‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 247 sur 300 · LA VALACHIE SOUS MICHEL LE RRAVE · texte numérisé non relu

LA VALACHIE SOUS MICHEL LE RRAVE

Révolte de Michel, son avènement. — Pour délivrer la Roumanie , il fallait un grand homme; Michel le Brave se mit à la tête des Valaque*.

Michel, fils du voïvode Pierre, était ban de Craïova. Il donna le signal ue

L’UNIVERS

l’insurrection contre Alexandre et contre les Turcs. Surpris par les émissaires du tyran et conduit à Tirgoviste, il allait expier par un supplice glorieux son dévouement à la patrie roumaine ; mais au moment de le frapper le bourreau , comme fasciné par son regard , laissa tomber sa hache; à cette vue, la foule fit retentir l’air de ses cris de joie; Alexandre crut entendre un ordre du ciel; il pardonna.

Michel, sauvé delà mort, se retira prudemment à Constantinople. Il n’oublia pas dans cet asile les maux de la Valachie et son généreux dessein de la délivrer ; seulement il changea de tactique , et , renonçant à l’espoir de renverser le voïvode par une révolte nationale, il employa, pour arriver à son but, les ressources plus sûres de la ruse et de l’intrigue. Soutenu par l’amitié de l'ambassadeur anglais Edouard Rurton et du grand vizir Sinan pacha, il fit déposer Alexandre et obtint sa place; quelques semaines après il entra dans la rincipauté à la tête de deux mille spais et sous les auspices de cette puissance ottomane dont il devait être un ennemi si acharné et si redoutable (1592).

Ligue conthr les Tunes. Massacres DE BUCABESTET DK JaSSI (1594).

— Il commença parentamer des négociations secrètes avec Sigismond Bathory, prince de Transylvanie; elles aboutirent à un traité d’alliance, auquel accédèrent bientôt Aaron , voïvode des Moldaves, et Rodolphe II, empereur d’Allemagne; les Serviens et les Bulgares entrèrent à leur tour dans la ligue formée contre leurs oppresseurs ;- une

§uerre générale fut préparée sur les eux rives du Danube.

Elle s'engagea, le 13 novembre 1594, par le massacre de tous les musulmans qui se trouvaient à Bucarest et à Jassi. Plus de deux mille Turcs périrent dans ces Vêpres Siciliennes; un certain nombre de janissaires s’étaient réfugiés dans l’hôtel du vesliar Dan ; on les foudroya à coups de canon. Ceux qui parvinrent à s échapper du milieu des flammes coururent donner l’alarme aux garnisons de la frontière ; mais les Valaques, sans perdre de temps, se lancèrem à leur poursuite, parurent devant Hirsovn avant que la place eût

reçu des renforts , s’eu’ emparerent , et

Cr une marche audacieuse surprirent forteresse de Silistrie (1595).

Thaitb db Carlsbubg (1595). — Sur ces entrefaites mourut le sultan Amurath III. Mahomet III, son successeur, mit sur pied une année de cent quatre-vingt mille hommes, transforma les principautés en pachaliks, donna la Moldavie à Djaafer, la Valachie à Saturdii-Mohammed, et le grand vizir reçut l'ordre de mettre ces deux pachas eu possession de leurs gouvernements. Contre cet armement formidable la résistance semblait impossible; Michel, qui n’avait point de grâce à attendre de la part des Turcs , tourna ses dernières espérances vers Sigismond Bathory; et, pour s’assurer sa protection , il signa le traité de Carlsburg (20 mai 1595). Ce traité établit pour la première fois les prétentions de la Hongrie sur les principautés moldo-valaques. En vertu de cet acte de vasselage, les ducs de ces provinces ne sont plus que des lieutenants du prince d’Ardialie et lui doivent foi et hommage. Cestde lui qu’ils reçoivent les insignes du commandement’, l’étendard, la masse et le sabre; ils ont bien encore le droit de se choisir, avec le consentement du prince d’Ardialie, un conseil de douze boyards ; mais ils perdent celui de destitution, réservé a Sigismond. Les Moldo-Valaques, privés de leurs assemblées publiques, enverront leurs députés à la diète de Transylvanie; ces députés auront la liberté d'exprimer et de soutenir leurs opinions ; ils régleront le tribut des principautés. Sigismond seul aura le droit de donner des dotations et des privilèges; les dotations héréditaires ne seront faites qu’à des indigènes. Le conseil des douze boyards jugera les procès criminels; le prince de Transylvanie décidera en dernier ressort; il pourra prononcer la peine capitale ; la confiscation est abolie. La Valachie conservera ses anciennes limites depuis Rassova jusqu’à I braïla et de

Cuis les Carpathcs jusqu'au Danube, .e clergé gardera tous ses droits et privilèges , et jouira des revenus de ses biens; le métropolitain exercera pour l’avenir comme par le passé sa juridic, lion. Michel II et ses successeurs rece-

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vront de Sigismond et de ses héritiers le titre de » respectable et magnifique seigueur, voîvode de notre Etat transalpin, notre amé et féal. » Le prince de Transylvanie sera appelé par Michel et par les Etats • Le sérénissime Sigismond, par la grâce de Dieu , prince de Tran-

Slvanie, de Moldavie, de Valachie et i saint Empire romain, seigneur de plusieurs parties du royaume de Hongrie, comte des Szicles, etc., notre gracieux souverain. » La formule Par la grAce de Dieu est expressément interdite à Michel et à ses successeurs.

