‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 24 sur 300 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

DEB.VIRHE6 CROISADES.

La cinquième croisade, que conduisit André , roi de Hongrie, n’offre dans ses résultats rien de mémorable; la sixième, que suscita la volonté ferme de Grégoire IX, fut dirigée par l’empereur Frédéric II. Ce monarque reculait devant les sacrifices qu'entraînait une expédition si pleine d’obstacles ; mais Grégoire, après

avoir longtemps essayé des voies de la persuasion, excommunia Frédéric, qui essaya de se justifier aux yeux de l’Europe, et partit enfin pour la terre sainte, sans attendre que le Vatican levât t’interdit. Mais les rigueurs de l’Eglise le suivirent partout ; et le patriarche de Jérusalem déclara soumises à l’interdit toutes les terres où paraîtrait le rebelle. Les grands maîtres du Temple et de Saint-Jean refusèrent de servir sous ses ordres ; et Frédéric dut consentir à ce que , dans son propre camp, tout se fit et se réglât, non en son nom, mais au nom de Dieu et de la république chrétienne. Ce fut au milieu de ces difficultés que l’empereur noua des négociations avec le Soudan d'Egypte, alors maître de Jérusalem. Les musulmans avaient cette ville en grande vénération , tout aussi bien que les chrétiens ; mais les édifices sacrés à la possession desquels tenaient les uns et les autres n’étaient pas les mêmes. Les Sarrasins ne voulaient pas renoncer au temple que les juifs avaient construit sur les ruines de celui de Salomon, et qui avait été une des stations du prophète , dans la vision où il s'était vu transporté dans les régions du ciel. Les Latins combattaient pour la possession du saint sépulcre et de l’église bâtie sur le tombeau de Jésus- Christ. Sans s’arrêter à ce que la présence de musulmans et de fidèles dans un lieu cause et témoin de tant de luttes sanglantes pouvait avoir de périlleux et d’étrange , on en vint à un accommodement. Frédéric proposa de laisser le temple sous la garde des mahométans , à condition que le Soudan lui rendrait le reste de la ville et une partie de son territoire. Toutefois, il réserva aux pèlerins la faculté de visiter aussi le temple, pourvu qu’ils ne s’y permissent aucun acte qui blessât la croyance des sectateurs de l'islamisme ; et, de leur côté, les musulmans eurent le droit de parcourir Jérusalem , aux mêmes conditions. Cette transaction , d’une modération presque philosophique , eût été bien voisine d'une paix solide, si l'esprit de l’époque et les intérêts politiques ne lui eussent laissé un caractère provisoire.

« La ville de Jérusalem ayant été lift vrée, en effet, par le Soudan aux of-

« Gciers do Frédéric, celui-ci, à la tête « de ses troupes, y fit son entrée comme « dans la capitale de son nouveau royau- « me. Mais le patriarche, qui l’avait « devancé, avait déjà soumis à l'inter- « dit cette ville et féglise elle-même du « saint sépulcre, comme profanées par « la présence d'un excommunié. Aucun « prêtre ne voulait y célébrer la messe, « et Frédéric , qui devait y recevoir la « couronne de son royaume de Jérusa- « lem , fut obligé de la prendre de ses « propres mains sur l’autel, pour la « placer sur sa tête.

« Grégoire IX, instruit de ces traités, « écrivit à tous les princes de l’Europe « pour les informer de son entière dés-

• approbation ; il appelait une pareille « paix un forfait exécrable , qui inspi- « rail [ horreur avec l'étonnement.

« Mais Frédéric, qui suivait de près, à « la tête de son armée , les lettres par « lesquelles il avait annoncé le recou- « vrement de Jérusalem, coutraignit

• bientôt le pape à changer de lan- « gage(l). »

La France, qui avaitdonnérimpulsiou aux premières croisades, supporta seule le poids des dernières. Echappé d’une maladie grave, saint Louis fit vœu de délivrer le saint sépulcre. Cette fois la flotte partit d'Aigues-Mortes et de Marseille, et, après avoir relâché en Chypre, cingla vers Damiette, qui fut emportée.

La bataille de Mansourah , donnée avec des troupes épuisées par la famine et la peste, eut une issue fatale. Malgré la magnanimité du roi et le courage de ses guerriers , les Egyptiens eurent l’avantage; et, comme les vaincus étaient dans l’impossibilité de regagner Damiette, saint Louis et les siens furent faits prisonniers. Respecté même de ses ennemis, il fut mis à une énorme rançon , et passa quelques années en Palestine comme simple chevalier, avant de rentrer en France ; mais sa destinée était de clore, par une mort sainte, cette grande époque des croisades, qui accéléra la chute de l'empire grec et creuva une limite profonde entre l’Asie musulmane et la civilisation de l’Europe.

(i) Sitmondi , Hist. des républiques italiennes, I. II, p. 447 cl «lit.

L’UNIVERS

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