D'autres personnages qui , sans être précisément les ennemis déclarés des Obrénovitch, auraient eu plus à perdre qu'à gagner à la restauration du pouvoir de Milosch , refusèrent de suivre à Kragoujévatz les membres du nouveau gouvernement ; et, prévoyant que daus ce conflit l’influence turque finirait par être prépondérante, ils suivirent la fortune de Voutschitch et de Pétroniévitch ; de sorte que le pacha avait groupé autour de lui les membres les plus influents du parti turc. Parmi ces derniers, Rauke cite les noms suivants : Stoïau Simitch, Garaschanin, Prota Nénadovitch. Lazare Théodorovitch, Stéphan Slephanovitch et tous leurs adhérents.
On tint, à Topschider, une assemblée générale où se manifestèrent tous les dissentiments qui agitaient le pays.
Dans les districts de Rranitschévo et d’Oujitze , les partisans de Milosch se mirent en révolte ouverte. Les meneurs reprochaient à Jéphrem et à Protitch l'exil du prince Milosch : ils disaient tout haut que le pays ne serait tranquille que lorsqu’on les aurait renversés; les plus exaltés demandaient leurs têtes.
Sans se laisser intimider par ces menaces, le gouvernement turc suivait strictement la ligne que les circonstances lui traçaient. Un commissaire. Moussa effendi, demandait la reinstallation dans leurs charges de ceux qui s'étaient retirés dans Ta forteresse de Belgrade, et sommait le gouvernement de lui accor der des garanties.
Deux partis opposés et également extrêmes dans leurs vues et dans les moyens se partageaient le pays ; les uns croyaient qu’il fallait subordonner toutes les questions vitales au protectorat de la Porte, les autres que la volonté du peuple devait être prépondérante si l’on était décidé a obtenir autre chose que les apparences d’une réforme.
Entre ces deux partis il s'en était formé un troisième qui , calculant les sacrifices et le résultat final des insurrections et des guerres civiles, admettait ce qu'il y avait de réalisable dans les prétentions opposées, et espérait arriver sans secousses à une amélioration que le temps pourrait compléter. La position
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de Michel lui traçait nécessairement cette conduite ; et son gouvernement, sang s'écarter de la modération, déploya dans ce sens une fermeté et une énergie remarquables.
Nous avons vu que les knièzes , si longtemps froissés par les formes despotiques de Milosch, redoutaient plus que toute autre chose le retour du prince : cependant un d’eux, Mitschitch osa prendre ouvertement son parti. Il ae présenta à l’assemblée générale accompagné d’un assez grand nombre d'adhérents qui n’avaient pas le droit de présence. Non-seulement on le força de s'éloigner avec tout son monde , mais on le lit arrêter ainsi que d'autres insurgés , qui se dispersèrent sans résistance sérieuse. Les mutins s'excusèrent en disant qu’on les avait entraînés, et désignèrent les meneurs , qui furent emprisonnés. On ne se montra pas moins ferme à l'égard du commissaire turc :
il lui fut répondu sans autre formalité que lehatti-schérifdu sultan interdisait aux agents turcs de s'immiscer en quoi ue ce fût dans les affaires intérieures e la Servie. En conséquence de cette déclaration , Moussa effendi jugea que ce qu'il avait de mieux à faire c’était de s’éloigner de Belgrade emmenant avec lui ceux qui s'étaient placés sous sa sauvegarde. Quelques-uns de ces derniers raccompagnèrent jusqu’à Vidin : d'autres coutinuèrent leur voyage et ne s’arrêtèrent qu'à Constantinople, où ils furent défrayés par le gouvernement, qui néanmoins se réserva le droit de se faire indemniser de ses dépenses par la Servie.