Il lui est également défendu d'appeler siens les lieux d'où il datera ses ordonnances, et de sceller ses ordres ou ses lettres du sceau de l'État, lequel restera entre les mains du prince de Transylvanie. Les fonctionnaires relèveront tous de Sigismond ; aucun Grec ne pourra recevoir de charge publique.

Au prix de toutes ces conditions, Sigismond Bathory s'engage à secourir Michel et à lui fournir contre tous ses ennemis des canons , de l’argent et des troupes.

« Le traité de Carlsburg, dit M. Kogalnitchano, était extrêmement désavantageux; en effet, le prince de Valaehie perdait tous ses droits de souverain ; il n'avait plus le droit de déposer ses ministres , de faire des dotations, de juger eu dernière instance; les employés n'étaient plus sous sa dépendance ; il était plutôt un général transylvain que le souverain d'un État indépendant. Ce traité cependant, quelque Honteux qu'il fût pour Michel, lui était indispensable pour pouvoir continuer la guerre contre les Turcs (l). • Le voïvode prêta serment de fidélité , en attendant l'occasion favorable de rentrer en possession de ses droits.

Invasion et défaite du quand vizir Sinan pacha (1595). — Sans attendre les secours de Sigismond , Michel, après avoir envoyé à Hermanstadt sa famille et ses trésors , alla se poster avec huit mille hommes à Mogureni sur la route de Giurgevo; il ne put s’y maintenir longtemps, et battit en retraite vers Calugareni , où il opéra sa jonction avec les Transyl-

(() Kogaluilrhano, I. I, p. * iy

vains et les Moldaves. Le grand vizir Sinan pacha se mit à sa poursuite. Les deux armées furent bientôt en présence ; elles n'étaient séparées que par une forêt marécageuse , coupée en deux par une digue de terre et de bois. Michel semblait voué à une perte certaine ; il n'avait que seize mille hommes à opposer à une armée douze fois supérieure. Ce fut lui pourtant qui engagea l’attaque. Le 23 août 1595, au lever du soleil , il franchit la digue et se précipite sur les janissaires qui occupent la forêt. D’abord repoussé , il rallie ses troupes, se jette en avant, pénètre jusqu'au centre de l’armée turque et de sa main enlève l'étendard sacré. Vainement Sinan paeha s'avance avec sa réserve; attaqué en queue par les Cosaques, de front par Michel et les Roumains, en flanc par les Transylvains et par le feu bien dirigé de l'artillerie, il ne tarde pas à prendre la fuite. Plusieurs de ses généraux périssent dans la déroute; lui-même tombe de cheval et n’est sauvé que par le dévouement d'un officier. Le champ de bataille reste au pouvoir de Michel.

Ce succès inespéré n’était pas décisif. Trois mille Turcs avaient péri ; c’était beaucoup pour l'honneur des armes chrétiennes; ce n’était rien par rapport au nombre des envahisseurs. Michel tint pendant la nuit un conseil de guerre; on y décida la retraite; les Valaques et les Transylvains se mirent en marclie vers les montagnes d'Ardialie; les Moldaves retournèrent dans leur pays, où les Polonais venaient d'installer un voivode de leur choix.

Impatient de réparer la honte de sa défaite , le grand vizir marcha sur Bucarest et de là sur Tirgoviste ; il s’empara sans peine de ces deux villes, qui n’étaient pas défendues, et déclara la Valachie province turque. Dans les églises, changées en mosquées, le mithràb prit la place de l'autel et le croissant celle de la croix. Le palais de Bucarest se transforma en citadelle ; la ville fut entourée d’un rempart de palissades, et Saturdji-Mohammed, proclamé sandjak du pays, y tint garnison avec deux mille hommes. Bientôt Sinan partit de Tirgoviste avec toute son ar-

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mée et se dirigea vers la Transylvanie.

Phisb db Tibgoviste. — Sigismond Bathory , menacé dans ses propres États, appela aux armes les Szicles , les Transylvains et les Saxons, et fit venir quelques renforts d’Allemagne. Quand toutes ses troupes furent réunies, il résolut de marcher à la rencontre des Turcs. Le 7 septembre 1595. il entra en Valachie par le défilé de Torzburg. Le lendemain , l’arrivée de Michel avec huit mille Valaques et d'ÉtienDe Rasvan avec trois mille Moldaves porta les forces de l’armée chrétienne à plus de soixante mille hommes. Sigismond continua sa route vers Tirgoviste. Cette place était défendue par trois mille cinq cents Turcs et plus de quarante canons; elle ne fit pas une longue résistance. Assaillie de trois côtés à la fois et enveloppée par un vaste incendie , la garnison périt tout entière-, la ville fut mise au pillage. I.es vainqueurs y trouvèrent de l'artillerie , des armes' de toute espèce , des munitions et des vivres pour trois ans. De cette journée (18 octobre 1595) date la décadence de l'ancienne capitale de la Valachie. « Tirgoviste n’est plus que l’ombre de ce qu'elle était autrefois; elle n’a plus qu'une population de cinq mille âmes, avec des remparts qui tombent en ruines.

