FOR DATION DES DUCHÉS DS VALA- CHIE ST DS MOLDAVIE
Si-
LBS ROUMAINS SOUS LA DOMINATION DES nULGARES ET DES HONGROIS.
Invasion des Bulgarrs (678) ; des Hongrois (899). Le premier État roumain dont il soit parlé dans les ebroni-
?|ues comprenait les cinq districts qui orment aujourd’hui lebanat ileCraTova; il avait pour capitale la tourSéverin. Au dixième siècle, on trouve en Transylvanie un prince vataque, du nom de Gélu.
Menomorout possédait le territoire entre la Transylvanie, la Theiss et le Maros; Vlad régnait dans le banat de Temesvar. Les villes de Foyaras et de Maramos eurent aussi des chefs indépendants. Comme on le voit, l’unité de la Dacie avait été entièrement rompue. I,cs colons romains, délivrés de la domination barbare, ne surent point s’organiser en corps de nation.
Ils ne purent repousser l’invasion des Bulgares, venus des bords du Volga (678). Mais, au lieu d’épuiser leurs forces dans une résistance désespérée, ils partagèrent, avec ces hôtes que la guerre leur imposait, un territoire qu’ils auraient vainement disputé. Les Bulgares ne s’arrêtèrent point au Danube; ils entrèrent en Mœsie et s’v établirent (G83). Ils dominèrent sur les deux rives du fleuve jusqu’à l’arrivée des Hongrois (899).
Au commencement du dixième siècle, Almus, duc des Hongrois ou Madjares, détourné de In Gallicie par l’espoir de conquérir un sol plus fertile, traversa la forêt de Hovos (Bukovine), et conquit cette partie des anciens États d’Attila désignés depuis sous le nom, de Và-
(i) Vaillant, la Itumanie , l. I, p. } I sqq.
PROVINCES ROUMAINES
turages des Romains. Tuhutan, an de ses généraux', franchit la Theiss, vainquit sur les bords de l’Alma Gélu , prince des Valaques, et soumit la Transylvanie. Menomorout et Glad prêtèrent serment de vasselage. Les Hongrois furent alors maîtres de toute la Dacie méditerranée et du versant septentrional de la Dacie aipique.
Refoulés au sud du Danube, les Bulgares tournèrent contre les Grecs leurs armes unies à celles des Valaques mœsiens, leurs sujets, ou pour mieux dire leurs alliés. Leur royaume fut détruit en 1014 parl'empereur Basile, surnommé le Bulgaroctone. Les souverains de Constantinople conservèrent jusqu’en J187 la Bulgarie reconquise.
Au nord du Danube, la Transylvanie reconnaissait la suzeraineté des Hongrois. La Valachle et la Moldavie n’étaient point soumises à ce joug; mais le vieux sang romain n'avait pu s'y maintenir sans mélange ; leurs montagnes et leurs plaiDes, fermées aux Hongrois, étaient ouvertes aux tribus slaves des Cumans et des Patzinaces. La Moldavie porta même quelque temps le nom de Comanie noire.
Ce fut dans la vie de l’humanité une période désastreuse que le dixième siècle avec lequel le monde semblait près de finir. Cette terrible échéance de l’an mil, que les brigands féodaux attendaient avec effroi, combien d’opprimés l’appelaient tout bas de leurs vœux, comme l’heure fatale de la délivrance? Parmi tant de martyrs, nul peuple n’avait plus que les Roumains le droit d'invoquer la mort. L’an mil passa; le monde continua de vivre et de souffrir. Le joug des Hongrois s'appesantit sur les Roumains.
Guebbes et persécutions des Hokgbois catholiques conthe les Roumains ohthodoxes. — Tandisque lachuteduroyaumevalaco-bulgare(tON) livrait les Valaques delà Dacie aurélienne à la rapacité du fisc de Constantinople , la conversion des Hongrois au catholicisme attirait sur les habitants' de la Transylvanie la guerre et la persécution.
Les Roumains avaient de bonne heure embrassé le christianisme; c’est en Dacie que, vers 360, l’évéque Ulphilas prêchait l’Évangile aux tribus des Gotha.
