‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 257 sur 300 · X. La liste civile est supprimée · texte numérisé non relu

X. La liste civile est supprimée

I.e prince confond son trésor particulier avec celui de la principauté ; il s’approprie tous les revenus, et paye toules les dépenses publiques.

XI. Sont abolies les contributions connues sous les noms de t âcâritu (sur le bétail ), de pogonàritu (sur les vignobles étrangers ) , de poclonu. L 'oaerilu ( dîme sur les brebis), le vinfritu (sur le vin), le desmdrilu (sur les ruches et sur les cochons ) , les douanes et la gabelle furent augmentés et donnés en ferme.

XII. Cent quarante-sept mille familles contribuables sont assujetties à une ca-

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pitation de dix piastres par an , payable en quatre termes ou sferturi.

L'établissement de cette capitation a suggéré au général de Ba wr des réflexions très-judicieuses : « Bien loin, dit-il, de songer à asseoir le poids principal de l'ùppôt sur les productions et la consommation du pays, Constantin Maurocordato augmenta la capitation et abandonna ses autres revenus à des fermiers. Cette manière de percevoir les impôts, pour être commode aux hospodars, n'en est pas moins très-pernicieuse à leurs sujets. Personne n'ignore aujourd'hui que l'impôt assis sur Ta terre et les

f traductions , et non sur les personnes , orsqu’il est restreint dans de justes bornes , peut servir à encourager l'industrie , à multiplier les produits , à favoriser la population et la circulation, A faire fleurir les arts et le commerce et à donner ainsi l'essor a l'esprit humain de toutes les manières possibles. I a capitation, au contraire, arbitraire dans tous ses procédés, appauvrit le peuple en écrasant le pauvre , tandis qu'elle épargne le riche et le puissant; elle détruit l’agriculture , enchaîne l'industrie, engourdit les esprits et traîne a sa suite tout ce cortège de maux et de calamités auxquels ne peuvent résister les États les mieux constitués (I). »

L’affranchissement des serfs fut purement et simplement une mesure fiscale. Constantin Maurocordato ne son-

Î;ea point à créer un peuple d'hommes ibres ; il se fit un troupeau de contribuables. Aussi la réforme de 1740, au lieu d’améliorer la condition des paysans, n’eut pas d’autre effet que de les pousser au désespoir. Fixée d'abord à dix piastres par an, la capitation s'éleva, en 1746, à quinze piastres ; elle fut bientôt plus que doublée. Il ne faut donc pas s’étonner des progrès rapides de l’émigration. La Valacnie se dépeupla. En 1746, soixante-dix mille familles seulement étaient inscrites sur le rôle des contribuables ; dix ans plus tard ce nombre était réduit à trente-cinq mille.

Enfin, en 1 766, la capitation des paysans ne produisit que 849,458 piastres.

L’avilissement de l’aristocratie, la misère du peuple, la perte de l’indépen-

dance et l'abaissement du caractère national, voilà les seuls fruits du gouvernement grec dans les deux provinces de la Roumanie. La prétendue réforme de 1740 ne fut qu'un mensonge; les paysans payèrent fa liberté si cher qu’ils durent regretter la servitude, et leur affranchissement, au lieudesauver la nationalité moldo-valaque par la formation d’une vigoureuse classe moyenne , n’eut pour résultat que de faire hausser le prix des firmans d'investiture achetés à Constantinople par les Phanariotes.

Dynastibs phanariotes. — I)e 1716 à 1768, trois familles possédèrent tour à tour le gouvernement de la Valachie. Voici la liste des hospodars, ou plutôt des fermiers , qui se succédèrent pendant cette période :

1716, Nicolas Maurocordato Ier;

1717, Jean Maurocardato II;

1719, Nicolas Maurocordato l'r;

1731, Constantin Maurocardato III;

1731, Michel Racovizza Ier;

1733, Grégoire Ghica;

1735, Constantin Maurocardato III;

1741, Michel Racovizza;

1744, Constantin Maurocordato III ;

1748, Grégoire Ghica;

1753, Matthieu Ghica;

1753, Constantin Racovizza II ;

1756, Constantin Maurocordato III;

1758, Charles Ghica.

1761, Constantin Maurocordato III;

1763, Constantin Racovizza II;

1764, Etienne Racovizza 111;

1765, Charles Ghica ;

1766, Alexandre Ghica;

1768, Grégoire Ghica.

Nous retrouvons les mômes noms dans la liste correspondante des voïvodes de Moldavie :

1716, Michel Racovizza 1er ;

1727, Grégoire Ghica;

1733, Constantin Maurocordato;

1735, Grégoire Ghica;

1741, Constantin Maurocordato;

1743, Jean Maurocordato;

1747, Grégoire Ghica ;

1748, Constantin Maurocordato;

1749, Constantin Racovizza;

1753, Matthieu Ghica;

1756, Constantin Racovizza;

1757, Charles Ghica;

1758, Jean-Théodore Callimachi;

1761, Grégoire Callimachi ,

(i) Mémoires sur la Valachic, p. xox el suiv.

7e Livraison (Phovincbs Roumaines).

L'UNIVERS

1 764, Grégoire Cbica;

1768, Grégoire Callimachi;

1769, Constantin Maurocordato.

Les Callimachi sont les premiers rivaux qui viennent disputer aux .Maurocordato, aux Racovizza et aux Ghica l'hospodarat de la Moldavie et de la Valachie. A leur suite paraissent de nouvelles familles de Phanariotes :

En Valachie :

1774, Alexandre Hypsilantis ;

1778, Nicolas Cara’dja ;

1783, Michel Sout/.o;

1 786, Nicolas Mavroyéni ;

En Moldavie :

1774, Grégoire Ghica;

1777, Constantin Mourousi ;

1782, Alexandre Maurocordato Ier;

1785, Alexandre Maurocordato II;

1787, Alexandre Hypsilantis;

1792, Alexandre Mourousi.

11 suffit de comparer ces deux listes pour voir que, durant le dix-huitième siècle, les deux principautés roumaines furent administrées alternativement par les mêmes hospodars et, par suite, qu’elles furent en proie au même système de gouvernement. La tyrannie et la cupidité des Grecs ne firent pas de distinction entre les deux familles du peuple roumain. Tout ce que nous avons dit des Valaques s'applique aux Moldaves ; et, puisque leur misère fut commune , nous n’avons pas besoin de séparer leur histoire.

Nicolas et Jean Maubocohdato.

— Nicolas Maurocordato, le premier Phanariote qui ait régné à Bucarest, a été surnommé le Néron de la Valachie.

Il se montra cruel, surtout envers les Cantacuzène et leurs partisans. Sa rapacité n'épargna personne. Il confisqua les biens d'un grand nombre de boyards, établit sur le peuple des impôts exorbitants et abolit les assemblées nationales, dont le contrôle aurait mis obstacle à ses exactions. Pour s'assurer l'appui des Turcs postés à Glurgevo, à Turnu et à Ibraïla, il leur permit d'acquérir des fermes dans l’intérieur de la Valachie, et viola ainsi les anciennes capitulations qui excluaient des Principautés tous les musulmans.

Lorsqu'en 1716 la guerre éclata entre l’Allemagne et la Turquie, Maurocordato fournit des renforts à l’armée

ottomane; mais les troupes valaques passèrent du côté des Impériaux. A la nouvelle de la bataille de Pélerwaradin, gagnée par Eugène de Savoie ( 6 août 1716), le voivode s’enfuit de Bucarest; il croyait voir déjà les Allemands dans sa capitale. Quand sa terreur se fut calmée, il sortit de Giurgevo, où il avait cherché asile, et rentra en Valachie avec un corps de Turcs. Les boyards vinrent à sa rencontre; mais il ne leur pardonna point les sympathies qu’ils avaient manifestées pour les Impériaux; il recommença les poursuites et les emprisonnements, et prés de la Fontaine du prince Radu il lit décapiter le grand vomie en sa présence. L’archevêque Authimius fut dégradé et exilé . Les T urcs ui le gardaient l’assassinèrent. L’arrivce es Allemands mit fin à ces cruautés.

Maîtres de Témesvar et d’Orsova, les Impériaux entrèrent en Valachie.

Le 14/25 novembre 1716, ils s'emparèrent de Bucarest par un coup de main dont la connivence des habitants favorisa et assura le succès. Maurocordato, surpris dans sa chambre à coucher, fut envoyé à Hermanstadt.

