‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 246 sur 300 · JEAN LE TERRIBLE ET PIKRRB LE BOI- TEUX · texte numérisé non relu

JEAN LE TERRIBLE ET PIKRRB LE BOI- TEUX

Le trône de Moldavie vendu a pbix d’or. Guerhe des Moldaves et des Valaques. — Bogdan VI, fils d’Alexandre, était trop jeune pour régner : Ivonia ou Jean le Terrible s'empara du trône (1567). Il eut bientôt un compétiteur,envoyécontre lui deCoustanliuople et soutenu par les Valaques.

(i) Ncgruci, cité par M. Vaillant, t. I, ' p. 3 1 4-3 1 7; de Thou, Butor, lib. XXVIII.

» « La jalousie entre Athènes et Lacé-

démone avait causé leur perte; l'une avait voulu dominer l'autre, et elles furent toutes deux subjuguées. Il en fut de même de la Valucnie et la Moldavie j le chef de l'une voulait commander à l’autre, les Turcs profitèrent de ces dissensions pour établir et consolider leur autorité dans lesdeux principautés (I). » Les Moldo-Valaques ne faisant plus la guerre qu'entre eux, «leurs trônes ne sont plus pour la Porte qu'un fonds dont elle spécule habilement, qu’elle adjuge au plus fort et dernier enchérisseur , qu'elle donne et reprend selon l'intérêt auquel on lui en paye le prix , quelle vend intégralement a plusieurs à la fois, pour lequel enfin elle reçoit des deux mains, et tout cela sans honte et sans remords (il). «

Profitant de la minorité de Bogdan VI, Alexandre II, voïvode de Valachie , acheta, au prix de quarante mille ducats, un firman d'investiture pour son frère Pierre II, dont il voulait satisfaire l'ambition en la détournant de ses États.

Instruit de ce marché, Jean le Terrible offrit de son côté au sultan une somme de soixante mille ducats. Bientôt même, craignant qu’ Alexandre ne renchérit, il proposa le double d'un seul coup , et accompagna cette offre de riches cadeaux. I.a Porte accepta tout sans scrupule. Pourtant Pierre s’était déjà mis en marche à la tête de trente mille Turcs , et avait envoyé au vornic Dumbrava , ainsi qu’aux autres boyards, l'ordre de venir le joindre à Folichani sur la rivière de Melcove. Son armée se grossit eu route de soixante-dix mille Hongrois et Valaques, amenés par Étienne Bathory et par le voïvode Alexandre. Les deux frères arrivèrent ensemble au village de Copaceni, où on leur avait préparé un banquet. Ils étaient à table, lorsque parut Ivonia. suivi de ses boyards et d’une troupe de Cosaques prise à sa solde. Alexandre se retira dans la ville de Floci; Pierre trouva uji refuge à Ibraïla ; mais Jean le Terrible ne tarda pas à l'y assiéger. Après avoir établi à Bucarest, en qualité de voïvode, Vintila, l'un de ses boyards, il vint cam-

(1) Kogalnitchano, 1. I, p. 1*9.

(») La Roumanie, I. I, p. 3a 3.

lyGoc

PROVINCES ROUMAINES

per sous les murs de la forteresse turque et somma le pacha de se rendre.

Pour toute réponse , le Turc lui envoya dix boulets et douze flèches. Ivoma lit trancher la tête à ceux qui les apportaient et se tint prêt à donner l'assaut. Cependant Alexandre accourait au secoursde son frere avec vingt mille Turcs et cent vingt pièces de canon. Pris entre deux feux , les Moldaves capitulèrent.

Avant de se rendre, Ivonia fit jurer sept fois aux Turcs qu'il lui serait fait grâce de la vie , que le hetman des Cosaques aurait la liberté de se retirer, enfin qu’il y aurait amnistie complète ; les Turcs promirent tout , et il se livra entre leurs mains. Quelques heures après il fut égorgé par les janissaires daus la tente du pacha Djiala Zadè 11570).

Le Moldave Vintila ne régna que quatre jours en Valachie. De son côte, le Valaque Pierre, délivré de Jean le Terrible , eut encore des combats à soutenir pour se rendre maître des Moldaves.

Apres Ivonia s'éleva contre lui un second prétendant, • maréchal-ferrant de son état et pour cette raison surnommé Potcovar. » Ce Jean Potcovar, appuyé par les Turcs, parvint à se maintenir jusqu'en 1577. Pour s’en débarrasser, Pierre s'engagea, dit-on , à payer au sultan un tribut annuel de aeux cent soixante mille ducats. A ce prix il obtint la protection de la Porte, et gouverna tranquillement la Moldavie tandis qu'en Valachie son neveu Mihnc II succédait a Alexandre. Menacé par les Tartares, il demanda des secours aux Ottomans ; le beyler bey de Koumélie, gagné par un présent considérable, promit de garantir les principautés roumaines contre l'invasion , à condition que les voïvodes rétabliraient sur les bords du Dniester la forteresse de llussey, sacca-

Î|èe par les Cosaques (1578). Malgré fur dévouement à la Porte , Pierre et son neveu Mihne furent déposés en 1591. Le premiereut pour successeur Aaron P', qui acheva d’aliéner l’indépendance des Moldaves , pendant qu’ Alexandre III livrait la Valachie aux exactions de ses fermiers turcs.

Misère et dégradation du peuple roumain.— Les Principautés n’eurent plus rien alors à s’envier l’une à l’autre ; elles furent toutes deux en proie

à une égale oppression. ■ Ce n’est plus dans les deux provinces , a dit un historien dévoué ;î la cause de la nationalité roumaine, ce n’est plus que spoliations sans bornes , sang versé à plaisir, crime sur crime, misere sur misère, anarchie complète, où de toutes les haines la seule dont la durée edt été excusable, celle des Turcs , non-seul ement s’est éteinte, mais changée en adulations serviles, en prostitution de tout ce u’un peuple a de plus sacré, de sa foi, e sa dignité, de son patriotisme. Si la soumission des Servions et des Bulares, si l’anéantissement des princes alanais et épirotes avaient etc rapides et décisifs , du moius leur chute avait été belle, et la chrétienté, qui s’en était émue, leur avait conservé un souvenir d’estime et d’admiration; mais les tiraillements qui amènent celle des Moldo- Valaques, l’apostasie des uns, la tyrannie des autres , la désunion de tous ont rendu l’Europe si indifférente à des misères au-devant desquelles ils courent d’eux-mémes, qu’elle ne fait rien pour les arrêter, semble même ne pas se douter que ce sont là des chrétiens qui tombent et ferme l’oreille au bruit prolongé de leurs plaintes. Ainsi abandonnés de leurs voisins et victimes de l’ambition de leurs ducs, les Moldo- Yalaques, après s’être ruinés pour aider les voîvodes dans leurs lâches intrigues, dans leurs rivalités perfides, dans leurs vengeances abominables , n’ayant plus d’or à leur donner pour payer le troue, plus d’armes pour le défendre, vendent aux riches leur temps et leur peine, s’attachent d’eux-inémes à la glèbe et consument leur vie dans la souffrance et le travail, travail stérile qui ne prolite pas même à leurs maîtres. « Les Roumains, à la lin du seizième siècle, en viennent à regretter les tyrannies de Vlad le Diable et d’Alexandre Lépusnano.

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