CHAPITRE XXXV. point d’appui, et l’amour du change
ment entraînait bientôt le* masses du GorvEBNEMBiST PBOvisotBE. At.EXAM- <îu' donnait les plus grandes espéuns. fils »b kaba-obobob, choisi J'an<’es ' c est-a-dire vers les nova-
roi:» PBIIVCB. VOl.TSCHITCH EXF-BCS .
l'autorité suprême; bêélkctiok Dans mouvement qui renversa Mid’alexakdrb. ( D'après liait ke. ) c . ’ °î* P®ut “*re Que l'influence turque
triompha, puisqu’elle se constitua juge dans des détails d’administration qui, Plusieurs causes ont contribué à la d’après la charte, échappaient à sa comehute des Obrénoviteh : d’abord le ea- pétenee.etque le peuple perdait virtuelractère ferme et ambitieux de Miiosch lement en liberté tout ce qu'il croyait avait fait craindre à la Porte que la devoir à la bienveillance des puissances Servie ne finit par loi échapper entiè- protectrices.
rement et qu’à un moment donné cette Le parti des vainqueurs le sentait si province ne fût réunie soit à la Russie, bien qu’ils s’adressèrent au commissaire soit à l’Autriche, ce qui aurait laissé turc pour qu’il donnât sa sanction à un entièrement à découvert les frontières gouvernement provisoire. Cette permisdelà Bulgarie et de la Roumélie; en sion fut donc accordée au nom du sultan second lieu, l’indépendance des Serviens àVoutschitch, Simitch et Pétroniévitch, était un exemple attrayant pour les Bos- oui formèrent une sorte de triumvirat Biens et les Moldo-Va'laqiies; et le ea- dont ils s'étaient distribué d avance binet de Saint-Pétersbourg n’eût pas vu les rôles.
sans inquiétude une constitution libérale Us convoquèrent immédiatement une solidement établie parmi ses coreligion- assemblée générale, na ires slaves, tandis que les Russes res- On se rapelle que sous Kara-George taient soumis à un régime despotique, la skouptschiqa ne se réunissait que pour Les mêmes raisons portaient ombrage mettre en exercice le genre d'autorité au gouvernement autrichien , si forte- qui venait de s'établir daus le pays , ment intéressé à affermir sa domination et que du temps de Miiosch elle se sur le moyeu et le bas Danube; enfin , bornait à confirmer les propositions le caractère inquiet et remuant de la portées devant elle. Ces sortes de diètes race serbe, si prompte à s’engouer et à n’admettent pas de débats régulièrese dégoûter de ses chefs, ouvrait une ment suivis; eliesont plutôt, dit Ranke, large voie aux intrigues étrangères, d’au- le caractère des parlamentl des villes tant plus dangereuses que les membres libres de l’Italie au moyen âge, où le de ta famille de. Miiosch n’étaient pas parti vainqueur imposait la loi aux vainexempts eux-mêmes d'une rivalité mes- eus. Personne n’eût été assez hardi
Sine. Les obstacles que rencontraient pour émettre une opinion contraire aux i princes de Servie , depuis Kara- vues des chefs qui venaient de s’enapa- George jusqu’à Michel Obrénoviteh, rer du pouvoir, étaient de nature à donner à l’opposition L’assemblée générale qui fut convo-
une direction entièrement contraire à quée au mois de septembre 1 842 ne l’esprit du gouvernement ; et, malgré comptait que des membres hostiles aux les apparences, l’hostilité s’adressait Obrénoviteh ; c’étaient , à peu d’excepbien plus aux personnes qu’à l’inter- tions près, les mêmes hommes qui vcprétation des principes. I.’autorité du naient de renverser Michel. On avait chef de l’État étant subordonnée à celle lancé une proclamation par laquelle on de la Porte, dont les concessions étaient annonçait au peuple que des Serbes, restreintes et conditionnelles, il deve- dont l'intention était uniquement de nait presque inévitable que le prince porter quelques plaintes devant l'effendi mécontentât la nation s’il agissait con- au Grand-Seigneur, avaient été attaqués formément aux vues de la Turquie, ou par le prince , et que ce dernier, ayant qu’il devint suspect aux Turcs s’il sui- été battu, avait quitté le pays, vait une ligne indépendante. Dans l’un Quand tous les députés furent réunis, et l’autre cas l’opposition trouvait un Voutschitch parut accompagné ducom-
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imssaire turc et du pacha de Belgrade.