Après avoir m issacré un grand nombre de Grecs et de Turcs, les Valaques élurent pour prince Georges Cantacuzène et proclamèrent leur indépendance. Ils demandèrent au général Stainville des secours pour attaquer les forteresses turques du Danube et renouveler les entreprises de Michel le Brave. Mais les Allemands ne soutinrent pas l’élan national des peuples roumains ; ils se retirèrent à la Un de 1716, et quelques jours après Jean Maurocordato, nommé par la Porte à la place de son frère Nicolas, envahit la principauté avec une armée de Turcs, ae Tartares etd'Albanais.

Il commença par publier une amnistie générale : » A vous, boyards, dit-il , à vous, capitaines, à vous, odabacbls(t), à vous, tchaous( 2), à vous, selmens (3), qui mangez le pain du sultan,

(i) Chefs des odas , ou cohortes des janissaires.

(») Prévôts d'armes, dans l'ancienne organisation militaire ottomane. Toy. p. ni.

(3) Ancienne division du corps des janissaires.

notre seigneur : écouter ce que je vous annonce. Que chacun retourne dans sa patrie et dans sa maison; que celui qui y est retourné demeure en paix; que tout lui soit pardonné, ainsi qu’à sa femme, à ses enfants, à sa maison , à son village, à ses bestiaux et atout ce qu’il possédé. Je veux avoir pitié de vous et vous exempter pendant une année du tribut , des contributions et de toutes charges ; je n’exige que votre obéissance; n'abusez pas de la clémence que je veux vous montrer cette fois. » L’amnistie fut accueillie avec joie par les Valaques.

Jean, qui désirait se rendre populaire, ne se contenta pas d’épargner le sang de ses sujets ; pour soulager les paysans qui étaient en proie à une horrible disette, il fit venir à ses frais du blé de Crimée et de Transylvanie et le distribua gratis ( 1717 ).

En même temps qu’une députation de boyards allait porter au sultan l'hommage des Valaques, Jean envoya des présents au marquis de Stainville et lui demanda un armistice, qui fut accordé.

Les Impériaux en profitèrent seuls; ils rétablirent le long de l’Ûlto l’ancienne voie trajane , assurèrent leurs communications avec la Transylvanie et con struisirent un fort en face de Kinéni, pour protéger leur retraite en cas de revers. Ces travaux achevés, Stainville, qui avait des intelligences avec le serdar Barbu, prit possession du banat de Craiova. li ne s’avança pas plus loin et signa avec Jean Maurocordato un traité secret en six articles : « Les Impériaux restaient maitres de la petite Valachie. Le prince conservait la grande Valachie, mais à condition de ne pas permettre aux Turcs et aux Tartares d’entrer par sa principauté sur les possessions impériales. Le prince promettait en outre amnistie complète à tous les émigrés valaques et aux prisonniers d’Etat. Il s’engageait à 11e prêter aucun secours à son frère et à payer à l'empereur d'Allemagne un tribut annuel de cent bourses. » Stainville organisa sagement l’administration du banat de Craiova ; il maintint les lois en usage et respecta les droits des habitants.

Quant au voïvode, accusé de trahison envers le sultan, il se rendit à Andrinopie et se justifia en prouvant que la

cession de la petite Valachie était un sacrifice nécessaire pour sauver le reste.

L'année suivante la paix fut signée à Passarovitz (ai juillet 1718). Jean Maurocordato fut un des commissaires désignés par la Porte. L’Empereur exigeait toute la Roumanie ; mais il n’obtint que le banat de Craiova. Les Turcs perdirent, par ce traité, Semendria, Belgrade , une partie de la Valachie et de ia Serbie, quelques châteaux de Dalmatie; mais iis recouvrèrent la Morée.

Tous les émigrés valaques rentrèrent en possession de leurs biens; les prisonniers d'Étal furent rendus sans rançon ; les prisonniers de guerre furent échangés, mis en liberté. Nicolas Maurocordato se rendit à Constantinople en passant par Bucarest, où il eut une entrevue avec son frere. Celui-ci mourut quelques jours apres , empoisonné, dit-on, par un émissaire de Nicolas. A ses derniers moments, il appela près de lui le métropolitain et les boyards, les engagea à vivre en paix et en bon accord, et prévint les ennemis de sou frère de se tenir sur leurs gardes; car il ne devait pas tarder à reparaître.

Nicolas Maurocordato fut en effet nommé voïvode pour la seconde fois (1719). Son premier soin fut d'augmenter les impôts et de diminuer l’armée. « Cette réduction , dit le général de Bawr, affaiblit tout à fait l'Etat; nonseulement elle accéléra l’exécution des projets de la Porte en livrant la Valachie à son caprice , sans crainte de contradiction ou de révolte ; niais elle exposa encore le pays aux insultes des Turos et surtout des habitants circonvoisins du Danube , ses plus implacables ennemis. »

Sous le règne de ce prince, .la langue tomba en défaveur et tut presque complètement abandonnée. A la cour, le rec moderne était seul en usage ; les oyards affectaient d’ignorer la langue nationale, et ne la parlaient plus qu’aveo les domestiques et les serfs Le vntvode semblait vouloir changer la Valachie en province grecque. 11 ambitionnait la gloire littéraire, et s’entouraitde savants étrangers. En 1720 il fit imprimer à Bucarest un livre « Des devoirs » en grec moderne ; mais le goiït qu’il montra pour les sciences et les lettres n est

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pas une excuse suffisante pour lui faire pardonner ses débauches, ses rapines et ses cruautés. Il mourut en 1730, au milieu des malédictions de ses sujets.

Constantin Maubocobdato. — Les boyards élurent pour lui succéder son neveu Constantin, fils de Jean Maul'ocordato, qui fut confirmé parla Porte. C'est le dernier hospodar élu par les Vnlaques. Au bout ae quelques mois, il fut dépossédé par Michel Racovizza ; il revint en 1731, puis il alla régner en Moldavie; enfin, en I73G, il obtint, pour la troisième fois, le trône de Valachie. " Les Turcs, dit M. de Bawr, trouvaient leur compte à changer continuellement les hospodars, et il ne restait à ceux-ci d'autre ressource que de surcharger le pays d'impôts pour pouvoir suffire à tant de dépenses. »

En 173G la guerre fut déclarée entre la Turquie et la maison d'Autriche. Un corps u Impériaux s'avança jusqu'à Tirgoviste; mais il fut bientôt repoussé par Constantin , et la Valachie fut entièrement évacuée. L’année suivante , des conférences s’ouvrirent à Niemirow (août 1737). L'empereur d’Allemagne consentait a la paix moyennant la cession des principautés moldo-valaques.

Son alliée la czarine Anne demandait seulement que la Valachie et la Moldavie fussent déclarées indépendantes sous la protection de la Russie. Le sultan repoussa ces conditions, et la guerre continua deux années encore.

Les Russes obtinrent plus d'avantages ue les Impériaux. Taudis que le uuc e Lorraine se faisait battre dans le hanat de Craïovs, Munich, général de la czarine, envahit la Bessarabie et pénétra en Moldavie. Son lieutenant Canléinir, fils de Démétrius, se rendit maître d'Iassi et se fil proclamer prince par un certain nombre de boyards. La paix fut signée le 18 septembre 1739. l’arle traité de Belgrade, les Autrichiens rendirent à la Turquie Belgrade et le hanat de Craïova. Les Russes évacuèrent la Moldavie, et rendirent toutes les conquêtes faites sur les Turcs, excepté Azoff; par les articles 1 et 2, ils renoncèrent au privilège d'avoir une (lotte dans la mer Noire.

Quand la Roumanie fut délivrée des envahisseurs. Constantin Mauroeordato

proposa ou plutôt imposa son plan de réformes à l'assemblée nationale. Nous avons apprécié déjà ces innovations; elles irritèrent tous les Valaques, les boyards par la suppression de leurs droits féodaux , les paysans et les bourgeois par l'augmentation des charges publiques. Sur les plaintes unanimes de ses sujets, il fut déposé en 1741. Son successeur, Michel Racovizza, ne garda le pouvoir que trois ans: en 1744 il fut exilé à Mitylène.

