‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 249 sur 300 · ET BBUNIT SOUS SOIS AUTORITÉ TOU- TES LES PROVINCES ROUMAINES · texte numérisé non relu

ET BBUNIT SOUS SOIS AUTORITÉ TOU- TES LES PROVINCES ROUMAINES

— Rodolphe n'ét3it pas le seul ennemi

Î|ue l’occupation de (’Ardialie eût souevé contre le prince des Valaques. Sigismond Bathory avait à venger la mort au cardinal André. Soutenu par la diète de Pologne , il se ligua étroitement avec Jérémie Movila , prince de Moldavie. Vainement Michel, pour gagner du temps , offrit de lui céder Vacaras et Cronstadt, et demanda pour son fils la main d'une des filles de Movila. Les Polonais et les Moldaves entrèrent en Valachie, s’emparèrent sans coup férir de Bucarest, et y installèrent le grand échanson Simeon Movila, frère de Jérémie. Michel quitta aussitôt Weissemburg et courut défendre sa principauté. Il poursuivit Simon, qui, sans attendre sou approche, s'était retiré vers Fokchani , l'atteignit aux bords de la rivière de Melcove , mit son armée en déroute , et pénétra en Moldavie à la tête de cinquante mille hommes (18 mai 1600). Vainqueur dans un nouveau combat près de Suciava , il s’avança jusqu’aux portes de Khotin, battit Jérémie sous les murs de cette ville et le força de se réfugier en Pologne , envoya ses troupes dévaster la Pocutie, la Podolie et la Russie Rouge et alla se faire couronner à Jassi ; depuis lors il s’intitula prince de Moldavie , de Valachie et de Transylvanie. Après cette heureuse campagne, il reçut de Rodolphe des subsides , des présents , et le titre de conseiller de l’empire. Il lit alors frapper une médaille à son effigie, portant a'un côté ces mots : A. I). vigilanlia, virtute et armis victoriam nactu.% : 1600. « Et en effet, dit ud historien, sa vigilance était infatigable ; il a montré en toute occasion qu'il savait se garder de tout ce qui pouvait lui nuire. Sa bravoure était à toute épreuve, et ses ennemis même l’ont hautement

firoclamée. Né sous la tente , élevé dans es camps, maniant les armes mieux que personne , il ne démentit point sa devise. »

Michel avait triomphé de tous ses ennemis ; maître des trois principautés, il réunissait sous son autorité toute

l’ancienne Dacie; son pouvoir venait d’être reconnu et confirmé par l'empereur d’Allemagne. La Porte elle-même lui envoya l'étendard, l'épée et le sceptre, emblèmes de son investiture comme prince de Moldavie et de Transylvanie.

Le voivode alla au-devant de l'aga qui lui apportait ces insignes , et il le reçut à Cronstadt avec toutes les marques d'un profond respect ; il embrassa l’étendard et ceignit l'épée. Le commissaire de Rodolphe s'étonna d’une telle conduite. Michel répondit qu'il n’avait accepté l’investiture du sultan que par politesse , et que d'ailleurs il ne pouvait pas se (1er à l'empereur, qui lui avait toujours préféré son ennemi Georges Basta. « Que Rodolphe, dit-il, me donne quelque preuve certaine de son amitié.

Je veux , outre la principauté de Transylvanie , la dignité de prince du Saint Empire, les villes du Grand-Varadin , de Nagyi-Banya et de Iluszt , des subsides annuels, et, en cas d’expulsion par les Turcs , l’assurance d'une pension de cent mille écus. A ces conditions l’empereur pourra compter sur ma fidélité. »

L’ambition du voïvode ne connaisait plus de bornes. Non content de régner sur tous les peuples roumains, il médita la conquête de la Hongrie et de la Pologne. En Hongrie, il avait un parti nombreux ; en Pologne , ses prétentions étaient secrètement favorisées par les Orthodoxes. Mais il était arrivé au terme de ses succès; les puissances qu'il menaçait se coalisèrent contre lui ; il se trouva pris entre deux feux.

Coalition eorméb contre Michel ( 1600 ).— D’un côté, Rodolphe, irrité de l’orgueil de son lieutenant , encouragea les Transylvains à la révolte. Étienne Csàky se mit à la tête de la noblesse , réunit une arméede douze mille hommes et opéra sa jonction avec Georges Basta, qui commandait six mille Hongrois et Allemands. A l'Orient, les Polonais, sous les ordres de Zamoyski, franchirent le Dniester et envahirent la Moldavie.

En Transylvanie, la rencontre eut lieu entre Michel et Basta près du village de Misiszlo, sur les bords de la rivière de Maros (18 septembre 1600).