On demanda aux membres de laskouptschioa s’ils étaient disposés h rappeler le prince fugitif. Kiamil pacha lit luimême cette question en langue serbe, qu'il parlait d'une manière presque inintelligible ; et tous les députes répondirent négativement.
On s'occupa immédiatement de l’électiou du nouveau prince ; à cet égard il n'y eut pas la moindre hésitation.
I.e fils de Kara-George, Alexandre, était né pendant la mémorable campagne de 1800. Après la mort de son père, il était reveuu en Servie , où il vivait ainsi que sa mère d'une pension que lui faisait Miloseb. Jusque-là il avait été attaché au prince Michel en qualité d'adjudant. C’était un jeune homme d’une conduite irréprochable, d’un caractère aimable et de l’extérieur le plus avenant; jamais il n’avait pris parti dans les querelles des chefs. Depuis quelque temps Voutschitch le désignait a ses amis comme leur prince futur, et ceux-ci n’avaient pas eu de peine à préparer les esprits en sa faveur.
I-orsque rassemblée eut déclaré qu’elle ne voulait plus de Michel, Voutschitch lui demanda qui elle choisissait. Tous répondirent aussitôt: Kara-Georgiévitch. Au môme instant il fut présenté aux députés, qui le saluèrent de leurs acclamations.
Voutschitch, qui s'était réservé le ministère de l’intérieur, se garda bien de commettre la môme faute qu'avaient faite ceux qui l’avaient précédé au pouvoir : tous ses ennemis furent exilés; quant aux plus compromis, ils quittèrent le pays spontanément. Ceux qui étaient moins à craindre n’en perdirent pas moins leurs emplois. I.cs kmètes qui s’étaient déclarés ouvertement contre lui durent se démettre également de leur charge. La prison fut le partage do quelques-uns, l’exil celui du plus grand nombre.
La Porte, qui avait tout laissé faire, déclara la déchéance de Michel sans enquête préalable et sans qu’il lui fût permis de se justifier; elle reconnulsans plus de formalités le prince nouvellement élu, satisfaite que son influence eût été décisive.
Fidèle à l'esprit de l’islamisme , elle
n'accueillait quelques-unes des institutions qui assurent la prépondérance de l'Occident que pour se mettre en état de résister aux puissances qui préparent sa ruine ; les emprunts qu'elle faisait à la civilisation européenne étaient destinés d'abord à repousser toute agression étrangère , et plus tard , lorsque la force militaire de l’empire serait régénérée, à reprendre le système de conquête qui est le devoir et la mission des vrais croyants. Cet espoir, plus ou moins déguisé selon les circonstances, se manifeste avec toutes ses tendances rétrogrades dès que la fortune desarmes ou les combinaisons de la diplomatie semblent permettre aux Turcs de se montrer tels qu’ils sont. Ainsi le dénoûment de la crise égyptienne en 1840 et celui de la question serbe quelques années plus tard enhardirent le gouvernement turc et ses agents à commettre les injustices et les cruautés les plus révoltantes eu Syrie contre les Vétiabites, en Crète et en Bulgarie contre les raïalis. Elle révoqua la concession solennellement faite de laisser à des chefs chrétiens le soin de prélever le haradsch. Les raïalis s’estimaient heureux lorsque les Arnautes s'abstenaient des dernieres violences. Les Turcs violèrent à diverses reprises le territoire des Monténégrins : en Valachie, un liospodar fut jugé et renvoyé sans le consentement de la Hussie.
Tous ces actes arbitraires, qui étaient une violation flagrante des traités, furent
fiostcrieurs à la révolution qui détruisit e pouvoir des Obrénovitch dans la Servie, lorsqu’elle eut cessé d'étre le centre de la résistance desSlaves méridionaux.
Cette conduite mettait les apparences du droit du côté de la Russie, qui ne demandait pas mieux que de trouver un prétexte pour faire quelques pas de plus vers le but constaut de son ambition. Nicolas déclara que la Porte n’aurait pas dù déposséder Michel avant qu'il eût été reconnu coupable des fautes qu'on lui imputait, et que dans tous les cas le consentement de la Russie eût été nécessaire. Il faisait surtout un re* i proche au gouvernement turc d'avoir sanctionné une révolte, et sur ces motifs il protestait contre ces changements.
