I. 'UNIVERS
ouvrir à leur commerce le Bosphore , la mer Noire, tout l’orient de l’Europe et les mers occidentales de l’Asie.
Quand les Français, portés sur les flottes de Venise, arrivèrent en vue de Constantinople, la grandeur de l'entreprise fit battre le cœur aux plus hardis. Soixante mille cavaliers déployés sur le rivage les attendaient. On s'attendait à une sérieuse résistance. Les chevaliers débarquèrent tout armés , et prêts à monter à cheval.
Les Grecs, qui avaient compté faire peur et non combattre, se débandèrent, et dans cette confusion, dont les Vénitiens tirèrent habilement parti, la ville fut prise aussitôt qu'attaquée.
Isaac l’Ange passa de Son cachot sur le trône. Il s'agissait pour lui de se débarrasser au plus tôt de ses libérateurs ; il surchargea le peuple d'impôts pour acquitter lés promesses d’Alexis, de sorte qu'on eu vint bientôt à regretter l’usurpateur. Les croisés, qui redoutaient quelque perfidie , se payaient de leurs propres mains et se livraient aux dernières violences. Murzouffle, prince de la famille impériale, crut l’occasion favorable; il s’empara du pouvoir, et les Latins se virent obligés de recommencer le siège de la ville, qu’ils reprirent et dont ils dévastèrent une partie. Murzouffle fut précipité du haut d’une tour. Il était facile de prévoir le sort de la nouvelle conquête ; elle dut passer sous la domination des Latins. Baudoin eut le titre d’empereur, et les Vénitiens obtinrent en propriété un quartier important de la ville , et de plus tous les ports de l’empire avec Candie et les Iles de l’Archipel. Boniface de Montferrat prit le titre de roi de Thessalie et d’une partie de la Macédoine; Viilehardoin , celui de duc de Th race et de maréchal de la Romanie. 11 y eut un duché d'Athènes, une principauté d’Acbaïe, une seigneurie de Corinthe.
A côté des ces Etats, constitués féodalement, les Grecs, qui comptaient sur leur peu de durée , fondaient trois empires, à Nicée, à Trébisonde et à Durazzo. Ce fut surtout à leur instigation que les Bulgares empêchèrent par leurs excursions continuelles l’affermissement de l’ompire latin, dont les derniers princes dégénérèrent en moins de temps encore que les Bomains Telle fut bientôt leur
faiblesse, qu’ils se virent réduits à vendre le plomb de leurs palais et à Se chauffer avec les poutres dorées de leurs résidences. Ce qu’une république avait fait, uue autre république le défit par esprit de rivalité : les Grecs de Nicée rentrèrent à Constantinople, sous Michel Paléologue, à l'aide des Génois, cinquante-neuf ans après la chute de Murzouffle.
Au reste ces provinces, jadis florissantes, ces villes qui avaient tenu le premier rang dans la période de la civilisation antique, perdaient peu à changer de maitres. La plupart de ceux qui s'en étaient adjugé la possession au moment du premier partage n’en connaissaient pas même la position géographique; plusieurs avaient été gagnées aux des .
puis partagées, troquées ou vendues romme objets faisant partie du butin.
Les Vénitiens, plus éclairés, échelonnèrent leurs possessions de manière à doubler les ressources de leur marine et de leur négoce. Us s’étaient fait céder Lazi, au fond du Pont-Euxin, sur la côte de l’Asie Mineure ; Nicopolis, dans le bassin de la Propontide; au nord, Héraclée, Ægos-Potainos et Radosto ; sur la côte méridionale, Nicomédie ; Gaiiipoli à l’extrémité du détroit de l’Hellespont ; sur l’Hèbre de Thrace, Adrianopolis. aujourd'hui Andrinople ; deux places dans Plie d’Eubée, Oréos et Caristos, et, outre les Iles de l'Archipel et les ports dont nous avons déjà parlé, Patras dans le détroit qui sépare le golfe de Corinthe de la mer Ionienne, et les places les plus importantes de la côte de la Dalmatie. ils se trouvaient ainsi en possession de Zara , cette ville dont le siège avait détourné les croisés du premier but de leur expédition , qui s'était terminée , à la grande indignation du pape, par la prise de Constantinople.