La déroute des Valaques fut complète;

PROVINCES ROUMAINES

ils perdirent quatre ou cinq mille bom- miration de toute la noblesse allemande, mes , douze canons et tous les bagages. Les charmes de sa fille Florica gagné- L,e voïvode, sans perdre courage, rent le coeur de Rodolphe. « On parleva quelques troupes en Valachie, et donne aisément au père de celle qu’on marcha contre les Polonais. Il fut en- aime. • L’empereur, oubliant tousses core battu le 15 octobre. Forcé d’é- griefs contre Michel, lui donna cent vacuer le territoire moldave , il s’arrêta mille ducats et lui rendit le gouverneà Téléjin sur le Séreth. Là , dans un ment de la Transylvanie après l’avoir combat désespère , il vit anéantir sa publiquement réconcilié avec Basta. dernière armee. Il se sauva dans les Michel et Basta entrèrent en campa- Carpathes. gne avec dix-huit mille hommes; trente-

Livrée sans défense à l'invasion, la cinq mille Transylvains les attendaient Valachie se prosterna devant le maître devant Gorozlo , sur la rive droite du étranger que lui imposèrent les vain- Szamos. Une bataille terrible, engagée queurs de Michel le Brave. Siméon Mo- le 3 août, se termina par la défaite vila entra en gTande pompe dans Bu- totale de Sigismond Bathory. Ce fat carest , occupée par une garnison de la dernière victoire de Michel le Brave, trois mille Polonais, et les boyards lui Aussitôt après, la discorde éclata entre prêtèrent serment de fidélité. Michel les deux généraux de l’armée impériale, ne pouvait plus rien contre lui; après Basta, pour se débarrasser de son rile départ de Zamoyski, il descendit de val , ne recula point devant un crime, sa retraite avec une troupe de monta- Perses ordres, le 19 août 1601, Jacques gnards. Mais il fut encore une fois Bory, capitaine des Wallons, accompavaincu près d’Argessu (35 novembre), gné d'un capitaine allemand, de trois et il ne lui resta plus d'autre ressource cents Walloos, d’autant d'Allemands et que de se réfugier auprès de Tempe- de quelques cavaliers , pénétra au lever reur; il se rendit à Vienne avec sa fa- du jour dans le camp de Michel à mille. Thorda. Le voïvode n'avait auprès de

Cependant la diète de Transylvanie lui que quelques Valaques. « Au nom s'était réunie à Weissemburg. A Tins- de Tempereur, lui cria Bory, je vous tigation d’Étienne Csaky,elle envoya arrête. » — « Vous ne m’aurez pas vidés députés à Rodolphe pour le préve- vant , » répondit le héros, et il plongea nir-que, s’il ne se hâtait pas de confier son épée dans la poitrine du capitaine le gouvernement à l’archiduc Maximi- allemand ; il n’eut pas le temps de la rebeu , elle se verrait obligée de procéder tirer; frappé au coeur d’un coup de halleelle-méme à l’élection <i'un prince : en barde, il tomba en poussant un cri de même temps elle réclamait Textradi- douleur et de rage. Les assassins lui coution de Michel , et la suppression des pèrent la tête et la placèrent sur une dotations qu’il avait accordées et des carcasse de cheval. Basta écrivit à l’ernlibertés rendues aux Szicles. Comme pereur que Michel était convaincu de Rodolphe tardait à répondre, les états trahison, et son crime resta impuni, élurent Sigismond Bathory ( 4 février Ainsi périt , à l’âge de quarante-trois 1601). Ce prince, ramené à Claudem- ans, ce grand homme qui sera l’éterburg par une escorte de Moldaves et nel honneur du peuple roumain. Il esde Polonais , prit pour troisième fois la saya de réunir en corps de nation tous couronne que deux fois il avait abdiquée, les habitants de l’ancienne Dacie. C’était Michel vaihcu se béfugie aPien- là une difficile entreprise. Malgré la HE. Il est assassiné par Basta, communauté d’origine, de langage et lieltenaht de l’empebeur (1601). de religion, il n’y avait pas de sympa- — Les actes de la diète mécontentèrent thie entre les trois principautés. Pourvivement Tempereur. Michel , d’abord tant , malgré tous les obstacles , peutinterné à Vienne, reçut l’invitation de être, s’il avait plus longtemps vécu» se rendre à Prague. Le 23 mars 1601, serait-il parvenu à fonder un nouveau le voïvode dépossédé parut pour la royaume de Dacie qui aurait été d’un première fois à la cour ; sa taille impo- grand poids dans la balance de l’Europe, «ante et sa mâle beauté excitèrent l’ad- Il comprenait les vrais intérêts des pro-

Tinces roumaines : Crescunt parole re»

concordia\ mais ses compatriotes ne surent pas le seconder et le soutenir; les nobles ne virent en lui que l’ennemi de leurs privilèges; seuls les paysans lui restèrent fiilèles, et ils vénèrent encore aujourd’ liui sa mémoire.

« Michel le Brave, dit un historien allemand, a puissamment aidé à garantir l’Europe de la barbarie des Turcs. Si son règne avait été plus long , la Roumanie aurait un meilleur destin.

Que l’histoire conserve le souvenir de ses exploits et de ses vastes pensées; qu’elle fasse pressentir à l’Europe ce qu’elle peut attendre de la nation qu’il commandait, et ce qu’a droit d’espérer d'elle ce pauvre peuple qui lui tend aujourd’hui les bras! (I) »

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