Ce qui. mécontentait réellement le
cabinet de Saint Pétersbourg, c'était qne le triomphe de Voutschitch et de Pétroniévitch, en réconciliant les Serbes avec la Porte, rendait inutile le protectorat russe , et dérangeait tous les plans qui en étaient la conséquence.
La Porte n'ignore pas que les puissances chrétiennes, rivales entre elles, ne prennent son parti que dans des vues intéressées; aussi ne se fait-elle aucun scrupule d’enfreindre des engagements dont la portée change selon les éventualités de la politique. Lorsqu’elle est menacée d'un côté, elle sait qu’elle sera appuyée de l’autre , et que le temps est loin où le principe religieux suffisait pour former contre elle une coalition permanente. Persuadée que les menaces de la Russie seraient interprétées peu favorablement par les cours rivales , elle résolut de maintenir ce qui avait étéfaiten Servie, et les raisons spécieuses ne lui manquèrent pas.
D’abord elle prétendit qu’il n'y avait paB en rébellion, puisque les commissaires impériaux avaient approuvé le mouvement, et que, comme puissance souveraine, elle avait usé d'un droit incontestable.
Quant aux intérêts serbes , elle était si éloignée de vouloir y porter atteinte qne, tout en prenant une détermination souveraine, elle avait agi d'un commun accord avec la nation, qui avait unanimement applaudi au changement dont on se plaignait.
Ces discussions donnèrent lieu ;1 des négociations assez compliquées et dont la Servie masquait la portée générale.
L'Autriche s'accordait avec la Russie sur ce point qu’une question intérieure n'était pas du domaine de la politique étrangère; mais elle déclarait en même temps que l'autorité de la Porte serait fortement compromise sur le Danube si elle ne pouvait renvoyer Michel qu’après l'avoir mis de nouveau en cause.
Comme il arrive souvent dans les questions où l'agresseur qui a compté triompher par l'intimidation trouve une résistance inattendue, les parties intéressées prirent un terme moyen : la Russie cessa d'exiger la réinstallation de Michel à condition que l'élection d'Alexandre, qui avait eu lieu à la suite de scènes tumultueuses, fût regardée comme non
valide et qu’elle fût de nouveau soumise au peuple, mais avec des formes régulières ; elle demandait en outre le renvoi de K iamil pacha et celui de Voutschitch et de Pétroniévitch.
On conclut un arrangement sur ces bases. Le pacha perdit effectivement sa charge; mais on le fit vizir de Bosnie.
Quant aux deux chefs serviens, il était plus embarrassant de leur donner l'équivalent des fonctions qu’ils occupaient.
D’après ce qui venait d'être convenu, Alexandre Kara-Georgiévitch dut résigner provisoirement ses pouvoirs ; le plénipotentisire russe exigea seulement
S[ue Voutschitch et Pétroniévitch ne issent point partie de la skouptschina nouvellement convoquée. Mais , malgré cette précaution , le résultat des votes ne pouvait être douteux.
La Porte, en vertu de son droit de souveraineté, déclara exclu de la dignité princière le jeune Michel Obrénovitch, comme incapable de gouverner selon ses vues. Cette décision ne laissait pour compétiteur à Kara-Georgiévitch que Milosch lui-même, et le retour du prince exilé eût menacé trop de positions élevées pour que ceux qui avaient intérêt à ce qu’il ne fût pas rappelé ne missent point en oeuvre tous les moyens, dans le but de prévenir sa réélection.
Pour le présent, les esprits n'étaient point disposés en faveur de Milosch.
On avait tait courir le bruit qu'il était entièrement soumis à l’influence étrangère. On disait à Belgrade que les partis opposés à Kara-Georgiévitch étaient disposés à établir leur candidat à force ouverte, mais que le conflit serait sanglant. Le peuple, en attendant, préparait ses armes.
Cependant rien n’annonçait l’intention d’imposer aux Serbes un chef dont ils auraient méconnu l’autorité. On ne prit même, avant l'ouverture de l'assemblée, aucune mesure pour faire rentrer en Servie ceux qui s’étaient retirés sur le territoire autrichien , ce qui n’eût offert aucune difficulté.