Le jeune poète Basile Kirlova a chanté ou plutôt pleuré, dans des vers immortels , les malheurs de cette ville infortunée. »

Déboute dus Tubcs au passaob nu Danube.. — A la nouvelle de la prise de Tirgoviste, Sinan pacha, qui, renonçant à ses projets d'invasion en Transylvanie, s’était retiré vers Bucarest, prit le parti d'abandonner tout le territoire vainque et de repasser le Danube. Mais les Roumains s’attachèrent à sa poursuite et l’atteignirent près de Giurgevo. Tandis que les chariots, les bestiaux et les prisonniers défilaient un à un et nue les percepteurs, placés à l’extrémité du pont, touchaient le vingtième des dépouilles, Michel fondit sur l’arrièregarde. Sinan fit suspendre Je payement de la taxe, et passa le fieuve avec une partie de l'armée. Le lendemain, les troupes restées sur la rive gauche furent saisies d’une terreur panique ;

artillerie, bagages, hommes et chevaux, tout se pressa sur le pont dans un tel désordre que pour hâter la fuite on jetait au milieu du Danube les voitures et les canons. Michel cependant avait fait braquer son artillerie sur l’étroit passage où s'entassait la foule éperdue; le pont, rompu par les boulets , s'écroula en entraînant dans l'abtme la masse qui le surchargeait; les Turcs se noyèrent par milliers.

Quant à ceux qui se trouvaient encore sur la rive gauche, les Valaques en firent un horrible carnage; plus de dix-sept mille hommes périrent dans cette journée; et les bandes fameuses des Brûleurs et des Coureurs , qui avaient été pendant deux siècles et demi la terreur de la Hongrie et de l'Allemagne , y furent presque entièrement anéanties.

Prise de Giubgbvo, db Viddin et dp. Nicopolis. Fabcassu. — Après cette victoire, l'armée chrétienne mit le siège devant la citadelledeGiurgevo, située sur une petite lie du Danube et alors entourée ae hautes murailles. Les canons pris sur lesTurcs à Tirgoviste et à Bucarest servirent à ouvrir la brèche.

La place fut prise d'assaut et toute la garnison passée au fil de l’épée (27 octobre 1595).

Sigismond Bathorv reprit alors le chemin de la Transylvanie. Avec l’aide des Roumains , il avait refoulé l’invasion ottomane et mis en sûreté ses propres États ; il laissa au voîvode Michel, devenu son lieutenant par le traité de Carlsburg, le soin d'achever la campagne par la prise de Viddin et de Nicopolis. Ces Jeux forteresses tombèrent bientôt au pouvoir des Valaues. Michel, en personne, s'empara e Nicopolis ; Viddin se rendit à Fârcassu, un de ses plus braves géné-

raux. r I

Ce Fârcassu était un homme du I

peuple. D’abord simple curé de campagne au village de Fârcassi, du district de Româuati, il avait plus d’une I

fois signalé son courage contre les mu- I

sulmans. Lorsque la Valachie était en- j

core occupée par les Turcs, on avait vu ce prêtre patriote quitter son étole, prendre la hache et , à la tête de son i

village , marcher courageusement con-

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tre l'ennemi. Instruit de ses exploits, Michel le fit relever de ses voeux par le métropolitain, lui fit quitter le froc pour le ciapchénu (1), la croix pour l’épée, et le nomma général d'infanterie. Le voïvode aimait en effet à récompenser le vrai mérite ; aussitôt qu’il apprenait qu’un de ses sujets avait donné des preuves de bravoure et de dévouement à la patrie , il l’appelait près de lui et l’élevait aux plus hautes dignités sans s’informer s’il était riche ou pauvre, noble ou roturier.

La Valacrir se helbvb de ses ruines. — Maître de Giurgevo, de Viddin et deNicopolis, Michel rentra enfin à Tireoviste et s'occupa pendant l'hiver de reparer les désastres que la guerre avait causés. La Valachie avait acheté chèrement son indépendance. Elle avait perdu un grand nombre de ses habitants tués sur les champs de bataille ou emmenés en esclavage ; beaucoup d’émigrés s’étaient réfugiés dans les pays voisins. Dans une contrée où Mirce Ifr et Mirce III avaient eu quatre-vingt mille hommes de troupes, Michel II pouvait à peine lever une armée de douze à quinze mille hommes. Les Turcs avaient enlevé ou brûlé les moissons , arraché les vignes , tué ou emmené les troupeaux -, « les villes et les villages n’étaient plus qu'un amas de ruines fumantes. »

A tant de maux il fallait de prompts remèdes. Michel fit venir de Transylvanie des vivres et des semences ; il les distribua au peuple. Sortis des forêts et des montagnes où ils s'étaient retirés pendant l’invasion, les Valaques rebâtirent leurs villages , labourèrent les champs dévastés et changèrent en quelques semaines la face du pays délivré par les armes de Michel.

Les hostilités recommencent.