Les chrétiens des provinces du Danube
reconnurent dès l’origine la suprématie de l’église de Constantinople. Lorsque le patriarche Photius (857-89l)eut commencé le schisme de l’Église d’Orient, les Roumains suivirent l’exemple des Grecs. Dans le même temps (957), Olga, grande princesse de Russie, introduisait chez les Russes idolâtres les dogmes chrétiens, tels que l’Église grecque les enseigne, les cérémonies chrétiennes, telles qu’on les pratique à Constantinople. Les Roumains, comme les Grecs et comme les Russes, se mirent donc à communier sous les deux espèces et à administrer le baptême par immersion ; ils firent procéder le Saint- Esprit du Père et retranchèrent le FUioaue ; ils nièrent enfin la suprématie de l’évêque de Rome.
Les Cumans, mêlés aux Valaques, entrèrent à leur exemple dans l’Église chrétienne; mais, convertis après le schisme, ils se firent baptiser d’après le rit grec, par immersion, non par affusion. Les Hongrois, baptisés à la mode latine, prirent Tes schismatiques pour des païens et entreprirent de les christianiser par les armes ; ils ne connaissaient pas d’autre genre de prédication.
Dans le banat de Temeswar régnait, sous la suzeraineté de la Hongrie , un descendant deVlad, Actum ou Octum, rince riche et puissant, qui appartenait l’Église grecque ou orthodoxe. Un de ses lieutenants, Chanadin, le trahit et se réfugia auprès du roi Vaïc. Celui-ci, bon catholique, d'autant plus zélé qu’il avait lus nouvellement renoncé à l’idolâtrie, t abjurer le transfuge et lui servit de parrain à son second baptême. Puis, épousant sa querelle contre Actum, il l’envoya au delà de la Theiss avec une armée. D’abord vaincu, Chanadin fit un vœu à saint Georges ; il vit en songe un lion qui lui disait : « Pourquoi dors-tu? Lève-toi; sonne de la trompe; marche au combat; tu reviendras vainqueur. »
Le lendemain, les Hongrois sortirent du camp; ils chantaient : Kyrie, elèison; Christe, eleison; Kyrie, eleison; Pater noster. Le Dieu des armées tint parole au traître; Actum périt. « Tu m’as délivré de mon ennemi , dit Vaïc à Chanadin ; que de ce jour Morusena , sa capitale, devienne tienne, et s’appelle Chanadina ; que le territoire qui en dépend fasse à jamais de ton nom le sien ;
L’UNIVERS
je te fais comte de cette province, et tu Vapiiellerasde ton titre et de ton nom. » Chanadin avait renié sa foi et sa nationalité; ce n’était pas assez d’apostasies pour satisfaire la pieuse ardeur de Vaïc. Mais vainement il déclara libre quiconque embrasserait le catholicisme; vainement, dans l'emportement de son fanatisme, il recourut aux menaces et condamna à l’esclavage tous ceux qui ne renonceraient point au schisme ; les Valaques et Ils Cumans restèrent orthodoxes. Le prince qui, ne sachant pas les convertir les persécuta a été canonisé sous le noin de saint Etienne.
Vers la fin du onzième siècle , les Cuinans de la Valachie, pour venger leurs fièrps, firent irruption dans la Transylvanie, et attaquèient les établissements des Hongrois (1089). Le roi Ladislas était alors occupé contre les Dalmates.
Il accourut en toute hâte et rencontra l'ennemi sur les bords du Thémès. • Soldats, dit-il à ses Madjares, la victoire est à nous; vous savez si ma parole est vraie; qui croit eu Dieu me suive! » Et, prenant en main la bannière rouge, il se précipita sur les Cuinans. Kopulch, leur chef, fut fait prisonnier avec la plupart des siens. Le vainqueur leur promit la vie sauve, à condition qu'ils sc feraient chrétiens, c'est-à-dire catholiques; mais ils refusèrent d'abjurer la foi 01 thodoxe, cl Ladislas les fit tous égorger : l'Eglise l’a mis au rang des saints.
Relations avf.c les Grecs; expédition Ait delà du Danube ; traité de 1 164. — Trois années avant l'expédition de Kopulch en Transylvanie, Kutan, chef des Cumans, Tzelgu, chef des l’atzinaces, et Salomon, dépossédé du trône de Hongrie par Ladislas, passèrent le Danubeavec 80,000 Cumans, Patzinaces et Valaques, s’allièrent aux Valaques et aux bulgares de la Mocsie, et s’avancèrent jusqu'à Scotinos et Chariopolis.
L'armee grecque les battit à la hauteur de Kule (1086). En 1123, les Valaques de la Dacie trajane renouvelèrent leurs attaques contre l'empire, et mirent en déroute l'armée de Caloman. Ils continuèrent longtemps encore le«4iostilitcs.