° Désormais, dit un historien, le terme du fermage est fixé à trois ans, et dès lors commence pour la Roumanie cet état le pire de- tous, le provisoire. Jusqu'à cette époque elle avait clé en proie à la guerre, à l'anarchie, aux exactions, à la peste, à la famine; mais elle avait eu de temps à autre des jours de repos, des lueurs d'espérance, et tant était grande l’activité des Roumains que les affaires avaient toujours repris leur cours comme.si ces fléaux ne devaient jamais revenir. Mais à partir de ce moment l'administration n’est plus qu’un repaire d’agiotage, où se vendent et s’achètent les divers détails de la misère publique ; tout tombe, tout dépérit, commerce, agriculture, hommes et bêtes ; tout sort du pays pour n’y plus rentrer, productions et numéraire. Le pays est ruiné. La Moldo-Valachie n’est plus qu’un désert (I). »

OlUGINE ET PBOGBÈS DE LA PI 1S- SANCE BUSSE DANS LES PBINC1PAI TÉS

— L’excès de ses souffrances disposa la nation roumaine à écouter les perfides conseils de la Russie.

» Dès le règne de Pierre le Grand un espoir de liberté avait commencé à se) manifester parmi les Grecs orthodoxes. A Salomque. dans le. premières années du dix-huitième siècle, les habi tanLs s’informaient des victoires du czar de Russie et en parlaient comme d'un libérateur. Celui-ci exploita habilement cette tendance des esprits dans son intérêt et dans celui de ses successeurs. Conquérir Byzance, refaire un empire d’Orient, de même que Charlemagne avait refait un empire d’Oecident , une telle idée n’avait rien de trop vaste pour le génie entreprenant de

(i) Vaillant, In Roumom w, I. II.

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àoogle

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Pierre; mais ce geuie était en même « des pèlerinages à Jérusalem et en temps trop pénétrant pour ne point voir « d’autres lieux saints sans qu’ils soient que l'heure n’était pas venue. Il marqua «assujettis, ni à Jérusalem ni aille but et ouvrit la voie à ses successeurs. « leurs , à aucun tribut ni à des exae- A partir de ce moment commence l’ac- « tions pécuniaires pour leurs passetion de la Russie sur les populations ■ ports. Les ecclésiastiques russes qui grecques de la Turquie , action sourde • s'arrêteront sur le territoire de la Porte par moments, mais" constante, systéma- • ne seront point molestés. « tique, toujours semblable à elle-même. Il y a loin, comme l’on voit, de ce La religion en fut le moyen le plus ef- début modeste aux prétentions exorbificace» Le czar exerçait un pouvoir tantes que la Russie a mises en avant occulte, sur les moines du mont Athos de nos jours; mais il en marque le point et sur le synode de Constantinople. De de départ et met entre les mains de la riches présents, des parures d’église, Russie le levier dont elle s’est servie dedes livres imprimés étaient expédiés de puis avec tant d’habileté à l’encontre Moscou dans les couvents et les évêchés de la Porte.

de la Grèce ; ceux-ci envoyaient en « Le dessein de soulever les ortho-

échange des reliques que le clergé mos- doxes à un moment déterminé ue fut covite recevait avec une grande véné- jamais abandonné par les Russes. Il ration. Aujourd’hui encore, après un passa , comme une tradition , de Pierre siècle et demi , les choses n’ont pas a ses successeurs (1). • changé. Entrez dans une église ou Du temps de l’imperatrice Anne

dans un monastère grec en Turquie, le (1730-1741), des émissaires envoyés pape ou l’higoumène qui vous accom- par le maréchal Munich répandirent for pagne vous arrête avec orgueil devant et les proclamations à pleines mains un candélabre en or massif ou devant dans la Roumanie, dans l’Épire et dans un missel superbement enluminé et en- les montagnes de la Thessalie. Sous le richi de pierreries. C’est un présent de règne d'Elisabeth (1741-1762), de noul’empereur de Russie. S’il osait même, veaux émissaires parurent dans les nionet qu’il ne vous connût pas pour un de tagnes du Taygète, dans le pays habité ces schismatiques pires à ses yeux que par les Maniotes , et y semèrent des les musulmans , il vous montrerait de bruits de guerre et d'affranchissement, petits catéchismes imprimés à Moscou, Ces bruits n’avaient rien de précis; dans lesquels l'obéissance absolue au c’étaient plutôt de vagues rumeurs, des czar de Russie et sa reconnaissance conjectures hasardées à voix basse, des comme chef de l’église orthodoxe et prophéties répétées d’un ton mystévéritabic successeur de Constantin sont rieux, dans ce langage mystique qui mises au nombre des articles de foi. De fonda pins tard le succès de l’hétaine, même , du temps du czar Pierre, les et tellement inhérent à l’esprit des prêtres grecs mêlaient le nom du grand- peuples slaves qu’il se retrouve jusque duc de Moscovie à celui des saints de la dans le style de leurs chancelleries, nation. Mais leur succès sur les masses ne fut

« En 1720, Pierre le Grand conclut que plus certain; elles ûnissaient par avec la Porte un traité où l’on voit pour se mêler aux croyances religieuses du la première fois la Russie, à l’exemple pays.

des puissances catholiques, stipuleravec En 1767 la Russie résolut de frapla Porte en faveur des pèlerins russes à per un grand coup et de soulever toutes Jérusalem et des religieux de cette na- les populations orthodoxes de l’empire tion. L'article 11 du traité de Constan- ottoman. Trois émissaires se rendirent tinople (S novembre 1720), confirmé en Grèce et en Roumanie. Un certain par Te même article du traité russe de Germanos fut chargé spécialement d’ap- Belgrade, origine première du protec- peler à la révolte les Moldaves et les torat que les czars prétendirent plus Vainques. Il parvint à séduire l’architard sur lesGrecs de Turquie, s’exprime mandrite d’Argessu et par son entreainsi : „

« il sera permis aux Russes de faire (<) Lturti sur la Turquie, i. “■

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mise gagna un certain nombre de boyards à la cause de l’impératrice.

La guerre commença en 1769. Gallitzin s’empara de Kh’otin et se rendit maître de la Moldavie. Le voïvode Constantin Maurocordatofut fait prisonnier. Au mois de septembre, le lieuteteuant-colonel Karosin entra en Valachie. line troupe de Valaqttes le suivit dans cette expédition, sous le commandement de l’archimandrite et du spathar Pervu Cantacuzène , que Catherine II avait nommé major-général. Karosin arriva le 18 octobre à Bucarest, et ne rencontra point de résistance. Le voïvode Grégoire Ghiea s'échappa de son palais en sautant par-dessus le mur du jardin; pendant trois jours il resta caché dans une boutique. Le troisième jour il fut découvert et arrête; on le conduisit à Tassi, puis à Saint-Pétersbourg, où il resta jusqu’à la conclusion de la paix. Peu de temps après ; février 1770) les boyards de Moldavie et de Valachio prêtèrent serment de fidélité à la cznrinc, et envoyèrent auprès d'elle une dénutation. Le feld-maréchal Rotnan/.otf établit dans chaque principauté un divan composé des principaux boyards (1771). C’étaient les deux grands vomies chargés de l’administration de la justice; le grand spathar, chargé de l'entretien des routes et des postes; le grand vestiar, ministre des finances; le grand iogothète ou chancelier, etc.

Le métropolitain et les évêques, d’abord exclus du conseil , y furent admis vers la tin de 1773. Romanzoff se réserva la direction suprême et la nomination aux emplois publics.

Les Turcs, partont vaincus, désiraient la paix. Catherine II exigea pour condition que la Roumanie fût donnée à Stanislas-Auguste Poniatowski ; a la mort de ce prince, elle passerait sous la protection de la Russie. Cette proposition fut rejetée. L’Autriche elle-même encouragea la résistance de la Porte; dès le début de la guerre, aux conférences de Newstadt (septembre 1771), Kaunitz avait déclaré au nom de Marie- Thérèse « qu’elle ne souffrirait jamais que la Russie prit possession des Principautés. » Scnccll assure même qu’en verty d’une convention secrète, siguée le * juillet, Marie-Thérèse s’était obligée à

contraindre les Russc3 de restituer leurs conquêtes, moyennant un subside de dix millions de piastres Pt la cessiou du banat de Craïova.