Après ces événements , il y eut un moment de calme ou plutôt de lassitude, dont le gouvernement profita pour s'occuper sérieusement des améliorations qu’attendait le pays. L’attitude qu’avait prise le prince Michel lui permettait de donner ses soins aux diverses branches de l’administration et d’exercer son activité sur des points d’utilité énérale, questions de détails qui semlaient réunir tous les partis La modération est une vertu chez les princes lorsqu'ils sont assez forts pour pouvoir se passer d’être sévères ; elle devient une faute dans les situations douteuses, paree qu’on la regarde alors comme
une faiblesse et que les partis méprisent tout pouvoir qui ne leur résiste pas ouvertement.
Tandis que les ennemis des Obrénovitch n’attendaient qu’une occasion favorable pour le renverser et qu’ils stimulaient le ressentiment de la Porte, le jeune prince s’efforcait de se concilier l’affection du petiple. 11 donna le ministère de la justice et de l’instruction publique à Stépban Raditschévitch , homme distingué et d'un caractère honorable. C’était un de ces Hongrois qui, désespérant de faire agréer leurs services par l’Autriche, étaient venus les offrir a Milosch. Les Serviens faisaient grand cas de son mérite et surtout de son exactitude scrupuleuse à ne point s’écarter de la légalité. On lui doit un grand nombre de projets utiles où il s’est efforcé d’approprier à la Servie les institutions en vigueur en Autriche.
Pensant qu’il était peu convenable pour les prêtres démener le même genre de vie que les paysans , il proposa de leur construire des maisons aux frais de leurs congrégations, et de faire cultiver leurs terres, pour leur laisser le temps de s’acquitter de leurs devoirs religieux.
Il exprima le désir que les affaires du ressort des cours de justice fussent formellement rédigées. Souvent les plaintes des paysans ne reçurent aucune suite , parce qu’à l’instant de les présenter ils n’avaient trouvé personne pour les dresser par écrit. Il avait coutume de dire que le mensonge parlé était insaisissable , tandis que le mensonge écrit se réfutait de lui-même.
On s’occupa de statistique, non sans
ue les paysans témoignassent de gran-
es inquiétudes en voyant dénombrer leurs pruniers et dans la prévision que cette vérification était le préambule d'un nouvel impôt. (Ranke.)
« En général , les intentions de Raditschévitrh étaient excellentes. Il proposa d’établir un plus grand nombre d’écoles ; nous nous arrêterons, disaitil , quand il n’y aura plus un seul Servien qui ne sache lire et écrire. Il avait même l’intention de fonder une société de savants; et ce plan eut un commencement d’exécution. Néanmoins la matière était si rare qu’on admit dans cette académie des personnes dont l’ins-
traction n'allait pas jusqu’à la lecture.
« L'architecture avait aussi attiré sou attentiou; il avait le projet d'élever un mausolée pour la sépulture de la famille du priuce. Comme les Slaves ont uue aptitude naturelle pour la musique, d monta à Belgrade un thcûlre où l’on donnait dee opéras : mais les Turcs se plaignirent que l’on représentât devant le public des pièces dont le sujet rappelait les exploits des anciens héros serbes , tels que ceux de Milosch kobilitch.
« Tous ces essais, qui témoignaient du moins d'une intention louable, n'étaient pas même accueillis avec faveur par tous les Serbes. Ceux de la Servie proprement dite prenaient ombrage de ce qu'on employait tant de Slaves autrichiens, et ne tenaieut.aucun compte des avantages que leur expérience procurait au pays. Comme leurs manières les faisaient reconnaître pour avoir vécu au milieu des Allemands, on les appelait par dérision les sages Suuabes. Bientôt des motifs plus sérieux d'irritation se présentèrent.