Le 15 juin 1843, on procéda à une élection libre. Les Serbes se rangèrent par nahies, comme autrefois les Polonais votaient par voïvodies. Le nouveau pacha, le consul, le plénipotentiaire de
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la Russie et le métropolitain s'avancèrent vers les électeurs et leur demandérentquel élaiteelui qu'ils voulaient pour prince. Les dix-sept nui lies demandèrent a l'unanimité K arn-Georgiévitch . On iuterrogea ensuite plusieurs personnes séparément, et toutes firent la même réponse.
C’est ainsi que les paysans serbes conservèrent le droit que leur avait conféré la convention d’Akierinan, celui de clioisir leur prince. Les deux puissances rotectrices se déclarèrent satisfaites, et élection de Kara-Georgiévitch fut reconnue valide.
On crut d’abord que Voutschitcb et Pétroniévitch seraient libres de rester dans le pays, attendu que l'agent russe n'avait point demandé leur éloignement; mais peu de temps après l’empereur Nicolas insista sur l’execution pleine et entière de la convention passée avec la Porte.
La Turquie se voyait débarrassée des Obrénovitch ; mais les hommes qui avaient été les principaux instruments de son triomphe durent ajourner leurs espérances. Les Serviens apprirent que le prince qu’ils venaient d’élire ne serait confirmé dans sa dignité oue lorsque Voutschitch et Pétroniévitch auraient uitté la Servie. Quelle que fût l’inuence que ces deux chefs exerçaient , personne n’était disposé à tout remettre en cause uniquement pour les rappeler à leur ministère ; on leur signifia donc , mais avec toutes les marques de respect et de sy mpath ie, l’ordre de passer la frontière ; leur départ fut le signal de l'installation définitive de Kara-Georgiéviteb.
Dans le bérat d’investiture la Porte insiste souvent et avec force sur les liens de dépendance de la Servie envers le gouvernement du sultan et sur l'obligation du princeà observer fidèlement toutes les dispositions duhatti-sehérif où la charte des Serbes est exposée. Les sénateurs et toutes les personnes en place sont tenus de le reconnaître pour leur prince et d’obéir à toutes ses ordonnances en tant qu'elles ne seront pas contraires à l'acte constitutif.
En raison de ces restrictions, le droit ooncédé au prince reste bien eu deçà des prétentions des Obrénovitch à un
pouvoir héréditaire et illimité. Les conditions auxquelles son autorité est subordonnée peuvent fournir de nombreux prétextes et opposer à son administration des entraves qui le mettent dans une entière dépendance.
L’expérience des dernières années et plus encore la guerre difficile que soutient actuellement la Porte peuvent faire supposer qu’elle s'abstiendra de toute mesure vexatoire. Autant qu’il est permis de le conjecturer, l’affaiblissement de la Russie, en assurant l’indépendance de l'empire ottoman, établira sur une base plus solide les libertés de la Servie ; et avec le temps la Bosnie et la Bulgarie seront appelées à jouir des mêmes privilèges. L’alliance de la France et de l'Angleterre aura beaucoup fait sans doute pour la sécurité de l'Europe ; mais la Turquie ne pourra compter parmi les grandes puissances continentales que du jour où , abjurant sans arrière-pensée les préventions fatales de l’islamisme , elle ne mettra aucune différence entre ses sujets, et s'assurera ainsi le concours de populations énergiques, belliqueuses et intéressées à conserver et à défendre les institutions qui les régissent.
Un prince qui ne doit ni à ses services ni même à son ambition ie rang auquel il vient d’étre élevé, dont les prétentions ne se fondent que sur des souvenirs , et qui , à l'instant même où il entre dans l'exercice de son pouvoir, se voit séparé de ceux qui lui en ont ouvert la route , ne peut qu’être exposé à la malveillance et aux intrigues du parti vaincu. C’est effectivement ce qui est arrivé à Kara-Georgiévitch.
Dans les premières années qui ont suivi l'élection définitive du fils de Kara- George , on a pu remarquer une opposition plus systématique de la part des communes et des paysans contre le»
agents de l'administration , soit que ces derniers abusassent du pouvoir que leur donnaient leurs fonctions , soit que le peuple ne fût pas encore assez éclairé pour voir dans les charges inséparables de tout gouvernement régulier et dans le respect de la loi un devoir et un* nécessité.