Défaites des Valaques. — Cependant l'indépendance n’était pas encore assurée; elle exigeait de nouveaux sacrifices, de nouveaux combats. Les Turcs , malgré leurs revers, ne renonçaient pas a l’espoir de recouvrer la riche province d’où la capitale de leur empire tirait toute sa subsistance , des

(ij Espèce de dolman, habit militaire, emprunt-- par les Roumains aux Polonais et

aux Hongvoi».

bœufs, des moutons, du blé, du fromage, du beurre, du miel, et qu’ils appelaient eux-mémes « le grenier de Constantinople. » Le sultan jura de venger la défaite de son grand vizir.

Mais, avant de mettre sur pied une nouvelle armée et de renouveler ses attaques , il recourut d’abord aux néociations pour isoler la Valachie et étacher d’elle tous ses alliés. Il fit faire par le beyler-bey de Pesth des propositions avantageuses à l’empereur Rodolphe II, qui les rejeta avec indiguation. Repoussé de ce côté, il offrit a Sigismond Bathory de lui céder la Transylvanie en toute souveraineté, de l'exempter du tribut et d’annexer à ses Etats la principauté de Valachie , moyennant un simple présent annuel , s’il consentait à se retirer de la quadruple alliance formée par l’empereur d'Allemagne ( juillet 1596 ). Sigismond répondit qu'il ^abandonnerait jamais le parti des chrétiens pour s'unir à leur ennemi.

Les intrigues de la Porte réussirent mieux auprès de l’aristocratie valaque.

Les nobles voyaient avec dépit les faveurs accordées par le voïvode à des gens de rien, qui n’avaient d’autre mérite que de bien servir la patrie et que la bassesse de leur naissance aurait dû exclure des emplois où leur talent faisait ombrage aux fils dégénérés des anciens boyards. Les chefs du clergé se joignirent aux chefs de la noblesse

four vendre la Valachie aux infidèles.

Is conspirèrent avec Mahomet III la ruine du vainqueur de Sinan pacha , du glorieux défenseur de la chrétienté, et se soulevèrent à l’approche des Turcs et des Tartares. Leur trahison fut découverte et sévèrement châtiée ; la mort des principaux boyards étouffa la conjuration. Avec les forces dont il put disposer, Michel marcha contre les Ottomans; il les battit en deux rencontres ; ses troupes, emportées par leur ardeur, franchirent même le Danube et s’avancèrent en Bulgarie; mais son général Velitcu fut vaincu et tué au Lieu de [ écuyer ; les Turcs reprirent la fôrteresse de Viddin , et le brave Fârcassn, assailli an milieu d’une forêt par un parti ennemi , succomba , non sans gloire , après nnc longue résistaneq (1596).

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fi 4

Tbahisondu khan ubs Tartabes.

Intrigues de Michel. — Michel ne recevait aucun secours de ses alliés; pressé en même temps au sud par les Turcs, à l’est par les Tartares, abandonné par une partie de ses sujets et réduit à douter même de la fidélité des mercenaires dont l'épuisement de son trésor ne lui permettait pas d'acquitter la solde, il fut sur le point de perdre courage, et n'hésita point à écouter les propositions de paix que le khan des Tartares lui Gt commuuiquer par l'entremise du voïvode de Moldavie. Le khan s’engageait à rétablir la bonne harmonie entre les Valaques et les Ottomans, à condition que Michel congédierait les troupes étrangères qu'il avait à son service, « lesquelles, disait-il, commettaient toutes sortes de ravages sur le territoire turc et étaient à charge à la principauté même. »

Michel accéda à cette demande; il renvoya ses Transylvains et ses Cosa-

3ues, et fit porter au Tartare un présent e deux mille ducats. Mais, au lieu de se retirer, le khan, profitant du départ des mercenaires, passa le Melcove et vint camper avec trente mille hommes entre Buzeu, Ibraïla et Bucarest. Le voïvode n'avait sous ses ordres que six mille Valaques; il semblait perdu; il voulut du moins tomber avec honneur et courut droit à l’ennemi ; les Tartares, postés à Gherghizza, ne l'attendirent point, et battirent en retraite. Pendant ce temps, l'archiduc Maximilien, frère de Rodolphe II, s'était avancé en Hongrie jusqu’à Krlau (l'ancienne Agria).

Encouragé par l'approche des Impériaux et par la fuite des Tartares, Michel passa le Danube, pilla la ville de Turnu et détruisit Nicopolis (SI oct. 1596); il allait s'emparer de la citadelle lorsqu’il apprit la défaite de Maximilien et la prise d'Krlau par Mahomet 111. A cette nouvelle, il leva le siège et rentra en Valachie. Bientôt après il se rendit à VVeissembourg pour se disculper auprès de Sigismond Bathory, dont ses négociations avec le khan des Tartares et avec le gouverneur de Nicopolis avaient excité la défiance. Vers la fin de décembre, il renouvela le traité d’alliance et d’amitié qui l'unissait au prince de Transylvanie. Sigismond lui annonça sou