• Dans la Matschva, des querelles, suivies de rixes violentes s’étaient élevées parmi les paysans ; et il avait fallu, pour rétablir l’ordre, recourir à des mesures sévères. Pour rendre ce châtiment plus exemplaire , on condamna , en outre, les coupables aux dépens. Cette exécution eut lieu avec uue rigueur qui alla jusqu'à la saisie au domicile des récalcitrants. Les réclamations furent trouvées justes sur certains points , et Raditschevitch dut rembourser une partie des ameudes déjà rentrées. Ceux qui avaient été injustement saisis étaient exaspérés : ils demandaient qui leur rendrait le bétail et les instruments de travail qui leur avaient été eulevés, et s'il était juste défaire payer des amendes arbitraires aux Serbes pour salarier des étrangers. »
I.a fiscalité excitait encore d'autres réclamations. On reprochait au gouvernement d’avoir permis à des marchands autrichiens de taire de la potasse dans les forêts de la Servie; et cette permission occasionna des rencontres sanglantes.
On voit que presque tous les griefs des paysans tenaient à des froissements
d’intérêt et d'amour-propre ; et on peut eu conclure qu'en général le Serbe est jaloux , fier et intéressé.
Ce qui l’exaspéra plus que tout le reste, ce fut l'élévation delà taxe proportionnelle. Comme les avantages des institutions recentes ne peuvent se manifester immédiatement et que d’ailleurs les résultats les plus heureux sont presque toujours au-dessous des espérances , ils murmuraient contre un surcroît de charges sans trouver de compensation dans d'autres avantages. Primitivement cet impôt avait été fixé à six dollars d’ Autriche par an : à la chute de Milosch et selon toute probabilité dans le but de capter la faveur du peuple plutôt que parce qu’une réduction dans les revenus du trésor n’entravait aucun des services , on avait fait descendre cette taxe à cinq dollars. Le rétablissement de la porieza sur l'ancien pied ordonné par Michel contribua beaucoup à rendre sou gouvernement impopulaire. Une autre mesure intempestive vint porter atteinte à la sécurité des transactions. Le gouvernement fixa un rabais qui dépréciait la valeur de la monnaie d'or. Le peuple ne pouvait se faire à l’idée que le ducat qu’il avait reçu pour vingt-quatre piastres ne fût accepté que pour vingt-trois quand il avait un versement a faire dans les caisses de l’État. Ces griefs, qui avaient un fondement réel, étaientencore grossis r la malveillance ; de sorte qu’avec de nnes intentions le prince Michel voyait tous les jours s augmenter le nombre des mécontents. Ces derniers ne se comptaient plus seulement parmi les ennemis des Obrénovitch , mais dans cette même classe qui leur avait montré le plus de sympathie et de dévouement. Le peuple accusait Michel de rétablir les anciens abus et de laisser tout le pouvoir entre les mains des employés, qui n’en usaient qu’au préjudice de la nation.
En voyant cette disposition générale des esprits, les partisans de Milosch crurent qu’il était temps d’agir. En 1841, on découvrit une conspiration à la tête de laquelle était Gaza Voukamanovitch , frère de la princesse.
Lioubitza elle-même regrettait amèrement d’avoir contribué sans le vou-
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loir à la chute de son époux. Elle eût bien mieux aimé voir Milosch au pouvoir que son fils Michel. Quoiqu'elle aimât tendrement ce dernier, elle était moius considérée comme mère du chef de l’État que comme femme du prince, et d’ailleurs elle ne croyait pas que Michel eût assez de fermeté et de vigilance pour se maintenir au poste difficile où la disgrâce de son père l’avait placé.
» La plus grande désunion régnait « dans ta famille des Obrénovitch.
« Jovan était mécontent qu’on n’eût « trouvé d’autre emploi à lui donner
• que celui d’adjudant de son neveu. 11 « visait à devenir ministre du départe- « ment de l’intérieur ; mais le gouver- « nement n’était rien moios que dis- « posé à confier une charge de cette « importance à un homme qui s’était « montré si hostile au parti constitu- « tionnel. Jéphrem voyait sa ruine dans « 1e triomphe possible des amis de son « frère ; et il se regardait comme peu « en sûrete à Kragoujévatz. Il résulta « de cette divergence d'intérêts que les
• menées des Turcs et de ceux gui s’é- « taient placés sous leur protection n’é- « taient pas surveillées comme elles au- « raient dû l'étre.