A ces causes d'agitation se joignaient les influences étrangères, et qui ne
venaient plus seulement des puissances voisines et rivales, mais des grands Etats de l’Occident, d'où rayonnaient les idées d’améliorations et de' réformes.
Dans cet état de choses, la loi fondamentale, c’est-à-dire la charte des Serbes, gênante pour un chef d’un caractère absolu , semble offrir des conditions favorables à un prince qui sait se contenter de la portion de pouvoir qu’elle lui laisse : l'unité nationale se trouve ainsi étahrie sur une base plus large, et la distribution de l'autorité offre de plus solides garanties; mais, d’un autre côté, les inimitiés personnelles trouvent facilement des armes dans tous ces degrés de responsabilité constitutionnelle.
Si cette constitution peut prendre racine dans le pays , si elle porte tous les fruits qu’on est" en droit a’en attendre, les Serbes, moralisés par la puissance des institutions , auront fait un grand pas vers leur émancipation comme peuple , et l’exemple ae leur supériorité dans la liberté agira avec plus de force sur leurs frères de la Bosnie que ne pourraient le faire des privilèges encore plus étendus , mais qui seraient sans action sur la vie privée et publique.
Si l’on considère l’état où se trouvait la nation avant Kara-George et celui où elle est parvenue à la suite des dernières révolutions , il faudra bien reconnaître que la différence est immense. La cause de ce changement est surtout dans l’abolition des privilèges de la caste militaire. Le Grand-Seigneur n'exige plus des Serbes la taxe de la capitation ,
3ui était regardée comme le rachat e la peine capitale encourue par tout inGdèle vaincu : les spahis ne se regardent plus comme les maîtres nés de toutes les terres. Les Turcs dominent seulement dans les forteresses.
Pour la première fois il leur était interdit de résider en dehors du rayon des places fortes. Ccst ce qui a été observe à Schabatz et à Kladovo , et c’est ce qui aurait dû l’étre à Belgrade. D-’abord , comme nous l’avons vu, les propriétaires musulmans de ce district s'étaient préparés à vendre les biens-fonds qu’ils V possédaient, pour se transporter ailleurs : mais, sur un ordre venu de Constantinople, ils résilièrent ces marchés,
et la ville entière fut regardée comme formant la forteresse.
A considérer cette décision au point de vue stratégique , on ne saurait nier
Îue la Porte ne fût dans son droit. Les ores restèrent donc en grand nombre à Belgrade. Mais cette exception , qui
Îilace les spahis sous la juridiction de eurs coreligionnaires, ne leur restitue aucun de leurs anciens privilèges, et plus d’un vétéran de la milice turque se voit réduit à recevoir des Serbes un salaire pour les services manuels qu'il leur rend dans leurs maisons. Ou se rappelle d'ailleurs que ces franchises de la nation serbe n’ont pas été le fruit d'une révolte directe eontre la souveraineté du sultan , mais qu’elles lui ont été concédées à la suite d’une lutte contre le parti qui repoussait les réformes adoptées par le Grand-Seigneur. Cette position particulière a permis aux Serbes de réclamer des franchises qui ont été achetées par des flots de sang.
Mais toutes ces circonstances n’auraient pas suffi pour faire de la Servie une province maltresse de régler son administration intérieure si l'esprit de nationalité ne l'eût soutenue dans les revers, et ne lui eût indiqué la marche à suivre quand la fortune des armes lui était favorable.
Par un effet singulier de leur position, l’Autriche faisait peser en leur faveur son influence politique quand le protectorat religieux de la Russie découvrait trop les vues ambitieuses de cette dernière puissance , et la Russie reprenait son ascendant aussitôt que la Tur-
3uic essayait de revenir o son système e domination oppressive. Grâce à ces prétentions rivales , la Servie est parvenue à se constituer; et aujourd'hui l’entrée en lutte des grands Etats de l’Occident tend chaque jour davantage à la rattacher au gouvernement turc, qui, en retour de sa fidélité, lui accordera sans doute bien plus que ne pourraient le faire ni l’Autriche ni la Russie, la première pareequedes concessions libérales auraient bientôt disloqué cet amalgame de possessions qu'on appelle l'Autriche; la seconde parce qu’elle ne peut donner aux Serbes que ce qui est le partage des Russes eux-mêmes , l’espoir de la do-
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initiation universelle, au profit de l’absolutisme religieux et politique.