En 1614, ils conclurent un traité avec l'empereur Emmanuel et s'engagèrent à lui fournir des secours contre les Hongrois. Celte alliance ne fut pas de longue
durée; bientôt éclata le soulèvement des Valaques mocsiens contre la tyrannie de Constantinople (1 187).
Fondation du royaume valacobulgare (1187). Les Asan. — L’empereur Isaac l’Ange avait demandé en mariage la fille de Bêla III, roi de Hon crie. Les noces des souverains coûtent fort cher. Le trésor était vide; Isaac, pour rerevoir dignement sa jeune fiancée, mit sur le peuple un nouvel impôt. I,e peuple, déjà surchargé de taxes énormes, aurait voulu qu'on assurât a moins de frais la perpétuité de la dynastie; il se plaignit, il ébnspira.
Les Valaques surtout accueillaient avec colère les agents du fisc ; fatigués des exactions de la cour, ils refusaient de payer et n’attendaient qu’un signal pour chasser de leurs montagnes tous ces oiseaux de proie venus de Byzance.
Deux frères, Pierre et Jean Asan , appelèrent aux armes les paysans du mont llémus. Jean avait reçuun soufflet de l’empereur; il fut vengé. A sa voix tous les Valaques s'insurgèrent, et les Bulgares, leurs anciens dominateurs, se liguèrent avec eux contre l’empire. Pendant deux ans, les rebelles étendirent au loin leurs ravages. Enfin Isaac l’Ange entreprit de les repousser et de les punir (1187); il les poursuivit dans les défilés des montagues; un brouillard épais favorisait sa marche. Les Valaques, surpris et dispersés, se réfugièrent au delà du Danube.
Mais les Asan n’avaient point perdu courage. Ils s'allièrent avec les Roumains de la Dacie trajane , et revinrent bientôt avec une armée nombreuse et vaillante. Ils délivrèrent la Mocsie , et proclamèrent l'indépendance des Valaques et des Bulgares unis; Jean, l’aîné des deux frères, prit le titre de roi.
A l’approche du césar Jean Cantacuzène, beau-frère d'Isaac l’Ange, les révoltés, par une prudente manoeuvre , se retirèrent sur leurs rochers à pic comme dans un asile inaccessible. Les Grecs , pleins de confiance en face d’un ennemi si prompt à la retraite, dédaignèrent d’entourer leur camp de fossé„s et de palissades. C’était trop de présomption et d'imprudence. Une nuit, les montagnai ds sortirent tout à coup de leurs défiles , assaillirent de toutes parts l’armée by-
PROVINCES ROUMAINES. 2Î
zantine endormie sous les tentes, la taillèrent en pièces , et laissèrent à peine échapper Cantacuzèue avec quelquesuns de ses gardes. Les Asan s'affublèrent par moquerie de ses habits impériaux trouvés dans les bagages, et le roi, triomphalement costumé en césar, s’avança par défi du côté de Constantinople.
Isaac l’Ange, averti par cet échec de la gravité du péril qui le menaçait, rassembla ses troupes, prit en personne le commandement et se porta rapidement à la rencontre des Valaques, sur qu’une victoire prompte et décisive pourrait seule empêcher les progrès de la sédition
Frète à se répandre, par la contagion de exemple , dans toutes les provinces de l’empire. Les Valaques et les Bulgares l’attendirent de pied ferme. Tandis qu’un détachement ramenait le butin dans les montagnes . ils se rangèrent en bataille devant les Grecs.
Selon le récit de l'historiographe Nicétas Choniatés , qui assista lui-même à cette journée, ils firent d’abord plusieurs décharges de flèches , puis ils se préci-
fiitèrent la lance en avant ; une fois la utte engagée, ils feignaient de preudre la fuite; quand les Grecs rompaient leurs lignes pour les poursuivre , ils revenaient à la charge sur les troupes en désordre. Bientôt la confusion se mit dans l’armée byzantine. Les Grecs, ébranlés, ne tinrent "pas contre le dernier choc, quand les soldats d’Asan s’élancèrent, avec des cris terribles, le sabre à la main. L’empereur, avec les débris de son armée en déroute, reprit honteusement le chemin de Constantinople.