projet d'abdiquer en faveur de Rodolphe II , et les conditions que les Polonais avaient mises à leur entrée dans la ligue contre les Turcs; ils exigeaient de l'empereur et de Sigismond l'abandon formel de toutes prétentions sur la Valachie et la Moldavie, la déposition de Michel et la cession des deux principautés à la république de Pologne, aont elles se reconnaftraieut vassales et tributaires. Le prince de Transylvanie n'avait pas fait encore de réponse positive à oes demandes exorbitantes ; avant de rien conclure il voulait s'entendre avec l'empereur d'Allemagne, qu'il devait bientôt rejoindre a Prague. C'étaient là pour le voïvode de fâcheuses nouvelles. De retour à Tirgovisle, il reçut un envoyé du sultan qui lui apportait un drapeau rouge en signe de réconciliation. « Dans son incertitude sur le résultat des conférences de Prague , > et craignant d'étre dépossédé par les Polonais, Michel accepta l'investiture de Mahomet III. Son dessein était de louvoyer entre les deux partis, li augmenta son armée, pour être prêt à toyt événement, et attendit l’occasion de se décider. Au mois de juin 1597, les Serviens révoltés lui offrirent le commandement de toutes leurs forces, et Rodolphe II lui promit un renfort de six mille hommes, outre la solde de quatre mille mercenaires ; le moment était venu pour les Valaques de recommencer la lutte contre l'infidèle. Mais, avertie des préparatifs de Michel, la Porte mit tout en œuvre pour conserver son alliauce ou du moins pour l'engager à rester neutre dans la guerre qui allait éclater entre les Ottomans et les Impériaux.

Elle lui promit son amitié, sa protection contre les Tartares , la cession de la principauté de Valachie, avec réduction de la moitié du tribut, et l'hérédité pour son fils Pet rassen, âgé de treize ans. Depuis que Sigismond avait pris la résolution d'abdiquer, Michel n’était plus occupé que de l'idée de régner en Transylvanie et « d'assurer par ce moyeu son existence politique. » Il jura de

Tarder la neutralité et de payer un tribut e six cent mille aspres si le sultan l'aidait à s'emparer de la Transylvanie.

Mahomet III s'empressa d’accéder a cette demande; aussitôt la paix fut réta-

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blie; le 21 juillet 1597, Michel fut reconnu solennellement vassal de la Sublime Porte et prêta serment de fidélité.

L’année suivante, Sigismond Bathory abdiqua en faveur de l'empereur d’Allemagne Rodolphe II; en retour de sa principauté de Transylvanie et de ses droits de suzeraineté sur la Moldavie et la Valachie, il reçut Oppeln et Raibort en Silésie , une ‘pension annuelle de cinquante mille écus et le chapeau de cardinal. Le lOavril 1598, les Transylvains prêtèrent serment de fidélité aux commissaires de l’empereur. Avant son départ pour Oppeln, Sigismond envoya à Michel l’avis officiel de son abdication, l’assurant qu’il n'avait oublié ni la Moldavie ni la Valachie, et qu’en cédant à Rodolphe la suzeraineté de ces provinces il avait voulu obliger la maison d’Autriche et l’Allemagne à leur donner une protection efficace.

Tbaité db Tibgoviste (1 598). — Michel ne renonça point sans regret aux espérances qu'il avait conçues; il ne pouvait disputer à Rodolphe la Transylvanie; il prit donc le parti de se soumettre en attendant une occasion favorable, oui devait se présenter tôt ou tard. Ses députés se rendirent auprès des commissaires impériaux pour prêter hommage en son nom. L'affaire traîna en longueur. Les commissaires n’avaient pas de pouvoirs suffisants pour traiter ; ils voulurent attendre l’arrivée de l’archiduc Maximilien; enfin, sur les instances de Michel, ilsallèrenteux-mêmesà Tirgovisle, y furent reçus avec de grands honneurs, et après trois jours de conférences signèrent, le 9 juin 1598, un traité important qui régla les relations de l’empereur d’Allemagne et du voïvode de Valachie.

Voici la traduction de ce traité, que rapporte , dans son Histoire de Hongrie (1), ïstvanffy, l’un des négociateurs de Tirgoviste :

. « Nous Michel; voivode (duc) des « pays transalpins du royaume de Hon-

• gne, conseiller de Sa Majesté Impé- « rialè et Royale, etc., avec Euthémius,

« archevêque de Tirgoviste, le vornic

* Démétri, etc., nos conseillers et offi-

(i) Ulvinffy, Hutoria regni Hungarici ; Colonie Agrippine, <724, p. 444.