TRAITB I)B KllTCHllK-K.AINAHn.ll — Au congrès de Kokchani ( 1773) , h Russie offrit de nouveau une paix perpétuelle, a condition que les principautés seraient déclarées indépendantes, sous la garantie de plusieurs puissances de l’Europe. Un troisième congrès, tenu à Bucarest, n'eut pas de résultat. Knlin, la paix fut conclue à kutchuk -kaïnardji (juillet 1774). La Porte reconnut l'indépendance absolue des Tartares de la Crimée, du Budjiak, du kouban, etc.

Elle céda à la Russie les deux kabardas, Azoff et son district, Yénikalé et kertch dans la Crimée, le fort de kimburn, la libre navigation de la mur Noire , la faculté d'accréditer des consuls et des vice-consuls dans les Échelles, le droit de bâtir à Galata une église russegrecque, etc. L’article 7 du traité est très important à cause des conséquences que la Russie a su en tirer plus tard. En voici la teneur. > La Sublime Porte promet de protéger constamment la religion chrétienne et ses églises; et aussi elle permet aux ministres de la cour impériale de Russie de faire dans toutes les occasions des représentations tant en faveur de la nouvelle église à Constantinople que pour ceux qui la desservent , promettant de les prendre en considération comme, faites par uue personne de conliance d'une puissance voisine et sincèrement amie. •

L>rticle 16 est relatif aux provinces raoldo-valaques. L’empire russe restitue «1 la Porte toute la Bessarabie avec les villes d'Akerman, de kilia , d'Ismaïl et la forteresse de Bender; la Turquie recouvre également les deux priucipaui.es de Moldavie et de Valachic aux conditions suivantes, qu'elle promet d'observer religieusement :

1“ Elle accorde une amnistie générale et complète à tous les habitants des principautés qui se sont unis aux Russes contre les Turcs.

2U Elle autorise le libre exercice de la religion chrétienne ; les orthodoxes auront le droit de construire de nouvelles églises et de rétablir les anciennes.

3° EHe restituera les terres ipjuste-

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inent enlevées aux monastères a aux particuliers dans les envirous d'ibraïla , Khotin , Bender, etc.

4" Elle respectera les privilèges du clergé.

6° I.cs familles qui voudront émigrer pourront emporter leurs biens.

6» Les provinces roumaines ne payeront point les tributs arriérés.

7* Elles ne seront soumises à aucune contribution pour tout le temps de la guerre et pendant les deux années qui suivront l’échange du traité.

8° A l’expiration de ce terme la Porte promet d’user de toute l’humanité et de toute la générosité possible envers les principautés; elle ne leur imposera pas de tributs trop lourds ; le tribut sera remis à des comm issaires envoyés tous les cinq ans; il ne sera exigé aucune taxe arbitraire ; les Roumains jouiront des mêmes avantagesdont ils ont joui sousle règne de Mahomet IV, d'heureuse mémoire.

9° Les voïvodes de Moldavie et de Valachie auront chacun auprès de la Porte des chargés d’affaires chrétiens.

10° La Sublime Porte consent encore que, suivant les circonstances où se trouveront les deux principautés, les ministres de la cour impériale de Russie puissent parler en leur faveur; elle promet d'avoir égard à ces représentations, conformément à la considération amicale et aux égards que les puissances ont les unes pour les autres.

La Russie, on le voit, ne réclamait pas encore le protectorat des principautés roumaines; elle se contentait du droit d’intercéder en leur faveur, et ne prenait pas leurs privilèges sous sa garantie. Les Roumains apprirent bientôt à leurs dépens qu’ils n'avaient rien à attendre de l’alliance russe. Plus heureux que les Grecs, ils profitèrent de l'amnistie; mais ils ne recouvrèrent pas la liberté d'élection que le traité de Kaïnard ji leur avait promise implicitement en leur garantissant tous les avantages dont ils jouissaient sous le règne de Mahomet IV ( 1648-1687). Les boyards de Valachie se réunirent pour nommer un prince indigène. Deux candidats étaient sur les rangs. L’assemblée, avant de faire un choix, demanda l’avis de Roraanzoff. Le général russe fit une réponse équivoque et leur conseilla de

s’adresser à la Porte. Les boyards élurent un des leurs ; mais ils trouvèrent à peine deux députés pour aller à Constantinople solliciter l’aveu du sultan. De son côté, la Turquie, autorisée par l’usage, et non par le droit, confia le gouvernement de la principauté au Phanariote Alexandre Uypsilantis (38 septembre 1774). Lorsque la députation se présenta pour réclamer la confirmation du prince indigène choisi par les boyards et la réforme des abus dont la Valachie souffrait depuis trop longtemps, le colonel russe Péterson , chargé d'affaires de la Russie, engagea les envoyés à se désister de leurs demandes et à reconnaître le Phanariote désigné et investi par le Sultan. Selon l’expression d’un partisan autrefois très-déclaré du protectorat moscovite, « tout l’avantage que la Valachie retira du traité de Kainardji se réduisit au droit qu’obtint la Russie dlntercèder entre la Porte et les deux Principautés. » Le colonel Péterson ne se hâta point de mettre ce droit à profit.

Albxandbf. IIypsilantis. Firman de 1754. — Hypsilantis, en arrivant à Bucarest, publia un firman impérial, qui fut accueilli avec beaucoup de joie par les Valaques. En voici les articles principaux :

» Les raïas de Valachie et de Moldavie payeront désormais , proportionnellement à leurs facultés, leur capitation ; mais, quant aux comptes du passé', on ne pourra exiger d'eux ni argent ni quoi que ce soit.

« S’il s’élève quelque différend soit entre un musulman et un raïa, soit entre deux raïas, l’hospodar de Valachie, consultant les lois ae l’équité, écoutera les arties adverses et rendra justice à qui e droit ; dans les procès survenus entre un musulman et un raïa, f intervention du divan kiatibl ( secrétaire du divan ) qui est auprès du prince et celle d’autres musulmans devenant nécessaires, ceuxci chercheront à mettre les parties d’accord et à apaiser le différend. Si la médiation, les conciliateurs et les instances desmusulmansont été infructueuses ; s'il est démontré que ces prétentions injustes ont pour motif la pure animosité et pour unique but celui de tourmenter et de léser les pauvres raïas, et si la décision sur les lieux présente des

LHJNIVERS.

difficultés insurmontables, l’on ne permettra pas que ces malheureux soient tourmentés par de pareils procès, contraires aux lois et suscités par la mauvaise foi ; mais l’affaire sera portée devant le cadi de Giurgevo, qui l'examinera et la décidera d’après la loi et la justice. Les cadis de Giurgevo, de leur côté , en prononçant sur les causes qui leur seront ainsi soumises, auront scrupuleusement égard au bon droit, ne se permettront rien qui puisse porter la moindre atteinte à la pureté des lois et se garderont bien d’accabler de faibles raïas.

« On ne pourra exiger des raïas de Valacbie qu’ils comparaissent devant un autre tribunal que celui de Giurgevo.

« Le témoignage des chrétiens contre les musulmans est recevable en justice quand il s'agit de testament et de constatation de naissance, mais non en matière de commerce.

• Tout soldat turc qui commettra quelque délit dans l'intérieur de la Valachie sera conduit à la frontière et puni parles officiers qui y commandent.

« Il est expressément défendu à tout habitant des frontières autre que les négociants , dont le nombre est déterminé , d’entrer en Valachie ; et ces négociants même devront prendre des permis de leurs gouverneurs , les montrer au prince de Valachie ou à son ministre, dont ils recevront une autre permission, et dans les endroits où ils iront ils ne pourront ni posséder de maison ou autre domicile, ni labourer ou ensemencer les terres, ni tourmenter les raïas, ni se faire donner le selam aktcheci (prix du salut).

•> Pour que les Valaques trouvent plus d’avantages et de facilités dans le transport des marchandises qui leur appartiennent, soit de leur pays dans un autre, soit d'un autre paysdausle leur, il leur est permis de renouveler et entretenir les Échellesd'Orassu et de Fulondj .

« Les vizirs et beyler-beys, en se rendant à leurs gouvernements ou à leur retour , ne doivent pas quitter le droit chemin pour entrer en Valachie, ni opprimer les pauvres en prenant aux raïas, sans les payer, des fournitures, des vivres et des chevaux de poste.