Il ne fut pas plus heureux daus les campagnes suivantes; la quatrième faillit même lui coûter la vie : surpris dans un défilé, il ne dut son salut qu’au dévouement de quelques cavaliers, qui se firent tuer pour protéger sa fuite; son casque resta entre les mains des Valaques. Jean Asan reculait chaque jour par de nouvelles conquêtes 1rs limites de son royaume; sous sa conduite, les Valaques et les Bulgares portaient au loin leurs dévastations; ils s’emparèrent d’Anchale, de Varna, de Triadizza, de Stampie et de Nise. Après la mort de Constantin l’Ange, qui seul leur inspirait quelque crainte, ils incendièrent Philippopolis et pénétrèrent jusque dans
Andrinople. En 1 193, Alexis Gui et Basile Vatatzès marchèrent contre eux avec des forces considérables ; les Grecs furent encore battus; Vatatzès périt; son collègue prit la fuite. Désespéré de tant de revers , Isaac invoqua le secours du roi de Hongrie; et pour tenter un dernier effort il se mit lui-méme à la tête des troupes, jurant de ne rentrer à Constantinople qu’après la défaite et la soumission des rebelles. Mais « la main de Dieu était encore levée sur Byzance ; la colère divine n’était pas encore apaisée. » L’empereur, infidèle à son serment, retourna vaincu dans sa capitale. Son frère, Alexis Cmnnène, lui fit crever les yeux et le détrôna (1195).
L’usurpateur voulut d’abord négocier un trajté de paix. Mais on lui offrit des conditions si dures qu’il fut contraint do les rejeter. 11 envoya contre Asan son gendre Isaac Sébastocrator. Celui-ci s’aventura dans cette expédition avec toute l’inexpérieuce de la jeunesse. Les Valaques et les Bulgares avaient envahi le territoire d’Amphipolis. Sans s’informer de leur nombre, il se mit à leur poursuite. Ses troupes, épuisées par des marches forcées, tombèrent dans une emliuscade.et ne purent soutenir l'assaut de l’ennemi qui les enveloppait de tous côtés.
Isaac fut fait prisonnier, et mourut peu de temps après sans avoir revu sa patrie.
En 1 196, Jean Asan mourut assassiné.
Pierre, son successeur, eut le même sort ; il périt sous la main d’un traître. Ivantch engagea l’empereur à envoyer des troupes prendre possession de Tùrnova.
Alexis confia cette mission au protostator Manuel Camyzès; mais les Grecs refusèrent de suivre leur général. « Où nous mène-t-on ? criaient-ils; dans les montagnes? nos frères y sont morts; qu’y ferous-nous? » H fallut renoncer à l’expédition. Ivantch ue profita pas de son crime. Jean, frère de Jean Asan et de Pierre, parvint à s'échapper de Constantinople ou il était resté longtemps comme otage. Les Bulgares et les Valaques le proclamèrent roi, et lui rendirent la couronne que ses frères avaient portée avec honneur.
Les croisades. Passage des croises DANS LA VALLÉB DU DANUBE. — Pendant que ces événements s'accomplis saient dans l’empire grec , l'Occident ,
L’UNIVERS
la voix de Pierre l’Ermite, se soulevait, dans les transports d’un saint délire, et se mettait en marche vers Jérusalem. La ▼allée du DaDube fut une des trois routes suivies par les armées de la première croisade.
Taudis que Raymond de Saint-Gilles, averses Provençaux, traversait la Lombardie, l’Hlyrie et la Dalmatie, et que les comtes de Blois et de Flandre prenaient le chemin de l’Italie et de la Pouille, Gotleschalk, avec ses Allemands, et Godefroy de Bouillon , à la tête des Lorrains et des Belges, suivirent le cours du Danube (1096). Les Roumains partirent en foule pour la guerre sainte ; ils sont cités sous le nom de Daces parmi les dixneuf peuples qui prirent part à la délivrance du tombeau de Jésus-Christ. Les bandes indisciplinées de la deuxième croisade suivirent le chemin tracé par les compagnons de Pierre l'Ermite et de Godefroy de Bouillon (11 47). Mais, cette (ois, les chrétiens d’Occident trouvèrent dans la vallée du Danube, non plus des alliés, mais des ennemis. Ils dévastaient tout sur leur passage. Les Vainques se levèrent en armes contre ces pillards, et plus de cent mille croisés périrent, diton, sous leurs coups. Il est certain que Louis VII perdit le long du fleuve une grande partie de son armée. Beaucoup d'aventuriers, échappés au massacre, ne purent regagner leur patrie et se mêlèrent sans doute aux populations riveraines.
Jean Asan II Romaioctonh; ses