« La Porte ne cessait de réclamer en » faveur des exilés le droit de rentrer « en Servie. Elle finit par arracher cette « concession au gouvernement de Mi- « chel. On commença par amnistier les « moins compromis ; niais bientôt cette « permission s'étendit à Voutschitch « lui-même. La réaction fut rapide.
« Michel se laissa persuader de reporter « à Belgrade le siège du gouvernement , « sous le canon de la forteresse des Turcs . « Ce fut en vain que les kinètes essayè- > rent de l’en détourner en lui repré-
• sentant qu’il leur serait bien plus « difficile de le secourir en cas de dan-
• ger, puisque ses ennemis seraient
• ainsi à portée des secours des Turcs.
« Milosch croyait n’avoir rien à
« craindre de ce côté. Après s’étre sou- « mis aux désirs de la Porte , il se flattait « quelle l’appuierait à l’avenir. Le pa- « cna avait engagé sa parole que Vouts- « chitcli se tiendrait tranquille ; et « lorsque, contrairement à cette assu- « rance , les ministres reçurent l’avis
« qu’il fomentait de nouveaux troubles, « ils firent arrêter les dénonciateurs « comme propageant des bruits calom- « nieux et comme étant eux-mêmes « des perturbateurs. Ils croyaient même « que , si l’on venait à lés attaquer, « la charte suffirait à les protéger. Si « quelqu'un l’ose, disaient-ils, le chS- « timent est tout prêt.
«.On peut plutôt blâmer le gouverne- « ment de Michel d’avoir manqué de « cette vigilance et de cette sévérité qui « caractérisaient celui de Milosch que « d’avoir abusé de ces moyens : cette rai- « blesse encourageait les Turcs a faire « toujours de nouvelles demandes , et « plus ils obtenaient, plus ils se mon- « traient exigeants. Un tel état de choses « ne pouvait durer. La nation entière « éleva une voix accusatrice contre les « hommes qui dirigeaient les affaires « de l’Etat. Les mécontents qui avaient « obtenu leur rappel voyaient en eux « des ennemis déclarés et refusaient de « solliciter aucune place, ce qui, après « la réconciliation , leur eût été facile- « ment accordé. Les officiers et les « knièzes qui craignaient le retour de
* Milosch. aussi bien que les paysans « et les kmètes qui probablement ie dé- « siraient, se trouvaient d’accord dans
* leur haine contre le gouvernement. Il « n’y avait de sécurité nulle part; le « sénat lui-même n’était pas sans in- « quiétude.
« Enfin les Turcs ne purent se rési- « gner à endurer plus longtemps lesre- « fus qu’on ne leur avait pas ménagés « et que Protitch , avec sa raideur or- « dinaire, n’avait pas craint de renou- « veler dans ces derniers temps. Un « nouveau commissaire de la Porte ar- « riva à Belgrade , chargé de faire au
* gouvernement des représentations se - « vères et d'exiger la démission non- « seulement de Protitch, qui était per- « sonnellement désigné, mais de tous « les membres du ministère.
• Michel lui-même ne partageait pas « entièrement les vues de ses ministres : « il était assez dispose h les renvoyer, « mais il voulait le faire plus tard et « sans avoir l’air de se laisser forcer « la main. Depuis les restrictions dont « son pouvoir avait été entouré , il re- « gardait le droit de nommer et de
• déposer ses ministres comme la partie « la plus essentielle des prérogatives
• qu’on lui avait laissées, et il ne vou-
• lait point s'en dessaisir sans résis- « tance; encore bien moins était-il dis- «'posé à confier les premières charges « île l’État à des protégés de la Tur- « auie, dont les sentiments à son égard « étaient au moins douteux. Mais l’op-
• position dans laquelle il se renferma « ne fit qu’irriter le mauvais vouloir des « Turcs. Peut-être leur mécontentement « était-il encore aggravé par un motif « accessoire. Tout récemment , les Bul- « gares, qui désiraient obtenir les mêmes
■ privilèges que les Serbes , s’étaient a adressés à Michel-, et celui-ci, bien « qu’il ne leur etlt donné aucune espèce a d’encouragements , n’en était pas a moins, aux yeux des musulmans, « l’homme dans lequel les raïahs avaient
■ mis leurs espérances.
a En somme , les Turcs ne voyaient a pas sans une certaine satisfaction les a symptômes d’un mouvement qui mea naçait le gouvernement de Michel a soit d’un changement sérieux, soit a même d’un renversement total.