« Les courriers expédiés pour des af-

faires importantes ne feront pas de détours pour traverser la Valachie ; ceux qui seront envoyés dans la principauté ne demanderont pas plusde chevaux que ne leur en accordent leurs ordres de poste.

• Les raïas de Valachie, que leurs affaires et leur commerce conduiront dans des villes, bourgs et marchés des rives du Danube n’y seront point soumis à la capitation.

« Comme il est indispensable, pour les pensions alimentaires à la charge du domaine et pour la nourriture des habitants de Constautinople, de tirer des moutons de l’intérieur de l’empire ottoman, il est défendu aux raïas de Valachie de cacher ceux qu’ils auraient à vendre. Ils devront les donner au prix courant aux marchands et aux pâtres chargés de les conduire.

• La Roumanie est le grenier de Constantinople, et la traite de tousses grains nécessaires à cette capitale doit s’opérer exclusivement dans les deux provinces de Valachie et de Moldavie. Aussi, quoique leur redevance en semblables denrees ait été antérieurement supprimée pour adoucir la situation des ra ïas de Valachie, cependantces derniers ne restent pas moins tenus à transporter aux Echelles tous les grains et autres denrées qu’ils auront récoltés , îi les vendre au prix couraut aux capitaines des bâtiments du kapan ( greniers publics ) et à ne point les donner ailleurs. La suppression de la redevance, qui doit être ainsi compensée d'une autre manière, ne doit donc porter les habitants ni à renoncer à la culture de leurs terres, ni à cacher les blés qui se trouvent en leurs mains, ni à les entasser avec des vues d’accaparement. Les raïas valaques trouveront leur propre avantage à la vente de leurs denrees, et les habitants de Constantinople seront à l’abri de la disette.

« Les bois nécessaires pour la construction des châteaux de Roumélie seront coupés, comme par le passé, en Valachie et en Moldavie. Il en sera de même du transport, les frais de coupe et de charroi seront payés et acquittés en entier, d'après les quittances délivrées par les intendants des constructions, sur les fonds de la recette des capitations de Valachie et de Mol-

PROVINCES ROUMAINES

davie, dont les hospodars sont chargés. •

Alexandre Hypsilantis était un honnête homme. Il "entreprit de sages réformes, et pendant sept années la Valachie respira sous son autorité bienfaisante. Il éloigna les Turcs et releva les Roumaiii's de leurabaisscment. Il protégea l’agriculture et le commerce, réorganisa les postes, embellit Bucarest, fonda de nombreuses écoles et des hôpitaux, construisit des aqueducs et des fontaines, établit la caisse des grâces pour les veuves et les enfants des pauvres employés, lit, en un mot, un utile emploi des deniers publics, et diminua les impositions payées par le peuple. Ses revenus montaient, en 1782, a 3,350,000 piastres; les dépenses de la principauté étaient annuellement de 750,000 piastres, le tribut et les présents envoyés à Constantinople s’élevaient à 1 ,600,000 piastres ; le voïvode retirait donc de son gouvernement un bénéfice annuel d’un million.

Pendant ce temps, Grégoire Ghica administrait la principauté de Moldavie.

Émule d’Hypsilantis, il s’occupa lui aussi d’améliorer le sort de sessujets, et se fit pardonner son origine. Il établit des fabriques de draps à Piperig et à Nou- Philippesci, près d’Iassi, accueillit une colonie d’horlogers allemands, qu’il autorisa à se construire un temple, et rouvrit le collège Basilien. Tous les travaux qu’il exécuta ne l’empêchèrent point d’acauérir d’énormes richesses. 11 étalait un luxe royal. Invité un jour par le feld-marécha! Romanzoff à faire avec lui un tour de promenade à pied par les rues de la ville : « Y pensez-vous, s’écria-t-il? et que diraient mes sujets s’ils voyaient leur souverain aller à pied ? » Mais, s’il faisait ses affaires, il taisait aussi cellesdu pays. Comme-llypsilantis, il a laissé un nom cher aux Roumains. C’est qu’en effet il montra comme lui du dévouement à sa patrie adoptive, et ce dévouement lui coûta la vie.

Cession de la Bukovine. Nouveaux progrès uk la Russie. Traités d’Iassi et dr Bucarest. — L’Autriche convoitait la Bukovine : par trois conventions successives ( 7 mai 1775, 12 mai 1776,25 février 1777 ), Marie-Thérèse se fit céder cette province ; elle acquit deux ceut cinquantetrois villes ou villages, et entre autres

Czernovitz, Seret et Suciava, ancienne capitale de la Moldavie. Grégoire Ghica protesta hautement contre cette spoliation et dénia au sultan le droit d’aliéner les terres de ses vassaux. Ses plaintes irritèrent le divan. Un capidji-bachi, envoyé à Iassi avec ordre de l’amener mort ou vif, l’attira dans un guet-apens, et lui fit trancher la tête par des janissaires (1777). Son beau-frere Constantin Mourousi lui succéda. En Valachie , le Ragusain Nicolas Caradja remplaça Hypsilantis (1778).

A peine nommé, cet autre chef d’une nouvelle dynastie fiscale se voit assiégé dans sa maison du Phanar par tout ce que Constantinople a d’usuriers, de regrattiers, de marchands des rues.

Grecs, Turcs, Arméniens et Juifs. ■ Son Illustre Grandeur a-t-elle besoiu des économies de son esclave? dit le juif j elles sont à lui, et son esclave ne lu! demande que le fermage du tabac ou du ramonage. • — « Notre Très-haut Seigneur, dit le regrattier, voudra bien accepter de son humble compatriote, son indigne serviteur, ces limons et ces olives de Smyrne, ce caviar de Thessalie, et ces savons de Stamboul. » — « J’ai des châles magnifiques qui ceindraient à merveille la taille et la tête de mon gracieux maître, dit un jeune Arménien. » «Caradja efenduin, dit en fronçant le sourcil uuTurc honteux de courtiser un ghiaour, j’ai du tabac d’Andriuople, des jasmins de Perse, des bouquins d’ambre, tels que tu les pouvais rêver à dix-huit ans ; je veux être ton fournisseur et je te traiterai en frère. » Caradja accepte tout, argent des Juifs, offrandes des regrattiers, châles de l’Arménien, pipes et tabac de l’Osmanli, compose de ces gens son cortège, distribue leurs cadeaux à ses protecteurs, et, comme il ne lui reste rien pour son voyage , écrit à Bucarest de lui envoyer le montant de la capitation de l’année courante, en reçoit la moitié et se met en route (I) ».

A Caradja succéda Michel Soutzo (1783). Sous son règne, la Roumanie obtint de la Porte quelques nouvelles concessions. En 1779, par l’article 7 de la convention explicative du traité

(i) La Romanie, t. U, p. >46.

L’UNIVERS

de Kaïnardji , la Turquie avait renouvelé ses engagements envers les deux principautés. De son côté, la cour de Russie avait promis de n’employer le droit d’intercession réservé à son ministre que pour la conservation invio:

labié des conditions stipulées par l'article lfi du traité. En 1781, une nouvelle convention donna à la Russie le droit d’envoyer à Iassi et à Bucarest des consuls généraux censeurs de la conduite des princes. La Porte ne se soumit pas sans résistance à cette exigence de Catherine II ; elle craignait avec raison que la résidence des consuls russes dans la Roumanie ne donnât lieu à des intrigues et à des factions ; mais, d’après les conseils de la France, elle céda pour éviter le péril d’une lutte Inégale. Les consuls de Bucarest et d’Iassi reçurent un tain (1 ) proportionné a leur rang. Ce taîn était payé en scutelnici, c’est-à-dire en hommes de divers états, bouchers, boulangers, porteurs d’eau, tapissiers, carrossiers, etc., qui devaient fournir aux agents russes la viande, le pain, les meubles, etc., ou en poslusnici, c’est-à-dire en paysans qui approvisionnaient le consulat de grains, de foins, de volaille et de beurre. Derrière le consul marchaient douze janissaires armés ; devant sa voiture couraient la nuit deux porte-torches à cheval. Ces prétendus censeurs des princes n'empéehèrent pas les exactions de Mourousi en Moldavie; mais, en 1783, le chargé d’affaires russe à Constantinople se fit délivrer un sened, qui améliorait la condition des principautés.