« clers, représentants de toute la Vala- « chie , savoir faisons à tous ceux qui « les présentes liront que, mûs par la « piété et l’affection chrétienne, las du « joug et de l'oppression que la tyran- « nie des Turcs fait peser depuis plus « de cent ans sur la Valachie, nous « avons résolu de la rendre à son pre- « mier état. Ainsi que nous l’avions « déjà rattachée a la couronne de Hon- « grie, comme elle l'était jadis, nous l’u- « nissons à l’Empire; reconnaissant « pour notre seigneur et roi légitime et « naturel Sa Majesté Impérialeet Royale, « nous nous mettons sous sa protection « perpétuelle, nous ainsi que notre pro- « vince, et lui prêtons serment comme « à notre suzerain. Comme nous avons « imploré le secours et le patronage de « Sa Majesté Impériale , et que nous « nous sommes décidé à ne plus tirer « l’épée pour les ennemis de la croix de « Jésus-Christ, mais pour l'empire et la « religion des chrétiens, Sa Majesté Im- « périale et Royale ne s'est pas refusée " a recevoir notre province sous sa pro- « tion et à nous reconnaître pour sou « vassal ; elle a daigné même nous se- « courir généreusement et prompte- « ment, et elle a chargé le très-révérend « Étienne Szuhay , évêque de Weizen , b préfet de la chambre hongroise de b Presbourg, et le très-illustre Nicolas b ïstvanffy , propalatin du royaume de b Hongrie et capitaine de la ville « d’OEdenbourg , ses conseillers et lé-

• gats plénipotentiaires et commissaires « en Transylvanie et en Valachie , de « s'entendre avec nous, et, si l’occasion « se présentait, de traiter des articles « et de la manière dont nous devions « nous soumettre à Sa Majesté Impéb riale. Lesdits légats, après avoir terb miné autant que possible les affaires b de la Transylvanie et après avoir ocb cupé ce pays, sont venus nous trou-

* ver, et après un serment solennel et « vrai, reçu et prêté d’abord par nous,

« et ensuite par le très-révérend Euthib mius, archevêque de Tirgoviste, et

ar nos boyards, dans l'église du bieneureux archevêque Nicolas , sise sur la colline de Tirgoviste , notre capitale, et après être convenus de la formule des serments et articles de fidélité que à Sa Majesté Impériale et

6e Livraison. (Pbovincbs Roumaines.)

L’UNIVERS

Royale, ils ont arrêté et conclu avec notis et nos principaux boyards et conseillers les articles suivants :

« Art. I. Sa Majesté impériale et Royale nous donnera et nous fera compter en especes par ses trésoriers, afin de défendre notre province et, si la fortune nous seconde, alln d'attaquer l'ennemi, la solde de cinq mille hommes, lesdits seigneurs commissaires nous promettant de l'obtenir pour cinq autres mille hommes, ou de nous faire accorder soit leur équipement , soit un nombre égal d’auxiliaires, pendant l'été le nombre complet, pendant l'hiver la moitié seulement. En outre il est convenu ue le trésorier de Sa Majesté les solera et en passera l’inspection tous les mois , et que si , par la volonté de Dieu , l'état des choses devient tel que ces troupes ne soient pas nécessaires, elles ne seront pas entretenues inutilement, ou du moins elles seront employées comme les circonstances le demanderont ou comme Sa Majesté Impériale et le sérénissime archiduc Maximilien l'ordonneront. De notre côté nous nous efforcerons dans toutes les occasions de repousser de la Transylvanie, de la Valachie et des autres" parties de la Hongrie les Turcs et les autres ennemis, et dans ce cas, après la victoire, nous nous engageons à suivre la volonté et les ordres, quels qu'ils soient, de Sa Majesté Impériale et Royale et du sérénissime Maximilien. S'il arrivait que nous eussions besoin d'une plus grande armée et qu’une nécessité absolue le demandât. Sa Majesté Impériale ou en son nom le sérénissime archiduc Maximilien, son bien-aimé frère, qui gouvernera désormais la Transylvanie au nom de Sa Majesté, viendra à notre secours avec des troupes plus considérables de la Transylvanie et d'autres lieux. Pareillement, si notre présence était nécessaire en Transylvanie ou dans les pays voisins, nous nous engageons à nous y rendre en personne au premier appel de Sa Majesté ou de l’archiduc, moyennant payement de nos troupes par le trésor impérial. Les canons, la poudre, les boulets et autres instruments

« de guerre nous seront fournis par « Sa Majesté Impériale ou en sou nom « par le sérénissime Maximilien.

< Art. II. Afin que nous puissions « donner ces secours avec plus d’atta- « chement et d'amour et que nous nous « consacrions sans réserve à la défense « de la chrétienté , Sa Majesté nous a « donné à nous et à notre très-cher fils « Pierre la Valachie avec tous ses re- « venus, ses droits et ses frontières, « pour la tenir et la posséder à perpér tuité. Elle nous a donné cette province « comme à ses vassaux et féaux feuda*

• taires, ainsi qu'à nos descendants en « ligné directe, du sexe masculin , sans « que nous soyons tenu de payer aucun

< impôt ni tribut; et nous aurons cette « principauté telle que nous l’avons « possédée jusqu’à présent avec toutes

• ses libertés et privilèges; mais, sui- « vant l'ancien et louable usage , nous

• et nos successeurs nous lui ferons,

• chaque année, comme à notre sei- « gneur et roi, un présent d'honneur,

• a notre libre choix, qui lui témoigne « du zèle et de la fidélité d’un féal feu- « dataire. Nos biens propres et ceux de « notre fils, hérités ou acquis de notre

• argent, seront transmissibles à notre « gré aux légataires de notre choix , et

< nous pourrons en disposer libreineut « selon notre volonté.