■ Il y avait longtemps que les agita- « teurs se préparaient à cette éventuaa lité. Ils avaient dans toutes les bran-
• ches de l’administration des amis qui a leur devaient leur position et qui a comptaient en outre sur une récoma pense pour les services qu’ils pour- « raient leur rendre.
a Quoique Michel n’eât violé aucun a des articles de la charte, ceux qui
• l’avaient obtenue se donnaient le a nom de défenseurs de la constitu- « lion { Oustavo branileli ). Ils avaient « toujours cette expression sur les lè- « vres; et elle produisait l’effet qu’ils
• en attendaient.
« Le mouvement commença dans les
• districts soumis à l’influence de Prota « Nénadovitch , Résavatz , Garaschanin
• et Lazare Théodorovitcb.
° Voutschitch ne fut pas longtemps à « s'apercevoir que sa connivence avec « le parti turc cessait de lui être préju-
■ diciable aux yeux de la nation , et < qu'il pouvait se poser comme chef
• des deux oppositions réunies. Il lui
• tardait de faire sentir à ceux qui l’aa raient fait expulser à quel homme ils
a avaient affaire. Après avoir quitté la a Servie pendant quelque temps , il rea vint près de Smédérévo. Il traversa a les districts monté sur un cheval a arabe , que Résavatz lui tenait tout a prêt. Partout il trouva ses adhérents a disposés à le seconder. Bientôt le bruit a se répandit qu’on allait tenir une asa semblée générale pour forcer le prince « à changer son administration.
« Michel prit la résolution de ne pas a céder à cette contrainte et d'opposer a la force à la force.
a II ne doutait aucunement que son a parti ne fût le plus puissant; et sans « même prendre les mesures nécessai- « res pour mettre Pojarévatz à l’abri a d'un coup de main , sans s’assurer a de l’artillerie de cette place, il partit « pour Kragoujévatz dans la nuit du 20 a août 1842, avec une petite troupe a d’infanterie régulière de six cents liorn- « mes et de trente-six chevaux.
a 11 envoya des ordres dans les disa tricts; et bientôt de nombreux ren- « forts vinrent le rejoindre, de sorte a qu’il se vità la tête d'environ dix mille a combattants. Les nouvelles qui lui a parvenaient de divers poiuts étaient a toutes favorables. »
Garaschanin, qui tâchait de soulever le cercle de Belgrade , fut blessé et arrêté.
Ces succès partiels enhardirent le prince, et lui firent supposer que le peuple était disposé à combattre pour le soutenir.
Voutschitch, qui s’était emparé de Kragoujévatz , campait avec deux mille hommes sur une hauteur à peu de distance de la ville. Ce petit corps pouvait être cerné facilement ; mais l'armée de Michel, soit qu’elle craignit d’en venir aux mains avec Voutschiteh , soit qu’elle reculât devant lu conséquences funestes d’une guerre civile, manifesta unegrande irrésolution , et demanda qu'on envoyât une députation au chef des insurgés.
Cette démarché, qui permettait aux ennemis du prince de mettre leur justification dans la critique trop facile des actes de l’administration, était à la fois humiliante et périlleuse pour le prince. Cependant il ne pouvait faire autrement que de s’y résigner.