Ainsi la Turquie et l’ Autriche, quoique
peusympathiquesl’une h l'autre, se trouvent néanmoins unies par le lien des faits. Le sultan, forcé, il est vrai, par la Russie, a donné aux Serbes leur constitution ; et cette charte qui rappelle , bien que d’une manière imparfaite, les institutions de l’Europe civilisée; cette charte, arrachée à la Turquie uniquement pour l’embarrasser et l’affaiblir, s’est trouvée justement le palladium et le point de l’union future de tous les Slaves méridionaux.
Le sultan a tiré un avantage incontestable des franchises concédées aux Serbes. En les armant contre le fanatisme du parti janissaire, qui se perpétuait dans les prétentions des spahis, il a décidément consommé la reforme militaire qui lui a donné des troupes telles que celles qui ont battu les Russes a Citnté , à Oltenitza , à Silistne, à Eupatoria et a Rars , et des généraux comme Omer-Pacha.
Il s'ensuit que la civilisation des Serbes et la régénération de la Turquie sont en quelque sorte solidaires, et qu’en dépit des causes qui empêcheront toujours leurs intérêts d’être homogènes le musulman et le Serbe doivent s appuyer mutuellement, et dans la crise actuelle plus que jamais.
Pour revenir à la constitution de la Servie, on peut se demander si les restrictions apportées au pouvoir du prince sont favorables ou préjudicables au bien-être présent et futur de la nation, ou en d’autres termes s’il convient d’espérer qu’elles seront permanentes ou simplement provisoires. Nous pensons , avec Ranke , que ces restnetions étaient nécessaires et quelles le seront longtemps encore. En effet, comment pouvait-on laisser à un prince chrétien, sorti de l'élection populaire, l'autorité illimitée d’un pacha? L’arbitraire reconnu en principe comme un des attributs du prince eût eu pour conséquence nécessaire la désaffection et le mépris d’une charte impuissante à réprimer les abus. Mais une autre raison , non moins forte, c'est que l’omnipotence du prince l’eût naturellement porté à se rendre indépendant de la
Porte, oe qui, en rompant les conditions du pacte, primitif eût expose la Servie à toutes les chances d'une lutte inégale. Enfin l'idée seule que le prince était investi d’un pouvoir non moins absolu que celui des pachas , sous lequel la Servie avait si longtemps souffert , était insupportable pour le peuple aussi bien e pour les knièzes et les chefs. Ces erniers, comme on l’a vu dans le cours de cette histoire, n'étaient pas exempts de châtiments corporels. Pour la première fois , il est défendu dans 1 acte constitutif de soumettre les fonctionnaires à des peines iufamautes , l’autorité elle-même ne pouvant prétendre a la considération dont elle doit être entourée si le caprice du maître peut élever ou destituer qui bon lui semble. Une telle faculté discrétionnaire devait nécessairement détruire tout sentiment d’houneur, et décourager le mérite au profit de l'intrigue et de la faveur.
Des abus de cette sorte auront de la peine à disparaître entièrement partout où la domination turque se conservera avec le caractère de la conquête primitive. 11 faut que l’autorite souveraine modifie graduellement son système et que les mœurs des provinces dépendantes , en s’épurant au contact des nations civilisées, réagissent à leur tour sur la puissance souveraine. Quand le niveau moral sera obtenu , les différences religieuses et politiques ne seront plus des motifs de jalousie et d’hostilités et n apparaîtront plus que comme des nuances propres à distinguer les nationalités.
Un abus non moins grave avant la promulgation de 1 ’Oustaf , c'était la violation fréquente des droits de propriété. Les cliefs trouvant commodes les pratiques des Orientaux , cherchaient le moyen de s’approprier à vil prix les domaines qui leur plaisaient et d’exercer toutes sortes de monopoles ; celte conduite, en exaspérant le peuple , la souvent poussé aux révolutions. La loi nouvelle y a sagement pourvu. Les ventes et les cessions de biens sont placées sous la garantie du pouvoir judiciaire et ne regardent que lui. Ce fut une grande amélioration que l’inscription sur les registres de l'État des titres de possession légalement dressés.