Aux clauses stipulées dans le traité de Kaïnardji en faveur des provinces roumaines la Porte ajouta les articles suivants :

« T. T>e tribut est Gxé pour la Yalachie à piastres, 30!l,500

Pour la Moldavie à 167,044

Total, 477,444

• Le montant de ces contributions sera livré en espèces à Constantinople à la fin de chaque année, et le payement n'en pourra être fait par assignation.

• II. L'ou percevra, sur la Valachie :

(i) Fourniture de vivres suivant l'usage turc. Voy. plus bas, p. 1 3o.

Pour donation aux baïrams (t),'

en argent ou effets 90,000

Pour donation de l’Etrier. . . 40,000

Total pour la Valachie 1 30,000 Sur la Moldavie :

Pour donations aux baïrams,

en argent ou effets 90,000

Pour donation de l'Etrier. . . 23,000 Total pour la Moldavie, 115,000

Total pour les deux provinces, 246,000.

• III. L'on ne prendra rien aux princes pour les continuer dans leurs places; et, à moins qu’ils n’aient commis un délit bien constaté , ils ne pourront être déposés.

« IV. L’on ne pourra demauder, en revenus et présents d’usage, aux princes nouvellement en place un seul para de plus que par le passé; on ne pourra non plus prend re ces revenus ou présents sur tes raïas). Ils seront fournis sur ce qui revient d’ordinaire aux princes en droits sur les salines, les fermes à bail annuel, les douanes et sur les profits d'autres droits semblables. »

Cet acte semblait présager un long règne à Michel Soutzo. Trois années cependant ne s'étaient pas écoulées que déjà ce prince était déposé par la Porte sans qu il edt mérite sa disgrâce par aucun délit, sans que la Russie intercédât en sa faveur et songeât à rappeler le sultan au respect de la parole jurée. Soutzo fut renversé par les intrigues de Nicolas Mavroyeni, drogman de la marine.

En 1787, la Turquie répondit aux usurpations et aux menaces de Catherine par une déclaration de guerre, que la cour de Saint-Pétersbourg reçut avec Joie. Dans tout l’emnire russe'le nom ottoman était voué à la haine ou au ridicule. Tous les arts célébraient la destruction de l'islamisme; l’imprimerie enfantait mille projets de partage ; Is gravure représentait Catherine relevant les ruines de la Grèce et foulant aux pieds l’étendard du prophète. On nommait hautement le jeune prince destiné à monter sur le trône de Constantin.

Il était question d’ériger en royaume les provinces de Valachie et de Moldavie ou la Crimée, et d’en mettre la cou-

(i) Voy. pltivbas, p. 1 1 4-

PROVINCES ROUMAINES. 107

ronnesurlatétedePotemkin; et toute cette cour, ivre d’orgueil et d'ambition, se croyait déjà transportée des bords lacés de la Neva sur les rivages magniques du Bosphore (1).

La T urquie subit pendant cette guerre des échecs multipliés. Mavroyeni n’en resta pas moins lidele à la cause du sultan. Il appela les boyards aux armes; mais sa voix ne fut pas entendue.

■ Boyards, leur dit-il, voici l’ennemi; si vous êtes las de vous laisser envahir, aux armes et achevai! » I.es nobles valaques s’excusèrent. Le voivode, pour leur témoigner son mépris, fit venir devant eux son cheval de parade, le revêtit d'un caftan brodé d’or, le déclara boyard et lui donna le titre de grand-officier. Cet affront ne réveilla point leur courage.

Joseph II ayant déclaré son alliance avec Catherine, les Autrichiens menacèrent la Valachie pendantque les Busses entraient en Moldavie. Pour combattre les Impériaux, Mavroyéni leva une armée de Bulgares et d' Albanais ; il remporta quelques avantages ; mais, faute d'argent pour solder ses troupes, il fut contraint de se retirer en Bulgarie et de confier la défense de la principauté a son lieutenant Démélrius Tyrnavite. Après son départ , les Autrichiens entrèrent à Bucarest, et le prince de Saxe-Cohourg y établit un gouvernement provisoire , composé des principaux boyards (178!)). Vainement Mavroyéni revint avec une armée de Bulgares et de Serbes ; il fut battu à Kala fat et forcé de repasser le Danube (1790).

Les Impériaux occupèrent toute la Valachie ; les Russes, maîtres de la Moldavie, s’emparèrent d’Ismaïl et s'avancèrent vers les Balkans. Constantinople croyait déjà les voir à ses portes. Heureusement l’Angleterre et la Prusse intervinrent enlin pour arrêter leur marche.

L’ A utriche elle-même, effrayée de l’ambition de ses alliés, conclut la paix à Sistow(4 aodt 1791); 6t la Russie céda au vœu de l’Europe en signant le traité d’iassi le 9 janvier 1792. L’Autriche fut confirmée dans la possession de la Bukovine , et restitua la Valachie ; mais Nicolas Mavroyéni n’était pins : en ré-

(i) Progrit de la puissance russe, p. a8o.

compense de ses services, il avait reçu du grand vizir un arrêt de mort, lia Russie conserva la Crimée, l’Ile de Ta man, une partie du Kouban et de U Bessarabie, la ville d’Oczakow et les pays enclavés entre le Boget le Dniester ; ce dernier fleuve devint la limite de deux empires. La Moldavie fut restituée à la Porte, sans que la Russie stipulât en sa faveur aucune condition particulière autre que celles déjà stipulées dans le traite de Raînardji et dans la convention explicative. Si les Roumains avaient d’abord montré quelque sympathie pour les Autrichiens et pour les Russes, ils durentvoir sans regret le départ de ces prétendus protecteurs, qui avaient achevé la ruine des principautés et n’avaient rien fait pour les affranchir. Loin de rendre aux Moldo-Valaques leur indépendance nationale, la paix d’Iassi ne les délivra pas même du gouvernement des Phanarioteset ne leur rendit point le droit de se choisir des chefs indigènes; ils resteront sujets de la Porte, dont ils n’auraient dil être que les vassaux.

Depuis le traite d’Iassi la Russie n’avait plus besoin de faire à la Porte une guerre ouverte. Elle dominait aussi tranquillement à Constantinople que si elle en edt déjà fait la conquête. Le droit fatal de protection qu'elle s'attribuait sur les habitants grecs des provinces ottomanes avait pris, par les intrigues et l’audace de ses agents, une extension illimitée. Dès l'origine le cabinet de Pétersbourg avait apprécié l’importance de cette stipulation. Un article du traité de 1792 portait que le sultan payerait à la Russie les frais de la guerre et indemniserait eu outre les sujets russes des pertes et dommages qu’ils auraient éprouvés par l’arrestation ou confiscation de leurs biens, navires ou marchandises. Cependant le comte Redbrosko , président du conseil des plénipotentiaires, s’étant présenté en pleine nssemblée à l'échange des ratifications, déclara, au nom et de la part de sa souveraine, que Sa Majesté Impériale, pour donner une preuve manifeste de son désintéressement et de la générosité de ses sentiments a I egard de la Sublime Porte, renonçait au payement stipulé des frais de la guerre. Mais

L’UNIVKRS.

en même temps le ministre russe à

Constantinople et les consulsen Valachie,

en Grèce, en Morée, à Smyrne et dans toutes les Échelles avaient eu ordre d’exiger avec instance et exigeaient en effet la restitution des biens confisqués et les indemnités des frais et dommages

3u’il plaisait aux protégés de la Russie e réclamer.

Les derniers traités de commerce et d’alliance conclus entre la Porte et la Russie avaient ouvert en tout temps le Bosphore aux vaisseaux russes; ce n’était pas sans raison que le prince Repnin, pendant son ambassade à Constantinople, menaçait hautement le reîsefendi de faire arriver dans trois mois les Russes à la portée du sérail ; leur pavillon, flottant jusque sous le kiosque du Grand Seigneur, appelait sous la protection russe tous les chrétiens disposés à changer de maîtres. « Depuis cette alliance funeste , l’esprit et la marche des agents russes en Turquie, à commencer de l’ambassadeur résident à Constantinople jusqu'au dernier viceconsul dans la plus petite lie de l’Archipel, ont été uniformes et invariables; sauf le plas ou moins de rigueur ou de modération, de politesse ou de grossièreté, ce qui tient au caractère personnel des individus , ils ont tous eu pour objet unique d’humilier la Porte Ottomane aux veux de ses propres sujets dans toutes (es circonstances, de les détacher de son empire et de les unir à la puissance russe par les liens de l’intérêt et de la sécurité. Dans ce principe, les protégés russes ne devaient jamais céder aux Tares, et leurs prétentions, souvent injustes et capricieuses, étaient toujours efficacement soutenues par le ministre russe et même par la cour de Saint-Pétersbourg, si le cas l’exigeait.