Voutschitch ne déploya pas moins
L’UNIVERS
d'habileté dans la conduite des négociations qu’il n’avait montré de présence d’esprit et de courage comme général. Il sépara adroitement la cause de Michel de celle des ministres, et protesta de son dévouement au chef de l’État. Le principe de sa résistance, disait-il, n’avait rien que de légal, puisqu’il se bornait à demander qu’on le laissât se présenter, lui et ses amis , devant le commissaire impérial ; il ajoutait que l’on ne pouvait traiter de rebelle un homme qui soumettait sa cause et celledu peuple à la décision de leur juge suprême.
Cette apologie, soutenue par des
f;ens déterminés , tlt impression sur es partisans de Michel , qui se vit forcé de discuter les conditions qu’on lui imposait. Elles pouvaient se réduire à trois : l* le renvoi des ministres et même de Jéphrem; 2° le rappel et la réintégration de ceux qui avaient été exilés l’année précédente ; S- enün la réduction de la taxe proportionnelle.
Voutschitch appuyait sur ce dernier point, pour faire croire aux Servions que le principe de l’insurrection se rattachait à un intérêt national.
La réaction en faveur des constitutionnels fut si rapide et si générale que les amis du princo lui donnèrent le conseil de céder. Cependant Michel regardait comme déshonorant pour lui de recevoir la loi d’un sujet qui traitait les armes à la main et dont les forces apparentes étaient de beaucoup inférieures à celles du gouvernement II résolut donc d’attaquer ses ennemis avant que la défection vint réduire le nombre de ses défenseurs. Voutschitch, qui , mieux que le prince, connaissait la disposition des esprits, lit ses préparatifs pour le combat , tandis que ses partisans répétaient, dans les rangs mêmes de l’armée de Michel , que la responsabilité du sang qui allait être versé retomberait tout entière sur le prinee dont l’orgueil repoussait un accommodement équitable.
Aux premiers coups de canon partis du campdes rebelles, l’armée de Michel se débanda. Resté seul avec quelques compagnies régulières, il dut battre en retraite. Arrivéaux environs de Schoubari, il se vit de nouveau à la tête d’une
quinzaine de mille hommes ; c’étaient les contingents des districts de Roudnik et de Poschéga qui étaient venus le rejoindre. Parmi cette multitude quelques-uns seulement étaient décidés à risquer leur vie pour maintenir l’autorite de leur prince ; le plus grand nombre suivait le mouvement par entrainement et sans en comprendre toute la portée; parmi ces derniers il s’etait glissé des partisans zélés de Voutschitsch. De son côté, celui-ci n’était pas resté inactif; il venait de recevoir de Résavatz un renfort commandé par le kapilan Bogdan , qui s’était fait une grande réputation de bravoure. Avec ce secours, il prit immédiatement l’offensive . et dispersa l’armée du prince sans qu’eile opposât la moiudre résistance.
On put reconnaître alors combien il était important pour les Turcs d’occuper militairement Belgrade. Le pacha favorisait le mouvement insurrectionnel; si Michel avait pu d’abord se faire illusiou sur les véritables dispositions de la Porte à son égard, la conduite de Voutschitch dans ces derniers temps avait dissipé tous ses doutes. Il refusa donc de recourir à la protection des autorités turques de Belgrade, et il répondit au consul de Russie, qui «tait venu le trouver pour lui conseiller cette démarche, qu’il n’aurait garde d’aller se mettre à la discrétion de ceux qui avaient fait à ses ennemis un accueil si favorable.
Menacé de tous côtes et ne trouvant dans le parti qui le soutenait que des sympathies tièdes et vacillantes, il prit le chemin des exilés, celui de la frontière autrichienne. Ses ennemis auraient sans doute préféré de rester vainqueurs après une lutte plus sérieuse; mais il crut inutile de la prolonger, et il renvoya chez eux ceux qui étaient venus encore une fois lui offrir leurs services. Il entra à Scmlin sept jours après avoir quitté Belgrade pour aller étouffer l’insurrection. Protitch , Rnditschévitch et Miléta suivirent immédiatement son exemple.
Voutschitch entra dans la capitale en triomphe; il se fit appeler le chef de la nation, et prit d’une main ferme les rênes du gouvernemènt.