« Art. III. S'il nous arrivait, ainsi « qu’à notre fils, de mourir sans des- « cendance masculine, ce dont Dieu

• nous garde! Sa Majesté Impériale et

• ses successeurs, laissant aux boyards,

• aux états et ordres de Valachie le soin « d’élire un voîvode indigène et du rit ■ grec, s'engagent à le confirmer et à le

gratifier lui et ses héritiers d’une ville e Hongrie ou de Transylvanie avec ■ les revenus suffisants pour son en- « tretien. Ce que lesdits seigneurs • commissaires nous ont garanti.

* Art. IV. Lesdits seigneurs commis* « saires impériaux ont décidé que les • transfuges qui, après avoir commis ■ en Valachie une trahison ou tout au- « tre crime , cherchent asile en Tran- • svlvauie ou en Hongrie , ne seront « plus reçus dans les villes et les for- « teresses, et qu’il nous sera même • permis rie les poursuivre et de les » faire arrêter partout où on les Htm*

PROVINCES ROUMAINES. 67

a vera ; de même les soldats d'infanter rie ou de cavalerie qui , après avoir r reçu leur solde, auront déserté , dans r quelque endroit qu’ils se trouvent, r nous seront reudus.

« Art. V. Quant à ce qui concerne le r oommerce des marchands de la Valar chie, il est établi que, si leurs affaires r ne sont pas au désavantage des villes r libres de la Transylvanie ou qu'elles r ne soient pas contraires aux privilèges r que possèdent ces villes, un libre r commerce leur sera permis dorénar vaut avec la Transylvanie, toutefois r après qu'ils auront payé le tarif légal ; r les négociants transylvains, hongrois r ou allemands auront le droit d’im-

Krter en Valachie ou d'en exporter i marchandises qu’il voudront après r avoir payé ta taxe imposée.

Art. VI. Sa Majesté Impériale et r Royale nous garantit l’exercice paisir ble de notre religion, et promet que r nos évêques, nos prêtres et nos fldè- « les ne seront jamais gênés en rien r dans leurs cérémonies ni dans leurs r croyances.

« Art. VII. Les boyards ou les solr dats de cette principauté qui auront r bien méritéde la république chrétienne r et de Sa Majesté Impériale et Royale r et que nous aurons recommandés r seront traités dignement; de même r les nonces et les ambassadeurs que r nous aurons envoyés à Sa Majesté ■ Impériale et Royale et au sérénissime r archiduc Maximilien recevront une r prompte audience et une réponse di* « gne de leur qualité et de leur mission, r et seront traités d'une manière conr venable.

r C’est ce que nous avons certifié par r ces lettres munies et marquées de r notre propre signature et de notre r sceau authentique. Fait et donné dans r l’église du bienheureux archevêque r Nicolas, située sur la colline de Tirr goviste, notre capitale, ce neuf juin , r l'an du Seigneur 1598, et le 23e du r règne de Sa Maieste comme empereur r d'Allemagne, le 26e comme roi de r Hongrie et le 23e comme roi de « Bohême. »

Le jour de la publication de ce traité, Michel prêta le serment de fidélité à Rodolphe U :

r Moi Michel, voïvode des pavs tranr salpins du royaume de Hongrie, conr seiller de Sa Majesté Impériale et r Royale, je jure, par le Dieu vivant, « Père, Fils et Saint-Esprit, et par la r très-Sainte-Trinité en un seul Dieu, « la bienheureuse Vierge Marie , mère « de Dieu, et tous les saints et le saint « Évangile du Christ, d'être à partir de « ce jour, moi et mes successeurs, fidèle « et soumis à la personne sacrée de « l’empereur des Romains, roi de Bo-

* hême, de Hongrie, etc., et à ses suc- « cesseurs, d’être l'ami des amis de Sa « Majesté et l'ennemi de ses ennemis;

* de ne jamais rien faire contre elle « ou ses successeurs ni ouvertement, « ni secrètement , ni en actions , ni en « conseils; de ne jamais révéler lesse-

* crets qu’elle m'aura confiés par lettres r ou par exprès; de lui donner de bons r et sages avis , et de l'instruire fidèler ment des trames de ses ennemis qui r parviendraient à ma connaissance, > promettant, quant à moi, de leur ter nir tête et de perdre corps et biens « plutôt que de tremper dans leurs mar chinations hostiles. Qu'ainsi me soient r en aide la Vierge Marie, tous les r saints , les élus de Dieu et l’Évangile r du Christ. »

r Le traité que les Valaques avaient conclu avec Rodolphe II était d'une haute importance pour leur pays, qui, s'unissant ainsi en quelque sorte à r Allemagne, devait prendre part aux lumières de l’Europe civilisée; l'Allema-

f;ne était l’anneau qui pouvait attacher a Valachie au monde éclairé, et de belles destinées pouvaient être le partage de cette principauté si ce traité avait eu une longue durée. Ce pays n’était plusassez puissant, ou, pour mieux dire, les États avoisinants étaient devenus trop formidables pour que les Valaques pussent se soutenir dans une indépendanceabsolue ; ils devaient se placer sous la protection d’un souverain qui, tout en respectant leurs lois et leurs institutions, pilt les défendre contre les forces formidables des Turcs, et le protecteur naturel des Valaques était alors le roi de Hongrie et par conséquent l’empereur d’Allemagne. La Valachie, quoique reconnaissant la souveraineté de 1 empire, restait autonome; Rodolphe Il et »,