Le procédé le plus révoltant d’un agent de la Russie n’etait jamais désavoué. On a vu le vice-consul en Valaohie vouloir faire ôter publiquement l'habit du cocher du premier secrétaire de la principauté, parce qu’il ressemblait, disaitil, à l’uniforme russe; et cette ridicule prétention est devenue une affaire d’fctat dans laquelle la Porte a décidé en faveur du vice-consul de Russie , en accablant le prince des plus durs reproches. On a vu le consul général en Moldavie

faire arrêter un Français par sesagculs dans les rues d'Iassi , et non-seulement refuser de le rendre aux réclamations les plus pressantes du prince, mais faire conduire sous escorte russe, aux frais de la principauté, ce prisonnier fait en pleine paix dans les États d'unepuissauce amie. Des humiliations et des vexations de ce genre tendaient à dégrader bientôt la dignité de la Porte Ottomane, et fondaient dans la capitale même une autorité étrangère. Tous les jours les agents russes, pour rendre l’influence de leur cour plus active et plus féconde, multipliaiente.es patentes qui accordaient non-seulement aux Grecs, mais a tout sujet natif de la Turquie qui les leur demandait une protection spéciale et illimitée (t). I,es privilèges dont jouissaient ces protégés dans leur, pays natal, sous les yeux de leur souverain, aux dépens du reste de leurs compatriotes, excitaient les musulmans même à se mettre sous la dépendance de la Russie; de sorte que, sans la crainte d’une révolution subite ou sans les considérations qui retenaient les Turcsà leur famille, à leur religion, à leur patrie, la Turquie d’Kurope n’aurait bientôt été peuplée que de sujetsde la Russie. Ainsi la Turquie, cernée de toutes parts au dehors par des armées, occupée au dedans par des proconsuls moscovites, était réellement aans la situation où la Pologne s’était trouvée quelques années auparavant. C’était aussi en vertu d’un pacte d’alliance; c’était même après avoir subi la protection et sur la foi des mêmes traités que la Pologne avait été envahie; le même sort attendait la Porte Ottomane. Mais les puissances voisines ne pouvaient plus se flatter d’avoir part à la spoliation; l’Autriche et la Prusse, entraînées dans des guerres contraires à leur intérêt, n’étaient en mesure ni d’einpêcherce nouvel attentat ni d’en partager le fruit (J). »’

C’était surtout dans les provinces roumaines que la Russie posait les fondements de sa domination a venir. Écoutons le témoignage de l’Anglais Kton, partisan passionné de Catherine : • Tant

(i) Cet paient)» étaient appelée! lierait ou harats. Voy. Lettres sur la Turquie, t.I, p. 398.

(») De (a Politique et des progrès de lu puissance russe i Paris, 180-1, p. 10.

PROVINCES ROUMAINES

tÛO

que la Moldavie, dit-il , a été occupée par les Russes, le prince Potemkin en traita les habitants avec une douceur infinie et les exempta de toute espèce d’impôts; de sorte que ce ne fut qu’avec bien de la répugnance qu’ils retournèrent sous l’autorité des Turcs. C’est pour eux une bien légère source de consolation que d’être gouvernés par des princes de leur religion ; car la position des voïvodes. si ce n'est leur inclination, les rend aussi avides nue les Turcs eux-mêmes. Le mépris, les humiliations auxquels les Moldaves de tous les rangs sont journellement exposés de la part des Turcs ne peuvent que paraître insupportables à une race d’hommes naturellement fiers et qui n’aspirent qu’à la liberté et l'indépendance.

I.es boyards se soumettent surtout avec beaucoup de peine à ces vexations, parce ue tes Russes les traitent sur le pied 'égalité et leur accordent beaucoup de considération; lorsqu’ils émigrent, ils sont même admis en Russie dans les emplois civils et militaires (I). » Ce témoignage n’est pas entièrement d’accora avec celui de Tbornton. Parlant du protectorat russe sur les principautés roumaines : « Il faut avouer, dit ce dernier écrivain, qu’un tel état de choses n’a contribué à l’avantage ni des princes ni du peuple. La Porte est insultée par les limites ostensibles posées à son autorité souveraine ; mais elle n’est pas restreinte dans les moyens d’opprimer les liabitants. C’est en vain u’on attendrait un bienfait de la méiation d'une puissance étrangère entre un prince et ses sujets , et l’on peut douter s’il est jamais entré dans les vues du cabinet russe d’améliorer la condition des habitants de la Moldavie et de la Valachie; car il n’y a pas d’exemple que les consuls russes aient fait usage de leur influence pour alléger les souffrancesdu peuple, s’opposer et mettre un frein à la tyrannie des Phanariotes, ou former quelque plan pour le bienêtre permanent des infortunés Moldo- Valaques (2.) »

(L W. Ktoti, Tableau de l'Empire Ollopuvt , 1T, p. al.

(a) Tbornton , Etal actuel de ta Turquie, t. II, p. Sifi.

Pendant quelque temps l'influence de la France contrebalança en Valachie celle de la Russie. La Convention établit à Bucarest un consul général, Émile Gaudin. Un bérat du sultan enjoignit aux hospodars d’accueillir avec respect le représentant de la république et de lui garder, aux termes de nos capitulations (1), la prééminence sur tout autre consul . Le voïvode Alexandre Mourousi, imbu des idées françaises, opéra quelques réformes; il établit une imprimerie, une manufacture de draps, et régularisa les postes. Mais en 17'JG il fut remplace par une créature russe, Alexandre Hypsilantis. Les voïvodes se succédaient comme de simples commis, révocables à volonté. Ceschan-

Î;ements continuels avaient deux causes, a politique et le besoin d’argent. La Turquie était obligée de céder alternativement à la Russie et à la France et de se procurer de l’argent par tous les moyens pour réparer les pertes de son trésor.

C’est alors que tut établi l'impôt du cazan. Depuis un quart de siècle la culture du prunier avait fait de grands progrès. Ses fruits servaient à composer une liqueur fermentée ( raki ) dont on faisait un commerce considérable à l’intcrieur ainsi qu’en Hongrie et en Russie. Cette branche de commerce fut frappée d’un impôt, qui reçut le nom de l’instrument employé à la distillation. Le mot cazan désignant à la fois l’alambic et le chaudron, la taxe atteignit un grand nombre de paysans qui ne possédaient pas un runiër et ne distillaient pas une goutte e liqueur, mais qui avaient dans leur cuisine plus d’une marmite. Le cazanit futleprétextedesplushorriblesexactions.

La Moldavie et la Valachie respirèrent un moment sous l’administration d’Alexandre Mourousi et de Constantin Hypsilantis, nommés en 1802. Parle khattichérif (2) d'installation que ces princes apportèrent à leurs sujets la Porte « fixa à sept années la durée de l’hospodarat ; renouvela sa promesse de prendre eu considération les représentations qui lui seraient faites par la cour de Russie; reconnut à cette puissance un droit de

(t) Art. 18 des Capitulations.

(a) Voy. plus l>asf p. t3o, l’explication du niot bhatti-chèrir.

surveillance sur l’intégrité des privilèges garantis aux principautés; autorisa la répression des abus et le châtiment des concussionnaires ; ordonna la répartition proportiouelle des impôts ; concéda aux boyards le soin des écoles, des chemins et des hôpitaux, comme aussi celui d'aviser, conjointement avec le voïvode, à l'organisation età l'entretien d'un corps des troupes, etc. »

Le siégé archiépiscopal de Moldavie devint vacant; deux candidats se présentèrent : l’un était Grec, l’autre Roumain. Celui-ci fut nommé par l’influence de la Russie. Il rétablit l’ordre et la discipline dans le clergé, et fonda une école roumaine où les Moldaves purent étudier la langue nationale (1804).

La Russie, pour attacher à sa cause les habitants des principautés, commençait à se séparer des Phanariotes.