On peut regarder aussi comme un
progrès important la séparation des départements d’administration de celui de la justice , quoique l'application de cette mesure en Servie ne doive pas éveiller des idées conformes à celles qu’elle ferait naître dans des pays plus avancés. Autrefois les pachas et les moussélims avaient singulièrement empiété sur les droits des fonctionnaires turcs dans l’ordre judiciaire ; il en avait été de même plus tard ; les knièzes et leurs employés n’avaient guère mieux traité les terriens. La prétenduesanction du tribunal suprême n’avait fait que rendre les abus plus irrémédiables. Cette séparation était donc devenue d’une nécessité absolue. Quant au reste, les règlements de Kara-George et de Milosch concernant l’administration de la justice furent conservés dans la nouvelle charte sauf cette différence que les différentes cours eurent leurs attributions nettement définies, et formèrent des ressorts distincts.
Mais le changement le plus efficace fut celui qui résultait des restrictions suivantes, à savoir qu’aucun membre d'une cour de justice ne pouvait occuper un office dans l’administration politique, de même que nul fonctionnaire dans l’ordre politique n’était apte à exercer le pouvoir juaiciaire.
Des règlements analogues furent appliqués aux matières de commerce. Les restrictions arbitraires adoptées par Mladeu, Miloï et même par le prince Milosch, qui, à cet égard, suivaient l’exemple des janissaires, cessaieut d’être praticables. Elles reposaient sur des notions particulières à l’Orient et que le vice-roi d’Égypte suit encore avec succès Mais là elles ont leur raison d’être bien plus qu’en Servie, où la prospérité est fondée sur l’agriculture et l’industrie et où cette faculté tyrannique ne servait qu’à faire ressortir d’une manière plus odieuse les inégalités d’individu à individu. La charte veut que ces règlements soient fixés d’un commun accord par le prince et par le sénat , ce qui empêche tout empiètement arbitraire. L’impulsion salutaire donnée au commerce et à l’industrie prouve mieux que ne le feraient tous les raisonnements l’à-propos et l’utilité de ces mesurés.
Ainsi, malgré les obstacles qu’oppose à une réforme radicale, dans l’esprit des institutions européennes, le milieu encore à demi asiatique de la Servie, les résultats obtenus sont d’une importance incontestable. Le joug qui a si longtemps pesé sur les Serbes est brisé; désormais ces raïabs si méprisés forment une nation. Ce qui a surtout contribué à rendre durables les changements qui ont régénéré cette province, c’est que l’opposition , et non le prince, les a introduits; c’est qu’ils ont leur racine dans le sentiment populaire , et que les vicissitudes de la politique extérieure et même l'avènement d’une autre famille trouveront les Serbes bien décidés à ne point renoncer aux avantages de leur émancipation. Le gouvernement turc tel qu’il existait autrefois est devenu impossible , à plus forte raison un gouvernement qui, se trouvant dans des conditions differentes, voudrait suivre l’exempie de la Turquie. Si même la fortune rendait le pouvoir aux Obrénovitch , ils ne pourraient le conserver qu’en observant la constitution.
La guerre actuelle, qui remue si profondément le sol de l'Orient, pourra soumettre la Servie à des formes plus monarchiques : il est également possible qu’elle complète ses iustitutious républicaines et qu’elle forme comme une Suisse slave , dont la mission dans l’équilibre européen serait de défendre le cours du bas Danube contre les empiétements de la Russie et de l’Autriche. A mesure que la Pologne semble s’effacer dans l'absorption moscovite le rôle des populations chrétiennes qui sont répandues au nord de la Turquie acquiert une plus haute importance.
La Servie doit à l'Occident cet esprit de justice qui est l’âme de ses nouvelles institutions : elle payera un jour ces dettes en réagissant sur le fanatisme turc, qui , pour être ébranlé , n’est pas encore vaincu ; et l’exemple de deux provinces qui comptent à peine un million d’habitants changera en peu d’années la lace de cette partie de l’Europe , si favorisée par la nature, mais dépeuplée par deux fléaux également funestes, l’intolérance religieuse et l'ignorance.
En attendant que In lumière se fasse
en Orient et que la civilisation retourne à son berceau , le moyen le plus simple pour que les chrétiens et les Turcs oublientleurs anciens dissentiments, c’est de les laisser en contact le moins possible. Quand leur administration sera entièrement séparée, la résistance ne naîtra plus des prétentions de l’orgueil , et l’excellence des institutions se manifestera d’elle-méme.