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L’UNIVERS

ses suceesseurs ne devaient se mêler en rien des affaires de la principauté, qui , exempte de tout tribut, devait seulement fournir des secours entempsdeguerre. »

C'est ainsi qu’un historien moldo-vala-

Îue appréciait, en 1837, le traité de irgoviste. Il ajoutait : « M. G. d’F.ichthal , dans! son ouvrage les Deux- Mondes, semble vouloir qu’on remette en rigueur le traité de Rodolphe II par ces paroles : Une confédération du Danube devra se former sous le protectorat de r Autriche ; et par confédération du Danube il entend la Valachie, la Moldavie, la Bulgarie, la Servie; chacun de ces États devra avoir un gouvernement national. L’antipathie qui existe entre les peuples du Danube et les Autrichiens rend ce plan presque impossible, et si même ce protectorat avait lieu, il ne nous serait pas favorable. » Aujourd'hui que l’Autriche occupe les principauté danubiennes pour les garantir contre l’invasion des Russes , il n'est sans doute

Sas inutile de rappeler la convention e 1 598 ; les esprits défiants ne croient guère au désintéressement des Habsbourg; ils demanderont peut-être si les armées autrichiennes sont entrées en Valachie pour garantir l’intégrité de l'empire ottoman ou pour rendre à l’héritier de Rodolphe 11 cette suzeraineté de la Valachie conférée à la maison d’Autriche par le traité de Tirgoviste.

Fort de son alliance avec l’empire, Michel méditait une nouvelle campagne contre les Turcs lorsqu'un événement imprévu vint déranger tous ses plans.

Sigismond Bathory avait à peine signé son abdication ' qu’il regretta la couronne et résolut de la reprendre. Il quitta Ratibor et rentra à Clausembourg aux acclamations de tout le peuple (20 août 1598). Il s’appliqua aussitôt à se prémunir contre le ressentiment de Rodolphe. Un de ses officiers se rendit auprès de Michel pour solliciter l’appui des Valaques. La révolution accomplie en Transylvanie mettait le voïvode dans une situation très-embarrassante. S’unir avec Sigismond , c’était rompre le traité récemment conclu avec son ennemi; rejeter les propositions de ce prince, c’était le contraindre à invoquer le secours du sultan , livrer la Transyl-

vanie aux Turcs , et par suite exposer la Valachie aux plus grands périls. Michel prit le parti de promettre à Bathory une armée de trente-cinq mille hommes à condition que l’Ardialie resterait fermée aux troupes ottomanes.

Expéditions en Bulgabib. — Cependant Hafiz pacha, gouverneur de Nicopolis, et le’ pacha de Silistrie menaçaient de franchir le Danube. Michel envoya vers eux le vomie Démètre avec un immense convoi. Les chariots, couverts de drap rouge, étaient censés contenir le tribut et les présents du voïvode ; les Turcs les laissèrent approcher sans défiance. Mais, aux portes du camp, vingt mille Valaques, jusqu’alors cachés dans les voitures , se montrèrent tout à coup , s’élancèrent le sabre au poing et culbutèrent les Turcs, étourdis par cette attaque inattendue ; Hafiz pacha prit la fuite , et ses deux queues de cheval tombèrent aux mains du vornic.

Démètre , après ce brillant succès , alla rejoindre Michel à Caracala , au confluent de l’OIto et du Danube. Le voïvode , dans l’excès de sa joie , fit revêtir à une vieille femme les vêtements du pacha , son turban et sa fourrure, et la promena par la ville dans cet accoutrement ridicule, aux applaudissements de toute l’armée.

Encouragé par la victoire de sou lieutenant , il passa le Danube , battit une armée turque de treize mille hommes , lui enleva toute son artillerie , tous ses bagages, et le 10 septembre mit le siège devant Nicopolis. Son entreprise ne réussit point. Au bout de quelques jours il fut contraint de se retirer devant la résistance de la garnison , qui pendant la nuit réparait les brèches faites durant le jour par les canons des chrétiens. Après avoir dévasté tout le pays autour de la ville, les Valaques marchèrent sur Viddin. Le commandant de cette place les attendait en rase cam-

£agne avec des forces considérables, lichel fut vainqueur dans une rencontre meurtrière où périrent un grand nombre de Turcs; mais lui-même faillit succomber, victime de son ardeur à poursuivre les infidèles. Comme il courait seul bien en avant de sa colonne, quelques Turcs firent volte-face et se jetètent sur lui; il en tua plusieurs; mais

PROVINCES ROUMAINES

l’un d'eux lui appuya sur la poitrine la pointe de sa lance; alors s’engagea une lutte corps à corps , qui finit par l’arrivée de quelques officiers valaques. Les chrétiens ne s’arrêtèrent pas devant Viddin; ils parcoururent la ;Bulgarie pendant dix jours, pillant tout sur leur passage et brûlant les villes situées le long du Danube; le S novembre , ils repassèrent le fleuve avec un immense butin et seize mille Bulgares, à qui le voïvode donna des terres sur la rive gauche.

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