La victoire d’Austerlitz (1805) rendit à la France son ancienneinfluence auprès de la Porte Ottomane. Au mois d'aodt 1800, le général. Scbastiani arriva en qualité d'ambassadeur à Constantinople. Il tôchad’entrainerlesultanSélimdansune guerre contre la Russie. Son premier soin fut de faire destituer HvpsilantisctMourousi et de les remplacer par Alexandre Soutzo et Charles Callimachi. Aussitôt le czar Alexandre envoya une armée en Bessarabie, et lit occuper les places de Benderet deKhotin. Dans le même temps les Français entraient en Pologne. Séliin, encouragé par les victoires de Napoléon, déclara la guerre à la Russie.

L’Angleterre intervint alors en faveur deson allie. L’escadre du vice-amiral Dukworth menaça les Dardanelles; et l'ambassadeur Arbuthnot somma le sultan de chasser Sébastiani, de s’allier contre la France avec l'Angleterre et la Russie, de remettre immédiatement aux mains îles Anglais les forts et les batteries des Dardanelles, ainsique la flotte ottomane, et de céder à la Russie les principautés de Moldavie et de Valachie. Sélim rejeta ces propositions; mais il négligea de mettre sa capitale en état de défense. Le 20 lévrier 1 807 , l'amiral anglais traversa les Dardanelles et s'avança vers Constantinople. Le divan, effrayé, décida le sultan a renvoyer Sébastiani ; mais l’ambasadeur français refusa de partir. « L’empereur, du-il , ne voudra pas, par une indigne

faiblesse, descendre du haut rang où ses ancêtres l’ont placé. Vos remparts ne sont pas armés ; mais vous avez du fer, des munitions, des vivres, des bras; ajoutez-y du courage, et vous triompherez de vos ennemis. » Sélim donna l’ordre de repousser l’attaque des Anglais. Sébastiani lit élever comme par enchantement de puissantes fortifications ; et la flotte anglaise, désespérant de vaincre cette résistance iuatlendue, battit en retraite.

Cependant les Russes avaient occupé la Moldavie et la Valachie. Maîtres de Roulchouk , ils marchaient sur Choumla.

Pour les repousser, le sultan ordonna une levée extraordinaire, et les rejeta au delà du Danube; mais la révolte éclata parmi les troupes ottomanes que Sélim avait entrepris d’assujettir à la discipline européenne; et ce prince réformateur fut déposé au mois de mai 1807, après dixhuit ans de règne employés à faire entrer la Turquie dans la voie fie la civilisation. I-es Russes profitèrent de la révolution faite par les janissaires. Si les pachas avaient envoyé les contingents qu ils devaient fournir, les envahisseurs auraient été forcés d'abandonner les principautés. Maisl’anarclüe paralysa toutes les opérations de l’armée turque. Le général Michelson, qui se préparait a repasser le Pruth , fit occuper Bucarest par un corps de six mille hommes. La Moldavie et la Valachie restèrent sous l’autorité de commissaires russes.

La paix de Tilsitt, signée le 7 juillet 1807, ne changea rien à leur condition.

Par, un article du traité rendu public, le czar Alexandre s’engageait à retirer ses troupes des principautés roumaines et à accepter la médiation de l'empereur des Français, à l’effet de négocier une paix définitive entre la Russie et la Porte Ottomane. Mais une clause secrète portait que , « si la Porte n'acceptait pas la médiation de la'France , ou si les négociations ne conduisaient pas à un résultat satisfaisant, la France ferait cause commune avec la Russie contre la Porte, et les deux hautes puissances contractantes s’entendraient pour soustraire toutes les provinces de l’empire ottoman en Europe, la ville de Constantinople et la Roumélie exceptées, au joug et aux vexations des Turcs. » Aux conférences d'Er-

PROVINCES ROUMAINES

ut

furth (!2octobre 1808), Napoléon renouvela ses concessions, et reconnut la Finlande, la Moldavie et la Valacbiecoinme faisant partie de l’empire russe (1). C’est à ce prix qu’il achetait Vallianced’ Alexandre contre l'Angleterre et la reconnaissance deson frère Joseph comme roid’ Espagneill sacrifiait à un intérêt de famille la Suède, la Pologne, laTurquieetla nationalité roumaine. On sait quel profit il retira de ces trahisons maladroites, et combien de temps dura l'amitié de la Russie et de la France.

Une nouvelle révolution amena au pouvoir le sultan Mahmoud (1808).

Celui-ci, d’après les conseils de M. de Sturmer, internonce d’Autriche, entama des négociations secrètes avec M. Adair, envoyé anglais; et malgré l'opposition des ambassadeurs de Napoléon et d’Alexandre il signa la paix avec la Grande- Bretagne (5 janvier 1800).

Un armistice avait été conclu entre la Russie et la Porte (24 août 1807); les plénipotentiaires des deux puissances se réunirent à Iassi pour discuter les conditions d’une paix définitive ; mais les conférences n’eurent point de résultat, et les hostilités recommencèrent. Les Russes, favorisés par l’insurrection de Czerni-Georges en Serbie, prirent la forteresse de llobotsa et battirent les Turcs devant Ibra'ila.Bagration passa le Danube, remporta une victoire près de Silistrie et s’empara de Rassova et d’Ismaïi ; il prit ses quartiers d’hiver en Moldavie et en Valachie. Ces provinces étaient réduites aux dernières extrémités. On ne comptait plus que cent vingt mille familles contribuables en Valachie , et en Moldavie soixante-quinze mille.

Plus d’un million de Roumains avaient émigré pour fuir les exactions des Russes et des Phanariotes.

Les revers subis par les Turcs dans la campagne de 1810 disposèrent Mahmoud à renouveler les négociations; mais les plénipoteutaires ne purent se mettre d'accord. Kutusoff passa le Danube et prit Silistrie; lsmaïl pacha, de sou côté, envahit la petite Valachie ; il fut repoussé par le général Sass. Le grand vizir sollicita une suspension

(r) Note du ministre des relations extérieures • M. le rooitc de Romsmoff (a5 avril iSii).

d’armes, et les conférences furent ouvertes de nouveau, d'abord à Giurgevo, puis à Bucarest. Cependant Mahmoud ne voulait point d’une paix honteuse.

Jugeant les propositions russes tout à fait inadmissibles, il fit un effort désespéré, et mit sur pied toutes les forces de l’empire. Son énergie décida les Russes à se montrer plus conciliants. Alexandre, près de rompre avec la France, avait besoin de toutes ses troupes; il donne l’ordre à ses plénipotentiaires de hâter la fin de la guerre sur les rives du Danube. La paix fut signée à Bucarest le 28 mai 1812, et presque aussitôt les Russes, rappelés au cœur de leur empire par l'invasion de l'armée française, évacuèrent les principautés , où depuis 1807 ils vivaient en maîtres.

Le traité de Bucarest pof ta du Dniester au Pruth la limite des deux empires. Les petites îles du Danube, d'Ismail à K ilia, furent données aux Russes; mais elles devaient rester désertes, et désormais il ne devaity être construit aucune fortification quelconque. Les bâtimeuts marchands des deux puissances purent désormais entrer dans l'embouchure du Danube, en sortir et naviguer sur toute l'étendue du fleuve; mais les vaisseaux de guerre russes n’eurent le droit de remonter le Danube que jusqu'à sou conflueut avec le Pruth.

La Russie rendit à la Porte la partie de la Moldavie située sur la rive droite du Pruth, ainsi que la grande et la petite Valachie, avec scs forteresses, villes, bourgs, etc. Les traites et les conventions relatifs aux privilèges de la Moldavie et de la Valachie furent confirmés. La Porte promit de ne pas exiger d’indemnité pour les revenus qu’elle avait perdus, de ne lever aucun impôt pour toute la durée de la guerre, et d’exempter les Roumains de toute imposition pendant deux années.

Ainsi la Moldavie perdit à ce traité la moitié d’elle-méme, la Bessarabie; les Roumains de Bender, incorporés à l’empire russe, furent dépouillés de leur nationalité, et l’affaiblissement de la Turquie, au lieu de servir à l’émancipation des Moldo-Valaques, n’eut d'autre effet que de diminuer les ressources des principautés et d’enlever à la patrie roumaine une partie de ses eulaata.

L’UNIVERS

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